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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le problème de la Sarre et la guerre
{Bilan} n°13 - Novembre - Décembre 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 13 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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La tension qui s’est manifestée ces dernières semaines autour du plébiscite de la Sarre a posé ouvertement le problème de la guerre impérialiste comme seule issue possible aux contrastes qui déchirent les entrailles du capitalisme. Le régime actuel est torturé par l’enfantement pénible d’une conflagration qui doit exterminer le prolétariat en même temps que procéder à une nouvelle répartition du globe.
La lutte entre la France et l’Allemagne pour la Sarre se ressent des difficultés qu’ éprouve la bourgeoisie internationale à donner le jour à la guerre. Et c’est pourquoi les menaces de putsch allemand le 13 janvier, la concentration de troupes françaises en Alsace-Lorraine pour parer à cette éventualité, la lutte entre le "Front du travail" naziste et la commission de gouvernement appuyée par centristes et socialistes, sont tous des éléments encore chaotiques, contradictoires qui peuvent déterminer un accouchement avant terme de la guerre, comme ils peuvent parfaitement se résorber pour s’exprimer par après dans l’explosion de l’ensemble des contradictions intercapitalistes.
La confusion qui existe aujourd’hui à l’échelle internationale et qui s’exprime le mieux dans la tension franco-allemande entraînant les pays balkaniques d’une part, qui se manifeste aussi dans les rapports entre les grandes puissances orientées vers le partage de l’Asie d’autre part, (à ce sujet la Conférence navale de Londres est très significative) découle d’une période où la guerre impérialiste mûrit déjà son cours et où le problème décisif pour chaque État n’est plus de palabrer dans des Conférences, mais bien de rechercher en correspondance ou non avec des positions antérieures des solides alliances militaires autrement importantes que les traités ou pactes sur la limitation des armements. La confusion qui se manifeste dans les Conférences internationales dites de "paix" trouve sa source dans cette cause, comme d’ailleurs la confusion qui se manifeste dans les tensions entre États capitalistes procède de recherches fiévreuses vers la conclusion d’alliances militaires.
La Conférence navale de Londres et la tension autour de la Sarre sont deux anneaux dune même chaîne dont l’un peut précipiter le cours de l’autre. Il s’agit pour nous de voir exactement la portée du conflit qui oppose la France à une Allemagne qui est parvenue à se renforcer internationalement en détachant la Pologne de la France, en accentuant ses liaisons avec la Hongrie, en agissant activement en Roumanie.
L’impérialisme allemand dont la dernière carte de salut, plus que pour les autres États, est la guerre impérialiste, a certainement supposé - mais seulement supposé - qu’il pourrait lier le problème de la Sarre à celui du déclenchement de la guerre en cas d’une issue défavorable à ses intérêts. Les menaces de ces jours de putsch naziste en Sarre le 13 janvier, auraient pu se préciser dans la mesure même où les conditions pour la guerre se seraient immédiatement précisées, Dans le cas contraire, ces menaces auraient fournis matière à de longues discussions diplomatiques entre les gouvernements ou au sein de la Société des Nations. La réponse de la France, déclarant vouloir occuper la Sarre en cas de putsch fasciste aura, en somme, permis au capitalisme allemand de pousser à la mobilisation des ouvriers allemands autour de la résistance à l’"impérialisme français" menaçant d’occuper des "terres allemandes".
En tous cas l’Allemagne pose le problème de la Sarre en fonction de la guerre et l’impérialisme français comprend lui aussi que pour maintenir ses positions il ne suffira pas d’appuyer des "fronts de liberté" ou de faire des concessions de forme, mais qu’il faudra riposter par des déclarations de guerre.
La menace de putsch naziste d’une part, la réponse d’occupation des troupes françaises ensuite, le renforcement des forces répressives de la Commission de gouvernement de la Sarre, la découverte de complots hitlériens contre M. Knox, M. Braun et des chefs communistes, sont tous des éléments qui préparent admirablement un échauffement du chauvinisme en France et en Allemagne. En ce sens, même si le 13 janvier se déroulait sans avoir des conséquences immédiatement importantes, toutes les frictions entre l’Allemagne et la France auraient quand même permis d’élargir le front intercapitaliste qui s’est substitué au front interclasses dans la Sarre.
Et ainsi se vérifie ce que nous avions déjà proclamé auparavant : statu quo ou rattachement à l’Allemagne, le problème de la Sarre pose inévitablement le problème de la guerre. Y participer pour l’une ou l’autre des solutions capitalistes et non pour y opposer les solutions spécifiques au but historique du prolétariat, c’est inévitablement travailler pour la guerre impérialiste et contre la révolution mondiale. La social-démocratie internationale a probablement compris, avant le centrisme, la signification et l’enjeu du problème de la Sarre. Dans son manifeste international lancé pour appuyer la "paix", les réformistes poussent à la guerre, car ils demandent une "garantie de la S. D. N." contre un éventuel coup de main fasciste, ce qui signifie faire appel aux troupes françaises qui viendront imposer, à la pointe des baïonnettes cette "paix" si désirée. Au nom de la liberté, la social-démocratie internationale se range derrière la France préparant déjà le prolétariat à marcher spontanément derrière le drapeau pourri de la démocratie "Stavinskiste", contre les dictatures fascistes. D’ailleurs tous les partisans du statu quo devront suivre la logique des événements et passer au service de la force impérialiste qui peut assurer ce régime "libre".
Quand les centristes proclament être les champions du statu quo, bien entendu après les socialistes d’extrême-gauche qui ont le front de s’appeler "léninistes", mais être opposés à une éventuelle occupation de la Sarre par l’armée française, il s’agit de leur part dune simple inconséquence que les événements auront vite fait de démolir. Le statu quo slgnife (accommodé à la sauce "léniniste" ou réformiste), rattachement à la France. Si le prix de la "liberté" est dans cette solution il faut aussi être prêt à appuyer la France à défendre militairement "la liberté" et évidemment la "paix". D’autre part, si le statu quo se relie, comme nous le pensons, au problème de la guerre, il n’y a pas d’autre solution que de prêcher dès maintenant la guerre "démocratique" contre l’Allemagne.
Les centristes tout particulièrement sont aujourd’hui embourbés dans des contradictions assez singulières. Ils luttent pour le statu quo parce qu’il s’agit de faire reculer le fascisme allemand et pour assurer en même temps la liberté de la population sarroise. Mais ils prétendent qu’une intervention de l’armée française pour protéger le sort du plébiscite, pour permettre la réalisation du statu quo contre le terrorisme hitlérien, est une menace contre la "paix". Comprenne qui pourra. Les "sectaires" de notre espèce n’admettront jamais que la "paix" soit autre chose qu’un simple choix entre deux camps capitalistes qui s’apprêtent au combat. Centristes, bolcheviks-léninistes, réformistes, en luttant pour le statu quo au nom de la "paix" travaillent pour une guerre favorable à la France.
Le problème de la Sarre tel qu’il a été posé par les impérialismes directement intéressés peut comporter des menaces de guerre pour 1935. Des reculs, des frictions plus vives, des nouvelles alliances se feront probablement jour, autour de ce centre litigieux, de même que l’angoissant problème de l’Asie se posera plus nettement. Le capitalisme comprime encore ses entrailles pour empêcher une guerre avant terme. Mais les contradictions sont innombrables. L’Allemagne acculée par une situation désespérée tend désespérément vers un dénouement. La France, pour maintenir sa suzeraineté dans les Balkans, comprend également qu’elle ne pourra plus temporiser fort longtemps. Et si même le plébiscite recevait une solution intermédiaire, très rapidement la course vers le dénouement suivrait sa trajectoire.
Que tous ceux qui se sont accrochés au statu quo en Sarre regardent maintenant leurs mains. Ils y verront les traces indélébiles que lc capitalisme y a burinées ; ils y retrouveront le fumier de la démocratie bourgeoise, de la guerre impérialiste. Et qu’ils crient donc encore à la gloire du fumier où ils se vautrent, qu’ils opposent leur réalisme méprisable à notre sectarisme de bibliothèque. Jamais nous ne voudrions tomber aussi bas que les partisans de la démocratie française. Nous serons seuls à crier qu’il faut maintenir le drapeau de la révolution prolétarienne, nous serons seuls à nous opposer à toutes les solutions du capitalisme, mais notre solitude trouvera un profond écho parmi les masses quand le canon de la guerre impérialiste montrera aux ouvriers dans quel charnier les ont conduit les "réalistes" de tout acabit. Et alors aucune eau ne lavera la trahison de tous les complices du capitalisme, à eux comme à Parvus, les ouvriers feront comprendre qu’avec des mains sales on ne fait pas la révolution.




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