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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Une résolution de la Ligue des Communistes de Belgique
{Bilan} n°10 - Août 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 27 novembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Mouvement Communiste International

1. - La lutte qui se développe, tant à l’échelle nationale qu’à l’échelle internationale, entre le capitalisme et le prolétariat, pose l’alternative : guerre ou révolution. Dans la période décadente du capitalisme, ces deux termes représentent les frontières entre lesquelles va l’évolution de la société. Guerre, parce que le capitalisme détermine des contradictions économiques entre impérialismes et que c’est seulement en abattant et pillant leurs rivaux que ces impérialismes peuvent surmonter les antagonismes sociaux qui surgissent en leur sein. Révolution, parce que le degré atteint par la division de la société en classes et par le travail collectif des masses permettent à ces dernières de se forger une conscience historique. Celle-ci trouvant son expression dans le parti révolutionnaire et autres organisations prolétariennes, oppose au capitalisme la société communiste. Le fascisme représente l’élément auquel recourt le capitalisme lorsqu’il est impuissant à faire disparaître les remous révolutionnaires du prolétariat. Cette impuissance peut résulter de situations économiques particulières imposées par les vainqueurs de la dernière guerre à des pays comme l’Allemagne, ou des conditions nées de la guerre comme en Italie et qui rendirent nécessaires la destructions des organisations du prolétariat afin de pouvoir préparer sa mobilisation en vue du nouveau partage du monde. Le fascisme surgit surtout là où les contrastes sociaux et les faiblesses de l’armature capitaliste amenèrent le prolétariat à lutter pour la révolution.
En Belgique, comme dans les autres pays, à l’approche de la guerre qui se dessine et à laquelle ce pays ne pourra rester étranger, et sous les contrastes sociaux de plus en plus aigus de par la crise économique, les classes possédantes éprouvent le besoin de renforcer leur appareil de domination suprême : l’État. Le besoin de renforcement de l’État croît dans la mesure où s’approfondissent les antagonismes de classes. L’État démocratique parlementaire, qui est le produit d’une période ascensionnelle du capitalisme, laquelle se développait sous le signe de la liberté relative des forces sociales mises en oeuvre, ne convient plus. La bourgeoisie a besoin d’opérer, en premier lieu, une plus grande concentration de ses propres forces autour de l’État et ensuite doit porter un coup décisif aux libertés conquises par les travailleurs et à leurs organisations. La question de savoir si ce renforcement étatique sera obtenu par le recours au fascisme ou bien par l’instauration d’un régime où la bureaucratie syndicale de la social-démocratie serait incorporée entièrement à l’appareil gouvernemental n’est, pour les travailleurs, qu’une question secondaire. Le "choix" de la bourgeoisie ne dépend pas d’une modification de sa volonté mais uniquement de ses possibilités de surmonter les antagonismes sociaux et de faire servir les couches petites bourgeoises sur lesquelles elle s’appuie (classes moyennes, bureaucratie syndicale et aristocratie ouvrière) à ses propres fins. Mais quelque soit le régime choisi, il est clair qu’il ne peut atteindre son but que grâce à une défaite sérieuse infligée à a classe ouvrière et en lui enlevant sa liberté d’action.

2. - La lutte pour la défense du niveau de vie du prolétariat et des libertés conquises ne peut se faire sous le mot d’ordre de la défense de la démocratie en général. La victoire ne peut être acquise que si le prolétariat dépasse ce mot d’ordre et se groupe autour d’objectifs révolutionnaires.

3. - La seule solution gouvernementale que les communistes puissent accepter et la seule qu’ils peuvent propager, c’est la dictature du prolétariat. Toutes les autres formes de gouvernement doivent être dénoncées et combattues comme des formes de la dictature du capital.
Les communistes participent à toutes les luttes déclenchées par les travailleurs ou par leurs organisations, même si ces luttes sont dirigées par les social-démocrates ou ne visent la poursuite d’aucun but révolutionnaire. La tâche des communistes est d’amener les travailleurs à la conscience de leurs réels intérêts et de sauvegarder l’unité dans la lutte.

4. - Dans la période actuelle de lutte contre la réaction, les communistes posent comme mot d’ordre principal : la défense du droit à la vie, donc contre toute nouvelle aggravation du sort des travailleurs et pour assurer du travail à tous. Ils propagent comme moyen de lutte la grève générale.

5. - La seule action pour le front unique qu’il faut poursuivre est celle qui permet à la classe ouvrière de réaliser son unité révolutionnaire, c’est-à-dire celle qui permet aux travailleurs de prendre conscience de leur destinée. Une pareille unité doit laisser intactes les prérogatives des partis qui y participent. Ce front unique ne se présente pas dans les circonstances actuelles comme une alliance de partis, mais comme l’adhésion aux actions décidées par les organisations de masses qui réunissent les travailleurs sans distinction de partis. L’action pour le front unique réside aussi dans le fait d’amener ces organisations à admettre tous les travailleurs dans leurs rangs et à leur reconnaître et garantir des droits politiques égaux. En Belgique, l’action principale pour le front unique est celle qui consiste à amener les syndicats et les milices ouvrières à y constituer, à admettre dans leur sein l’ensemble des travailleurs.

6. - La Ligue des Communistes Internationalistes représente un courant indispensable à la formation du parti révolutionnaire. Il représente une partie de la conscience de l’avant-garde du prolétariat formée au cours des luttes autour du Parti Communiste d’abord, de l’Opposition Communiste ensuite. Elle oppose au bolcheviks-léninistes un respect plus grand des principes du communisme et la recherche vers leur approfondissement. La Ligue est prête à s’unifier avec les bolcheviks-léninistes dès que ceux-ci lui garantiront le droit, dans la nouvelle organisation, à la confrontation, à la lumière de l’expérience, de ses bases d’action avec le programme des bolcheviks-léninistes, cela en vue de l’élaboration d’un programme définitif et étant entendu que ce droit à cette confrontation lui sera garanti par la liberté de se constituer en fraction.
Les bolcheviks-léninistes tentent de se rapprocher des gauches socialistes et espèrent peut-être fusionner avec elles. Au cas où cette fusion se réaliserait, la question de la fusion de la Ligue avec les bolcheviks-léninistes devrait être réexaminer entièrement sur la base de la nouvelle situation.

7. - La crise dans la social-démocratie commande une attention particulière pour gagner au communisme les éléments sains animés d’un esprit de lutte et qui commencent à comprendre la trahison du réformisme. Cette préoccupation ne peut nous amener à un soutien quelconque à la gauche socialiste groupée autour de l’"Action socialiste". Ce courant, par son opportunisme, ne facilite pas mais au contraire s’efforce d’empêcher l’évolution de ces éléments vers le communisme. La phraséologie gauchiste du P.O.B. s’exprimant particulièrement au travers du Plan De Man, avec son semblant de revendications de nationalisation des banques, ne facilité pas on plus la mobilisation des ouvriers autour des buts révolutionnaires. Bien au contraire, cette phraséologie constitue un obstacle de plus à cette mobilisation. Aussi, l’avant-garde ne peut-elle s’empêcher, malgré ses forces minimes, d’opposer dès maintenant et en toute circonstance, ses objectifs aux buts réels du réformisme que cache cette phraséologie.

8. - Le cours des événements ne manquera pas de mettre en relief la contradiction qui existe entre les sentiments de classe poussant les ouvriers vers le communisme et l’auto-limitation de la politique du communisme centriste qui pousse l’action socialise dans une impasse. Il appartiendra à la Ligue de retirer de cette contradiction le maximum de résultats en vue de son renforcement.

9. - La Ligue, qui vient de faire les premiers pas pour se tracer un programme, doit persévérer dans cette voie. Sans attendre cependant que ce travail ne soit poussé plus avant, il y a lieu de faire un effort pour donner une plus grande publicité aux positions prises sur les divers problèmes. Un raffermissement des liens organiques permettant une plus grande coordination de l’activité des groupes est nécessaire. Le premier pas doit être fait surtout dans le chemin de la centralisation.
En ce qui concerne le travail pour l’établissement d’un programme, il y a lieu de mettre les questions suivantes en discussion : la question de la guerre, la question russe, l’Internationale et le parti révolutionnaire nouveau.


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