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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Maximo rejoint le front de la contre révolution centriste
{Bilan} n°6 - Avril 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 25 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Nous publions ci-dessous intégralement la lettre que Maximo a adressée à la commission de contrôle du parti bolchevik russe. Depuis plus de deux ans, notre fraction avait perdu tout contact avec Maximo, qui, dans ce document digne de figurer parmi les déclarations du type de celles de Zinoviev, dissipe aujourd’hui l’équivoque. Aucune comparaison n’est possible entre son attitude et celle d’un Rakovski demandant à rentrer dans le parti sans renoncer à ses opinions justifiant son geste erroné par le fait qu’il prit part directement à la révolution russe qu’il pense devoir défendre aujourd’hui par une trêve avec les centrisme.
Les déclarations de Maximo contiennent, au contraire, une renonciation totale, ainsi que des réserves timides et équivoques destinées à disparaître devant un éventuel ultimatum centriste.
Maximo fut expulsé du P.C.R. parce qu’il avait revendiqué la nécessité de la constitution de fractions, c’est-à-dire sur une base de positions dépassant celles de l’Opposition russe actuelle. Aujourd’hui, il demande à rentrer dans le parti non parce qu’il a modifié son jugement sur le problèmes des fractions (il est plutôt équivoque à ce sujet), mais sur la base de la révision de problèmes politiques liés à la question russe. À ce propos, il accepte complètement la théorie centriste de la coexistence pacifique du monde soviétique et capitaliste, en y ajoutant l’argumentation employée par tous les révisionnistes. Les austro-marxistes ne déclaraient-ils pas qu’on devait aller de compromis en compromis jusqu’à ce que soit déclenchée une attaque frontale ? Severing ne disait-il pas qu’on devait rester sur la défensive pour mieux préparer l’offensive quand le fascisme aurait déclenché son attaque ? Quand le fascisme est passé à l’attaque, on a bien vu ce que signifiait "vous verrez quand sera venu le moment" ! Ainsi en est-il pour la Russie. Quand l’heure de la guerre viendra, elle ne pourra faire autrement que d’aboutir aux conclusions de la politique de la coexistence avec le monde capitaliste en participant à un des blocs capitalistes qui entreront en lutte.
Maximo dissipe l’équivoque qui durait depuis deux ans par un renoncement total des positions de gauche. La fraction ne peut qu’en prendre acte.

LA COMMISSION EXÉCUTIVE DE LA F.G.I.

* * * * *

À LA COMMISSION DE CONTRÔLE DU COMITÉ CENTRAL DU P.C.R.

L’expérience d’une longue période, après mon expulsion du parti, a déterminé un profond changement des idées qui m’avaient mis en opposition, de sorte qu’après une réflexion profonde et avec la pleine conscience du sérieux de mon évolution, j’ai décidé de demander ma réintégration dans le parti.
Si, d’un côté, l’insuccès des fractions m’a fait réfléchir sur leur inutilité et sur leur anachronisme, j’ai compris l’inconsistance des arguments que moi-même j’avais élaborés pour les soutenir, parce que je ne tenais pas compte des nécessités des nouvelles formes de discipline de fer, sans lesquelles les partis communistes cesseraient d’être des partis d’action pour se transformer en palestres académiques ; d’autre part, mon contact immédiat avec la construction de l’économie soviétique - occupé comme je l’étais directement dans la production - m’a convaincu que le développement des fractions, non seulement augmenterait les difficultés de la construction socialiste, mais créerait un terrain favorable pour les manoeuvres et les embûches des forces contre-révolutionnaires.
Mon expulsion du parti coïncida avec la période dans laquelle on élaborait fiévreusement le programme d’action pour les transitions décisives de la période de la NEP à celle de la construction du socialisme. Je ne tins pas compte des très grandes exigences de discipline d’une période aussi délicate : et je ne pouvais faire autrement, parce que je niais à priori la possibilité de construire le socialisme en Russie, sans l’appui de triomphes révolutionnaires dans les autres États capitalistes. Ausii, dans ce domaine, l’expérience des indiscutables succès obtenus, les progrès gigantesques de l’industrialisation de l’agriculture, le contrôle ainsi assuré sur la campagne, les classes en voie de disparition, et tout ce que, nécessairement, une telle situation reflète dans la vie sociale, tout cela m’a poussé à un réexamen des problèmes.
J’ai opposé schématiquement les constructions socialiste et capitaliste en partant de la conception de l’unité dans l’économie mondiale et j’ai conclu par leur incompatibilité. Ainsi il aurait dû s’avérer qu’à défaut du triomphe de la révolution dans les pays capitalistes (ou transitoirement dans certains des plus importants), la Russie n’aurait pu développer son économie socialiste, et, dès le début, aurait déterminé la coalition des États capitalistes, nonobstant leurs divergences. Par conséquent, la guerre aurait empêché la construction du socialisme et se serait conclue nécessairement par le triomphe de la révolution dans d’autres pays ou par la perte plus ou moins longue des conquêtes de la Révolution d’Octobre.
L’expérience a condamné, avec mes prévisions, les erreurs de la doctrine qui les avaient déterminées, et m’a convaincu que l’unité de l’économie mondiale n’existe qu’à l’état potentiel. Les contrastes entre l’état potentiel et l’état des faits en provoquant des crises et des conflits entre les États capitalistes et en rendant impossible une entent entre eux permet à l’État soviétique, en vertu d’une habile politique internationale, une coexistence relativement pacifique avec eux, et, en conséquence, au travers de grandes difficultés, de construire le socialisme. Cela a permis, tout en ne supprimant pas l’antinomie entre capitalisme et socialisme, à la Russie de s’affirmer comme un facteur économique et politique de premier ordre sur le terrain international, et il ne peut plus être ignoré par les États capitalistes qui, sous la pression des crises et des conflits, sont obligés d’orienter leur politique vers une plus ou moins grande cordialité à son égard. Il est à prévoir que la prochaine agression contre la Russie, en coïncidant peut-être avec la guerre entre États capitalistes, trouvera en Russie le socialisme fondamentalement réalisé, ou tellement renforcé sur ses bases, qu’il ne sera plus possible d’empêcher son développement ultérieur.
Et je ne considère pas l’hypothèse des mouvement révolutionnaires et de solidarité que, sans doute, la guerre déterminerait du sein du prolétariat international : cela regarde en général toute la politique du Komintern qui m’a trouvé comme opposant. Je veux souligner que ce pas cette opposition en elle-même qui a déterminé mon expulsion du parti, mais sa forme (fraction) et la coïncidence occasionnelle et non de principe avec certaines critiques de l’opposition russe déjà condamné comme "trotskiste"
Je souligne aussi l’incompatibilité qui existe et qui a déjà été sanctionnée, entre la soi-disant Opposition de gauche dans le passé et la soi-disant Opposition de gauche internationale dirigée par Trotski, avec la gauche italienne. Mais je dois ajouter que je salue avec enthousiasme la campagne redoublée pour l’application des 21 points, adoptés au 2e Congrès, pour l’admission des partis communistes dans l’Internationale ; ainsi que la continuelle élaboration du problème du front unique qui tend à éviter les mauvaises applications qu’il y eut malheureusement dans le passé, parce qu’il est étroitement lié à la question syndicale, qui attend une solution plus satisfaisante par l’étude plus soignée des situations, des expériences et avec l’aide des postulats de classe, d’une activité disciplinée des organisations du parti pour assurer l’influence nécessaire sur la majorité des masses ouvrières. Je ne vois, en somme, aucune raison sérieuse d’opposition au Komintern ; et la nouvelle orientation de mes idées que j’ai rapidement indiqué et que j’aurai peut-être la possibilité de développer plus largement, me garantit que je pourrai, dans l’avenir, maintenir mes éventuelles divergences dans les limites consenties par la discipline absolue et de fer du parti.
Je n’ai pas l’intention de me soustraire aux responsabilités de mon activité fractionnelle du passé. Mais j’affirme que mon retour en Russie m’a permis d’avoir ce contact direct avec l’activité économique soviétique qui m ’aida à me libérer de toutes les erreurs et des sophismes qui m’avaient éloigné du parti.

MAXIMO (Moscou, mars 1934)




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