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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Quand manque un parti de classe... À propos des événements d’Espagne
{Bilan} n°14 - Janvier 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 13 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Nous avions d’abord pensé qu’il serait inutile de répéter au sujet de l’Espagne, nos appréciations quant au rôle de la social-démocratie dans ce pays. La fonction historique de cette dernière se dégage si lumineusement dans la période de l’après guerre qu’effectivement cela paraissait vain. Mais pour éviter toute spéculation, les critiques d’épicier tendant à faire croire que nous voulons épargner les socialistes afin de "taper" exclusivement sur les un anarcho-syndicalistes, nous serons obliger de nous répéter.
La social-démocratie espagnole fut jadis un groupe insignifiant et personnifiée en Pablo Iglesias, le "Bebel" ibérique, qui eut une certaine influence dans l’avant-guerre, uniquement en raison de sa politique d’alliance avec les républicains bourgeois qui furent les forces s’appuyant essentiellement sur les couches intellectuelles et petites bourgeoises.
Après la guerre, favorisée par l’essor économique qui se manifesta dans tous les pays, y compris l’Espagne restée neutre, la social-démocratie n’en soutint pas moins directement - pour collaborer par après - la dictature de Primo de Rivera. À la chute de ce dernier, comme elle était l’unique organisation, organisée nationalement (les formes républicaines de l’ancienne ou de la dernière couvée existaient localement), elle gagna une influence supérieure à sa puissance réelle : 114 députés aux élections à la Constituante. Ce fait lui permit d’ailleurs de se poser en agent central nécessaire pour sauver l’ordre capitaliste dans les moments dangereux et de consolider, par après, l’ordre d’où la contre-offensive put se jeter sur le prolétariat.
Pendant la dictature de Primo de Rivera établie en 1923, et sous le gouvernement de transition Bérenguer qui lui succéda en janvier 1930, s’opéra un morcellement des deux partis "historiques" de la bourgeoisie, ouvrant l’ère des partis se réclamant des classes moyennes : différents groupements républicains ne se distinguant pas très clairement les uns des autres et se situant aux côtés du parti radical de Lerroux et du parti radical-socialiste créé par la gauche du parti radical.

Ce qui caractérise cette période, c’est entre autres le pacte de San Sébastian d’août 1930, conclu entre les différents partis catalans et les partis anti-monarchistes (socialistes, radicaux-socialistes, radicaux, droite républicaine) et qui devaient régler l’épineuse question de l’autonomie de la Catalogne et des provinces basques ; c’est la tentative prématurée de décembre 1930 avec le soulèvement de la garnison de Jaca et la proclamation de la République à Madrid.
Le capitalisme possède une souplesse remarquable qui lui permet de s’adapter aux situations les plus difficiles ; les bourgeois espagnols, d’abord monarchistes, comprirent bientôt qu’il était plus utile momentanément d’abandonner pacifiquement le pouvoir aux "mains amies" des socialistes et des républicains plutôt que de risquer une résistance pouvant mettre un danger leurs intérêts de classe. D’ailleurs toutes les divergences politiques qui se firent jour dans les formations républicaines se rattachèrent à la consolidation de son pouvoir. Par là même, du jour au lendemain, de monarchiste elle devint républicaine et lorsque les élections municipales du 12 avril donnèrent aux partis d’opposition anti-monarchistes une majorité - ils gagnèrent 46 sur 50 chefs-lieux de province - il se vérifia un changement pacifique du décor politique et l’abdication d’Alphonse XIII eut lieu. À sa place succéda un gouvernement provisoire comprenant les signataires républicains et socialistes du manifeste de décembre 1930.
Dans le premier gouvernement de coalition, les socialistes occupèrent le ministère du Travail, de la Justice et des Finances - ces deux derniers après échange avec ceux de l’Instruction et des Travaux Publics.
En trente mois de coalition gouvernementale, les socialistes avalisèrent et couvrirent tous les crimes et forfaitures de la bourgeoisie "libérale", la répression des mouvements d’ouvriers et de paysans dont les massacres de Arnedo et Casas Viejas, la loi de Défense de la République, la loi sur l’Ordre Public, la loi réactionnaire sur les associations, la mystification de la loi agraire.
La social-démocratie eut surtout pour fonction historique de maintenir les illusions démocratiques parmi les ouvriers, empêcher ainsi leur radicalisation et éventuellement étouffer leur élan révolutionnaire.
À ce propos, il convient de remarquer que pour l’Espagne on a trop parlé de "révolution", particulièrement lorsqu’il s’agissait d’une simple manœuvre de la bourgeoisie et exagéré les possibilités d’une "révolution prolétarienne" surtout que le manque d’un parti de classe et l’influence négative de l’anarco-syndicalisme avait miné les chances de succès.
Quand la social-démocratie reçut le coup de pied de l’âne, c’est à dire quand le capitalisme se sentit assez puissant pour se passer de ses bons services, les socialistes qui avaient renforcés leur démagogie verbale proportionnellement à leur perte d’influence au sein du gouvernement, enfantèrent une "gauche" qui s’efforça de maintenir le drapeau de la trahison parmi les prolétaires. Et Largo Caballero, le ministre de Casas Viejas menaça la bourgeoisie de la dictature prolétarienne et d’un régime soviétiste...
C’est vraiment une loi d’airain que celle qui détermine la social-démocratie à concentrer le prolétariat autour des mots d’ordre démocratiques, à passer ensuite à l’opposition "gauchiste" pour préparer enfin la trahison de demain pendant que les partis de la classe moyenne s’intègrent dans la réaction qui passe à l’attaque. Et les événements se déroulent alors avec une vitesse et une logique implacable.
Ainsi en Espagne, au gouvernement, carteliste succède, pour procéder à de nouvelles élections, un gouvernement radical de transition, qui après les élections de novembre 1933 où se vérifia la débâcle des socialistes, fit place à un gouvernement radical orienté vers la droite et dirigé par Lerroux lui-même. Mais la bourgeoisie ne se sentait pas encore en état de passer à l’offensive violente et Samper remplaça Leroux. Mais déjà les leviers de commandes étaient entre les mains des partisans ouverts de la réaction.
Les faits sont connus : en réponse à la reconstitution d’un gouvernement Lerroux où les ministères les plus importants - celui de la Justice, de l’Agriculture, du Travail - étaient aux mains de populistes catholiques (donc du parti le plus réactionnaire de la péninsule ibérique), les socialistes proclamèrent la grève générale pour le 5 Octobre. Il s’agissait d’une grève "légale" devant provoquer la chute de Lerroux et lui substituer l’ancienne coalition républicaine-socialiste.
Comme en 1922 en Italie, où la grève décidée par l’Alliance du Travail devait écarter le "danger fasciste" de M. Mussolini pour lui substituer un "gouvernement meilleur", celui de Turati-Modigliani, en Espagne la social-démocratie lutta contre le "danger fasciste" et pour reconstituer un gouvernement de coalition républicain-socialiste. Mais cette dernière phase - à laquelle il faut rattacher la comédie de la proclamation de l’État catalan - fut de courte durée et la 2ème phase se détermina de la lutte du prolétariat non atteint par des déviations séparatistes qui auraient pu se manifester surtout en Catalogne et dans les provinces basques, lutte qui se développa surtout dans le bassin houiller des Asturies où se vérifia la véritable unité ouvrière autour de la lutte armée pour le pouvoir.
Le gouvernement finit par concentrer contre les "Asturies rouges" toute une armée de 30 000 hommes avec des moyens de destruction ultras-modernes : aviation de bombardement, chars d’assauts, etc. ; les troupes les plus sûres furent employées pour maîtriser la rébellion : la légion étrangère, cette lie de la société et les tirailleurs marocains furent employés pour mater l’insurrection. On sait aujourd’hui que cette précaution ne fut pas vaine : à Allicante les marins eux-mêmes donnèrent l’assaut à l’arsenal, à Oviedo, 900 soldats quoique assiégés, refusèrent de tirer sur les ouvriers marchant à l’assaut de la caserne.
D’ailleurs certaines garnisons dans la province de Léon où il y eut des combats acharnés, durent être transportées d’urgence dans des régions plus tranquilles.
Mais à la fin, isolés pendant que le reste de l’Espagne ne bougeait, les héros des Asturies finirent par être écrasés - non vaincus - parce qu’encore aujourd’hui subsistent dans les montagnes, des groupes de rebelles qui continuent la lutte.

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Le Parti Communiste Espagnol conçu par Borodine, arrivant de Chine, et tenu sur les fonts baptismaux par l’opportuniste italien Graziadei, surgit de la jeunesse socialiste et d’une "aile gauche socialiste". Ces "gauchistes" une fois leur mission de sabotage de l’élan révolutionnaire des masses accomplie, rentrer au bercail, si pas dans les rangs des libéraux (Garcia Cortés) ou même des cléricaux (Perez Solis).
Le parti espagnol - le plus mauvais de la troisième Internationale, selon Manouilsky lui-même - a eu en Espagne, comme ailleurs, une position absurde et tout à fait en opposition avec les réalités immédiates de la situation. Pendant la dictature il proclama que l’unique issue serait inévitablement la révolution sociale et que toute parenthèse démocratique était écartée a priori. Cette position fut d’ailleurs appliquer aussi bêtement à l’Italie dans l’éventualité d’une chute de Mussolini. Il est certain que les illusions démocratiques surgiront avec le retour des forces sociales du capitalisme balayées aujourd’hui par le fascisme et leur nettoyage définitif dépend uniquement de l’intervention du parti mobilisant les masses autour de ses objectifs de classe, face à toutes les forces démocratiques de la bourgeoisie.
Après le 14 avril, le parti avec ses 400 membres dans toute l’Espagne, lança le mot d’ordre de "la prise du pouvoir" et du "gouvernement ouvrier paysan", alors qu’il se trouvait devant une classe ouvrière en pleine ivresse démocratique.
Au lieu de travailler dans la C.N.T. pour la soustraire à l’idéologie anarcho-syndicaliste et dans l’U.G.T. réformiste, c’est-à-dire dans les milieux où se trouvaient les ouvriers, le centrisme pratiqua la scission syndicale avec son "Comité de reconstruction" (par après "Comité d’Union syndicale"), dernièrement transformé en fantôme de C.G.T.U., ce qui l’isola complètement de la masse ouvrière.
Le parti en suivant les déformations et trahisons de la ligne centriste abdiqua tout rôle de guide de la classe ouvrière en faveur de comités différents en nom, mais identiques dans leur impuissance. La liquidation récente de l’équipe Buleyos-Trilla n’a signifié que l’avènement d’une nouvelle direction tout aussi nocive et soumise aux ordres de Moscou.
Le rôle néfaste joué par le centrisme en Espagne, permet à tous les crimes sanglants de la coalition socialiste de subsister en permettant aux socialistes de préparer les trahisons de demain. Au surplus, les nouveaux tourments du centrisme et du trotskisme donnent aux socialistes une nouvelle virginité pour les situations ultérieures.
Des larges couches ouvrières restent sous l’influence négative de l’anarcho-syndicalisme. D’autre part, les événements ont prouvé que la C.G.T.U. centriste représente tout au plus une sinécure pour quelques bonzes et son entrée dans les "Alliances ouvrières" se vérifia au dernier moment comme conséquence du refus d’un front unique politique du parti socialiste parti communiste. Ce qui n’empêcha pas la "Correspondance Internationale" d’écrire que "la confédération unitaire (dont on ne donne pas les effectifs par prudence...) jouit d’une influence qui dépasse de beaucoup la lueur d’accroissement de son organisation". La révolution dans les Asturies fut naturellement dirigée par les centristes !

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Si nous nous attardons sur l’attitude des anarcho-syndicalistes pendant les événements d’Espagne, ce n’est certes pas par sectarisme ou pour provoquer des polémiques stériles. Mais nous nous trouvons ici en face d’un pays - vraiment le seul si l’on fait abstraction de l’Amérique latine - ou l’influence de l’idéologie anarchiste parmi les masses ouvrières se pose d’une façon aiguë alors que même en Russie ce problème fut très restreint. Ce problème doit être examiné parce qu’à la lueur des faits l’anarcho-syndicalisme se révèle une force négative pour les intérêts de la classe ouvrière, force qui ne veut tenir compte d’un siècle d’expériences de classe et de la signification d’Octobre 1917.
En 1873 les bakouninistes espagnols - pour ne citer qu’un exemple - empêchèrent l’éclosion d’un mouvement de masse à Barcelone tout en déclenchant des putschs à Alcoy ou à Sanlucar et finirent, eux les ennemis de tout pouvoir, à entrer dans les majorités petites-bourgeoises des gouvernements (juntes) des villes soulevées dans le mouvement dix "cantonaliste".
En 1931, leurs héritiers directs, les dirigeants de la C.N.T., collaborèrent au comité républicain et proclamèrent que la république, même bourgeoise, était un progrès par rapport à la monarchie, comme si les pouvoirs d’un président Roosevelt ne sont pas plus grands que ceux d’un roi "constitutionnel", par exemple : celui d’Angleterre.
Mais ces fautes de la première période de la République ont été rejetées sur un bouc expiatoire, Pestana, le dirigeant de la C.N.T. et sur son entourage.
La C.N.T., dans le passé la plus puissante des organisations ouvrières d’Espagne (remarquons cependant que le million et même plus d’adhérents proclamé, est incontrôlable et se réfère à l’immédiat après-guerre, non à sa reconstitution qui suivit sa dissolution volontaire sous la dictature de Primo de Rivera) a été et est encore très hétérogène dans sa composition. Elle organise des ouvriers de toutes tendances et dans leur majorité indifférents si non passifs. L’anarcho-syndicalisme doit son succès en grande partie à son aspect négatif au point de vue de l’organisation : décentralisation à outrance, très basses cotisations. Tout cela ajouté à sa tactique correspondante au caractère primitif et impulsif des pays méridionaux, explique son succès dans la péninsule ibérique et dans l’Amérique latine.
L’anarcho-syndicalisme de la C.N.T. a abouti en réalité au syndicalisme réformiste d’une CGT française, avec un Pestana qui fut un Jouhaux d’outre-Pyrénées. Mais cette constatation ne doit pourtant pas nous entraîner dans de subtiles différenciations entre anarcho-syndicalistes, anarchistes purs ou syndicalistes révolutionnaires, car cela pourrait servir à couvrir les responsabilités : dans la pratique tous ces courant "antiparlementaires" - anti-autoritaires dans le passé - ont toujours bloqué contre socialistes, communistes.
Nous considérons maintenant l’action de la Fédération Anarchiste Ibérique (F.A.I.), qui contrôle aujourd’hui la C.N.T.
Après la chute d’Azana elle réclama une amnistie sans limite donc aussi pour les généraux du pronunciamiento militaire, mais du général Sanjurjo, et elle désavoua les ouvriers de la C.N.T. qui avaient mis en échec les tentatives de ce dernier à Séville, en proclamant qu’ils devaient rester passifs. En octobre 1934, elle prit d’ailleurs la même position en écrivant qu’il s’agissait d’une lutte pour le pouvoir entre marxistes et fascistes qui n’intéressait pas le prolétariat, lequel devait attendre pour intervenir que les uns et les autres se soient entre déchirés.
Leur abstention, leur attitude passive pendant les élections ne fit que faciliter la victoire électorale des droites. Nous soulignons attitude passive pour éviter des spéculations faciles sur la valeur à attribuer à la force électorale au suffrage universel.
À vrai dire les anarchistes déclarèrent que leur abstention ne devait pas être passive, mais une action pour... gagner 50 % des électeurs à l’abstentionnisme. Ce serait notre victoire et alors nous ferons la "révolution" (Meeting du Monumental de Barcelone du 5 septembre 1933). En somme une révolution avec une garantie de 50 % + 1 d’abstentionnistes, comme les socialistes avec leur 50 % + 1 d’électeurs nécessaires pour instaurer le socialisme. La presse anarchiste avoue les défaillances de la C.N.T. et de la F.A.I. : "presque partout anarchistes et syndicalistes adhérèrent par esprit de solidarité, mais en général sans enthousiasme (cela est manifestement faux car la presse anarchiste ne manqua pas de mettre en évidence la participation active de ses éléments de base N.D.L.R.). La lutte la plus acharnée eut lieu dans les Asturies, un peu moindre en Biscaye ; à Madrid les luttes durèrent huit jours, mais non avec une force capable de tenir en respect les forces armées de la région.
En Andalousie, en Estrémadure, à Valence, en Aragon et en Catalogne (les régions donc où la C.N.T. a ses forces) eurent lieu seulement des escarmouches. À Barcelone on eut des conflits violents mais insuffisants que pour permettre à la ville rebelle de faire tout son devoir". Ce qui advient à Barcelone est riche en enseignements. On sait que la Catalogne entière était en grève, dans quelques villages était proclamé la république ; dans d’autres l’Alliance Ouvrière proclamait la république ouvrière ; et des anarcho-syndicalistes proclamèrent même la Commune libertaire quand Companys, chef du gouvernement de la "Généralité", le 6 octobre au soir, créa la république catalane indépendante dans une Espagne Fédérative. L’armée de la Généralité ne disposait pas d’artillerie, mais elle avait des armes, des bombes à main et mitrailleuses en quantité. Mais Companys avait compté sur le général catalan, ou "catalanisant", qui commandait à Barcelone et sur les soldats eux-mêmes en majorité catalans. Devant leur refus, il ne crût pouvoir résister ; deux heures après l’état de siège était proclamé et Companys capitulait devant une compagnie de soldats au premier coup de canon tiré contre la Généralité.
La C.N.T. n’a reconnu que passivement les faits accomplis par ses militants de base qui avaient suivi le mot d’ordre de grève générale, contre laquelle elle s’était prononcée. Plus encore : le lundi 8 janvier, pendant que la lutte durait encore à Barcelone sous l’impulsion d’anarchistes isolés et de syndicalistes dissidents, la C.N.T. lançait l’ordre de cessation de la grève générale qu’elle n’avait d’ailleurs pas proclamée, ordre que les autorités militaires s’empressèrent de transmettre par la Centrale de la T.S.F., située au quartier général du corps d’armée.
Il est juste que ni la C.N.T. ni la F.A.I. ne pouvaient se ranger aux côté de leurs bourreaux d’hier, d’aujourd’hui et certainement de demain, si ces derniers avaient obtenu leur victoire démocratique, mais il est également vrai que les anarcho-syndicalistes ne surent profiter d’une pareille occasion, surtout lorsque Companys affolé fit appel au peuple et quant existait la possibilité de s’armer pendant que toute l’Espagne était encore en grève générale, pour intervenir contre toutes les fractions bourgeoises. La situation était dans tous les cas beaucoup plus favorable que celle de leur putsch du 8 janvier et du 8 décembre provoqué dans peu de régions et au milieu d’une accalmie générale.
Après avoir écrasé le soulèvement des Asturies, la bourgeoisie passa à la provocation ouverte avec ses exécutions "légales" de deux combattants mineurs José Laredo Corrales, à Gyon et Josué Guerra, à Léon le 7 novembre.
La C.N.T. qui semblait ignorer les milliers d’exécutions "extra légales" dans les Asturies et ailleurs, s’émouva des condamnations "légales" des vingt-trois révolutionnaires par les tribunaux militaires et décida de déclencher la grève générale, elle-même, si l’on passait à l’exécution de ces ouvriers. Le gouvernement, quant à lui, déclarait ouvertement attendre l’écrasement de la révolte des Asturies pour transporter ses troupes dans les régions influencées par les anarchistes et qui étaient dégarnies de forces, ou garnies de forces très peu sûres pour lui. Tout cela s’avéra véridique : après les deux exécutions la C.N.T. proclama une grève générale qui, déclenchée quelques semaines avant aurait au moins atténué l’attaque gouvernementale dans les Asturies, et qui sans ces nouvelles circonstances fut un fiasco lamentable.
L’Union anarchiste française a essayé dans un manifeste de défendre les libertaires espagnols contre l’accusation d’avoir déserté la bataille et favorisé ainsi la victoire du gouvernement Lerroux. La vérité est complètement différente, disent-ils, les anarchistes espagnols ne pouvaient officiellement s’unir à un mouvement de caractère politique qui ne se proposait d’autre but que le renversement d’un gouvernement... Mais les libertaires, syndicalistes et anarchistes ont fait, comme toujours, courageusement leur devoir.
En réalité la F.A.I. et par conséquent la C.N.T. a été contre la grève générale et quand les militants ont participé de leur propre initiative et comme toujours héroïquement à la lutte, elle en a proclamé la cessation à Barcelone et n’a pas cherché à l’élargir aux régions où elle était la force prédominante.
C’est une dure vérité, mais la vérité ! Amicus Plato, sed amicior Veritas. Et la "vérité" est une formule si chère aux anarchistes...

GATTO MAMMONE




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