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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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L’attentat de Nicolaïev
{Bilan} n°15 - Janvier-Février 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 14 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Pour adopter une position politique envers les derniers et graves événements de Russie, il faudrait posséder des renseignements exacts sur la nature politique du groupe dont faisait partie Nicolaïev, sur les buts qu’il s’assignait, les moyens qu’il préconisait. Mais c’est sans doute pour éviter que les communistes puissent connaître la réalité que le gouvernement soviétique, immédiatement après l’attentat, alors qu’il connaissait l’identité politique de son auteur, commençait par la cacher aux ouvriers russes et aux autres pays, prenant en toute hâte les dispositions nécessaires pour que le geste de Nicolaïev ne révèle pas les conditions qui l’avaient déterminé, mais soit connu au travers d’une falsification pouvant raffermir le pouvoir politique du centrisme. Pas de procès, car Nicolaïev n’appartenant pas à la bande des contre-révolutionnaires à la solde des classes abattues par la Révolution d’Octobre, la "popope" n’aurait pas réussi et loin d’avoir l’attitude lâche du comédien qui sait pouvoir obtenir un avancement d’autant plus grand dans la hiérarchie de la bureaucratie étatique, que ses confessions seront plus graves, Nicolaïev, à l’encontre de Ramsine, aurait bravé, non apitoyé ses juges, expliqué et revendiqué son geste, non renié et méprisé son attentat. Alors, les centristes décident qu’il n’y aura pas de procès et que la tragédie du "Centre de Leningrad" ne sera connue que par les bourreaux et dans les officines de la Guépéou, où les épithètes de révolutionnaire et contre-révolutionnaire s’échangeront entre détenteurs de la "ligne" possédant des armes pour défendre leur omnipotence et leur vie ; pour interdire l’entrée aux ouvriers qui, s’ils pouvaient entendre et comprendre, pourraient aussi menacer les tenants soviétiques de la contre-révolution ; et des accusés qui ne pourront plus donner à leur vie le seul prix qu’ils souhaitaient lui attacher, non celui d’être vécue, mais de se sacrifier pour le prolétariat qui ne pourra même pas connaître pourquoi on les aura fusillés.
Comme le marxisme est une méthode qui permet de comprendre les événements, non d’après l’étalage des facteurs qui les composent, mais d’après leur entrelacement, leur communion et surtout d’après les circonstances politiques qui les entourent, les conditionnent, les expliquent, il nous est possible d’affirmer catégoriquement que les têtes coupées par le bourreau centriste ne couvraient pas des cerveaux de contre-révolutionnaires, que la main centriste qui a tué n’a pas été guidée par "la révolution qui se défend", mais par la contre-révolution qui pourchasse, persécute, assassine. En effet, qu’aurait pu prouver l’attentat de Leningrad ? Il aurait pu vider un conflit théorique qui durait depuis 1927 ; Staline n’avait-il pas affirmé que l’opposition était la pointe d’avant-garde de la contre-révolution ? N’avait-il pas dit qu’en dehors de la politique du socialisme dans un seul pays, tous les autres courants d’opposition n’étaient que des aspects différents, des variantes de la bourgeoisie mondiale ? Eh bien, l’occasion était là : un partisan de cette bande de la contre-révolution avait tiré sur un "chef bolchevik" ; relié idéologiquement avec l’ancienne opposition zinoviéviste, Nicolaïev s’était évidemment abouché avec le consul d’une petite puissance manoeuvrée par un grand État fasciste. Tous les éléments étaient donc réunis pour confirmer avec éclat la "justesse du pronostic de Staline" et au bout du rouleau devaient se trouver Hitler, Trotsky et Zinoviev armant Nicolaïev qui tuera Kirov.
Quand on pose ce problème : pourquoi, avec Ramsine et d’autres émissaires anglais ou allemands a-t-on fait de grands procès à sensation ? Pourquoi avec le "Centre de Leningrad" a-t-on procédé autrement ? Ce "pourquoi" décèle la réalité et s’il ne nous permet pas de connaître les positions politiques du "Centre" incriminé, il nous permet toutefois de comprendre les raisons pour lesquelles le centrisme a dû avoir recours à des exécutions massives. S’il a recours à des procédés sommaires, c’est qu’il ne doit pas faire face à des excroissances apparues inopinément dans la marche vers le socialisme, car la "société sans classe", déjà promise par Molotov en octobre 1932, aurait pu les rejeter par le fonctionnement régulier de la Constitution Soviétique. Il a bien autre chose qui requiert une intervention exemplaire. Il ne s’agit pas, il ne suffit pas de punir ; il faut aller bien au-delà, il faut avoir recours aux représailles, il faut intimider ceux qui pourraient, connaissant le "Centre de Léningrad", comprendre les mobiles du geste de Nicolaïev et reconnaître - au-delà du brouillard épais du socialisme des plans - la réalité de la politique contre-révolutionnaire de la Russie Soviétique. Les circonstances qui entourent les dernières exécutions sommaires nous permettent donc de conclure que cette répression sanglante trouve sa justification non dans la marche de la révolution, mais dans la marche opposée de la contre-révolution mondiale.
Si nous élargissions notre vision aux circonstances ambiantes qui ont accompagné le procès et si nous passons à l’analyse de la situation politique qui a engendré l’attentat, nous constaterons une correspondance entre l’orientation du centrisme et les procédés auxquels il eut recours dans l’action répressive. Dernièrement, la Russie Soviétique faisait son entrée dans la Société des Nations et passait des accords politiques et même militaires avec des États impérialistes. Cette politique internationale ne choquait pas seulement avec les affirmations de jadis, de l’époque où la révolution était à ses débuts et qu’elle trouvait en face d’elle la coalition du capitalisme mondial, mais elle se heurtait brutalement à une réalité qui renouait tragiquement les deux pôles enchaînés en une synthèse terrible : d’un côté la défaite du mouvement ouvrier, d’un autre côté la marche progressive des relations amicales, politiques et militaires, des États capitalistes victorieux et de l’État Soviétique. Les tenailles de ce dilemme épargnèrent évidemment la gorge des protagonistes de la politique centriste et purent laisser indifférentes les grandes masses des ouvriers russes soumises à un bourrage de crânes quotidien, leur faisant croire que la victoire de Hitler ou de Doumergue, parce qu’elle aurait balayé le terrain des traîtres socialistes, était une condition à la victoire immédiate du communisme. Mais tout cela ne pouvait jeter dans la confusion des militants communistes ayant traversé une longue chaîne ininterrompue de déceptions vaines car, à chaque occasion, on avait escompté une victoire contre le stalinisme, par l’appartenance à tel ou tel autre groupe oppositionnel.
Dans le domaine intérieur, au cours du mois de novembre, un autre tournant de grande importance devait s’opérer : la suppression de la carte du pain et du rationnement de certains produits agricoles. Nous n’examinerons pas ici les interférences que ces mesures peuvent produire - dans le domaine économique et politique - dans les rapports entre la classe ouvrière et les différentes couches paysannes, comme nous n’aborderons pas, pour le moment, la répercussion inévitable que ces mesures auront sur une plus grande différenciation dans les positions respectives des ouvriers appartenant à différentes échelles de la hiérarchie productive ou dans les stratifications de la paysannerie. Nous nous bornerons, pour l’instant, à marquer la signification essentielle de ces mesures.
Nous n’avons jamais avalisé la bouffonne identification entre industrialisation et socialisme ; sachant bien, d’ailleurs, qu’industrialisation peut s’identifier avec le capitalisme, nous avons toujours considéré que l’évolution progressive de l’économie ne peut être autre chose qu’une condition pour la marche vers le socialisme, ce dernier devant trouver ses débouchés non sur le terrain de la construction de la société sans classe dans un seul pays, mais dans l’oeuvre révolutionnaire du prolétariat mondial. Nous n’avons donc rien à voir avec l’ivresse d’industrialisation. Mais, avec Marx, Engels et Lénine, nous considérons que le processus de la décomposition de l’État ouvrier pour faire place à une société sans classes, n’a rien à voir avec les dernières mesures soviétiques. Le chemin de l’anéantissement de l’État socialiste signifie croissante atténuation - jusqu’à sa disparition - des mesures coercitives, alors que se développe la fonction des organismes centralisateurs d’administration de la société. La mort graduelle de l’État prolétarien est donc accompagnée non de l’extinction de la nécessité d’un organe régularisateur de comptabilité sociale, mais par la seule extinction des fonctions de contrainte. Les dernières mesures soviétiques cèdent une partie de l’initiative économique que détenait, avant l’État, à des formations paysannes et marchandes dont on veut stimuler l’activité productive par le mirage de la conquête d’un pouvoir économique. Et qu’on ne vienne pas nous objecter que la comparaison statistique entre les positions étatiques et celles que détiennent ou peuvent acquérir les formations sociales avantagées par la suppression du rationnement, prouverait à l’évidence qu’aucun danger ne se présente pour la structure de la société russe. Comme dans les autres domaines - et plus encore - la statistique ne fera qu’exprimer la vision instantanée d’une contingence, jamais son mouvement, le mécanisme de son évolution. Pour comprendre la portée réelle des dernières mesures soviétiques, il faut les connaître les possibilités qui les ont enfantées [1]. Ainsi, si le mouvement trouve son départ dans la perspective de la reconstitution d’un privilège économique, il est évident que la mesure soviétique qui laisse ce privilège se reconstituer, ne peut avoir d’autres résultats que la préparation des conditions économiques et politiques pour la transformation structurelle de la Russie.
L’expérience nous prouve que les interventions dans le domaine économique ne peuvent que produire, et à brève échéance, des modifications correspondantes dans le domaine politique. La répression exercée contre les communistes à la suite de l’attentat de Leningrad est la réponse directe à la suppression du rationnement et cette croissance inouïe des pouvoirs répressifs - et surtout leur direction - prouve, à l’évidence même, l’ambiance terrible qui a engendré cet attentat.

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Cela est parfaitement connu. Le centriste parfait est celui qui embrouille à l’extrême tout problème politique pour arriver enfin à la présentation anodine d’une conclusion qui tient dans l’opposition (Ah ! combien simple pour pouvoir contenir une réalité terriblement complexe !), "pour ou contre". Ce que fait le centriste en tant qu’individualité, est aussi effectué par les forces sociales qui s’expriment au travers de sa politique. Depuis bientôt dix ans, et sous ses différentes éditions (droite, centre-droit, centre-gauche), le centrisme s’est donné, de toutes ses forces, à l’adultération de la révolution russe et de l’État Soviétique et à chaque étape de cette dégénération progressive, il a sorti son alternative qui devait ensorceler toute opposition : pour ou contre la Russie Soviétique ? Encore aujourd’hui, le problème serait extrêmement simple : "pour l’assassin ou pour l’assassiné" ? Au-delà, il est défendu d’aller. Le centrisme ne tolère pas qu’on essaye de comprendre pourquoi Nicolaïev a sacrifié sa vie ; pourquoi un membre du parti puisse avoir recours à des formes extrêmes de lutte ; pourquoi l’atmosphère politique du "Centre de Leningrad", où pourtant existait un éducation marxiste basée sur la violence des masses et non sur l’action terroriste individuelle, a pu enfanter ces conceptions théoriques pour jeter Nicolaïev dans le désespoir ; pourquoi, enfin, ce "Centre" pouvait germer dans le parti ou dans la société russe ? Tout cela n’a pas d’importance pour le centriste, si ce n’est présenter une diversion pouvant empêcher les ouvriers de voir une réalité qui serait exclusivement cantonnée dans l’opposition " pour l’assassin ou pour l’assassiné". À coup sûr, nous pouvons affirmer que si vraiment toutes les questions que nous avons posées n’existaient pas et si l’alternative centriste contenait la situation que nous vivons actuellement, point ne serait besoin de s’attarder sur l’attentat de Leningrad qui pourrait être considéré comme un caillou dans la marche ascendante du socialisme mondial. Mais en est-il ainsi ? Les problèmes soulevés par cet attentat seront-ils résolus après que la réprobation du prolétariat international se sera manifestée dans le cri "pour l’assassin et contre l’assassin" ? La réponse est claire et brutale : elle nous est dictée par l’angoisse des ouvriers de tous les pays gémissant sous le joug de l’oppression capitaliste qui se renforce dans la mesure même où s’épanouit en Russie le triomphe de la politique centriste.
D’un autre côté, Trotsky, dans des articles qu’il a publiés au sujet de l’attentat de Leningrad, fait autre chose que réduire à néant la machination centriste qui voulait le rendre co-responsable politique et matériel de Nicolaïev. Il réduit tous les problèmes que soulève l’attentat (qu’il étale dans l’intention de mettre en évidence les responsabilités de la "bureaucratie stalinienne"), à l’alternative : "pour ou contre l’Union Soviétique", après avoir évidemment opté pour la défense de l’U.R.S.S. et proclamé pompeusement non l’écroulement de l’Opposition Internationale tombée dans les bras de la social-démocratie, mais ses progrès dans le monde entier. Trotsky peut donc conclure que, bientôt, l’heure aura sonné pour la direction "Staliniste" en Russie. Laissons de côté le problème de la défense de l’U.R.S.S. au sujet duquel nous avons déjà eu l’occasion de nous prononcer à plusieurs reprises ; contentons-nous de constater que, encore une fois, Trotsky se basant sur des notions principielles qui ne correspondent malheureusement plus à la réalité actuelle (après la dénaturation de l’État Soviétique effectuée par le centrisme) s’enlève toute possibilité de comprendre la réalité qu’exprime l’attentat. Ce dernier prouve, en effet, qu’au terme d’une série d’actes contradictoires qui avaient valu l’exclusion et la rentrée au parti à Nicolaïev, celui-ci ne voyant plus aucun chemin politique en face de l’omnipotence centriste, s’est laissé entraîner par un moment de désespoir et a sacrifié sa vie. L’attentat prouve aussi non pas la faiblesse de la "bureaucratie stalinienne", mais sa toute puissance.
En Russie, comme dans les autres pays d’ailleurs, l’heure des attentats sonne quand les conditions politiques ont barré provisoirement les possibilités de vie et de développement des mouvements de masse de la classe ouvrière.

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La version centriste répète les traits caractéristiques des communiqués policiers ordinaires. Voulant éviter à tout prix que les conditions politiques ayant déterminé le geste de Nicolaïev soient perçues par les masses, on établira un lien de nécessité entre l’attentat et les positions politiques de Zinoviev et de Trotsky. Pas autrement agissent Mussolini, Hitler, et, en général, les porte-parole de la bourgeoisie dans tous les pays. Pour eux, si les communistes proclament la nécessité de la violence insurrectionnelle, c’est donc leurs chefs qui portent la responsabilité de tout attentat, c’est donc la cellule communiste de telle ou telle autre localité qui aura décidé que l’un de ses membres aurait à accomplir le geste décisif. Le centrisme sait mieux que quiconque que Zinoviev tout aussi bien que Trotsky n’ont aucune responsabilité dans l’attentat de Leningrad ; il sait tout aussi parfaitement que le "Centre de Leningrad", qui était constamment surveillé par la Guépéou, n’a pris, en aucun cas, l’initiative que Nicolaïev a vraisemblablement revendiquée pour lui seul. Mais le centrisme ne peut tolérer la réalité ; il doit mettre les ouvriers dans l’impossibilité de se pénétrer des mobiles réels qui ont poussé Nicolaïev à tuer Kirov. Et alors il faut prouver que ce ne sont pas les circonstances politiques où se trouve l’État Soviétique qui ont armé la main de Nicolaïev mais que ce sont des circonstances particulières à un groupe politique déterminé qui ont poussé Nicolaïev à agir. Et ensuite le canevas policier coutumier sera appliqué : ce groupe est l’ennemi déclaré du pouvoir soviétique, le consul est là pour prouver la connivence avec le "grand État fasciste" ; dès lors, il faudra agir avec une extrême violence pour extirper non les racines des circonstances politiques réelles et générales qui ont poussé Nicolaïev, mais le racines des oppositions au centrisme. Enfin, les ouvriers seront mobilisés pour applaudir la répression contre les oppositionnels pendant que se poursuivra l’intégration de l’État ouvrier au monde capitaliste. Zinoviev et Kamenev seront condamnés, les membres du "Centre de Leningrad" seront fusillés, car la contre-révolution s’établit au travers de "conversations" de Nicolaïev avec le consul étranger et non au travers de la participation du "marxiste" Litvinov à l’action de la Société des Nations pour la lutte "contre le terrorisme".
Les communistes ne peuvent prendre à leur compte des épisodes d’attentats individuels : leur conception de la violence prolétarienne se basant sur l’action des classes et sur les mouvements de masse. Mais les communistes n’habilleront jamais une robe de président de Cour d’Assises pour appliquer à des phénomènes de la lutte des classes des formulations juridiques d’un code pénal, soit même celui sanctionné par la victoire d’Octobre. Les communistes savent que ces attentats sont le produit de la lutte des classes et s’attachent à établir les causes politiques de l’attentat individuel. Leur attitude politique envers ces derniers ne les amènera jamais à encourager l’oeuvre répressive contre les terroristes, mais à développer la conscience politique des masses, car c’est dans l’épanouissement d’un mouvement prolétarien qu’il est possible de coordonner l’éclosion de ces gestes de violence individuelle. S’il revient uniquement aux machinations policières de rendre juridiquement responsables les communistes des actes de terreur individuels, il appartient aux communistes de riposter en montrant que ce sont les conditions de terreur politique exercées par les gouvernants pour empêcher l’évolution d’un mouvement prolétarien, qui portent la responsabilité de l’apparition des attentats individuels. Ce contre quoi il faut agir, c’est contre cet ensemble de circonstances qui fécondent l’attentat, c’est contre la politique centriste qui a défiguré l’État ouvrier : ce n’est pas contre le "Centre de Leningrad" d’où est sorti Nicolaïev.
Nous ne partageons nullement l’opinion grossière que la Guépéou soit l’initiatrice de l’attentat. Tout comme pour l’incendie du Reichstag [2], nous considérons que ces épisodes sont le produit de situations où le mouvement prolétarien étant acculé dans des impasses sans issues, des individualités prolétariennes sont poussées à répondre, par des gestes de désespoir, à une situation qui ne peut être résolue que par une action des masses sur les fondements de la lutte des classes. Nous admettons donc que ce qui a inspiré Nicolaïev, ce n’est pas la provocation policière, mais son désespoir et l’incapacité où il se trouvait de donner une réponse à son désir d’arracher l’État ouvrier à une orientation qui conduit à la perte la Révolution de 1917.
Quant au "Centre de Leningrad", nous pouvons facilement affirmer qu’il n’est pour rien dans l’attentat. Étant surveillé activement, ce "Centre" se serait trouvé dans l’impossibilité de porter à terme sa décision éventuelle contre Kirov. Mais l’existence même de ce "Centre" prouve l’angoissante situation que traverse l’État Soviétique. Nous ne connaissons ni ses positions politiques ni ses perspectives et il nous est donc impossible de préciser notre attitude à son égard. Mais tout laisse supposer qu’il s’agissait d’un foyer de réaction à la politique du centrisme. Les bourreaux centristes nous ont empêchés, pour le moment, de connaître les bases politiques sur lesquelles ce groupe s’était fondé. Fort probablement on y aurait retrouvé les spasmes politiques qui ont marqué toute l’histoire des différentes oppositions russes que les situations ont mises dans l’impossibilité de dénouer leur terrible tragédie et de trouver une issue marxiste au cours de décomposition de la révolution russe : il devait être interdit à ceux qui furent les artisans de la plus grande révolution que l’histoire ait connue de réfréner leur ardente volonté de redresser ce qui ne pouvait plus être redressé pour se borner à un travail de reconstruction des cadres des futurs P.C.
Mais ce n’est nullement parce que nos divergences sont profondes avec les différents groupes de l’opposition russe que nous applaudirons à l’oeuvre de répression centriste. Tout en maintenant rigidement notre lutte politique contre ces groupes, nous nous efforcerons de continuer notre oeuvre de reconstruction des bases organisationnelles et politiques des partis que le centrisme a détruits et nous convions à cette oeuvre les groupes issus de la dégénérescence des partis communistes. Sur l’attentat de Leningrad nous estimons qu’il faudra, à tout prix, éviter que s’échafaude une campagne de scandales qui permettrait aux assassins socialistes de joindre leur voix à la nôtre. Quant à l’attentat lui-même, nous pensons que la seule suite politique à donner et qui corresponde à la gravité exceptionnelle des événements de Russie, consiste dans une action mûrement réfléchie pour comprendre la réalité de la situation historique que nous vivons, car de cette compréhension surgit aussi l’arme capable de diriger les luttes révolutionnaires de demain : la fraction de gauche, prémice historique du parti de la révolution mondiale qui solutionnera, dans la délivrance du prolétariat, les multiples contradictions dont est hérissée, dans tous les domaines, la terrible situation que nous vivons.

PHILIPPE

Notes :

[1Le texte est ici incohérent, avec probablement un déplacement de lignes à la mise en page. Un extrait de phrase, isolé, développe l’idée précédente : "comme possibilités de mouvements qui chercheront leurs objectifs en cours de route et en correspondance avec les possibilités qui les ont enfantées".

[2Ernst, l’un des assassins nazis qui a été tué dans la nuit du 30 juin, aurait écrit un document contre-signé par deux autres assassins, passés par les armes à la même date. Ce document est décalqué sur les conclusions du contre-procès de Paris et de Londres. Libre aux socialistes et aux centristes de trouver, dans les déclarations d’Ernst, la justification de leur position qui les conduisit à se joindre aux juges de Leipzig qui ont coupé la tête de Van der Lubbe. Nous affirmons, encore une fois, que le bouleversement de la situation en Allemagne ne pouvait dépendre de l’incendie du Reichstag et que si ce dernier pouvait faciliter les plans nazis c’était justement dans la mesure où, au lieu de trouver le bloc du prolétariat international pour arracher au bourreau la tête de Van der Lubbe, il pouvait trouver le bloc des ouvriers de tous les pays mobilisés pour réduire la tragédie du prolétariat allemand en une compétition juridique.




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