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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La chine soviétique
{Bilan} n°9 - Juillet 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 27 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Quand le mouvement communiste surgit en Chine, après la révolution d’Octobre en Russie, il était saturé d’anarchisme, de guildisme, de tolstoïsme, de marxisme légal, de Sun Yat-Senisme, etc. Ces différents courants auxquels se heurta le communisme avaient de très fortes traditions, surtout l’anarchisme et le socialisme, bien qu’à cette époque tous étaient presque évanouis. En particulier, l’anarchisme avait pu trouver un milieu favorable en Chine, grâce à la philosophie de Lao Tseu.
Déjà immédiatement après la révolution nationale de 1911, des éléments de retour de France et du Japon avaient créé une "Société des huit vœux" dont nous parlerons parce que cette société eut une certaine importance. Elle recruta ses membres parmi les couches intellectuelles de la Chine et eut parmi ses adhérents des personnages qui jouèrent, par après, un rôle important dans la politique du Kuomintang (Wan Tin-Wei, etc.). Le programme de la "Société des huit vœux" était la défense d’accepter des emplois de l’État (accepter un mandarinat), occuper un emploi public (antiparlementarisme), être contre la polygamie, contre l’alcoolisme, pour le végétarisme.
A cette époque, il y avait en Chine des communistes-anarchistes influencés par les écrits de Kropotkine et dont le chef spirituel fut Tsou-Fou. Le mouvement socialiste, quant à lui, se rattache au club pour l’étude du socialisme fondé en mai 1911 à Shanghai par Kiang Kan-Hu, alors instructeur à l’Université de Pékin. Ce club se transforma, après la révolution d’octobre 1911, en parti socialiste de la Chine, le premier parti politique qui fut constitué et qui adopta un programme de revendications qui comprenait la nationalisation de la terre, l’abolition du droit héréditaire, la législation sociale, en somme le programme socialiste de l’époque. Le parti socialiste de la Chine exista pendant la brève époque constitutionnelle connue à l’époque. Après la révolte de juillet 1913 dans le sud de la Chine, provoquée par Sun Yat-Sen, il fut dissous par Yuan Tchi-Kay. Par après, quelques essais de reconstitution furent tentés, mais sans aucun résultat. Kian Kan-Hu essaya, même en 1921, d’entamer des négociations avec la IIIe Internationale en spéculant sur le fait que l’I.C. cherchait en Orient à décrocher des éléments à tout prix. Pendant la guerre, il y eut en Chine un mouvement intellectuel dénommé "La Nouvelle Culture" qui se groupa autour de la revue "La Jeunesse" et qui, fondée par Tchen Tu-Siou, propageait une espèce de révolution éthique et littéraire ; il se transforma en mouvement de défense des théories marxistes. Tchen Tu-Siou, qui était le doyen de la Faculté des lettres de l’Université de Pékin et avec lui Li Ta-Chaou, également professeur à cette université, commencèrent à créer cercles ouvriers et écoles du soir pour les ouvriers. Et ainsi, en mai 1920, il fut possible de constituer à Shangai le premier groupe communiste qui fut suivi par ceux de Pékin, Canton, etc.
Le mouvement communiste chinois, qui renfermait des éléments idéologiques tellement hétérogènes qui surgissaient d’un tel milieu, ne pouvait naturellement avoir qu’un caractère très confus, bien qu’immédiatement fut commencé un travail de clarification dans tous les groupes et dans le mouvement de la jeunesse. À ce sujet, pendant la lutte des étudiants contre la pression japonaise qui aboutit à l’agitation anti-nipponne de mai 1919, les éléments gauchistes de ces étudiants créèrent des groupes de la jeunesse socialiste qui furent fédérés, en 1921, en une Fédération socialiste où se trouvaient pèle-mêle communistes, anarchistes, nationalistes petits-bourgeois, tous unis autour du mot d’ordre de la lutte contre les impérialismes étrangers et pour des idées démocratiques du socialisme. Le travail de clarification au sein des groupes communistes et de la jeunesse se développe par étapes. Avant tout par rapport aux éléments anarchistes ayant beaucoup d’influence et avec lesquels la rupture s’effectua sur les problèmes de la dictature du prolétariat et autour de la constitution d’un parti de classe centralisé. Par après, l’abandon de la propagande purement culturelle pour passer à l’action de masse détacha les éléments nationalistes qui étaient contre la dictature du prolétariat, pour la démocratie (Chen Gun-Po, Dai Chi-Tao, etc.). En juin 1921, à Shanghai, les délégués de sept groupes (qui comptaient 60 à 70 membres) créèrent le parti communiste chinois, naturellement illégal. En mai 1922, à Canton, le premier Congrès de la Fédération de la Jeunesse Socialiste donna son adhésion à l’Internationale des Jeunesses Communistes.
Au début, le mouvement communiste était numériquement très peu nombreux et composé, en grande majorité, d’éléments intellectuels. Il se donnait pour but le mot d’ordre abstrait de la soviétisation de la Chine. Il se limitait à diffuser de la littérature bolchevique ou à l’étudier dans des groupes fermés se trouvant en dehors de la lutte réelle de la Chine, sans aucun contact avec les masses ouvrières et encore moins avec les paysans, couvrant du manteau de l’illégalité sa non-participation aux mouvements de classe. Le problème fondamental qui s’imposa immédiatement aux communistes était celui de fixer leur position vis-à-vis du mouvement national et de déterminer leurs rapports avec le Kuomintang. Déjà, en 1921, des délégués du Kuomintang avaient participé au Congrès des travailleurs de l’Extrême-Orient qui avait été convoqué à Irkoutsk par l’I.C., comme pendant au Congrès du Proche-Orient convoqué en 1920 à Bakou. En août 1922, à la Conférence de Hang Tchéou (province de Tché-Kiang), le représentant du Komintern, Maring (c’est-à-dire le "trotskiste" actuel Sneevliet), imposa l’adhésion au Kuomintang en soutenant "qu’il ne s’agissait pas d’un parti de la bourgeoisie, mais d’un parti commun de classes diverses dans lequel le parti du prolétariat devait entrer pour pousser la révolution sociale", position qui devait aboutir au mot d’ordre du bloc des quatre classes : de la grande bourgeoisie, de la petite bourgeoisie, de la paysannerie et du prolétariat, avec le rôle dirigeant... de la bourgeoisie. On commençait, dès lors, la politique de la réorganisation du Kuomintang et de la collaboration de celui-ci avec la Russie, surtout sur les bases d’une aide matérielle et d’une étroite collaboration militaire trouvant son expression dans la mission de Borodine et de Galine en Chine. Les événements de mai 1925 à Shanghai, provoqués par les fusillades de la police anglaise sur des manifestations d’étudiants et d’ouvriers, qui donnèrent naissance non seulement à une poussée du mouvement nationaliste dans toute la Chine mais aussi à l’épanouissement du mouvement ouvrier, éveillèrent la bourgeoisie chinoise qui, devant le danger d’une intervention directe du prolétariat, modifia ses positions au cours des événements ultérieurs. Si, au premier moment, il y eut une rupture entre l’aile droite du Kuomintang, qui exprimait les intérêts de la grande bourgeoisie avec ses tendances de collaboration avec les impérialismes, et la gauche qui exprimait les intérêts de la moyenne et de la petite bourgeoisie, en réalité, l’ensemble des couches bourgeoises s’orientèrent vers une politique de compromission, orientation favorisée par la formation, au sein de la gauche bourgeoise, d’un centre qui s’orienta vers la droite pour barrer la route au prolétariat et se préparer à la contre-révolution ; c’est le centre où, autrement dit, la "nouvelle droite" comme on l’appela (avec comme théoricien l’ancien communiste Dai Chi-Tao et le "bras armé" Chank Kei-Chek) qui exécuta, en mars 1926, le coup d’État de Canton dirigé surtout contre les communistes. Mais l’I.C. était contre toute rupture avec le Kuomintang pour mettre quand même toutes les forces du prolétariat aux côtés de la naissante dictature militaire de Chank Kei-Chek afin de renforcer le gouvernement de Canton transporté par après à Wouhang, et afin de soutenir "l’expédition du Nord" contre Chan Tso-Lin. Le prolétariat continua ainsi à rester sous la direction de la bourgeoisie et, comme s’exprima le représentant de l’I.C., les communistes ne devaient pas lancer le mot d’ordre des Soviets, mais faire "un travail de coolies" pour le Kuomintang. Même après "l’expédition vers le Nord", qui élargit les pouvoirs du gouvernement nationaliste de la région de Canton à Shanghai et qui développa aussi le développement du mouvement ouvrier et paysan, s’exprimant par ces chiffres : 2 830 000 ouvriers organisés au Congrès syndical de juin 1927 et 9 millions de paysans adhérents aux organisations paysannes (nous faisons, bien entendu, toutes nos réserves sur ces chiffres), l’I.C., qui avait alors une délégation sur les lieux, continua à considérer le Kuomintang comme l’organe de la révolution nationale chinoise. Les communistes allaient aux masses sous le nom et la bannière du Kuomintang. Cette politique aboutit, en mars 1927, à l’entrée des communistes dans le gouvernement national. Ils reçurent le portefeuille de l’Agriculture (après que le parti se soit prononcé contre toute révolution agraire et pour "arrêter l’action trop vigoureuse des paysans") et celui du Travail, afin de mieux canaliser les masses ouvrières vers une politique de compromis et de trahison. Le plénum de juillet du PCC se prononça d’ailleurs également contre la confiscation de la terre, contre l’armement des ouvriers et des paysans, c’est-à-dire pour la liquidation du parti et des mouvements de classe des ouvriers, pour sa sujétion absolue au Kuomintang, afin d’éviter à tout prix la rupture avec ce dernier. Pour cette politique criminelle, tous étaient d’accord : de la droite avec Pen Chou-Chek, du centre avec Tchen Du-Siou et de la soi-disant gauche avec Tsiou Tsiou-Bo. Malgré toutes ces concessions, la rupture avec le Kuomintang survint à la fin de juillet 1927, quand le gouvernement de Wouhang exclut les communistes du Kuomintang en ordonnant leur arrestation.

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Après la révolution de 1911, le mouvement syndical se développa rapidement. À côté des anciennes guildes qui groupaient des artisans et des apprentis, on constitua, dans certains centres industriels, les premiers syndicats ouvriers. Mais ce fut surtout la guerre mondiale qui, avec la diminution des importations, provoqua le développement de l’industrie indigène et, en conséquence, un accroissement de la classe ouvrière. Au premier moment, il n’y eut aucune séparation claire entre le mouvement ouvrier et nationaliste, parce que le Kuomintang avait tout intérêt à rechercher l’appui des ouvriers pour son agitation contre l’impérialisme étranger, particulièrement le Japon.
Les premières grèves de 1919-1922 eurent lieu essentiellement dans les entreprises étrangères. Les luttes économiques des ouvriers chinois renforçaient ainsi, en dernière analyse, l’industrie chinoise et appuyaient le mouvement nationaliste. De là une neutralité bénévole de la naissante bourgeoisie industrielle et l’appui des étudiants nationalistes à ces luttes ouvrières. A cette époque appartient la grève des marins de février 1922 qui, avec l’appui du Kuomintang, paralysa complètement les ports anglais de Hong-Kong. À la fin de 1922, les ouvriers organisés étaient de 300 000 environ, groupés autour d’un Secrétariat pan-chinois se trouvant à Shanghai.
Mais, dès la fin de 1922, la situation changea, des grèves se développèrent dans des entreprises chinoises. Cela modifia évidemment l’attitude de neutralité de la bourgeoisie indigène. Déjà en octobre 1922, contre les mineurs de Tan-Chang, fut employée l’armée, mais ce fut surtout Wu-Pei Fou qui, en février 1923, écrasa, avec une violence inouïe, la grève des cheminots de la ligne Pékin-Hankon, ce qui déclencha une vague de réaction dans toute la Chine.
En Chine septentrionale et centrale, le mouvement ouvrier fut réduit à l’illégalité absolue ou à la semi-illégalité. Ce fut seulement à Canton, où Sun Yat-Sen était au pouvoir et en opposition avec les clans militaires du reste de la Chine, que le mouvement ouvrier eut la garantie de la liberté syndicale.
Les événements qui suivirent les fusillades de mai 1925 influèrent grandement sur le développement du mouvement syndical. En juin 1925 commence la grève générale à Canton et Hong-Kong qui se transforma en blocus de Hong-Kong et qui dura vingt mois, c’est-à-dire jusqu’en avril 1927, date à laquelle il fut brisé par la trahison des nationalistes. Au troisième congrès syndical tenu en mai 1926 à Canton étaient représentés 1 274 000 ouvriers. Après l’avance vers le nord, quand fut tenu, en juin 1927, à Hankow, son 4ème congrès, l’Union Ouvrière pan-chinoise déclarait grouper 2 900 000 organisés. Mais si l’on soumet à une brève analyse ces chiffres, on peut constater que cette Union pan-chinoise existait seulement sur le papier et avait peu de contacts et surtout peu d’influence directive sur les Unions ouvrières locales. Seulement les marins, les cheminots et les postiers étaient organisés à l’échelle nationale. Réellement sous l’influence communiste ne se trouvaient que les ouvriers de Shanghai, la Fédération des Cheminots, les mineurs de Tan-Chang et seulement, dans une mesure réduite, les marins.
Le triomphe de la contre-révolution en 1927 a mis partout les syndicats rouges hors la loi et en même temps le Kuomintang a développé un travail d’organisation d’ouvriers dans les syndicats jaunes, dirigés par lui. Dans la suite, on put remarquer un certain travail de réorganisation au sein des syndicats de classe, la Centrale ouvrière pan-chinoise a même tenu des congrès, mais il découle des rapports publics que le travail des syndicats rouges se trouve encore détaché des grandes masses ouvrières. Il s’agit ici d’une conséquence du dédain du parti officiel envers le mouvement ouvrier des villes et aussi d’un résultat du tournant du centrisme vers une concentration de toute son activité vers l’armée rouge et ce que l’on appelle le pouvoir soviétique de la Chine, comme si les ouvriers chinois ne devaient absolument plus avoir confiance en leurs propres organisations de classe et dans leurs luttes, mais attendre vainement leur libération d’une action unique des bandes de partisans rouges.

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Si l’on étudie maintenant la période névralgique de 1926-27, on peut voir que le parti, tout en se transformant d’une petite organisation de 994 membres dont 60 % d’intellectuels (4ème Congrès tenu à Shanghai en janvier 1925) en un parti de masse de 58 000 membres, dont 58 % d’ouvriers, 18 % de paysans, 19 % d’intellectuels, au 5ème Congrès de Wouhan de juin 1927, jouissait d’une influence réelle sur des centaines de milliers d’ouvriers et paysans, sans jouer vraiment le rôle qui aurait correspondu à une telle influence politique. Ainsi, pour ce qui est de la préparation de la lutte armée, la direction du parti a tout fait pour empêcher l’armement des ouvriers et des paysans, la formation de noyaux communistes dans l’armée nationaliste, le travail de propagande en son sein et la lutte pour y gagner des postes de commandement. Pour les dirigeants du parti, l’armée nationaliste n’était pas le peuple armé, mais une armée de mercenaires au sein de laquelle aucun travail politique n’était possible. Le Plénum du CC du Parti, tenu en décembre 1926, avait pris la décision de créer des cellules dans l’armée, mais des cellules formées seulement de commandants avec interdiction d’y faire entrer les simples soldats. La raison réelle de toute cette politique néfaste était, naturellement, celle qui détermina la politique de cette période, c’est-à-dire empêcher toute rupture avec le Kuomintang. On rejeta, à ce Plénum, la proposition de faire entrer en masse dans l’armée les ouvriers et les paysans, ainsi que les chômeurs et les membres des piquets ouvriers qui, surtout ces derniers, avaient une certaine préparation militaire.
Quant, en 1927, le parti entra dans le gouvernement national, aucun communiste ne fut nommé dans le Conseil Militaire. Et au moment de la rupture avec le Kuomintang, les communistes n’avaient dans toute l’armée que des grades subalternes. Seulement deux d’entre eux, Yeh Tin et Ho Heng, dirigeaient chacun un régiment et cela au moment où se produisit le soulèvement de Wanchangt qui conduisit les partisans rouges presqu’aux portes de la ville de Svatof. Il est d’ailleurs caractéristique de constater que, dans toute l’armée "nationale-révolutionnaire", ce furent seulement les groupes de soldats, ayant à leur tête des communistes (donc très peu) qui, au moment du passage définitif du gouvernement de Hankow dans le camp de la contre-révolution, suivirent ceux-ci. Cela démontre les possibilités énormes qui auraient existé pour le parti avec une autre politique, une politique d’action réelle au sein de l’armée, dans l’intérêt de la révolution prolétarienne.
Les mouvements paysans en Chine ont une vieille histoire et on les trouve à côté de tous les grands mouvements sociaux dans l’histoire du pays. Par exemple, la révolte célèbre des Taipings, qui se rattache aux premières interventions de l’impérialisme anglais en Chine (guerre de l’opium) n’a pas été un mouvement provoqué par l’ambition et le fanatisme religieux de ses chefs, comme on l’explique en général, mais fut une réelle révolution agraire qui trouve son explication dans les conditions sociales de la Chine et dans l’oppression des propriétaires fonciers.
Le parti communiste ne s’est pas occupé du mouvement paysan, non seulement à l’époque où il était une petite secte, mais aussi après son développement. Comme l’expliquent très justement les signataires de la "Lettre de Shanghai" [1], jusqu’en octobre 1926, la question de la paysannerie n’a pas été posée, fut-ce même une seule fois. A cette époque fut élaboré un programme de revendications paysannes qui resta lettre morte ; par là-même, il n’apporta aucun changement essentiel dans la tactique du parti relativement à la question paysanne : la ligne ancienne consistant à étouffer la lutte dans les campagnes et à freiner les mouvements paysans se continua intégralement. Au Plénum de décembre 1925 fut adoptée une résolution relative à la question paysanne. Dans cette résolution ne figure pas un seul mot concernant le programme et la lutte agraire ; la résolution répond seulement à la question du pouvoir paysan et naturellement d’une façon négative. Elle dit entre autre "qu’il ne faut pas lancer le mot d’ordre du pouvoir paysan" afin de ne pas effrayer la bourgeoisie. C’est encore la même politique que nous avons constatée au sujet de la question de l’armement des ouvriers : éviter, à tout prix, la rupture avec le Kuomintang. Et pourtant, c’était l’époque où, un peu partout, la paysannerie, spontanément, prenait la terre et tâchait de la défendre les armes à la main contre les propriétaires qui, renforcés par la contre-révolution, passaient à la contre-offensive.
Au même Plénum de décembre, quand il s’agit de l’armement des paysans dans l’Hounan, où existait une véritable "jacquerie" des paysans, la réponse fut tout aussi négative ;
On n’était pas encore arrivé, alors, au mot d’ordre de la Chine Soviétique que l’on arbore maintenant...

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La Conférence du parti d’août 1927 condamna définitivement ce que l’on appela la ligne opportuniste de la vieille direction de Tchen-Dou-Siou et fit table rase des anciens dirigeants, sauf Tsiou-Tsiou-Bo qui, ayant fait une opposition verbale gauchiste, fut élevé en exécuteur de la nouvelle ligne. S’ouvre ainsi l’époque "putschiste" qui trouve son expression dans la Commune de Canton de décembre 1927. Toutes les conditions étaient défavorables pour une insurrection à Canton : le soulèvement agraire en déclin, une armée aux portes de la ville, la population ouvrière de Canton composée surtout d’artisans et de coolies, les seules couches d’ouvriers, les métallurgistes, se trouvant de l’autre côté de la barricade et, malgré cela, le parti voulut marcher à l’assaut, donc au putsch. Il est bien entendu que nous ne voulons en rien diminuer l’héroïsme des communards de Canton qui luttèrent jusqu’à la mort. Mais l’exemple de Canton n’était pas isolé. A la même époque, cinq autres comités régionaux, entre autres ceux de Houpelh et de Shanghai, se prononcèrent pour le soulèvement immédiat. On surestimait maintenant les succès des mouvements paysans qui ne pouvaient avoir qu’un caractère sporadique et ne caractérisaient pas la situation générale de reflux de l’action révolutionnaire et de l’offensive de la contre-révolution victorieuse. Le 6ème Congrès du PCC de juillet 1928 continua à maintenir la perspective de "lutter pour la victoire dans une ou plusieurs provinces". Et ce fut Li-Li-Sian qui fut chargé de l’application de la ligne aboutissant en août 1930, quand les communistes essayèrent de se rapprocher de villes importantes comme Tchangcha et Hon-Kow, à une défaite complète de l’Armée Rouge. Alors ce fut le tour de Li-Li-Sian d’être le bouc émissaire de la défaite. On découvrit soudain "qu’il n’avait pas su consolider la base révolutionnaire", qu’il avait, lui aussi, fait une politique aventuriste. Après la chute de Li-Li-Sian, après un essai de mobilisation des masses sous des mots d’ordre démocratiques, celui de l’Assemblée Constituante en premier lieu, en remplacement de la perspective "de prendre immédiatement le pouvoir dans une ou plusieurs provinces", le centrisme a enfin abouti aux mots d’ordre actuels : "défendez l’Armée Rouge, défendez le gouvernement soviétique chinois, défendez l’Union Soviétique Russe".

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Ces derniers temps, beaucoup de données officielles ont été publiées par le centrisme quant au bilan de sa nouvelle politique en Chine. Nous avons eu, cette année, le rapport de Manouilsky au dernier Plénum de l’I.C., le discours des délégués chinois à cette assemblée et le rapport du président du Comité Exécutif Central de la République Soviétique Chinoise, pour le second Congrès des Soviets Chinois qui doit se tenir cette année. Tous ces rapports ont été reproduits par la "Correspondance Internationale". Nous les prendrons pour base de notre argumentation.
Manouilsky écrit dans son rapport : "le parti chinois a vu, dans l’espace d’un an, monter ses effectifs de 120 000 à 410 000 adhérents, dont 60 000 dans la Chine non soviétique. L’organe central du parti, publié illégalement dans les régions de la Chine non soviétique, dans des éditions spéciales, atteint souvent un tirage d’un demi million. Le parti chinois est, après le parti communiste allemand, le plus grand parti illégal de l’I.C. Il est à la tête d’un État Soviétique couvrant un territoire de 700 000 km2, territoire plus grand que celui de la France et de l’Allemagne, ou d’une autre puissance impérialiste, sauf les États-Unis. Les Soviets chinois disposent d’une Armée Rouge de 350 000 hommes et 600 000 dans les corps de partisans. Cette armée est, d’après les avis de nos pires adversaires, la meilleure armée de la Chine. Elle comprend 30 % d’ouvriers et ses troupes d’élites contiennent 50 % de communistes. L’Armée Rouge a déjà repoussé cinq offensives de Chank Kei Shek".
Pendant la dernière campagne de 1933, 87 divisions de l’armée de Chank Kei-Shek comptant, avec les groupes punitifs formés de Koulaks, 600 000 hommes, ont eu 17 divisions anéanties, 40 refoulées. L’Armée Rouge a fait 80 000 prisonniers et occupé 79 nouveaux districts. En ce moment (en 1934), elle est en train de repousser la sixième offensive opérant d’après un plan élaboré par le général allemand Von Seckt, ancien commandant de la Reischwher, lequel dispose d’avions américains, tanks et chars d’assaut anglais, d’artillerie française. Déjà 15 districts de la province de Szechwan ont été occupés par l’Armée Rouge. Voilà, brièvement résumées, les affirmations de Manouilsky. Malheureusement pour lui, les chiffres cités sont démentis par ceux qui émanent du gouvernement soviétique chinois même. Dans le rapport de ce dernier, on trouve notamment que la tâche centrale de l’année passée fut de briser la cinquième campagne du Kuomintang. L’Armée Rouge aurait détruit... 41 régiments, 6 bataillons et 10 compagnies de 100 hommes chacune. Elle aurait refoulé 8 divisions, 33 régiments, 19 bataillons et 9 compagnies. Comme le lecteur pourra le constater, il y a une certaine différence entre ces chiffres et ceux donnés par Manouilsky au Plénum de l’I.C. En particulier, les 80 000 prisonniers faits soi-disant par l’Armée Rouge se sont brusquement évaporés. Mais, dans ce même rapport, se trouvent encore d’autres données très intéressantes : une brigade des troupes du Kuomintang se serait révoltée dans la région du Szechwan et une autre dans la région de Mahan où aurait été instauré le pouvoir soviétique. Plus loin encore, il est dit que "grâce à notre travail inlassable, la 19ème Armée ne représente plus une force active dans la lutte contre l’Armée Rouge". Or, il se fait que cette 19ème Armée qui, d’après la presse centriste, aurait constitué des Soviets à Shanghai, a néanmoins participé très activement à la cinquième offensive contre les "rouges".
Pour ce qui regarde les soulèvements de troupes gouvernementales, il est incontestable que les dissensions entre les différents clans militaires qui dirigent l’Armée du Kuomintang, les refus fréquents des soldats de combattre parce que non payés, sont tous des faits qui secondent l’Armée Rouge. Mais, en tout cas, il s’agit là de faits accidentels heureux pour les communistes et non des résultats d’un travail de propagande au sein de l’Armée de mercenaires.
Il y a, dans le rapport du gouvernement des régions soviétiques de la Chine, d’autres données qui sont surtout intéressantes si l’on désire les comparer à celles fournies par Manouilsky. Il paraîtrait que l’organe du gouvernement soviétique se diffuserait dans les territoires rouges à 40 000 exemplaires, l’organe de la jeunesse 26 000. D’autre part, "La Lutte", organe du PCC, se vendrait à 22 727 et l’organe de l’Armée Rouge à 17 300. Comme on voit, le tirage de l’organe du parti (22 727) est loin d’atteindre le demi-million cité par Manouilsky et, certainement, ce ne seront pas les régions non soviétiques de la Chine qui permettront de couvrir la différence.
Quelle est réellement la situation actuelle du parti communiste en Chine et la réelle signification de classe de la République des Soviets Chinois ? Pour ce qui regarde le parti chinois, depuis deux années, le Comité Central a été transporté dans les districts soviétiques et il se transforme graduellement en un parti paysan. De même qu’en 1926-27 le centrisme capitula devant la bourgeoisie, aujourd’hui il capitule devant la paysannerie, concentre tout son travail autour de la guerre des partisans rouges des régions soi-disant soviétiques, abandonne tout travail dans les villes, en un mot dissout le parti dans les masses paysannes. Même en acceptant les chiffres donnés par Manouilsky, il subsiste une disproportion considérable entre le nombre d’inscrits au parti dans les zones non soviétiques et dans les zones soviétisées où il s’agit de masses paysannes qui sont enrôlées en bloc pour pouvoir éblouir les ouvriers du monde entier avec des chiffres imposants.
La vieille garde du parti a tout à fait disparu ; beaucoup ont été massacrés par la contre-révolution, d’autres exclus comme "trotskistes", le restant est éliminé de toute activité ou bien chargé de fonctions purement administratives dans les zones soviétiques. Aujourd’hui, c’est l’époque des éléments irresponsables, des étudiants inexpérimentés et pauvrement éduqués de l’École de Moscou, de militants voués au culte de la ligne infaillible du Komintern qui, quand elle fait faillite, parlent de mauvaise application... et du pilote de la révolution Staline. C’est aussi l’époque de la provocation et de la trahison. De nombreux fonctionnaires importants renvoyés du travail sont passés, à plusieurs reprises, ouvertement à l’ennemi et ont provoqué la liquidation de l’appareil illégal du parti, des imprimeries clandestines, donné les chiffres et les adresses, provoqués l’arrestation des responsables du parti qui furent exécutés. Récemment, Chan Kei-Shek a centralisé ce travail de provocation dans l’organisation des chemises bleues dont la majeure partie est composée d’anciens communistes, surtout d’anciens étudiants de l’Université Orientale de Moscou.
Passons maintenant à la République Soviétique Chinoise qui, d’après les thèses de l’agit prop est devenue un des facteurs les plus puissants de la révolution prolétarienne mondiale. Jusqu’en 1930, ont existé des petites zones soviétiques créées autour de mouvements agraires locaux et d’exploits de groupes des paysans ; en somme, des oasis soviétiques qui changeaient de place au fur et à mesure que les différents militaristes envoyaient contre eux des forces supérieures. Peu à peu ces régions se sont localisées dans le centre et dans le sud de la Chine, surtout dans les provinces de Kiansi dans le Foukien occidental, dans le Kwantoung septentrional, dans certaines régions du Houpeh et du Hounan. Il s’agit partout de zones éloignées des villes importantes et qui ne peuvent, de ce fait, exercer aucune influence sur la situation générale. Naturellement, la paysannerie est complètement incapable de jouer un rôle politique indépendant, surtout quand le prolétariat urbain reste passif. Mais tout cela n’a pas empêché les centristes de créer autour des zones soviétisées la conception antimarxiste du "village assiégeant la ville" et des paysans "guides" des ouvriers. Encore au 16ème Congrès du Parti Communiste Russe, Staline affirmait que l’on disait "qu’il s’était formé un gouvernement soviétique dans la Chine". Par après, vers la fin de 1930, on commença à affirmer que, dans différentes provinces de Chine, il y avait plus de 200 districts soviétiques dont la population s’élevait à plus de 30 millions et que les masses influencées par les Soviets représentaient infiniment plus que ces chiffres. Dans les districts soviétiques, tous les éléments contre-révolutionnaires auraient été supprimés et les masses pris possession des entreprises et de la terre. Ensuite, les centristes écrivirent que les forces révolutionnaires de la Chine étaient en train de se donner une direction unique en convoquant un Congrès soviétique national lequel, fixé d’abord pour le 7 novembre 1930, puis le 11 décembre, date de la Commune de Canton, fut tenu effectivement le 7 novembre 1931. Dans le rapport déjà cité de Manouilsky, il est dit que la victoire de l’Armée Rouge est déterminée surtout par le fait que les masses travailleuses de la Chine se rendent compte, ipso facto, par l’expérience de la Chine soviétique, de l’avantage de ce système.
Manouilsky affirme également que le parti communiste a conquis les masses parce qu’il a mené jusqu’au bout la révolution agraire, confisqué la terre et le cheptel des agrariens, des nobles, des koulaks, réglé le commerce et les métiers sans le socialisme (souligné par nous), en organisant le secours public et étatique aux paysans sans bétail. Ce n’est pas encore la dictature du prolétariat mais une forme particulière de la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie. C’est la dictature exercée sous l’hégémonie du prolétariat ( ?) et sous la direction politique unique du parti communiste qui mène la révolution démocratique bourgeoise jusqu’au bout et prend, au cours du développement de celle-ci, une série de mesures socialistes. Tout cela assure une transformation rapide de cette révolution en révolution socialiste à la condition d’élargir le pouvoir des Soviets dans les centres industriels.
Comme l’on voit, quand il s’agit de préciser le caractère de ce pouvoir soviétique, on donne une explication tout à fait confuse et contradictoire. En réalité, les soi-disant Soviets instaurés dans les régions occupées ne sont pas établis sur la base de la lutte des classes entre la paysannerie et les propriétaires fonciers (nous ne parlons même pas de dictature du prolétariat). Dans la plupart des districts soviétiques, les paysans riches, et même les propriétaires fonciers, s’introduisent dans les Soviets, dans l’Armée Rouge, dans les nouveaux organes du pouvoir. Il est à remarquer que ce n’est pas nous qui affirmerons cela, mais le bulletin officiel du PC qui s’appelle "La Construction du Parti". La terre est partagée au profit des riches. Dans d’autres régions soviétiques, les dirigeants ne réalisent pas le partage de la terre, la confiscation des boutiques, mais lancent le mot d’ordre de "protéger" les marchands. Souvent les Soviets ne sont que des groupes de paysans pauvres en lutte contre les paysans au travail et qui, dans beaucoup de cas, se trouvent soutenus par les classes supérieures du village. La socialisation est si peu développée que, d’après le rapport du Comité Central du gouvernement soviétique chinois, les Soviets tirent "la presque totalité de leurs revenus des confiscations et des réquisitions d’exploiteurs". De cela se dégage la conclusion de combien les exploiteurs doivent encore être puissants dans les "zones soviétiques". Presque continuellement on peut lire dans la presse centriste que les fautes commises ont été corrigées, que l’appareil soviétique a été épuré d’éléments de classes étrangères qui s’y étaient glissés, qu’il faut essayer d’extirper le féodalisme "sans s’attaquer aux paysans moyens". L’application des lois soviétiques du travail dans les villes (?) et les campagnes ne se fait pas sans résistance de la part des capitalistes et des koulaks. Comme on voit, de tout cela se dégage la difficulté qu’il y a à concilier l’affirmation quant à la confiscation de la terre des propriétaires fonciers et des terres fertiles des koulaks et la réalité que les uns et les autres sont encore si puissants et peuvent "fournir la presque totalité des revenus aux Soviets".

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Une preuve du bluff de la presse centriste a été fournie par les récents événements de la province de Foukien. A la fin de 1933, une clique s’est séparée du Kuomintang en créant "un gouvernement populaire" avec une phraséologie anti-impérialiste. Le Foukien se trouve lié à la "zone soviétique centrale". Mais le parti communiste de Chine qui, d’après les thèses de l’Agit. prop. représente le seul guide de la lutte inter-impérialiste de tout le peuple chinois, s’est limité à publier un beau manifeste. D’autre part, l’Armée Rouge, la meilleure armée de la Chine d’après Manouilsky, s’est bien gardée d’intervenir dans ce conflit entre militaristes chinois pour chercher à avancer vers la mer en essayant de conquérir une de ces grandes villes qui peuvent donner une certaine consistance à tout le mouvement soviétique chinois.
Un autre exemple encore plus récent, au sujet du bluff que l’on fait autour des perspectives révolutionnaires en Chine, est fourni par le fait que le 1er mai 1934 s’est déroulé dans la plus complète indifférence dans toutes les villes industrielles de la Chine. A Shanghai, le pouls de la Chine, où eurent lieu les trois grèves générales de 1927, où, selon le rapport du délégué chinois au dernier Plénum élargi de l’I.C., l’organisation du parti avait créé, en une seule année, 92 nouvelles cellules dont 72 dans les usines et les ateliers, le prolétariat démoralisé par les dernières grèves qui, sans direction, avaient évidemment échouées, fut absent et pas même de simulacres de démonstrations (que nous eûmes ces dernières années) n’eurent lieu. La seule démonstration qui fut organisée fut celle des nazis qui, la croix gammée déployée, manifestèrent devant le consulat allemand où des orateurs fascistes marquèrent l’interprétation du Premier Mai fasciste.
Il découle de toutes ces considérations qu’il n’existe pas de Chine soviétique actuellement. L’écrasement du prolétariat en 1927 par les forces du Kuomintang a brisé toute possibilité de prise immédiate du pouvoir en Chine. Comprendre cela c’est aussi comprendre tout ce qu’a de vain le bavardage centriste sur la Chine soviétique et c’est définitivement juger la ligne politique de la bureaucratie centriste de Moscou, qui a déjà sacrifié la révolution chinoise en 1927 au nom de compromissions avec le Kuomintang et qui, aujourd’hui, pousse le PCC à s’isoler des villes au nom de la défense de territoires soi-disant soviétisés.
Le problème essentiel pour le prolétariat chinois est de parvenir à rompre avec l’orientation du centrisme, à se grouper autour de nouveaux organismes qui soient à même de donner une réponse prolétarienne aux défaites de 1927, qui se préparent à traverser les situations de demain qui verront les différents impérialismes s’affronter pour le partage total de la Chine, et qui verront la fin catastrophique des châteaux de sable du centrisme. Seulement le prolétariat, appuyé par les paysans, derrière sa fraction de gauche, pourra contre les impérialismes, contre sa bourgeoisie nationale, hisser à nouveau le drapeau de la révolution prolétarienne.

Gatto MAMMONE


La trahison des partis communistes n’est pas une donnée psychologique mais historique. Ce ne sont pas les gestes politiques des dirigeants opportunistes qui font passer le parti dans le camp de l’ennemi, aussi bien que ce n’est pas le traité d’amitié de l’URSS avec l’impérialisme italien, ou les nouvelles relations avec l’impérialisme français qui modifient la nature de l’État russe qui reste basé sur la socialisation des moyens de production. Le camarade Trotski, qui plaçait la clef des événements pour la victoire de la Révolution dans le Parti Communiste allemand dirigé par le centrisme, est certainement déconcerté par la position politique que les partis communistes ont adoptée lors de la victoire du fascisme. Pour nous, cette conclusion était inévitable car nous placions la clef de la situation entre les mains de la fraction de gauche. Celle-ci n’existant pas et rien n’étant fait pour sa construction, aucune force ne pouvait, par conséquent, être mise en œuvre pour la défense du prolétariat allemand.
La victoire de l’opportunisme au sein du parti ne signifie pas le passage de celui-ci à l’ennemi ou sa manifestation en tant que force sociale au service de l’ennemi. L’opportunisme révise le marxisme et propose de nouvelles méthodes de lutte du prolétariat. Au sein des partis socialistes, avant 1914, l’opportunisme préconisait la conquête graduelle de l’État en substitution de la lutte révolutionnaire pour sa destruction. Pour gagner le prolétariat, l’opportunisme faisait miroiter l’importance croissante du syndicat et du parti, appelés à jouer un rôle dans les questions parlementaires et ministérielles. Les différentes phases traversées par l’opportunisme, au sein des partis de la Deuxième Internationale, ont été évidemment autant de phases de régression du prolétariat et de progrès de l’influence du capitalisme en son sein. Le prolétariat, à défaut de la fraction de gauche, a dû attendre l’épanouissement de la fonction de l’opportunisme : sa trahison, avant de passer à la construction de nouveaux partis. D’ailleurs, la fraction elle-même n’a élaboré les nouvelles positions historiques pour la lutte du prolétariat qu’après 1914, et surtout par la voix de Lénine dont les travaux antérieurs ont été les prémisses indispensables aux conclusions établies après la trahison des partis socialistes.

(De la résolution du CE, fraction de gauche du PCI)

Notes :

[1Il s’agit d’une brochure éditée par le "Redressement Communiste" en France en 1928 et écrit par la minorité de la délégation de l’I.C. en Chine.




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