Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
La mort de la concentration antifasciste italienne
{Bilan} n°8 - Juin 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 27 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Le 5 mai se réunissait à Paris le Comité Central de la Concentration Antifasciste italienne où il était décidé de prendre acte des délibérations du 27 avril de la dite Concentration. Les décisions du C.C. en arrivaient à proclamer la mort de la Concentration après constatation de l’impossibilité de résoudre, sans rupture, les divergences qui s’étaient produites en son sein. Avant d’examiner la signification de ces divergences et la place qu’elles occupent dans l’évolution de la lutte des classes en Italie, il nous sera nécessaire de donner quelques sommaires explications à nos lecteurs français.
En 1926, le fascisme proclamait les lois exceptionnelles en Italie. Elles consistaient dans l’interdiction de tout parti non fasciste et aussi le renvoi devant un Tribunal Spécial composé, en dehors de la magistrature officielle, de représentants du parti et des organisations fascistes, de tous ceux essayant de reconstituer les partis interdits et dissous. Il s’ensuivit que les cadres dirigeants de toutes les formations républicaines, socialistes et communistes, émigrèrent à l’étranger où s’exprima désormais l’activité politique de ces partis. Bien plus que l’émigration russe d’avant-guerre, l’émigration italienne allait vivre une situation où la coordination entre l’activité des militants d’Italie et leur direction à l’étranger ne s’établissait pas au travers d’une délégation politique transmise d’Italie et confiée à la direction étrangère, mais bien par une expansion de l’activité politique décidée à l’étranger, puis transmise en Italie. Et encore faudra-t-il considérer la disproportion considérable existant entre le matériel de propagande accumulé à l’étranger et sa réelle diffusion au sein du mouvement italien. Cette caractéristique de ce dernier, qui s’est vérifiée également pour l’Allemagne et l’Autriche, jointe à d’autres particularités, nous permet d’affirmer que la situation que notre émigration connaît n’a qu’une ressemblance de forme avec les situations connues par l’émigration russe au sein de laquelle les positions politiques étaient adoptées par le comité à l’étranger, mais où la liaison avec la Russie pouvait se faire sur la base d’une répercussion réelle de ces positions sur les mouvements des masses. La réaction tsariste n’est qu’une image pâle du fascisme allemand, italien et autrichien qui, en quelques jours de domination, auront à leur acquis plus de massacres que le tsarisme en des dizaines d’années et dont la réelle signification historique réside dans une pénétration terroriste et politique au sein des masses d’exploités afin d’empêcher par une violence systématique qu’elles puissent reprendre la moindre conscience de leurs positions spécifiques de classe.
En 1927, en Italie, se produisait une manifestation bien nette de la confluence du fascisme et de la démocratie. Après la proclamation des lois exceptionnelles, l’état-major réformiste des organisations syndicales proclama son attachement au régime fasciste. Il s’agissait-là, c’est évident, d’un moment dans l’évolution de la société capitaliste, d’une manifestation de confluence entre des expressions politiques contradictoires du capitalisme : de son aile d’extrême droite et d’extrême gauche, d’une manifestation qui se vérifia dans d’autres pays et dans des situations différentes lorsque le prolétariat, passant à l’attaque de l’édifice capitaliste, trouva toutes les forces de la bourgeoisie groupées autour de sa pointe d’extrême gauche pour la défense du régime menacé par la révolution prolétarienne. En Italie, la concentration de toutes les forces capitalistes autour de l’extrême droite fasciste se fit au moment où le prolétariat arrivait au terme de sa désagrégation en tant que classe et quand le capitalisme estima le moment venu pour supprimer toute expression directe, ou même indirecte, d’opposition au régime.
C’est au centrisme que revient, en Italie, le mérite d’avoir gaspillé l’occasion représentée par cette conjonction de forces bourgeoises pour le développement, qui aurait pu être d’importance, de la lutte prolétarienne. Ainsi, en présence du passage ouvert de cadres importants de la social-démocratie vers le fascisme et de la poussée de groupes prolétariens vers le parti communiste, le centrisme décida d’aiguiller ces profondes réactions prolétariennes non vers le communisme, mais dans une direction tout à fait opposée devant favoriser le sauvetage de la social-démocratie. La tactique du parti à cette époque fut une modification radicale de son ancienne position syndicale consistant à agir pour l’adhésion à la Confédération Générale du Travail à l’Internationale Syndicale Rouge et de se considérer, du fait du passage des dirigeants syndicaux au fascisme, comme la nouvelle direction syndicale de la CGT et de demander à l’Internationale d’Amsterdam de la reconnaître.
Le parti s’enlevait ainsi la possibilité de marquer l’évolution ultérieure des événements italiens de cette clarté surgie du cours des événements et de la promulgation des lois exceptionnelles. Il ne pouvait plus montrer la signification réelle de la culbute de la social-démocratie au fascisme, en février 1927, car il s’était montré incapable de diriger les réactions issues de ce fait au sein du prolétariat, en considérant, par contre, comme la quintessence de la stratégie communiste l’obtention de la reconnaissance de la nouvelle direction syndicale par l’Internationale d’Amsterdam. Cet épisode prouve qu’un événement qui ne fut qu’un instant, au point de vue du temps dans le processus des luttes en Italie, mais qui au point de vue politique pouvait représenter une étape importante, resta sans signification dans l’évolution politique qui se déroula par après, parce que le parti fut incapable de donner une réponse politique en correspondance avec la précipitation des événements se vérifiant immédiatement après la promulgation des lois exceptionnelles.
A l’étranger, le centrisme commença par orienter le parti dans une direction profondément opposée à l’évolution des courants politiques en Italie. Ce fut d’abord la direction de la droite du parti, de Tasca, qui aujourd’hui a rejoint le social-réformisme. A cette époque, la position du P.C. est le front unique de tous les partis "antifascistes", mais il ne parviendra qu’à obtenir l’adhésion passagère du parti maximaliste italien [1], ce qui le déterminera ensuite à effectuer une série de manœuvres avec les formations dites de gauche : socialistes, maximalistes, pour la constitution d’organismes de front unique. Ces derniers furent surtout champ fertile pour les provocations du fascisme. Cependant le P.C.I. se trouvait dans l’impossibilité d’appliquer une politique de droite à l’époque car les événements italiens, loin de pouvoir être abordés avec des formulations et des positions politiques équivoques, telles celles du "front unique antifasciste", exigeaient une politique nettement communiste. Mais, d’autre part, une pareille politique ne pouvait être appliquée par le parti italien amputé de sa base représentée par notre courant de gauche. Il s’ensuivit donc une confusion inextricable mettant le centrisme dans l’impossibilité de réaliser sa politique de droite : créer une alliance antifasciste.
A cette époque, le parti réformiste prend l’initiative et constitue la "Concentrazione Antifascista" à laquelle vont adhérer le parti socialiste, le parti maximaliste, le parti républicain, le tronçon des cadres dirigeants syndicaux ayant passé à l’émigration, tout en continuant à s’appeler Confédération Générale du Travail, et en dernier lieu la Ligue des Droits de l’Homme et du Citoyen. Le programme initial de la concentration fut évidemment extrêmement confus : on y trouve la revendication de l’Assemblée Constituante, de la République, on y considère que les forces pouvant agir pour la réalisation d’un tel programme peuvent être recherchées dans la classe bourgeoise et provenir d’elle aussi bien que du prolétariat à qui on fera une concession purement formelle en lui attribuant le plus grand poids dans le développement des situations en Italie. En bref, la "concentration" c’est la formule de la "révolution antifasciste" basée sur la perspective de l’épuisement du fascisme, sur son impuissance à résoudre les problèmes économiques et politiques du pays, épuisement provenant aussi du mécontentement de la classe capitaliste elle-même, se ressaisissant après l’éclipse subie en tombant dans le piège des brigands et des vampires fascistes, c’est-à-dire de personnes n’ayant rien à voir avec le capitalisme libéral, si débonnaire, mais bien avec les régimes inquisitoriaux et féodaux du moyen-âge. Par la suite, une première crise sans grande importance devait se produire au sein de la "Concentration" et entraîner la sortie du parti maximaliste, ce dernier après l’exclusion des gauches communistes du P.C.I., comme de tous les partis, visait à se reconstruire une base de soutien au sein de la classe ouvrière, entreprise qui devait d’ailleurs échouer pour la double raison que le triomphe du centrisme ne signifiait pas un simple incident dans la vie du prolétariat révolutionnaire et que, d’autre part, l’héritage du centrisme ne pouvait être repris par une formation qui, comme le parti maximaliste, avait à son honneur la défaite de la révolution italienne.
Par ailleurs, une nouvelle organisation antifasciste allait surgir, en Italie particulièrement, au sein des classes moyennes et des couches d’intellectuels, et déterminer un mouvement d’opposition au fascisme qui devait se concentrer autour de la formule "Giustiza Libertà" (Justice et Liberté).
L’évasion des Iles de Lipari de trois déportés appartenant à ces couches et dont l’un avait dirigé un parti qui s’assignait pour but la défense des intérêts d’une région de l’Italie, de la Sardaigne (Lussu), accéléra l’épanouissement politique de ce mouvement d’opposition très confus dans ses formulations mais parfaitement reconnaissable quant à sa nature par l’appui qui lui était donné par les personnalités marquantes de la démocratie italienne ayant occupé des postes de tout premier ordre dans les gouvernements précédant Mussolini. Au point de vue programmatique, ce mouvement afficha d’abord une sympathie pour les partis socialistes, mais ensuite considéra que son orientation vers le socialisme signifiait aussi une opposition au parti socialiste et que le problème urgent à résoudre résidait dans une rénovation profonde des organisations socialistes menacées par la décrépitude d’anciens cadres incapables de s’acclimater aux nouvelles situations créées par le fascisme. "Justice et Liberté" devait en arriver à préciser son programme par son rattachement à un autre mouvement qui avait vu le jour dans une grande ville industrielle de l’Italie, à Turin, et dont la thèse centrale consistait en ceci : l’Italie n’a pas encore connu une révolution bourgeoise d’une ampleur comparable à celle d’autres pays comme la France. La bourgeoisie italienne se serait trouvée au pouvoir sans que l’appareil de domination ancien des classes seigneuriales, féodales et ecclésiastiques ne soit ébranlé. La tâche essentielle consistait donc aujourd’hui à déterminer cette révolution pouvant d’ailleurs se croiser avec l’ascension du mouvement prolétarien. Le titre de l’organe du mouvement de Turin "Révolution Libérale" indique assez nettement le but essentiel qu’il s’assignait au moment où son chef, un jeune intellectuel d’une grande valeur, devait mourir à l’étranger à la suite des persécutions qu’il avait endurées en Italie. Actuellement, "Justice et Liberté" fait de fréquents rappels au mouvement de la "Révolution Libérale" et parle très ouvertement de la nécessité d’un "nouveau socialisme".
En octobre 1931, « Justice et Liberté" faisait son entrée dans la "Concentration Antifasciste" où on lui réserva la charge du travail à effectuer en Italie.
En considération du fait que les énergies prolétariennes ne se dirigeaient nullement vers le réformisme ou vers la "Concentration", il en résultait que cette dernière avait un intérêt primordial à trouver des éléments disposés à travailler en son nom au sein du mouvement italien, et ces éléments ne pouvaient provenir que des couches moyennes et intellectuelles influencées par "Justice et Liberté". C’est ce qui explique les concessions faites par les réformistes qui, bien qu’étant l’axe de la "Concentration" à l’étranger, renoncèrent à tout contrôle du travail en Italie confié exclusivement à "Justice et Liberté".
Après 1931, des divergences apparaissent au sein de la "Concentration", mais ce n’est pas en fonction de ces divergences qu’il sera possible d’expliquer la dissociation qui vient actuellement de se produire. Cela est d’ailleurs prouvé par le fait qu’au Conseil du 27 mai 1934, il fut encore décidé de maintenir le secret autour de la décision de dissolution : on espérait donc toujours trouver une voie de composition. D’ailleurs le parti socialiste, aussi bien que "Justice et Liberté", feront tous deux des propositions pour maintenir en vie la "Concentration". Si ces propositions n’aboutirent point, cela ne tient nullement à l’opposition irréductible de ces deux mouvements. En effet, le parti socialiste proposait de considérer désormais "Justice et Liberté" comme un nouveau parti ayant ses responsabilités propres et étant de ce fait contrôlable par les autres partis et par la "Concentration" dans son ensemble pour le travail en Italie : des propositions qui n’avaient évidemment rien d’inacceptable pour "Justice et Liberté". Cette dernière proposait, tenant compte qu’une alliance ne pouvait être que d’une durée limitée, de procéder au développement de cette alliance en un parti rassemblant toutes les organisations faisant partie de la "Concentration". Cette proposition de "Justice et Liberté" découlait en somme d’une situation de fait où la revendication politique centrale étant commune (les différents partis proclamant que le but essentiel et préjudiciel à atteindre était d’abattre le fascisme), la dissolution des partis s’était déjà vérifiée. Il ne s’agissait donc en définitive que d’une consécration d’un fait accompli en réalité. Les dédaigneuses considérations opposées par le parti socialiste sur la nécessité du maintien de son organisation ne permettent pas de parler d’une opposition irréductible des réformistes aux propositions de "Justice et Liberté", d’autant plus qu’à la réunion qui devait proclamer la mort de la "Concentration", le parti socialiste présenta un ordre du jour pour le maintien de cette dernière où il concluait ainsi : "L’unité d’action en Italie et à l’étranger sera réalisée par la "Concentration" et sous sa direction". Mais puisque le but de la "Concentration" n’est pas un objectif limité et de portée directe, mais bien le renversement du fascisme, il est clair que cette organisation que les uns et les autres voulaient sauver du naufrage n’était en définitive qu’un parti unique où les différentes formations s’y trouvant avaient cette signification que peuvent avoir des courants déterminés au sein d’un parti quelconque.
C’est donc ailleurs, non dans de profonds dissentiments internes, qu’il faudra rechercher les raisons qui ont déterminé la dissociation de la « Concentration". Nous avons déjà dit que la position centrale de celle-ci était l’attente de la disparition du fascisme contre lequel se rangeraient la classe ouvrière, les paysans, les commerçants, les petits bourgeois dans leur ensemble, et même les grands capitalistes, reprenant le contrôle de leur volonté fourvoyée par les démons fascistes, se souvenant heureusement à temps que le règne du capital est le règne de la démocratie qui, seule, peut lui garantir de grandes conquêtes à l’intérieur, aussi bien qu’à l’étranger. Il est aussi connu que la position centrale de la "Concentration" était la formule de "l’isolement moral du fascisme", c’est-à-dire concrètement l’appui aux gouvernements dits démocratiques afin que ceux-ci hâtent la chute du gouvernement de Mussolini.
Ceci dit, si l’on examine maintenant la réponse que les événements ont donné au plan politique sur lequel la "Concentration" s’était fondée, il ne sera pas difficile de constater que l’absence d’une insurrection prolétarienne, d’un mouvement pour la défense des intérêts partiels des ouvriers finissant par poser directement le problème du pouvoir, a permis au fascisme de procéder à la conversion des rentes, à l’augmentation des impôts, à la réduction des salaires, au plébiscite, à la réforme corporative, sans que le processus escompté de son effritement se vérifie, alors que par contre se vérifiait son renforcement constant. C’est ici que nous trouverons la raison de la mort de la "Concentration". Son acte de décès s’établit, non pas en fonction d’une opposition entre les partis qui la composait, mais découle de l’atmosphère politique où elle s’agitait, finissant par asphyxier ceux qui s’y trouvaient.
Au fond, la dissolution de la "Concentration" n’est donc qu’une confirmation éclatante de la thèse communiste qui affirme que seul le mouvement prolétarien pourra réaliser les conditions réelles pour le renversement du mouvement fasciste et que les formations démocratiques, antifascistes et autres, ne pourront jamais mener une lutte mettant en danger le régime fasciste. Sept années d’un front unique organique, loyal, sincère, réalisé au sein de la "Concentration Antifasciste" italienne, n’aliénant nullement les prérogatives spécifiques à chaque parti, donc une formule de "Front Unique" qui correspond à celle revendiquée par certains milieux prolétariens, n’auront pu susciter la moindre lutte contre le fascisme, alors que les conditions en Italie, la crise économique et les mesures de spoliation imposées par Mussolini au prolétariat aussi bien qu’aux classes moyennes, ne furent jamais plus favorables au déclenchement de luttes.
Il reste maintenant encore à voir si la dissolution de la "Concentration" correspond au renforcement du front prolétarien. Si l’on ne veut pas répondre avec le bluff coutumier aux centristes, il faut avouer franchement qu’il n’y a aucune relation entre la dissolution du front de la contre-révolution, démocratique, et la consolidation du mouvement communiste. L’organe centriste italien [2] qui rivalise en effronterie avec les organes des autres partis, écrivait le 12 mai : "Nous apprenons - et n’avons pas la possibilité de contrôler la nouvelle - que l’organe de la soi-disant "Concentration Antifasciste" cesserait ses publications". Ce qui ne l’empêchait pas, dans le numéro suivant du 19 mai, d’écrire : "L’écroulement de la concentration social-fasciste est un succès du front unique révolutionnaire et une étape vers le renversement du fascisme".
Au point de vue marxiste, cette dissolution trouve son explication essentielle dans le fait que nous avons déjà indiqué, c’est-à-dire dans l’évolution de la situation italienne elle-même, qui enlève toute possibilité et toute base pour un parti (pour nous la "Concentration" était bien un parti qui base son action et son programme sur un front inter-classes : d’appels à toutes les classes pour le renversement du fascisme). La disparition de cet élément de confusion, la clarification qu’apportent les situations, ne correspondent malheureusement pas à un mouvement de cristallisation du prolétariat italien autour de sa formation de classe. Cela est prouvé par l’influence presque insignifiante de notre fraction et par le fait que le centrisme peut seul disposer des moyens financiers considérables permettant le contact et le contrôle des ouvriers qui continuent la lutte révolutionnaire en Italie.
Mais même si au point de vue subjectif nous n’assistons pas au contrecoup du processus qui se vérifie aujourd’hui dans la situation objective, si donc le prolétariat qui est la seule classe capable de renverser le fascisme par le déclenchement de l’insurrection et l’instauration de sa dictature, ne peut trouver actuellement des bases pour sa lutte contre la dictature fasciste, il n’en est pas moins vrai que ce qui ne se vérifie pas aujourd’hui pourra et devra se vérifier demain. Au fond, après la victoire du fascisme, démocratie et social-démocratie perdent une base d’action immédiate car elles sont incapables de livrer une bataille au fascisme. Mais elles ne s’éteignent pas pour cela en tant que forces sociales, encore capables de jouer un rôle important, et peut-être décisif, dans l’intérêt de la contre-révolution et de la défense du régime capitaliste. Demain, quand les contradictions sociales auront bouleversé le régime fasciste, et en même temps préparé l’organisme nécessaire à la victoire révolutionnaire, quand les masses passeront à l’attaque, démocratie et social-démocratie seront à nouveau à leur poste pour proposer des solutions sauvegardant le régime de la propriété privée, tout en faisant croire aux masses qu’elles ont désormais réalisé les conditions pour leur libération de l’exploitation capitaliste. En prévision de ces situations, il faut que le parti socialiste garde une position plus ou moins indépendante pouvant lui permettre de se poser en défenseur des intérêts de classe du prolétariat. Par conséquent, c’est en vue de ces situations révolutionnaires de demain qu’il faut rechercher l’explication de la dissolution de la "Concentration Antifasciste". Cela est d’ailleurs prouvé par la déclaration du parti socialiste italien mettant en évidence son désir de se rencontrer à nouveau avec "Justice et Liberté" ou avec d’autres mouvements, si des possibilités se représentent pour recréer l’Alliance Antifasciste.
Tenant compte que le rôle des forces sociales dans la société bourgeoise, leurs attitudes et leur politique, ne sont pas des produits nés d’une puissance mystérieuse actionnée par le capitalisme, mais représentent les produits directs d’une évolution de la société bourgeoise et de nécessités propres à celle-ci, nous pourrons conclure ces quelques considérations en affirmant que la dissociation de la "Concentration" est en définitive une préparation des meilleures conditions pour briser la lutte des masses dans les périodes révolutionnaires de demain.

Notes :

[1Parti maximaliste : résidu de l’ancien parti socialiste italien après la fondation du parti communiste et le départ des réformistes en 1922.

[2Il s’agit de "Nostra Bandiera" (Notre Drapeau).




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53