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La Mandchourie
{Bilan} n°11 - Septembre 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 12 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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La Mandchourie, le plus important et le plus riche territoire de la Chine, s’étend au Nord-Est de l’Asie, à l’Est de la Mongolie, dans ses trois provinces "historiques" de Liao-Ning (Moukden), Heilung-Kieang (Amour) et Kivin, sur une superficie d’à peu près un million de km2 avec une population évaluée en 1930 à 30 millions d’habitants. Cette population, en dehors de 4 à 5 millions d’autochtones mandchous et mongols, est formée par des chinois : 14 millions fixés au sol depuis plusieurs générations et que les seuls les autochtones peuvent distinguer, et de 10 millions d’immigrés pendant les dernières années, attirés par le développement économique du pays ou réfugiés pour fuir les guerres civiles. Il y a aussi un million de coréens et 250 000 japonais, nombre qui augmente à mesure que se développe la pénétration nippone.
La mise en valeur des ressources de la Mandchourie est récente : elle date de l’année 1895 quand le Japon victorieux de la Chine inaugura ainsi son entrée sur le continent asiatique.
Il est vrai que les avantages acquis par le Japon après sa victoire lui furent en partie ravis au profit de la Russie qui entrepris sans retard la construction de chemins de fer transmandchouriens et qui équipa les ports.
Les efforts de la Russie et du Japon se portèrent donc en premier lieu sur les voies ferrées. Ce qui aboutit aux deux grandes lignes transversales qui sillonnent la Mandchourie : le chemin de fer de l’Est chinois qui relie directement Tchita à Vladivostock en raccourcissant de 1 000 km le trajet du transsibérien et le chemin Sud-Mandchourien qui relie Kharbine à Port Arthur.
Le développement économique suivit de près celui des voies ferrées et la Mandchourie se trouva partagée entre sa partie nord, la plus vaste et boisée, constituant la sphère d’influence russe avec comme centre commercial Kharbine et sa partie sud la plus peuplée, grâce à son climat tempéré et la fertilité de son sol, mais soumise à l’influence japonaise avec son commerce concentré autour de Moukden et surtout autour du port Dairen (Dalni).
La pénétration japonaise commencée dans la partie méridionale de la Mandchourie s’étendit toujours plus vers le nord. Les raisons de cette expansion nippone se trouvent être à la fois militaires et économiques.
La raison de la sécurité d’abord : pour se protéger stratégiquement, le Japon devait occuper la côte la plus proche de ses îles, porter la ligne de défense sur le continent en constituant une zone tampon protectrice à défaut d’un annexion directe.
La Corée avait joué ce rôle envers la Chine. Lorsque la Chine manifesta l’intention de rétablir sa suzeraineté effective sur la Corée, le Japon provoqua la guerre de 1895 et après sa victoire, la Corée passa sous un consortium sino-japonais que le traité de Pékin de 1905 transforma en protectorat strict du Japon, aboutissant à l’annexion définitive de 1910. De cette façon fut écartée la menace chinoise.
Mais restait le danger beaucoup plus menaçant de la Russie qui trouvait dans la Mandchourie un champ pour ses appétits propres. La Russie, comme nous l’avons déjà dit, avec l’appui des puissances, était parvenue à détourner à son profit une partie des avantages acquis lors de la victoire nippone sur la Chine et installée à Port Arthur, régnait en Mandchourie en lieu et place des Japonais, poussant activement la construction des chemins de fer d’après ses intérêts militaires et économiques.
La guerre éclata en 1904-1905 entre la Russie et le Japon, et la Russie fut battue comme l’avait été la Chine. Cependant il faut remarquer que si la Russie avait continué la guerre il lui aurait été possible de réduire son adversaire par une guerre d’usure.
L’Europe, qui avait alors d’autres soucis, la guerre impérialiste étant en marche, s’était cette fois désintéressée ou presque - elle empêcha cependant le Japon d’obtenir une grosse indemnité de guerre - de ce conflit. Le Japon, par les traités de Portsmouth et de Pékin en 1905, recueilli la succession de la Russie en Mandchourie.
Il obtint Port Arthur et Dairen, l’extrémité sud de la presqu’île de Lian-Toung, c’est-à-dire une base certaine pour sa politique ultérieure d’agression en Chine.
Mais aussi des raisons d’ordre économiques poussaient le Japon dans "sa marche vers le continent". À côté du problème de la surpopulation - l’archipel japonais contient 60 millions d’habitants et la Mandchourie malgré ses 30 à 35 millions pourrait facilement en nourrir cent millions - la conquête de la Mandchourie s’inspirait aussi de la nécessité d’acquérir des marchés étrangers pour obtenir le complément de produits nécessaires à l’alimentation des matières premières nécessaires à l’industrie et aussi pour écouler les produits de cette industrie. La Mandchourie, avec les ressources dont elle dispose et les vastes possibilités qu’on pourrait en obtenir, était tout à fait désignée pour répondre au rôle de fournisseur et client du jeune impérialisme japonais.
Le sol mandchou comporte, surtout dans les plaines du sud et du sud-ouest, 400 000 km2 de terres cultivables d’une remarquable fertilité et dont la moitié à peine est mise en valeur. Les principales cultures sont les soyo (sortes de fèves), les sorgho (sorte de millet), le maïs, l’orge, le blé, riz, etc. Le reste du pays se divise entre des steppes propres à l’élevage (vingt millions de têtes de bétail, dont sept millions et demi de porcs, deux millions et demi de bétail ovin, deux millions et demi de chevaux et un million et demi de bovins, etc.), et forêts qui couvrent les régions montagneuses du Nord et de l’Est. La Mandchourie du Nord abonde, en outre, en animaux à fourrure. Les richesses du sous-sol sont encore en grande partie inexploitées, mais d’importants gisements de charbon sont déjà en exploitation surtout dans la région de Moudken et dans celle de Kirin (production annuelle de plus de dix millions de tonnes). Les réserves de charbon sont évaluées à plus d’un milliard et demi de tonnes. On extrait également dans la région de Moudken du minerais de fer et on trouve un peu partout de la magnésie, du plomb, du cuivre et même de l’or.
Sous l’effort de l’expansion japonaise, le commerce extérieur de la Mandchourie monta de 52 millions de täels en 1907 à 736 millions en 1930 ; la superficie cultivée de 17 à 31 millions d’acres ; la population de 16 à plus de 30 millions d’habitants.
Grâce aux techniciens japonais et aux capitaux nippons - ces derniers atteignirent presque deux milliards de yens, soit 75 % de l’ensemble des capitaux étrangers investis en Mandchourie - surgirent des centaines d’usines, l’exploitation des mines fut activée.
Le port de Dairen, le seul port de l’Asie septentrionale restant libre des glaces pendant l’hiver et dont la seul construction coûta au Japon un milliard, atteignit le trafic annuel de 14 millions de tonnes.
La victoire de 1905 transféra au Japon l’exploitation de la ligne de chemin de fer du Sud manchourien, prolongée par après jusqu’à Antoung où elle se relie au chemin de fer coréen. Cette ligne qui devait faire la concurrence à l’Est chinois, est gérée par une société japonaise avec un capital de 440 millions de yens et un actif évalué à 1 140 miilions de yens. Son trafic de marchandises a atteint en 1926, 16 millions et demi de tonnes de marchandises et 9 millions de voyageurs. Un accord ultérieur avec la Chine en 1925, a reconnu au Japon le droit de disposition du terrain bordant la voie ferrée pour ses besoins industriels et commerciaux.

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La pénétration japonaise s’accomplit en Chine sans que jamais fut pose la question de la souveraineté de la Mandchourie. Les traités de 1905 confirmèrent les baux japonais qui devaient expirer en 1923 et par le traité de 1915, dit des 21 demandes, le Japon, héritier des droits russes, prolongea ses baux sur la presqu’île de Liang-Toung jusqu’en 1997 et pour le chemin de fer du Sud mandchourien jusqu’en 2002.
La Mandchourie continua cependant à rester territoire chinois. En réalité, bien que les destinées de la Mandchourie et de la Chine furent liées dans le passé et que les Mandchous chasseurs, pasteurs et cavaliers nomades comme leurs congénères les mongols, après avoir conquis Pékin en 1644, imposèrent au reste de la Chine leur dynastie - qui dura jusqu’en 1911 - il n’y eut cependant aucune fusion. Les empereurs mandchous firent de la Mandchourie la propriété privée de la couronne et les mandchous devinrent soldats ou plutôt des prétoriens dont l’empereur payait obligatoirement les frais de mariage et de funérailles.
La révolution chinoise de 1911 qui amena la chute de la dynastie mandchoue, détermina une nouvelle phase dans les rapports entre la Chine et la Mandchourie. La nouvelle république chinoise mit à la tête de la Mandchourie, comme des autres provinces, un général auquel elle faisait confiance. Ce fut Chang Tso-Ling qui fut nommé. Ancien chevrier, par après bandit, puis général-maréchal et finalement "super tuchun", c’est-à-dire gouverneur des trois provinces de l’Est et sorte de souverain sans couronne de la Mandchourie.
Un proverbe chinois dit : "le bandit stupide engraisse le terrain avec son cadavre, le bandit intelligent devient empereur". Chand Tso-Ling rêva de devenir empereur de toute la Chine - à l’instar de la dynastie des Mand dont le fondateur avait été un lama devenu brigand lui aussi - et dès 1912 il essaya la première marche sur Pékin. Mais vaincu, il dut repasser la Grande Muraille. Destitué pour sa félonie il riposta en proclamant l’indépendance absolue de la Mandchourie, qu’il notifia même aux puissances étrangères, ce qui passa au moment même inaperçu. En 1924 il règla directement avec les Soviets le problème du chemin de fer de l’Est chinois. À la même époque, Chang Tso-Ling s’empara de Pékin, mais chassé l’année suivante par le général "chrétien" Feng, il dut s’enfuir en Mandchourie et fut sauvé grâce à l’intervention japonaise dont il devint l’instrument plus ou moins conscient. Reprenant l’offensive en 1925, Chang Tso-Ling s’empara à nouveau de Pékin et même de Tien-Sien. Mais quand il sembla près de réaliser son rêve ambitieux, en 1928, une bombe probablement d’inspiration japonaise, pour qui il devenait trop gênant, le déchira en éclatant sous son wagon. Son fils Chang Chue-Chang s’empressa de pactiser avec Nankin dont il reconnu la souveraineté nominale en s’assurant la libre jouissance des domaines hérités.

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L’intervention directe du Japon dans les affaires de la Mandchourie est encore toute récente. Les mouvement xénophobes orientés à l’origine contre toutes les puissances étrangères devinrent progressivement anti-japonais. Par suite du boycottage en 1931, les importations japonaises en Chine et en Mandchourie baissèrent de 70 %.
Le Japon, pour son intervention directe profita du mécontentement qui, dans la Mandchourie, s’était créé contre la famille des Chang et de ses partisans. Chang Tso-Ling avait consacré tout le budget du pays - les 97 % en 1926 - à l’entretien de son armée. Toutes les entreprises de transport et de production étaient entre les mains de la famille de Chang et des autres chefs militaires qui étaient en même temps banquiers, commerçants, propriétaires fonciers. Le pays était plongé dans une misère extrême qu’une émission de valeurs papier avait encore augmentée. Avec cette misère, le brigandage s’était développé. Les "brigands" ont toujours servi admirablement la cause de l’impérialisme japonais. Ainsi, quand il s’agissait de convaincre les exportateurs russes d’employer la voie de chemin de fer vers Dairen, quoique ayant le double de longueur de celle de Vladivostock, pour exporter les céréales de la Mandchourie, comme actuellement pour dévaloriser le chemin de fer de l’Est chinois dans les entretiens russo-japonais pour sa vente, comme en 1931 pour déterminer l’intervention armée, les Japonais ont fait intervenir des "brigands".
Répétant ce que les russes avaient fait en 1929 quand devant la menace de l’occupation chinoise du chemin de fer de l’Est chinois, l’armée de Blücher passa le fleuve Amour et mit facilement en déroute l’Armée chinoise, en septembre 1931 les japonais occupèrent Moukden et le reste de la Mandchourie. Ils s’appuyèrent sur les mécontents dont nous avons fait mention, pour provoquer le 9 mars 1932 la proclamation d’une Mandchourie autonome ayant à sa tête le régent Pou-Yi, le dernier descendant de la dynastie mandchoue, et avec comme capitale Hsim King, qui se trouve entre Moukden et Kharbine. Le nouvel État de la Mandchourie comprit, outre les trois provinces historiques, une quatrième province, celle de Jéhol, qui fut détachée par une manoeuvre identique. L’ensemble des territoires conquis fut 460 000 km2 avec une population de 34 millions d’habitants. Le 15 septembre 1932, le Japon reconnut le nouvel État et mit la S.D.N., dont il était encore membre, devant le fait accompli. Celle-ci adopta en février 1933 le rapport de la commission Lytton qui, tout en reconnaissant les préjudices considérables portés aux intérêts japonais par la politique chinoise, affirma que la déclaration de l’"indépendance" du Mandchéoukouo n’était nullement spontanée et préconisa enfin le maintien d’une Mandchourie autonome dans les cadres de la Chine.
Peu après, le Mandchoukouo devin Mandchou-ti-kouo (que le remarque le "ti" qui représente l’affirmation impériale) et Mrs Henry Pou-Yi devint sa majesté Kong-Te, c’est-à-dire empereur des mandchous.
Que l’"indépendance" de l’Empire mandchou soit purement fictive, il est inutile de l’exposer ici. L’état-major japonais est le vrai maître du pays. Le Japon d’ailleurs est le seul pays qui ait reconnu le nouvel État et aussi le seul pays à lui fournir des capitaux. À côté de chaque ministre mandchou se trouve un sous-ministre japonais. Officiellement la nécessité de cette occupation militaire du pays est justifiée par le besoin de combattre les "brigands" qui d’après les statistiques publiées se chiffraient à trois cent mille, chiffre qui comme pour les prostituées enregistrées est toujours inférieur à la réalité. Liquider le banditisme en Mandchourie comme dans le reste de la Chine est un travail d’Hercule. Tout soldat congédié devient un bandit, comme d’ailleurs tous les soldats non payés, ce qui est la règle dans les armées chinoises. Mais aussi les paysans auxquels la sécheresse a brûlé la récolte ou dont l’inondation a emporté la cabane, ou le paysans qui a vu tous ses biens volés par les réquisitions militaires, deviennent des bandits. Il est surtout difficile de reconnaître où finit le "bandit" et ou commence le "soldat régulier". Dernièrement, le Japon a réduit de moitié l’armée régulière mandchoue, parce que voyant un danger dasn tous ces fusils entre les mains de soldats indigènes.
L’État mandchou a finalement donné tout le réseau de chemin de fer du pays en garantie d’un prêt consenti par la compagnie de chemin de fer du Sud mandchourien qui, comme nous l’avons déjà fait remarqué, est entre les mains de capitalistes japonais et qui fut toujours un État dans l’État.
Pour ce qui est du problème de la colonisation agricole en Mandchourie, elle est une question très complexe et non d’une actualité immédiate. Il est vrai que l’on envisage le transport d’un million de familles japonaises en Mandchourie. Mais pour le moment, la colonisation commencée l’année passée se réduit à un millier de personnes, pour lesquelles le commandant de l’armée du Kouang-toung a "obtenu" deux millions et demi d’acres de Kharbine. Le fait que les paysans chinois qui forment la presque totalité de la population de la Mandchourie regardent d’un bon oeil la situation présente et l’armée japonaise qui les protège contre les bandits, dépend de ce qu’ils n’ont pas encore été frappés par la domination japonaise. Quand, comme en mars de l’année passée, on essaya dans la province de Kirin d’exproprier des paysans pour donner la terre à des familles provenant du Japon, les paysans se révoltèrent les armes à la main, ce qui permit aux Japonais de parler de l’action de Moscou.
Sous l’impulsion du Japon, on a commencé l’introduction de la culture dans la basse vallée du Liao-Ho, mais on peut en conclusion affirmer qu’en général toute la colonisation se réduit pour le moment à des soldats mis en congé et qui restent sur place et surtout en faux paysans, c’est-à-dire en soldats qui attendent le moment d’être appelés à rejoindre l’armée active.
Du reste, le nouvel État se trouve dans une situation économique très mauvaise. L’année commerciale en cours se montre passive. Il y a 423 millions de Youan (monnaie qui a la valeur approximative du Yen) d’exportation contre 514 millions d’importation. La cause de cette balance passive est la baisse de la vente de la soyio, le produit essentiel de la Mandchourie, déterminée par le refus de l’Allemagne d’acheter les stocks habituels. L’augmentation des importations n’est pas dû à une plus grande capacité de consommation de la population, mais 312 millions d’importation du Japon sont absorbés par le matériel de guerre et par les besoins des 100 000 fonctionnaires et employés japonais qui viennent de se transporter en Mandchourie.
Le courant extrémiste de l’impérialisme japonais en considérant le fleuve Amour comme la frontière continentale du Japon, réclame l’annexion pure et simple de la Mandchourie. Il affirme que le Japon ne gagne rien avec la création de cet empire d’opérette, vu que les puissances étrangères sont dans la quasi impossibilité d’empêcher la transformation et l’annexion de droite de ce qui existe déjà en fait. D’autre part, la Russie, en cédant ses droits sur l’Est chinois, comme elle le fait actuellement, démontre qu’elle est incapable d’affronter la lutte. L’impérialisme japonais affirme aussi que la Chine du Nord, c’est-à-dire les provinces du nord du fleuve Bleu, est disposée à refaire l’alliance dynastique et l’on pourrait placer l’empereur de Mandchourie et sa cour à Pékin en laissant la Mandchourie à la pleine disposition du commandement militaire, ou bien de chercher à provoquer dans la Chine du Nord une reproduction du Mandchoukouo.
De plus, comme nous avons écrit dans notre dernier article, la Mongolie est divisée en Mongolie extérieure ou république populaire et Mongolie intérieure ou inférieure qui se trouve depuis de nombreuses années en lutte avec Nankin et qui par là même est portée vers la Mandchourie. La quatrième province du Mandchoukouo, le Jehol, fait partie en réalité de la Mongolie intérieure.
L’assemblée des notables qui proclama "l’indépendance" de la Mandchourie était formées de Mandchous et de Mongols. La Mongolie intérieure est la prochaine étape de la conquête japonaise qui pour le Japon représente une "ligne vitale" pour l’attaque contre la Mongolie rouge et la Russie d’Asie.
Le paragraphe deux du traité entre le Japon et la Mandchourie considère ces deux pays comme un bloc pour ce qui est de la défense réciproque et la sûreté nationale. La frontière russo-mandchoue est devenue en réalité la frontière russo-japonaise et le Japon a transféré ses limites sur l’"Amour" en accomplissant le vœu de son impérialisme. La Mandchourie en 1936 doit avoir un réseau de 10 000 km qui formeront un réseau stratégique permettant le transport sur l’"Amour" en une semaine, d’une armée d’un demi-million de soldats. Cette armée peut donc rester au Japon dans l’attente qu’une concentration russe dans les provinces maritimes, ou quelque attaque de bandits provoquent le "casus belli" désiré. Alors cette armée débarquera sur le continent avec l’aide des sept ports : Dairen, Port Arthur, Anhuy en Mandchourie et les quatre ports de Corée. S’il est nécessaire, des troupes pourront débarquer par le port chinois de Halutao, dans le golf de Tcili, port qui par l’ouverture du trafic direct Moukden-Pékin peut être utilisé.
Il n’entre pas dans cet article d’examiner les différentes causes de conflits entre le Japon et la Russie qui sont à l’ordre du jour, depuis les discussions autour de l’Est chinois, les différents concertant le droit de pêche dans le Pacifique du Nord, le différend au sujet des puits de pétrole dans la moitié soviétiques que l’’île de Sakhaline.
Le fait est que le Japon, pour continuer sa marche vers le continent, suivant le mémorandum de Tanaka, qui se développe logiquement, se trouve dans la nécessité d’éloigner de son flan le danger que représentent les provinces maritimes et Vladivostock. Si sur la mer la Russie ne peut représenter pour le moment une menace réelle pour le Japon, la nouvelle armée aérienne soviétique donne une valeur à la menace de la Russie qui occupe la côte du Pacifique. En moins de 4 heures de vol, les escadrilles de bombardement soviétiques peuvent se trouver au-dessus des villes du Japon dont l’invulnérabilité disparaît. La partie se jouera avec la Russie pour la possession de l’Extrême-Orient.
Mais le problème du continent n’écarte pas celui de la mer. Et le problème du contrôle des routes maritimes mondiales et celui de l’occupation des archipels stratégiques devront être résolus entre Japon, États-Unis et Angleterre. Ce sont là, tous, des aspects de la nouvelle guerre impérialiste de demain.

GATTO MAMMONE.




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