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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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En marge du front unique
{Bilan} n°10 - Août 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 27 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Le 27 juillet a été signé un pacte d’unité entre le parti communiste français et la S.F.I.O. Celui-ci contient, entre autre points, la défense des libertés démocratiques, ou plus simplement de la République démocratique bourgeoise. D’autre part, le P.C. renonce définitivement à mobiliser le prolétariat pour la guerre et proclame sa discipline à la bureaucratie syndicale reconnue souveraine et incontrôlable.
Nous avons caractérisé ce front unique de "bloc de transition". Déjà deux faits marquent son véritable caractère. Les mineurs polonais de l’Escarpelle sont frappés pour leur solidarité de classe contre les expulsions, sans que ce front unique lance le moindre appel pour leur soutien. Au surplus, les socialistes pourront profiter de ce mouvement pour mener une campagne anti-communiste, sans que les centristes opposent la moindre résistance État [1]. En second lieu, au sujet de la guerre, nous assistons à la conversion manifeste du point de vue du parti communiste. Ainsi la manifestation des deux partis devant le Panthéon donne lieu à une glorification de Jules Guesdes par la S.F.I.O. qui veut sans doute rappeler que ce dernier fut ministre de l’Union Sacrée pendant la guerre, pendant que le centrisme se tait et glorifie Jaurès et Staline... Au sujet de la défense nationale, Zyromski peut écrire dans le "Populaire" du 5 Août 1934 : "là encore (sur la question de la défense nationale) il y a au fond plus de malentendus que de désaccords substantiels. Je serais moins affirmatif si je me trouvai en présence de "pacifistes intégraux" imprégnés de cosmopolitisme anarchisant. Ce n’est pas le cas.
L’internationalisme prolétarien ne fait pas fi (et les bolchéviks l’ont prouvé à maintes reprises) des "libertés nationales", pas plus que des "libertés démocratiques".
Voilà qui est parler clair, les libertés démocratiques s’identifient donc avec la défense nationale : la base de la mobilisation du prolétariat français pour la guerre s’ébauche sans "malentendus". Vandervelde, à la récente manifestation des Jeunes Gardes à Liège, n’a-t-il pas déclaré que les socialistes, à l’encontre des forces de la réaction, veulent rendre "les baïonnettes intelligentes" !
La culbute centriste allant du "social-fascistme" à "l’unité d’action" , se relie à la politique de l’État Soviétique qui aide le capitalisme pour écraser le prolétariat, en échange de l’appui de la bourgeoisie internationale pour le succès des plans quinquennaux. Le télégramme des mencheviks de Kasan et les notes aimables échangées entre "l’Humanité" et le "Populaire" permettent de saisir la portée du front unique réalisé en France et ses perspectives. Au fond, le problème se pose ainsi : l’avenir du front unique est l’avenir de l’État Soviétique. Si ce dernier évolue graduellement vers sa transformation en État bourgeois, l’accord des deux partis sera durable et ses conséquences énormes. A l’heure actuelle, la thèse d’une transformation graduelle de l’État soviétique parait être confirmée, par les nécessités de sa défense contre une attaque du Japon. L’Internationale socialiste, dans son appel du 4 août 1934, jette d’ailleurs l’alarme contre la guerre de spoliation que prépare le Japon contre l’Union Soviétique.
Mais si la perspective était autre et que le renversement des bases de classe de l’État russe ne serait possible qu’au travers de la guerre (ce qui nous parait plus probable), toute la campagne du front unique tomberait lamentablement. Dans ce cas, l’accord qui vient de se réaliser n’aura eu d’autres effets que de noyer la poussée de lutte des ouvriers français, consécutive aux événements du 6 février, et d’acheminer le parti communiste français vers sa dissolution.
Encore une fois, l’expérience vient de démontrer la justesse de notre position envers le front unique qui, pour être un facteur de l’évolution des luttes prolétariennes, doit s’appuyer uniquement sur les intérêts et les organisations de classe du prolétariat.
En France, les centristes abdiquent leur liberté de critique, soulevant ainsi la protestation des bolchéviks-léninistes. Mais, en Belgique, ces derniers réaliseront un front unique (30 jeunes "léninistes", près de 150 jeunes centristes contre plus de 20.000 Jeunes Gardes Socialistes) qui se base sur l’interdiction, fermement reconnue et stipulée, d’émettre des critiques réciproques. Voilà bien une note comique dans les coups de théâtre destinés à étourdir le prolétariat.

Notes :

[1L’ "Humanité" du 21 août répond bien au président réformiste des mineurs K. Legay, mais avec douceur...




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