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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La catastrophe de Pâturages
{Bilan} n°7 - Mai 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 26 novembre 2016

par ArchivesAutonomies

Le Borinage [1] vient de vivre un événement des plus douloureux : 57 mineurs ont péri, victimes d’un coup de grisou, au Fief de Lambrechies [2]. Quatorze d’entre eux périrent en tentant vainement de ramener à la surface le corps de leurs camarades de misère. Solidarité qui fut payée bien cher : ils multiplièrent les deuils, eux qui voulaient les limiter [3]. Bien vite, tout espoir de ramener les corps dut être abandonné et l’immense cercueil de houille confondant hommes et charbon, fut fleuri hypocritement par les représentants du capitalisme, désireux d’effacer l’obsession de la mort que les mineurs borains auront dans le coeur, lorsque demain ils descendront à nouveau dans la mine meurtrière.
Extraire du charbon, toujours et toute leur vie, ce charbon grisouteux dont chaque explosion fera des victimes, travailler dans des fosses au remblayage et boisage défectueux, et crever la faim comme c’est le cas au Borinage [4]. Ceux du Fief de Lambrechies ne pourront pas se plaindre : les patrons ont « généreusement » décidé de rouvrir le puit afin de ne pas priver de nombreuses familles de pain. Déjà les fleurs jetées sont oubliées : demain il faut extraire du charbon, reprendre les outils et descendre, car il faut que les barons de la gaillette aient les bras nécessaires pour l’exploitation du charbon, cette richesse nationale.
Les coups de grisou se succéderont encore dans ces fosses grisouteuses et les sombres terrils verront les mêmes cortèges hypocrites, la même comédie de la douleur. Mais la douleur véritable des familles prolétariennes frappées terriblement, leur vie de famine, de travail, ne fera que s’approfondir.
Les fleurs, les lamentations universelles, les télégrammes de condoléances, seront vite oubliés et bientôt déferlera la lutte des mineurs ne voulant pas comprendre que « l’intérêt commun » exige des salaires de famine, repoussant du pied les clameurs de ceux qui disent que le patronat se « sacrifie » en maintenant quand même l’exploitation des mines.
La catastrophe de Pâturages n’est pas le fait du « hasard » : c’est le fruit du régime capitaliste et non la rançon que la nature oppose au travail humain, fatalité devant laquelle la technique et la science sont impuissantes. Quand les trusts parviennent à réduire la production, à conclure des accords pour trouver un remède à leur lutte « fratricide », on parle de victoire, de succès, de garantie de paix entre les États, de remède à la crise économique. Et c’est pourtant grâce à cela que les catastrophes minières sont possibles. La technique actuelle permettrait peut-être d’abandonner pour toujours l’exploitation des mines : le pétrole et ses succédanés pouvant remplacer le charbon. Mais la Royal-Deutsch et la Standard-Oil luttent avec acharnement pour fermer des puits de pétrole. Le capitalisme de chaque pays trouvant une planche de salut dans une production limitée aux « besoins » intérieurs du pays ainsi qu’aux nécessités de la lutte inter-impérialiste [5].
Les chefs réformistes belges, dans ces circonstances, restent fidèles à leur misérable fonction : leurs gémissements dépassent ceux de la bourgeoisie et positivement leurs solutions consistent à demander à l’État de restreindre les importations de charbon allemand, sans examiner si les mines allemandes n’offrent pas de meilleurs conditions d’exploitation. C’est là leur seule réponse à la tragédie de la mine, aux menaces de diminution de salaire annoncées
Mais le patronat minier a jugé opportun, après la catastrophe, de reculer de quinze jours la diminution des salaires : quinze jours doivent suffire pour faire oublier les victimes actuelles. En juin, la bataille de classe se posera à nouveau. Alors, sur la base de leur lutte contre la famine, les mineurs du Borinage, qui, déjà en juillet 1932, ont donné le signal [6], voudront lutter contre la mort qui, chaque jour, les guette, contre le régime capitaliste.
Pour se défendre, ils n’auront que leur force, ils n’auront qu’une seule voie : la révolution prolétarienne contre laquelle montent la garde armée toutes les forces de l’ennemi dont les représentants ont paradé lors des funérailles des victimes.