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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’acte désespéré des mineurs de l’Escarpelle
{Bilan} n°10 - Août 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 27 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Le lundi 6 août des mineurs polonais de la fosse de l’Escarpelle, à Laforest décidaient de faire la grève au fond du puits pour protester contre l’expulsion de 11 de leurs camarades, par le gouvernement national de "trêve".
La réaction du capitalisme français devant cet acte héroïque de résistance fut extrêmement violente : soixante et onze familles polonaises ont été expulsées.
Le prolétariat français, qui lors de l’affaire Sacco et Vanzetti a démontré que la solidarité internationale n’était pas un vain mot, n’a cependant pas réagi à cette attaque contre les ouvriers polonais qui luttèrent fraternellement avec eux contre les magnats de la houille.
C’est que les ouvriers français sont aujourd’hui incapables de défendre leurs revendications sans revendications de classe, c’est que malgré toutes les criailleries sur le front unique, le capitalisme applique tous ses plans de compression. Les mineurs de l’Escarpelle ont entamé, en désespoir de cause, une lutte isolée qui ne pouvait qu’être sauvagement réprimée par le capitalisme. Peut-être bien ont-ils voulu, par leur geste héroïque, par leur sacrifice, faire comprendre aux travailleurs français la sombre tragédie de leur abandon qui les met à la merci de la bourgeoisie.
Mais leur geste s’est déroulé dans l’indifférence générale de la classe ouvrière que centristes et socialistes détournent de ses devoirs de classe au nom d’un front unique "contre le fascisme et la guerre".
Il est caractéristique de constater que le "Populaire" avec tous ses gauchistes, a soutenu l’ignominie du président du syndicat confédéré des mineurs du Nord, Kléber Legay, qui grâce à des promesses mensongères fit cesser la grève, étouffant ainsi ce cri de souffrance qui aurait pu réveiller l’attention solidaire des ouvriers. La gendarmerie arriva immédiatement après, pour parfaire l’œuvre de Legay, qui aujourd’hui ose se présenter en sauveteur des émigrés contre les "provocateurs", les "responsables" de ce mouvement faisant le jeu de la presse nationaliste. La social-démocratie ne dira évidement pas que ce qui est provoquant, c’est bien l’attitude ignoble de Legay et ses manœuvres pour isoler ce mouvement de classe de la lutte des ouvriers français. Quant au centrisme, tout en soutenant les mineurs de l’Escarpelle il ne fit rien pour généraliser ce mouvement parmi les mineurs français, en faire le signal d’une lutte générale contre le capitalisme. Probablement, une pareille attitude aurait-elle eu pour conséquence de briser son action du front unique.
En conclusion, ces derniers événements montrent que les ouvriers étrangers, abandonnés par un prolétariat qui se désagrège sous l’influence dissolvante des forces contre-révolutionnaires, deviennent une proie que le capitalisme emploiera - comme les bagarres de Lyon entre français et supplanteurs algériens le prouvent déjà - contre ses propres exploités, s’il ne les offre pas comme un dérivatif nationaliste à l’effervescence des différents prolétariats.




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