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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Salut à la "Verita"
{Bilan} n°6 - Avril 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 25 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Ces derniers temps a enfin paru l’organe de la section italienne de la Ligue Communiste Internationaliste (Bolcheviks-léninistes), édition italienne de la "Vérité". Ce dernier fait signifie déjà tout un programme, quand on connaît l’évolution de cette dernière au travers des innombrables manoeuvres, imbroglios, scissions, pour aboutir à la situation actuelle où en France pullulent les groupes, les ligues, les cercles et les clubs qui prétendent représenter la réaction prolétarienne à la dégénérescence centriste, qui a privé le prolétariat de son parti de classe. Mais la "Verita", par sa parution, semble signifier que l’on trouve que la situation est vraiment trop claire dans le mouvement communiste italien où existe un organisme qui lutte, depuis des années, pour reconstruire les bases et les cadres du mouvement communiste, où, au surplus, cet organisme peut se réclamer d’une continuité d’événements, d’expériences, de formulations programmatiques qui se relient à l’avant-guerre, qui traversent les épreuves de la guerre, de la révolution russe, qui se consolident dans la scission du parti socialiste, dans la fondation du parti communiste, dans la construction de ce parti au feu de la guerre civile, dans la lutte au sein de l’Internationale pour des positions de gauche, et cela depuis 1920. Bien trop claire était la situation au sein du mouvement communiste italien pour qu’on ne soit tenté de répéter la manoeuvre de jeter la confusion sur la même ligne que celle qui dura des années et partit de Moscou sous la direction de Zinoviev, pour aboutir - contre la majorité du parti - à la constitution d’un comité centre-droite, plébiscité avec des systèmes dignes de Mussolini, au Congrès de Lyon de 1927.</p<

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Cependant, une confrontation des positions de notre fraction avec celles du courant qui est dirigé par le camarade Trotski, effectuée sur la base des expériences accumulées par le prolétariat italien, aurait pu avoir un résultat favorable pour la résolution des problèmes complexes qui se posent devant la classe ouvrière de tous les pays. Mais ce n’est pas sur ce chemin que se place la "Verita", ce qui, du reste, ne nous étonne pas : les caractéristiques de l’affairiste, du tricheur et du flibustier ne se perdent pas avec le changement d’habitation et Ferroci, Blasco et consorts restent ce qu’ils étaient au sein du parti. Si aujourd’hui ils s’appellent bolcheviks-léninistes, ils ne modifient pas, fut-ce d’un millimètre, la fonction qu’ils avaient quand ils s’appelaient bolcheviks-antitrotskistes.
L’éditorial "Pour la Quatrième Internationale" affirme stérile notre position qui consiste à "crier, rien que crier" sur la nécessité de reconstruire les partis de la révolution. C’est exact, nous crions. Eux le construisent, ce parti, en prenant une place de premier plan là où il s’agit de jeter de la confusion. Au sein du parti, en participant à toutes les manoeuvres contre Bordiga et Trotski, par après au sein de l’Opposition où, sans la moindre pudeur politique, ils ont brigué, au travers de la lutte contre les "bordiguistes", les postes de direction internationale et de la Ligue française, quelques jours seulement après s’être détachés de la direction du parti et d’avoir fait des déclarations "philo-bordiguistes". Nous crions parce que, contre la politique du redressement, nous avions préconisé, dès notre fondation, la nécessité de reconstruire les cadres des partis communistes ; nous crions parce que, aujourd’hui encore, nous affirmons que ces cadres ne se reconstruisent pas avec le parti maximaliste qui représente la prolongation du "glorieux parti socialiste" qui a conduit aux défaites de 1919-20.
Eux le reconstruisent aujourd’hui, le nouveau parti : comme hier, en faisant du bruit et de la confusion pour entraver le travail difficile de notre fraction, installés pour cela aux postes dirigeants du parti ou de l’Opposition ; en plein accord avec les adversaires de Trotski ou en le rongeant aujourd’hui en accord avec Balabanova.
Les "notes sur le parti du prolétariat en Italie" (la 4e Internationale surgit avec l’appui de ces notes...) contiennent le passage suivant : "Ce ne fut pas la scission de Livourne qui donna vie au fascisme en Italie, mais celui-ci sortit de la faillite de la révolution prolétarienne provoquée par le parti socialiste italien, le seul parti des travailleurs dans les années 1919-20". Plus loin, ils écrivent : "La politique du parti communiste dut celle de "préférer" Mussolini à Turati. Oui, telle fut, en substance, la politique communiste jusqu’à la Marche sur Rome. Les résultats, plus qu’aucun document, sont là pour en témoigner".
Auparavant, le "chroniqueur" avait écrit que la fonction du parti consistait à transformer la retraite ouvrière en une nouvelle offensive révolutionnaire, ce qui le conduit à affirmer que l’erreur essentielle du parti consistait dans le fait qu’il aurait "préféré" Mussolini à Turati. La preuve ? Les résultats qui, cette fois-ci, ne dépendraient plus de la trahison socialiste de 1919, mais de la politique du parti "bordiguiste". Évidement, ces gens ont approuvé totalement le "bordiguisme" jusqu’au moment où la dégénérescence de l’Internationale leur permit de participer à la croisade "antibordiguiste" et "antitrotskiste". Mais laissons de côté ces questions. Il reste le fait que le parti aurait préféré Mussolini à Turati. Où cela est-il écrit, on ne le sait pas, mais il est évident que le parti aurait dû préférer le "moindre mal" de Turati, appliquer une politique que Severing a bien su réaliser pour féconder Hitler. Que ces gens comprennent, une fois pour toutes, que, pour le prolétariat, ne se pose pas le choix, la "préférence" pour l’une ou l’autre forme de gouvernement, mais que se pose au contraire, comme problème permanent, celui de la lutte contre tout gouvernement, et cela sur la base de l’orientation dirigée vers la dictature prolétarienne. Que si le prolétariat appuie Turati, il prépare - comme l’Autriche le prouve - Mussolini, et que si, au contraire, il réalise l’attaque révolutionnaire contre un gouvernement socialiste, il prépare non Mussolini, mais Lénine. Cela pour les notes que l’on pourrait appeler "politiques". Mais les notes contiennent aussi cette autre perle : "Le coup d’État fasciste ? Impossible. Mais qu’il vienne. Autant d’eau en plus au moulin communiste. Ainsi parlait-on et agissait-on alors. On empoignait le fusil contre les chemises noires, mais, en même temps, la politique "bordiguiste", en jetant dans le même sac fascistes et socialistes, en employant la méthode du coup de poing contre les socialistes, a creusé entre socialistes et communistes, un fossé infranchissable et a dilapidé les sacrifices de sang de l’avant-garde prolétarienne organisée dans le parti communiste". Autant de mots, autant de falsifications. Il est parfaitement exact que les communistes, pour défendre la propagande communiste, ont dû se défendre aussi contre la violence des socialistes qui voulaient empêcher la propagande du parti. Mais seulement des charognes peuvent aujourd’hui écrire que le parti a mis dans le même sac socialistes et fascistes quand, au contraire, c’est grâce au parti "bordiguiste" (?) que fut prise l’initiative de regrouper les prolétaires socialistes, communistes, syndicalistes et de toutes les tendances, autour de l’Alliance du Travail, contre laquelle s’étaient opposés, dans un premier moment, les organes dirigeants du parti socialiste et de la Confédération du Travail. Il ne s’agit plus ici de discussions politiques, comme pour ce qui concerne le prétendu isolement du parti communiste de l’époque envers les masses ; la vérité est que le parti a marché de succès en succès au sein des organisations prolétariennes et ce qui reste encore aujourd’hui de capital communiste en Italie découle de l’exemple héroïque fourni par des prolétaires qui, grâce à des directives communistes, surent fonder un parti dans des conditions qu’aucun autre prolétariat n’a traversées. Ces falsifications prouvent qu’il ne s’agit pas de discussions, de confrontations critiques de positions politiques, mais d’une tentative d’imbroglios et de confusion que l’édition italienne de la "Vérité" espère pourvoir accomplir dans le mouvement italien. Mais, avec de la boue, on ne discute pas : on l’évite. Avec des gens qui ont endossé toutes les chemises et qui aujourd’hui encore, passent parmi la méfiances des autres militants de l’Opposition des autres pays, avec ces gens-là, on règle le compte d’avance : ou vous aurez la pudeur élémentaire de passer dans un lazaret politique pour vous désinfecter de tous les miasmes avec lesquels vous avez infesté le parti d’abord, l’Opposition de gauche ensuite, ou bien, si vous voulez vous ouvrir un chemin au travers des imbroglios, de la confusion et des scandales, vous ne méritez autre chose que le mépris des prolétaires qui ont connu, non seulement les tortures du fascisme, mais aussi les attaques envenimées au sein du parti des Ferroci, Blasco, Santini et consorts qui se sont réveillés, un beau matin et subitement, des trotskistes 100 %.
Mais la "Verita" contient encore un salut du camarade Trotski, ainsi qu’une de ses photographies où il se trouve en compagnie de Lénine. Trotski écrit que la "Verita" est un journal marxiste, ce qui veut dire que notre journal ("Prometeo") n’est pas marxiste. Réponse indirecte à notre document où nous affirmions que Trotski rompait avec le marxisme quand il préconisait la construction de la Quatrième Internationale en collaboration avec les gauches socialistes et avec des formations étrangères aux deux Internationales. Mais Trotski exagère vraiment quand il parle de journal marxiste. Ah ! non ! Il est tout à fait faux que Marx et Lénine aient construit l’Internationale en suivant un procédé analogue à celui suivi par Trotski. Marx a pris l’initiative de la dissolution de la Première Internationale et a survécu treize années après ce fait, sans proclamer la nouvelle Internationale. Lénine, après la trahison de la Seconde Internationale, a attendu la victoire révolutionnaire en Russie avant de proclamer la fondation de la Troisième Internationale. Marx et Lénine n’ont même pas entrevu la possibilité de faire appel, pour le nouvel organisme, à des forces qui étaient liquidées par l’expérience historique, qui avaient clôturé leur cycle. Et nous, qui nous opposons à toute répétition mécanique, même de ce que firent Marx et Lénine, nous ne nous limitons pas à nous croire marxistes parce que nous répétons les procédés suivis par nos maîtres. Seulement, nous demandons que l’on nous donne des arguments pour nous prouver qu’un nouveau procédé doit être appliqué. Mais, sur ce terrain, on ne nous offre aucune indication politique. Au surplus, le moment n’est-il pas venu pour une Cinquième Internationale, après l’avortement de la Quatrième, dans laquelle le S. A. P. s’apprête à partir, où le O. S. P. hollandais est déjà en lutte avec le parti socialiste révolutionnaire (bolcheviks-léninistes) et où le N. A. P norvégien et le I. L. P anglais ont adopté des autres orientations ? Mais non, en un siècle de luttes prolétariennes, trois Internationales ont vu le jour et chacune d’elles a marqué, par des événements historiques, un cycle d’expériences. Non ! L’heure n’est pas encore venue, d’autant plus que Trotski préconise la Quatrième Internationale pour une meilleure défense de l’État russe, donc sur la base d’un facteur essentiel qui, parce qu’il n’a pas perdu ses caractères de classe, démontre d’une façon évidente que le cycle historique ouvert par la fondation de la Troisième Internationale et la révolution russe ne s’est pas encore clôturé.
La photographie du camarade Trotski en compagnie de Lénine nous semble vraiment déplacée. Pour nous, qui avons une conception matérialiste, et non idéaliste du chef prolétarien, il résulte d’une façon évidente qu’un chef prolérarien, qu’il soit de la force géniale de Trotski, est exposé à subir le sort de la classe qui l’a engendré : du prolétariat russe, d’une classe qui ne pouvait donner plus que ce qu’elle a donné d’énorme au prolétariat international. Qu’un chef, même de la force de Trotski, improvise une opposition internationale et une nouvelle Internationale, au lieu de suivre le chemin de Lénine, qui se concentre dans la formule du travail de fractions, et il sombrera dans les griffes des affairistes de la politique du type de Molinier, Blasco et consorts. Cette photographie ne peut donc avoir qu’une simple valeur historique et marquer aux prolétaires l’hommage qu’ils doivent à ceux qui surent les conduire à la victoire. Mais, dans la contingence actuelle, à côté de Trotski devait se trouver non Lénine, mais Molinier ou son édition italienne Blasco. Et bien que Trotski soit un homme de grande ressource et qui, dans l’avenir, sentira le dégoût de la compagnie actuelle, cela ne démentira pas les faits présents : depuis quelques années, c’est bien dans cette posture et dans cette compagnie que les événements l’ont placé.




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