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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Mathias Rakosy
{Bilan} n°15 - Janvier-Février 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 14 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Le 14 janvier s’est ouvert à Budapest le procès de Rakosi, ancien Commissaire du Peuple de la République Hongroise. En réalité, il s’agit plutôt du procès de l’assaut révolutionnaire de 1920, que du jugement d’une personnalité. Rakosi, rentré illégalement et au risque de sa vie en Hongrie, vers 1926, arrêté peu après, a déjà purgé huit ans en prison. Maintenant, le gouvernement de Gomboes entend le frapper en témoignage de sa haine envers les événements insurrectionnels de l’après-guerre.
Rakosi est un centriste qui, avec Bela Kun, a combattu la gauche communiste dans l’I.C. Mais plus que ses opinions, la position qu’il occupe devant la bourgeoisie hongroise en fait un symbole de lutte avec lequel nous nous solidarisons pleinement. S’il était resté à Moscou, Rakosi eut probablement suivi les Bela Kun, les Ercoli et autres valets que la révolution de demain jettera dans l’égout aux côtés de leurs maîtres. Mais, pris dans la tourmente du choc des classes, broyé par la répression capitaliste, Rakosi se trouve dans la possibilité de se racheter, d’autant plus que son attitude devant les bourreaux de Gamboes a été jusqu’ici celle d’un communiste.
Cependant, nous disions que le procès qui lui est intenté dépasse ses conceptions politiques, sa personne pour atteindre la Commune hongroise. Ce que le capitalisme convoque à la barre c’est non un individu ayant à répondre de certains de ses actes mais une révolution qu’il parvint à étouffer. Et ici apparaît la signification d’un procès qui fait pousser de hauts cris aux juristes de tout acabit, épaulés naturellement par les centristes. On voudrait brouiller les enseignements de la Commune de 1920, en faire une tentative d’escrocs, d’assassins tombant sous l’application du code pénal, et non une tentative insurrectionnelle à laquelle ne manqua qu’un parti pour vaincre. En somme, il s’agirait de sanctionner solennellement l’inutilité de batailles révolutionnaires et la nécessité d’accepter l’esclavage des classes dominantes, prêtes à frapper les "criminels", les "faux-monnayeurs" appelant à l’insurrection.
C’est l’idée révolutionnaire que la dictature de fer de Gomboes veut anéantir. Ah ! Ils n’oublient pas les boyards et capitalistes hongrois la Commune rouge ; encore aujourd’hui, ils doivent broyer toute velléité ouvrière de résistance avec une énergie sanglante. Peut-être comprennent-ils, eux qui ont vu le drapeau rouge flotter victorieusement à Budapest, que malgré la dégénérescence du centrisme, le rôle néfaste de l’État soviétique, les ouvriers hongrois sauront puiser dans leurs expériences la force de créer un parti leur montrant la route de la victoire. Mais si cette heure doit venir, le plus tard sera le mieux. Et, en attendant la répression féroce, les procès fastidieux et sonores contre la révolution suivront leur cours. Aucune fermentation de classe ne pourra s’épanouir ; et refoulé dans les tréfonds de la vie sociale, le désespoir atroce des ouvriers s’exprimera dans des gestes comme celui des mineurs de Pecs, faisant la grève de la faim au fond de la mine.
Heureusement, la révolution prolétarienne ne rend pas des comptes aux tribunaux capitalistes : elle vit parmi les souffrances des masses et le travail de ses militants. C’est pourquoi Gomboes peut frapper Rakosi en donnant à cette mesure la signification d’une condamnation de la révolte prolétarienne ad vitam eternam. Il peut construire de nouvelles prisons, accentuer ses attaques contre les ouvriers, les communistes, mais il n’arrêtera pas l’évolution historique, le regroupement des masses, la dislocation de son appareil policier, l’édification d’un parti d’avant garde.
Pour nous, en nous solidarisant de Rakosi nous marquons notre solidarité à un militant frappé par le capitalisme, aux ouvriers hongrois dont Rakosi - hasard curieux si l’on tient compte de la fonction internationale du centrisme - se trouve devoir symboliser les héroïques batailles qui portèrent à la fondation de la République Soviétique de Hongrie.
En même temps qu’une défense de la Commune Rouge, la solidarité avec Rakosi doit exprimer les enseignements que dégage cette expérience historique. Il ne suffit pas de proclamer la "République Soviétique", d’instituer des "commissaires du peuple", il faut un parti pouvant aiguiller l’essor des masses vers un labourage profond, économique et social, de la société bourgeoise, pouvant jeter les traîtres par dessus bord. Malheureusement, une grande révolution dans des "petites mains", des batailles d’envergure conduites par des communistes sans programme, devaient être écrasées. Et ce pouvoir tombé du ciel parmi des communistes sans boussole et des traîtres socialistes ne pouvait être ramassé à nouveau que par la bourgeoisie dont l’Amiral Horthy - secondé par le capitalisme mondial - fut alors le digne représentant.
Après chaque révolte écrasée, les classes dominantes inculpent la révolution afin de témoigner ouvertement à la face du monde qu’il s’agit d’un produit d’agitateurs et non d’un mouvement historique irrésistible. Mais cette falsification de la réalité ne trompe personne et les événements de demain en faisant sauter l’appareil de domination du capitalisme, démoliront aussi les sanctions juridiques, les condamnations "morales" des bourreaux du prolétariat mondial.




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