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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Des exclusions en Italie
{Bilan} n°13 - Novembre - Décembre 1934
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 13 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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L’hebdomadaire du Parti Communiste italien "Voce Operaia" vient de publier un communiqué de l’"Unità" (journal illégal du P.C.I. pour l’Italie) concernant l’expulsion du parti de Luigi Repossi, Onorato Damen et Bruno Fortichiari. Cette communication est accompagnée d’une explication qui dit en substance qu’il s’agit là "des derniers résidus du bordiguisme scissionniste et contre-révolutionnaire, que déjà de nombreuses organisations et des camarades avaient demandé l’exclusion de ces éléments, en tant que traîtres au communisme et au prolétariat", et qu’enfin parce que "étant restés sourds aux appels du parti, ces trois citoyens sont chassés du parti de la révolution prolétarienne". Voilà les termes du commentaire centriste.
Nous devons jouter que l’organe personnel de Mussolini, le "Popolo d’Italia", s’est empressé de reproduire cette note et son commentaire centriste, en ajoutant qu’il ne s’agit pas de personnages de deuxième plan et complètement inconnus, mais d’éléments qui furent considérés comme les représentants attitrés du communisme, de Moscou et du léninisme. les bourreaux du prolétariat italien ont donc pu exploiter ce fait pour proclamer aux ouvriers qu’ils ont à constater la supériorité du régime fasciste, puisqu’en Russie un tout autre traitement que l’exclusion est infligé par les centristes à ceux qui osent ne pas plier l’échine devant la toute puissante direction du parti. Nous laissons volontiers aux homme à tout faire du centrisme, aux valets du type Ercoli et Cie, qui pullulent là où souffre le prolétariat, le soin d’actionner le petit jeu courant qui consiste à déduire de la prose fasciste la confirmation et la justesse de leur anathème contre nous.
Pour ces gens, si le fascisme réserve un traitement moins grave aux communistes de gauche que "le pays du socialisme" c’est parce que, évidemment, le centrisme représente le seul courant pouvant conduire à l’émancipation du prolétariat. De cette façon, chaque fois qu’un quelconque groupe ennemi constatera, par exemple, que le social-démocrate Blum ne mérite aucune considération, alors que le parti a au moins l’avantage de parler clairement, Blum n’aura qu’à reprendre le texte bourgeois pour prouver que c’est lui et non le communiste qui représente les intérêts du prolétariat. Quant à nous qui regardons la réalité en face, nous n’hésiterons pas à affirmer que si l’Italie fasciste peut réserver à des camarades qui sont restés fidèles aux conceptions politiques qui portèrent à la fondation du P.C.I. (à ces conceptions que l’on qualifie bien à tort de "bordiguistes" alors qu’elles sont tout simplement communistes), à des militants d’autres courants que le nôtre, le régime de la surveillance acharnée (après que l’écrasement du prolétariat italien les a mis dans l’impossibilité provisoire de développer la moindre activité politique), il en est tout autrement dans "le pays du socialisme" où la seule condition pour éviter la prison et les isolateurs consiste dans la capitulation devant les centristes. Et cela ne donne aucun titre d’avantage au fascisme, par rapport au centrisme, mais prouve seulement la confluence de deux forces politiques dans l’intérêt de la lutte contre-révolutionnaire.
Le fascisme savait l’avantage qu’il pouvait tirer de cette nouvelle attaque centriste contre des personnalités qui ont joué un rôle de tout premier plan dans la lutte prolétarienne. Et c’est pourquoi la Radio fasciste a transmis la nouvelle dans les "Chroniques du Régime". En effet, Repossi et Fortichiari étaient membres du C.E. du parti, élu lors de la scission de Livourne. Ils vont maintenant rejoindre l’autre "traître", Bordiga. Ainsi la majorité du C.E. qui procéda à la fondation du parti est exclue de ce que les centristes d’aujourd’hui osent appeler le "parti de la révolution prolétarienne".
Des deux autres membres de cet Exécutif, l’un Terracini, doit aux prisons fascistes le fait qu’il peut garder intègre sa position communiste et reprendre place, demain, dans la lutte révolutionnaire, s’il parvient à ne pas se compromettre dans l’oeuvre centriste qui a porté la Russie Soviétique dans la société des brigands, au service du plan de destruction du prolétariat mondial. L’autre, Garlandi, est l’instrument le plus louche du centrisme, un analphabète politique qui doit à sa qualité de renégat la possibilité de faire passer, pour de la prose marxiste, ses pitoyables chicanements littéraires de déclassé.
Le troisième camarade exclu par le P.C.I., Damen, a été cité - il y a plus d’un an - par la presse centriste comme l’un des éléments les plus actifs lors de la grève de la faim des prisonniers de Civitavecchia. Et lui aussi est responsable vis-à-vis des centristes et des fascistes d’être un des fondateurs du parti.
Les trois camarades qui viennent d’être exclus ont tous supporté les pires souffrances en Italie et chacun d’eux ressent dans les mutilations de son corps, les coups infligés par le capitalisme aux lutteurs de la cause prolétarienne. Aujourd’hui que le centrisme a plié le drapeau que notre tendance hissa à Livourne, rien de plus naturel que ces exclusions soient prononcées par le centrisme qui indique ces camarades à la police fasciste tout en sachant que le Tribunal Spécial ne pourra, d’aucune façon, convoquer la direction du parti à faire figure de Ministère public dans un procès contre ces militants. Mais au point de vue politique, cette collusion qui ne se manifeste pas encore sur le terrain judiciaire, est manifeste ; les ouvriers du monde entier sentent dans leur chair ensanglantée les exploits de la politique centriste et c’est dans la bataille révolutionnaire de demain que le crime centriste sera durement expié.




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