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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le problème de la jeunesse
{Bilan} n°12 - Octobre 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Le monde capitaliste fait preuve d’une résistance à disparaître qui déroute les esprits.
Déchiré, dans ses entrailles, par la crise économique, en proie aux troubles, aux désordres et aux émeutes, il réussit cependant à garder fermement son pouvoir. Dans la situation historique que nous traversons, le capitalisme est conscient de son incapacité à dompter les forces de production qui - ainsi que le disait Marx - s’insurgent contre une organisation sociale voulant les comprimer et les contenir dans les limites d’une économie basée sur le profit. Sur le terrain économique, il y a longtemps que la bataille a été définitivement perdue par le capitalisme. Mais les forces de la production n’agissent qu’au travers des classes sociales et c’est dans ce domaine que la bourgeoisie cherchera la voie de son salut, et se jettera sur la classe pouvant se greffer avec l’expansion économique pour organiser une société en harmonie avec le degré atteint par l’évolution économique. Le capitalisme battu, irrémédiablement, par les forces de production, se lancera contre le prolétariat pour en détruire les capacités révolutionnaires, pour faire de cette classe appelée à construire la nouvelle société, et qui en 1917-1920 marchait vers la conquête du pouvoir dans le monde entier, une agglomération d’esclaves en quête, aujourd’hui, d’un salaire ou d’une indemnité de chômage de famine, prêts demain à prendre les armes pour la guerre qui dressera les uns contre les autres les ouvriers des différents pays.
L’écrasement du prolétariat allemand en 1933 a emporté dans le tourbillon de cette victoire du capitalisme mondial, l’Internationale Communiste et l’État ouvrier. Désormais les forces de classe s’alignent ainsi : du côté de la contre-révolution se trouvent, autour des États capitalistes, toutes les forces politiques qui vont des fascistes aux cléricaux, aux démocrates, aux sociaux-démocrates, aux centristes ; du côté de la révolution ne se trouvent que des groupes réunissant quelques dizaines de prolétaires dans le monde entier qui poursuivent leur œuvre parmi l’indifférence, si ce n’est parmi la dérision des ouvriers eux-mêmes. Et le capitalisme connaît bien l’état réel des rapports de force, il sait qu’au-delà des déclarations tapageuses de lutte que font centristes et socialistes, il y a la réalité intangible et qu’il n’a rien à craindre de la couleur de la chemise ou du drapeau qui colore le mouvement ouvrier actuel. Bien au contraire, cette chorégraphie rouge ou écarlate est indispensable pour tromper les masses qui ne vont pas résignées vers l’abattoir, mais se révoltent contre la cruelle situation d’aujourd’hui et la brutale perspective de demain. Mais ces mouvements de révolte ne peuvent pas ébranler les victoires obtenues par le capitalisme qui se frottera les mains en voyant les vagues de rébellions ouvrières se diriger vers Blum, Caballero, Bauer, dont les signalements historiques se retrouvent chez les social-démocrates, égorgeurs de la révolution allemande de 1918. Aujourd’hui, ils peuvent bien serrer la main aux forces qu’ils ont engendrées, aux Staline, Cachin, Ercoli pour qui le salut de l’État ouvrier dégénéré est conditionné par l’écrasement de toutes les batailles ouvrières, entraînés comme ils sont par le cyclone historique qui, après avoir privé le prolétariat de ses organismes de classe, lancera la société capitaliste dans l’ouragan de la guerre où désormais la Russie, elle-même, trouvera l’issue inéluctable pour une économie qui ne se base plus sur les intérêts du socialisme et du prolétariat mondial, mais renforce un appareil productif qui déversera la plus-value accumulée vers les horizons du carnage impérialiste où les moyens de production, débordant le régime capitaliste mondial, s’écrouleront dans la même hécatombe où périront des millions d’ouvriers.

Et au moment même où le prolétariat mondial gît ensanglanté, sous le poids intolérable d’un édifice social qui menace de faire périr l’humanité dans un prochain carnage mondial, la jeunesse ouvrière aux côtés de la jeunesse bourgeoise manifeste une débordante activité dans le camp de la réaction. Elle extériorise des forces élémentaires accumulées et comprimées par ses conditions d’existence, et qui explosent dans une atmosphère de surtension sociale, non afin de suivre le chemin de la révolution, mais afin de réchauffer, par sa tumultueuse activité, le corps pourrissant de la vieille société bourgeoise. Parce qu’il tend à briser la continuité permanente de l’histoire vers son aboutissement naturel de la transformation du régime, son esprit n’est pas révolutionnaire. Sa violence est un attentat à la force progressive : le prolétariat, dont elle viole la mission historique.
L’idée qui la dirige identifie schématiquement révolution avec violence et celle qu’elle pratique partout aboutit à faire rétrograder l’humanité. Son attitude semble vouloir également stigmatiser la passivité désespérante de sa classe, tant elle est agitée et colérique. On dirait que son exaspération procède à la fois du désespoir et de l’espérance. D’un côté elle manifeste une répugnance évidente à s’écrouler sans se battre et de l’autre, l’ivresse de l’action fait surgir des espoirs que rien ne justifie, si ce n’est sa propre inconscience.
En particulier, aujourd’hui que la crise du communisme se complique de la pornographie politique, la mesquinerie, le mysticisme, le découragement total, la désertion et la capitulation de militants d’un passé brillamment révolutionnaire, la situation de la jeunesse prend un aspect véritablement angoissant pour l’avenir du prolétariat.
Car il faut l’avouer : de la Révolution Russe à nos jours, un fossé profond s’est creusé. Sous l’impulsion d’octobre 1917, la jeunesse ouvrière faisait rayonner sur le monde les espoirs provoqués par cette grande victoire du prolétariat mondial. Lorsque celui-ci connut bientôt les premières défaites, les jeunes se replièrent sur eux-mêmes et, au fur et à mesure que les défaites se succédèrent, que les divisions politiques qui en résultent se multiplièrent et que la durée et l’intensité de la crise ravageaient les rangs des classes travailleuses, la jeunesse, d’abord saisie d’inquiétude, ensuite d’indifférence et enfin complètement désorientée, s’est enfoncée dans l’ambiance enivrante de l’action pour l’action que lui offraient les organismes révolutionnaires. Toute une génération s’est ainsi vidée devant les complications de la situation et, grâce à son incapacité à s’adapter par l’analyse théorique des expériences aux tournants abrupts de la lutte, a sombré misérablement. Il est vrai qu’après avoir partagé un moment les espoirs en la révolution mondiale, constaté au contraire le triomphe croissant de la réaction, constaté l’œuvre criminelle de ceux qui, s’abritant sous le nom de communistes, mènent le prolétariat mondial à sa perte, la jeunesse ne peut trouver dans la simple foi un réacteur pouvant lui permettre de discerner le chemin de la révolution, alors que ce dernier est obstrué par les traîtres de hier et de demain : par les socialistes et les centristes.
Le triomphe de la réaction a suscité, dans le monde entier, un rassemblement autour des forces politiques oeuvrant pour la conservation de la vieille société dont la destruction reste malgré tout un aboutissant inéluctable de l’évolution historique, que ce soit par la révolution, seule alternative pouvant empêcher la guerre, ou par la guerre engendrant la révolution. L’ampleur de ce mouvement de ralliement n’est comparable qu’à celui qui s’est réalisé en 1917 autour de la révolution russe, bien que dans des conditions absolument inverses, puisqu’en ce moment c’était pour la destruction du capitalisme, tandis qu’aujourd’hui c’est pour son raffermissement.
Ainsi donc, le sort qui est fait à la jeunesse et l’activité qu’elle déploie ne doit pas nous étonner. C’est le produit cruel mais inévitable de la défaite. Elle se jette à corps perdu dans le mouvement général où se confond, provisoirement, l’humanité toute entière, trouvant son issue vers la guerre. C’est avec une même ardeur, un même enthousiasme, une même foi irraisonnée, qu’elle mène, sous la direction du centrisme, le « collectivisme » en URSS, qu’elle pratique la politique coercitive du fascisme en Allemagne et en Italie et qu’elle contribue à développer, dans les pays démocratiques, la politique de corruption de la classe ouvrière pratiquée par les organisations social-démocrates et chrétiennes. Tous ces courants contre-révolutionnaires ont su utiliser et porter à leur plus haut point d’exaltation cette jeunesse avide de mouvement, de changement et d’aventure. Se trouvant seule, livrée à elle-même devant une situation extrêmement complexe, inapte au travail théorique, cherchant fiévreusement une activité qui la dépasse et l’exalte, lui permettant d’oublier la réalité, la jeunesse est devenue facilement un élément d’accélération, de maturation et de réussite des objectifs de la classe capitaliste.
Était-ce fatal ? Non assurément. Ces mêmes éléments auraient pu et auraient dû être au service de la révolution prolétarienne, mais cela dépendait d’une situation différente où la classe prolétarienne aurait pu trouver les conditions de sa victoire et nullement des aptitudes spécifiques de la jeunesse.

On a estimé plus simple jusqu’ici de s’en tenir, à l’égard des jeunes, aux éloges de leur enthousiasme, de leur générosité, de leurs qualités dynamiques. Il faut en finir avec ces puérilités qui parviennent tout juste à égarer les esprits et à les distraire de l’examen du problème tel qu’il se pose dans la réalité, devant le prolétariat. Alors que pour les contre-révolutionnaires c’est toute leur politique qui se révèle dans cette façon schématique et simpliste de considérer les phénomènes sociaux, pour ceux qui essayent de comprendre leur signification réelle, cela revient à altérer la lutte révolutionnaire en faveur d’une activité qui verse d’une catastrophe dans l’autre et qui en définitive représente sous des phrases révolutionnaires la désagrégation et la pourriture de leur matériel idéologique.
C’est un fait. Les facultés propres de la jeunesse ont été très adroitement captées par les courants les plus rétrogrades. Et ceux qui ne veulent pas voir cette réalité ou qui cherchent des vérités consolatrices et rassurantes pour l’avenir dans son remarquable tempérament, ou bien dans l’activité positive qu’elle a pu déployer autrefois et qui, au lieu de tirer les nécessaires leçons de ce qui a été fait et de réexaminer le rôle social qu’on lui avait attribué, affichent un optimisme, fondé sur un dogmatisme sans aucune relation avec ce qui se déroule sous nos yeux, se livrent, qu’ils le veulent ou non, à l’insanité politique, attribut des démagogues et des traîtres. Afin de ne pas sombrer dans cette atmosphère, nous estimons que les révolutionnaires ont comme premier devoir de tracer le bilan de la situation et de se prémunir par l’analyse de la conjoncture, des errements, des fautes inévitables que les jeunes travailleurs en particulier seront enclins à effectuer ultérieurement.
Il faut, sans tarder, affronter cette besogne, car la génération d’aujourd’hui ne peut plus désormais être compromise sans être entraînée dans des catastrophes bien plus terribles que ce ne fut le cas en 1914.

En essayant d’éclaircir ce problème, nous espérons également parvenir à engager une discussion fructueuse entre les groupes de communistes de gauche sur cette question. Cela nous semble d’autant plus nécessaire que ces derniers temps l’orientation suivie par la plupart d’entre eux est de nature à dévoyer une fraction infime de cette jeunesse qui au sein de ces groupes s’efforce péniblement de conjuguer ses efforts à ceux de leurs aînés afin de préparer les conditions pour la victoire de la révolution prolétarienne.
Cette question étant extrêmement vaste, nous n’examinerons que les points les plus importants, laissant le soin de parachever cette étude par une discussion qui ne peut qu’être internationale.

Si l’on veut donner une réponse correcte au problème des jeunes, il faut tout d’abord l’incorporer au problème du prolétariat révolutionnaire dans l’accomplissement de sa mission historique. C’est ainsi seulement que nous pourrons dégager les formulations théoriques destinées à orienter la jeunesse au travers du réveil et de la reprise des luttes révolutionnaires du prolétariat. Il faut savoir saisir dans les entrelacements de l’évolution historique et les bouleversements qu’elle provoque, quel est le lieu géométrique où s’épanouit la conscience de la classe et où, sous les formes voulues par l’époque, s’établit la continuité de la lutte en réalisant la soudure entre une génération de révolutionnaires et une autre.
Il n’est donc pas dans nos intentions d’aborder cette étude en suivant le procédé classique de l’opposition traditionnelle, disons freudienne, entre vieux et jeunes, ni en suivant une scolastique revenant à isoler ce problème des phénomènes qui l’accompagnent dès son origine et dans son développement.
Ce qui caractérise les mouvements de jeunesse, c’est leur radicalisme. Parce que leur esprit n’est pas ouvert à la méditation, à la réflexion, les jeunes sont naturellement portés vers l’action et stimulent constamment leurs aînés dans la pratique de l’action. C’est pourquoi les répits, les retraites, les flux, inévitablement vécus par les classes au cours de leur lutte, provoquent toujours une rupture entre les vieilles et les jeunes générations. Si leur classe est défaite, si elle se montre incapable de poursuivre la lutte, les jeunes, avides d’activité, viendront rejoindre les rangs de la classe victorieuse.
Quel que soit au fond le courant social au service de qui elle met son énergie, cette adhésion résultera de causes historiques générales et nullement de considérations théoriques. La jeunesse portera son enthousiasme, sa générosité, son extrémisme, vers la classe qui fait preuve du plus d’énergie ; mais il faut noter que cette orientation surgit presque toujours au moment où l’action est déjà pratiquée par la fraction la plus combative et la plus consciente de la classe parvenue à déterminer les conditions de son succès. Les appels qui sont alors adressés à la jeunesse jaillissent des combattants eux-mêmes et parce qu’ils répondent admirablement bien à son besoin d’activité, ils trouvent chez elle un écho retentissant et dès lors sans s’inquiéter de la justesse de l’action qui lui est imposée, elle se lancera fougueusement dans la bataille.
Donc, pour la jeunesse, l’essentiel c’est d’agir, et comme elle agit en réaction directe des situations contingentes, l’équilibre réciproque de ses réflexes et de la cohérence d’un mouvement social s’établira dans la mesure où cette cohérence présentera à ses yeux une force d’attraction qui lui permette d’extérioriser immédiatement les sentiments qu’elle ressent au milieu de l’ambiance sociale où elle se meut. En général, elle ressentira d’autant plus la nécessité et la possibilité de rejoindre un mouvement et de s’y jeter passionnément, que celui-ci s’amplifiera, s’accentuera, entraînant irrésistiblement dans son giron l’immense majorité des individus.
Sa tendance à s’orienter vers le nombre, son goût du mouvement pour lui-même est tellement évident que la classe dominante s’efforcera de créer des exutoires capables de capter vers ses intérêts propres cette passion et cette ardeur exubérante.
Consciente qu’il serait vain et nuisible pour le maintien de son autorité de vouloir contenir ou refréner cette ardeur juvénile, elle s’efforcera de l’orienter vers des organismes spécialement destinés à l’entretenir physiquement et idéologiquement dans le but d’en faire des éléments dociles et soumis dont elle pourra disposer, plus tard, pour défendre ses privilèges et maintenir sa domination. Les possibilités matérielles dont elle dispose grâce à son appareil étatique, au travers duquel elle contrôle toutes les manifestations économiques et sociales de la société, lui permettront de satisfaire facilement à l’impatient désir de réalisations immédiates recherchées par les jeunes et la mettront également en mesure de leur fournir de nombreux centres d’activité où ils pourront extérioriser leur excès de vitalité. A cet égard, la classe exploitée est nettement défavorisée. Et cela se comprend si l’on envisage le matériel dont elle dispose pour parvenir à embrigader les jeunes. A défaut d’une lutte effective du prolétariat, le parti ne sait pas influencer la jeunesse, et pour ce qui est des organisations de masse de la classe ouvrière, elles essayeraient vainement de concurrencer au point de vue des effectifs les organisations bourgeoises de jeunesse. En effet, la classe bourgeoise mise sur l’inconscience des classes qu’elle exploite et ne réclame aucun effort intellectuel aux jeunes qu’elle organise. De plus, ces derniers n’ayant rien en eux-mêmes pour trouver le chemin de la lutte prolétarienne cherchent dans les grands mouvements actifs de quoi combler ce vide. Et ceux qui n’y réussissent pas s’en vont grossir l’armée des désaxés, des anormaux et des morbides, éléments repoussoirs de choix pour provoquer l’affluence des jeunes vers les régimes du mouvement. Elle n’y trouve pas comme on pourrait le croire un délassement, une détente, mais un excitant, un irritant, vers les objectifs poursuivis par la classe au pouvoir. Par contre, les organisations de classe du prolétariat et plus spécialement son parti, exigent une conscience de la lutte qu’elles entreprennent, ce qui détermine, chez les jeunes naturellement rétifs à la méditation, une sérieuse résistance pour pouvoir les acclimater à une telle atmosphère.
C’est ainsi qu’ils se sont trouvés alternativement à la pointe des mouvements révolutionnaires et contre-révolutionnaires, mais les circonstances qui ont déterminé ces positions contradictoires se rapportent directement au rapport des forces sociales en présence.
Si l’on observe l’activité des générations montantes au cours des phases historiques qui ont précédé et fermenté la société capitaliste, on remarque que la violence des commotions sociales sont pour elles une source de vitalité. Si elles se meuvent d’une façon assez confuse pendant les périodes de stabilisation et de reflux révolutionnaire, elles se distinguent au contraire brillamment par une activité intense et hardie au travers des tourmentes révolutionnaires.
Tout au long de l’histoire, elles ont naturellement représenté, sur le terrain économique d’une part, le matériel humain destiné à succéder aux vieilles générations afin de donner une extension toujours plus considérable à la technique productive et sur le terrain social d’autre part, elles représentent la réserve suprême destinée à garantir la continuité de la lutte entre les classes et à stimuler les forces internes et révolutionnaires vers le développement ultérieur et progressiste de l’humanité. Mais cette énonciation générale doit tenir compte des différentes époques historiques. Avant l’arrivée du capitalisme au pouvoir, le système productif ne réalisant pas encore une démarcation nettement accusée entre les classes, les jeunes générations parvenaient à participer activement à la lutte effectuée par leur classe non pas comme leurs aînés en fonction des progrès et des conquêtes économiques que ces derniers réalisaient au sein même du régime, mais uniquement en fonction des situations révolutionnaires. Dans la mesure où les rapports se tendaient entre les classes, rapprochant l’explosion révolutionnaire, il s’effectuait conjointement une délimitation distincte et sur une base de masse entre les classes en lutte. Dès lors les mouvements sociaux devenant possibles, sensibles, tangibles et simplifiant la complexité des rapports sociaux, les jeunes trouvaient la preuve visible, irréfutable de la lutte des classes et se rangeaient, dans leur immense majorité, aux côtés de la classe qui, grâce à son activité révolutionnaire, parvenait à rallier autour d’elle le maximum d’individus.
Avec l’apparition du capitalisme, une modification fondamentale s’opère dans les rapports sociaux. Dans l’arène historique deux classes, la bourgeoisie et le prolétariat, occupent un rôle qui croît sans cesse et qui décide du sort des classes intermédiaires. L’état des forces de production crée les conditions d’une société sans classe : le communisme, déterminant sur les lieux de travail des entreprises capitalistes le rassemblement d’importants contingents de travailleurs. Le caractère distinctif du prolétariat c’est de ne plus baser, comme les classes opprimées d’autrefois, sa lutte pour le pouvoir sur les progrès et les conquêtes économiques réalisées au sein du régime. Sa mission historique consiste précisément à libérer les individus de cette dépendance de l’économie et de préparer, sous la direction politique de la dictature prolétarienne, les éléments qui feront désormais dépendre l’économie des besoins de la collectivité humaine. Néanmoins si le prolétariat représente à la fois l’intérêt de l’évolution historique et l’élément indispensable pour pouvoir poursuivre progressivement cette évolution, ce n’est pas en tant que classe souffrante, mais en tant que lutteur actif. La notion de la classe prolétarienne ne résultant pas à notre avis automatiquement des conditions d’oppression subies par la classe exploitée, ni de la division en classe de la société en patrons et salariés. Si le mécanisme économique et la division en classes de la société donnent lieu à des mouvements revendicatifs, la classe exploitée, pour atteindre le stade supérieur, doit parvenir à réaliser une conscience de ses buts historiques, de la forme sociale qui correspond au degré atteint par les forces de production et du chemin à emprunter pour réaliser ces objectifs. Tous ces éléments constituent l’armature idéologique du parti, sans lequel la classe ne peut se réaliser et trouver les possibilités d’agir dans l’évolution historique. Et si le parti remporte des victoires idéologiques devant les problèmes posés par la marche de la conjoncture, la continuité de l’action de la classe prédestinée et son renforcement seront garantis et le programme du parti sera le credo de toute la classe.
L’activité de la jeunesse ouvrière ayant sa source dans les mouvements, les positions occupées par sa classe, s’exprimant soit par des victoires, soit par des défaites ou bien des replis temporaires, trouve son contenu progressiste en relation directe avec la position du parti qui réalise l’intelligence de la classe dans le déroulement de ces situations. Dès lors la jeunesse ouvrière acquiert une physionomie particulière, non pas dans le sens d’une modification des caractéristiques propres à la jeunesse, mais dans le sens d’une modification survenue dans les rapports sociaux. Par le caractère de cette époque ouvrant l’ère des mouvements et des organisations de masse, les jeunes parviennent dans certaines conditions à jouer un rôle d’une signification éminemment sociale et révolutionnaire.

HILDEN

N.B. - Cette étude sera suivie d’une seconde partie où sera traité l’aspect historique et actuel du problème de la jeunesse.

(La suite au prochain numéro)




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