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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La suppression de la carte de pain en U.R.S.S.
{Bilan} n°14 - Janvier 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 13 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Un peu avant l’attentat de Nicolaev, le C.C. du parti bolchevik russe prenait des décisions très importantes concernant l’abolition de la carte du pain et du rationnement de produits agricoles tel la farine, les gruaux, les semoules, premier pas vers l’abolition de tout rationnement. En bref, le marché libre du blé était instauré dans toute la Russie à partir du 1er janvier 1935, et le prix minimum du pain fixé par le système des cartes supprimé. Molotov, qui a présenté le rapport du C.C., justifie cette mesure par les succès nouveaux de l’industrialisation qui rendent l’U.R.S.S. indépendante de l’étranger (?), de la collectivisation agricole en particulier, qui permet aux Kolkhozes et Sovkhozes de produire 92 % du blé soviétique alors qu’en 1929, il y avait 86 % de toute la production qui provenaient de cultivateurs individuels.
Cette mesure s’avère être une concession aux Kolkhozes où se trouve embrigadée pèle-mêle une grande partie de la paysannerie souvent contrainte et forcée (nous ne parlerons pas des Sovkhozes qui ont une importance plus réduite) et une restriction des conditions d’existence de la classe ouvrière. En effet, la carte du pain garantissait encore aux ouvriers un prix minimum dans l’achat du pain, désormais le prix de ce dernier devient fonction d’un marché libre où s’établit un prix unique du blé supérieur au prix minimum du pain obtenu avec le système des cartes et le relèvement correspondant des salaires devient fonction d’une série de conditions (transport, proximité de centres importants, etc.).
Rappelons que le rationnement alimentaire, le système des cartes fut instauré en 1928, pour les besoins de l’industrialisation, du plan quinquennal et précédé d’une élimination de la droite Boukharine-Rykov, compromise dans la période précédente par ses concessions à la paysannerie ("Paysans, enrichissez-vous"). Ce fut l’époque de la collectivisation à toute vapeur à la campagne et de l’industrialisation forcenée pour "rattraper et dépasser les pays capitalistes". L’État soviétique put réaliser ses desseins économiques, obtenir les capitaux nécessaires, au prix de l’exclusion des internationalistes de l’I.C., au prix de l’organisation de la défaite des ouvriers du monde entier. Aujourd’hui, s’ouvre une nouvelle étape : l’Union Soviétique comme les États capitalistes avec lesquels elle est liée doit œuvrer en vue d’une guerre qui s’annonce de plus en plus proche : l’industrie essentielle de l’économie doit donc être celle des armements, nécessitant des capitaux sans cesse croissant.
Les dernières mesures du C. C.du parti bolchevik russe prennent la signification suivante : ne pouvant plus imposer des taxations nouvelles aux paysans embrigadés dans les différents types de Kolkhozes, après la collectivisation forcée de ces dernières années, on veut vaincre leur hostilité envers la réglementation étatique du marché agricole. D’autre part, il s’agit de créer une paysannerie favorable au régime, par l’achat du blé à un prix appréciable (au lieu des réquisitions), une mesure voulant rendre le paysan sympathisant aux Soviets dans une période où la guerre se rapproche. Le marché libre est donc rétabli et on donne libre jeu aux différentiations sociales au sein des Kolkhozes, on attise la concurrence entre ces derniers et pour réaliser les capitaux nécessaires pour les armements nouveaux, le centrisme procède comme les États capitalistes : il attaque les conditions d’existence des prolétaires, leurs salaires qui dépendront désormais d’un prix du marché libre, d’une série de facteurs incontrôlables pour les ouvriers. Les décisions du C.C. indiquent donc un cours politique orienté vers la droite et à ce point de vue le bruit autour de l’assassinat de Kyrov sert à étouffer l’attention des ouvriers sur ces nouvelles mesures.
Ces "nouveaux succès du socialisme" en Russie s’effectuent aussi sur la base d’une stabilisation du rouble qui, selon Molotov, souffrait fort de n’être pas l’élément décisif, mais seulement un élément parmi d’autres, pour la fixation des prix. Et dire que Staline dans son dernier discours de 1933 prétendait que le meilleur témoignage que l’on se rapprochait du socialisme était la baisse de l’importance de la monnaie dans la vie économique soviétique !
Au nom de la lutte contre la spéculation, le centrisme tombant d’un extrême dans l’autre, ouvre la voie à des différenciations de classe à la campagne où tous les Kolkhozes vont pouvoir exprimer leur contenu réel au travers d’une concurrence sur le marché libre.
Et ainsi le centrisme prépare déjà les conditions sociales d’où surgiront pendant la prochaine guerre les éléments de réaction bourgeoise qui le balayeront, si d’ici là le prolétariat mondial ne parvient à donner le signal de la révolution prolétarienne.




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