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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’assassinat de Kyrov
{Bilan} n°14 - Janvier 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 13 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Le centrisme déchaîné hurle vengeance autour du cadavre de Kyrov. La contre-révolution doit être matée clament les journaux soviétiques ; et ces cris trouvent un écho vibrant dans la presse centriste des pays capitalistes laquelle vient de fêter le I7e anniversaire de l’UR.S.S. au milieu des dernières défaites du prolétariat. Nous ne nous laisserons pas intimider par les vociférations hystériques, les cris de mort contre ceux que l’on appelle indistinctement des "saboteurs". En marxistes, nous nous réclamons de la violence révolutionnaire, de la terreur la plus implacable contre les classes dominantes renversées par la révolution, mais nous ne sommes en aucun cas disposés à justifier des actes où il ne s’agit plus de répression, mais de faire déferler des représailles qui, en principe, sont incompatibles avec la dictature du prolétariat et qui procèdent d’une nécessité de maintenir le contrôle absolu et indiscutable du centrisme contre-révolutionnaire sur le prolétariat. Nous ne nous apitoierons en aucun cas sur Kyrov, comme nous ne stigmatiserons ni n’agonirons d’injures son meurtrier. Kyrov, semble-t-il d’après la presse soviétique, est tombé dans l’exercice de ses fonctions, frappé par le désespoir sans issue d’ancien oppositionnels, ne voyant plus d’autre voie pour abattre le centrisme. Ce dernier a répondu par une répression féroce mêlant gardes-blancs et communistes oppositionnels, pour enfin aboutir à la déportation de Zinoviev-Kamenev.
Le meurtre de Kyrov est un incident banal comparé à l’agonie lente de révolutionnaires de la vieille garde, enfermés dans les isolateurs de Sibérie, à la déportation de centaines de communistes de gauche. Ceux-là se rattachent au prolétariat mondial, à sa lutte, à ses espoirs. De ceux-là nous sommes solidaires.
L’assassinat de Kyrov représente une conséquence d’une période de l’évolution de l’UR.S.S. pratiquant une politique ouvertement au service du capitalisme, alors que subsistent encore les fondements économiques, rongés, triturés, de la révolution d’octobre, et que sombrent toutes les oppositions au centrisme.
Que cela soit bien là le caractère de cet événement, est prouvé par l’attitude du centrisme lui-même. En effet, dès que fut connue la nouvelle de la mort de Kyrov, les journaux soviétiques obéissant à une directive, annoncèrent qu’il s’agissait d’un acte de terrorisme inspiré par les fascistes russes et l’on cita des périodiques de 1931, pour justifier et soutenir cette accusation. Immédiatement, une répression féroce s’abattit sur le pays : des saboteurs (rappelons que pour le centrisme les communistes de gauche sont aussi des saboteurs) arrêtés avant l’attentat furent, en guise de réprésailles, passés par les armes La première thèse soviétique : "les gardes blanc ont fait le coup" reçut ainsi une consécration solennelle. Pendant quelques jours on taxa de "saboteurs", donc de complices des assassins de Kyrov, des employés coupables de négligence, des ouvriers impliqués dans des accidents, etc. Mais un revirement se fit bientôt jour. L’assassin de Kyrov serait un débris de l’ancien groupe Zinoviev-Kamenev. Et la charogne journalistique, digne de la canaille de nos pays, poussa bientôt ses clameurs de massacre contre les oppositionnels "Trotskystes", "Zinoviévistes" et autres. Staline lui-même ne manqua pas de déclarer qu’il extirperait les dernières racines de ces groupes, qu’il les détruirait de fond en comble. Dans quelques temps les charrettes de condamnés à mort se rempliront de communistes : il faut que le centrisme soit respecté, que son omnipotence soit un fait établi "ad vitam eternam".
Au point de vue politique, la répression autour de Kyrov s’effectue en UR.S.S., au moment où Litvinov s’associe à Genève Li une résolution condamnant le terrorisme. Celle-ci représente, en somme, une garantie mutuelle des États capitalistes contre les groupes révolutionnaires d’émigrés et, en fin de compte, est une concession de Laval à Mussolini, désirant voir s’accentuer la répression contre l’émigration italienne.
Litvinov dans son discours de Genève marqua surtout l’incompatibilité qui existe entre le marxisme et le terrorisme. Par là il voulut rassurer le capitalisme mondial et lui faire comprendre que le centrisme, malgré ses affirmations démagogiques, abandonnait la violence révolutionnaire. En réponse, la presse officieuse française ne manqua pas d’appuyer la répression soviétique en dénonçant l’assassinat de Kyrov comme "une menace pour la paix". Ainsi il est désormais acquis que tout geste terroriste contre les classes dominantes ou ses alliés centristes sera dénoncé par le front international qui va de Mussolini à Staline (en passant par le très "démocratique" Laval), comme une menace qu’il faut extirper par des exécutions massives.
Il est évident que l’acte de Nicolaev n’est pas une émanation terroriste qui tombe du ciel. C’est une expression des contradictions Où s’agite l’État Soviétique qui doit concentrer avec une parade de mots révolutionnaires les ouvriers russes pour la guerre ; c’est une tentative de résoudre ces contrastes par l’élimination terroriste des centristes, de faire sauter l’étau oppressant qui empêche le prolétariat russe de rejoindre la lutte des ouvriers du monde entier. À ce point de vue, en Russie, se manifestent les mêmes phénomènes que dans certains pays capitalistes où le désespoir d’ouvriers se traduit par des actes de terreur. Il est possible que ces sursauts se croisent avec des actes de saboteurs avérés, mais la responsabilité en revient au centrisme qui réduit le prolétariat en miette, et détermine ce désespoir. Ce qu’il faut donc retirer du geste de Nicolaev, c’est l’extréme nécessité de donner au prolétariat russe un organisme : une fraction de gauche qui puisse montrer un chemin autre que celui du désespoir où tombent de nombreux militants de gauche désemparés par la capitulation des Rakovsky, des Trotsky et consort. Sur cette voie les communistes rencontreront la répression du centrisme qui y verra une nouvelle émanation du "terrorisme" qu’il veut anéantir de concert avec le capitalisme.
Enfin, la répression autour de Kyrov, soulève le problème de la différence fondamentale entre terrorisme révolutionnaire et répression capitaliste. Le menchevik Dan a évidemment beau jeu pour démontrer que terrorisme révolutionnaire signifie des mesures de violence de toute la "classe" contre les agissements des classes dominantes renversées, en donnant à cette affirmation un sens de négation de la terreur déchaînée contre les groupes socialistes par la révolution d’octobre après 1917. En réalité, ses subtilités entre "parti" et "classe" ne tiennent pas. Le prolétariat, après la révolution, emploie la violence contre ses ennemis, en connexion étroite avec les objectifs qu’il se trace : la constitution d’une nouvelle société sans classes, sans oppression de n’importe quelle espèce. La terreur révolutionnaire se relie donc à une conscience en éveil des ouvriers gravissant les marches historiques menant à ce but et ainsi elle se justifie pleinement. D’ailleurs, le prolétariat, après la révolution, proclame l’abolition du code pénal capitaliste et de la peine de mort, voulant indiquer par là que son but est la réalisation d’un ordre nouveau où ces armes répressives n’existeront plus et que les mesures de terreur qu’il adoptera pour lutter contre ses ennemis de classe s’atténueront en même temps que se consolideront internationalement les bases d’un nouvel ordre. De toute façon, la terreur révolutionnaire ne peut être l’expression que d’une classe en activité, en pleine conscience, se dirigeant vers une société nouvelle. Par contre, le capitalisme emploie la répression avec un contenu de classe consistant à étouffer l’initiative de la classe opprimée, à l’empêcher de percevoir tout espoir en sa libération ; et plus les grondements de révolte perceront et plus profondément sévira la répression impitoyable.
Le centrisme, après 17 ans d’existence de la Russie Soviétique, est obligé de déclencher une répression féroce, alors que si vraiment l’époque du socialisme s’annonçait, il ne faudrait plus de moyens de coercition. C’est que, délié du prolétariat mondial, le centrisme étouffe la conscience et l’initiative des masses. C’est par des mesures étatiques, des actes de répression qu’il répond aux coups terroristes. Comme mesure de consolidation de l’omnipotence centriste en Russie, la RÉPRESSION que nous venons de vivre ne peut que se heurter à un refus absolu de solidarité de la part des communistes.




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