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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Ce qu’il faut retenir de l’expérience sarroise
{Bilan} n°15 - Janvier-Février 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 14 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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"À Sarrebruck, des mineurs refusent de prendre le travail si une quinzaine d’entre eux, émigrés allemands ou français, prennent place dans la benne".

(Les journaux).

Les derniers événements viennent d’infliger aux partisans du statu quo un soufflet retentissant. Placés devant l’alternative de choisir entre l’Allemagne et la France, les ouvriers sarrois ont voté pour le fascisme hitlérien qui opposait la "patrie allemande" aux envahisseurs français, mettant la Sarre, depuis quinze ans, sous coupe réglée.
Toutes les clameurs socialistes et centristes pour la "liberté démocratique" n’ont été, en fin de compte, qu’un prélude aux vociférations de victoire que pousse aujourd’hui le capitalisme mondial, qui peut constater que "front de la liberté" ou "front du travail", en dernière analyse, ce qui triomphe, ce sont les intérêts de sa domination. Il fallait à tout prix empêcher les ouvriers sarrois de conserver une conscience de classe spécifique, en somme de s’opposer par trois "non" aux trois solutions du plébiscite et de manifester leur volonté de lutter pour le rassemblement des masses en vue de la révolution communiste. Ces Messieurs du "Front de la démagogie" y ont parfaitement réussi en préparant les conditions politiques pour l’étouffement des aspirations ouvrières, en divisant les prolétaires en partisans de l’Allemagne ou de la France démocratique. Ils ont semé la confusion, la trahison de classe : aux ouvriers de récolter le désespoir, la défaite honteuse, le martyr que leur réserve le fascisme ou que leur aurait réservé la démocratie de Flandin dans la guerre de demain.
Une fois acquis un vote favorable pour l’Allemagne, le plébiscite devait se terminer par une panique, un effondrement de tout ce qui subsiste du mouvement ouvrier en Sarre. En effet, le statu quo reposait non sur la lutte des classes, mais sur l’appui de la France. Dès que cette dernière comprit qu’elle devait solutionner momentanément le problème sarrois, non par la guerre, mais faire sanctionner "généreusement" le vote par la S.D.N., le "Front de la liberté" ne pouvait que disparaître pendant que ses chefs, le passeport d’une main, l’autre sur le coeur, proclamaient leur volonté farouche de résister jusqu’au bout.
Le "front" de Braun et celui de Hitler devaient, de toute façon, aboutir au même résultat : anéantir le prolétariat et ses organisations de classe. Et, dès lors, si le prolétariat dans son ensemble se rangeait sous la bannière de l’un ou de l’autre, il était clair que le plébiscite était une manifestation où il s’agissait d’attribuer aux ouvriers une opinion capitaliste française ou allemande.
Les événements, avec une logique implacable, nous ont donné raison. Le plébiscite de la Sarre s’avère être une défaite plus sinistre, plus honteuse que ne le fut le 5 mars 1933 en Allemagne. C’est la défaite des aspirations historiques du prolétariat, c’est la défaite de l’idée de l’indépendance de la classe ouvrière, c’est la victoire du capitalisme démocratique et fasciste hissant le drapeau de la guerre dans chaque pays.
Les ouvriers qui ont suivi le statu quo vont maintenant payer le prix de la trahison de classe où les ont acculés les Max Braun et Fritz Pfordt. Pour eux, les frontières "démocratiques" seront probablement fermées. Flandin laissera les "indésirables" pour les prisons et les camps de concentration fascistes où ils pourront clamer leur haine contre les traîtres du statu quo et racheter leurs erreurs par des souffrances atroces.
En l’espace de 24 heures, le statu quo a été balayé, y compris les lambeaux de ses affiches électorales, avec l’approbation de masses d’ouvriers. Les ouvriers n’ont pas d’opinion propre : ils ont une opinion de classe qui résulte du croisement des événements avec les positions de leur parti. Autrement ils adoptent, avec ou sans enthousiasme, les opinions des classes adverses et sont même prêts à leur donner leur vie. On a cru qu’il suffisait de réaliser des formes d’organisation de lutte "unitaires" (abstraction faite de leur contenu de classe), pour résister au fascisme et maintenir la démocratie "plus favorable à la lutte ouvrière". Eh bien, l’expérience du front unique sarrois est là péremptoire. Jusqu’ici, les charlatans du mouvement prolétarien prétendaient que c’est le manque de front unique qui avait perdu les ouvriers allemands. En Sarre, ils l’ont eu le front unique ; ils ont même eu le soutien de la France, toujours décidée à lutter pour la liberté... et, malgré cela - plutôt à cause de cela - les ouvriers ont déserté la mascarade démocratique pour passer au fascisme allemand appelant à la lutte contre la France exploitant les mines domaniales, l’industrie du bassin.
Le "Front de la liberté" s’est avéré être le plus sûr rempart du capitalisme voulant voir disparaître tout esprit de classe en Sarre afin d’en faire un problème "du ressort de Genève", c’est-à-dire un litige entre deux brigands opposés, et la condition de la victoire fasciste au plébiscite.
En appelant les travailleurs à voter pour le statu quo, socialistes et centristes ont répondu à ce désir et le front unique fut le moyen par excellence pour démontrer aux ouvriers leur impuissance de classe, puisque leur front commun devait inévitablement se rattacher à la France.
Aujourd’hui les "réalistes", partisans de solutions concrètes, d’un choix entre fascisme et démocratie, ont beau lever les bras au ciel en clamant contre la terreur hitlérienne, la carence de la S.D.N. ou la trahison de la France "heureuse" de livrer la Sarre à l’Allemagne. Le fait essentiel c’est la débâcle du mouvement ouvrier dont ils sont les grands responsables. Et qu’ils ne viennent pas nous chanter naïvement que l’ouvrier sarrois a voté contre les Compagnies françaises qui l’exploitent durement. Ne le savaient-ils donc pas ? Il y a deux mois, nous l’écrivions dans "Bilan" et il ne fallait vraiment pas être prophète pour le deviner.
Mais il fallait répondre "concrètement" aux ouvriers qui demandaient un chemin et le plus facile était, évidemment, de leur attribuer des opinions démocratiques alors que la grande partie des ouvriers sarrois, en ralliant le communisme dans l’après-guerre, avait pourtant témoigné sa conscience véritable. Mais appeler les ouvriers à répondre "non" au plébiscite en y opposant la dictature du prolétariat, c’était faire preuve de "philosophie" et l’on est pour un marxisme de pacotille, car la "vérité est toujours concrète". Ainsi, il "faut" choisir entre la démocratie et le fascisme parce que le prolétariat est incapable de lutter pour la révolution. Ce qui reste de concret dans ce raisonnement, c’est sa profonde ignorance - toute en contemplation - devant un processus historique dont il ne comprend pas le déroulement. La dialectique de l’histoire veut que le capitalisme pose le problème du pouvoir devant le prolétariat dans des moments où ce dernier ne peut le saisir, comme il est vrai que le prolétariat pose, lui, ce problème, dans un moment où croule l’édifice de la vieille société. Mais l’opportuniste - qui ne change pas - reste fidèle à une méthode qui consiste à éviter la solution réelle du problème pour en rechercher l’apparence. Et lorsque, écrasé par les événements, ses bulles de savon s’évanouissent, il insulte le vent, la pluie, le soleil, de son échec.
Le marxiste, par contre, n’invente pas des solutions faciles et pratiques qu’il substituera à l’initiative spontanée des masses, mais essayera de rester en liaison avec l’ensemble du processus historique, par son analyse, sa compréhension du devenir des situations, sachant bien que la condition suprême pour diriger les ouvriers demain, réside dans une fidélité intransigeante à des principes, aujourd’hui. Si les événements posent le problème du pouvoir devant le prolétariat alors qu’il est battu et incapable de lutter pour ses intérêts, même immédiats, les communistes interpréteront cette contradiction comme un appel urgent au rassemblement des ouvriers autour de formulations de classe exprimant ces contrastes et contenant leur solution, sans pourtant se placer sur le terrain de classe de l’ennemi. Même si leurs appels, leurs positions, ne rencontraient aucun écho immédiat, il s’agira alors d’affirmer une évolution certaine pour laquelle ils prépareront les éléments idéologiques.
Qu’il y ait là de la "phraséologie", de la "philosophie", certainement pas : les philosophes n’ont fait qu’expliquer le monde, il s’agit de le transformer, dit Marx, mais pour le transformer, il faut comprendre le devenir des événements. La méthode philosophique se distingue du matérialisme historique en ce qu’elle est essentiellement statique, s’attache à l’étude de la forme pour elle immuable, alors que le marxisme est essentiellement dynamique, orienté en permanence vers le devenir. Les partisans du statu quo s’inspirent d’une pensée "philosophique" - dans le sens réactionnaire du mot - en tant que partisans, pour le prolétariat, d’un "défaitisme historique", de l’acceptation de formes capitalistes de domination, alors que la raison d’être du prolétariat est la négation de toutes ces formes et la proclamation d’un contenu révolutionnaire que les situations sont appelées à concrétiser.
Il est certain que tracer au feu d’une analyse marxiste des situations les limites de notre action, de notre pouvoir de mobilisation des ouvriers sur une base de classe, c’est parfois être dans l’obligation de proclamer, dans le vide apparent, une mission historique qui semble balayée par le capitalisme. Du point de vue du "bon sens", une proclamation est abstraite dès lors qu’il s’avère qu’elle est momentanément irréalisable. Mais entre contempler son nombril en rêvassant à la révolution et affirmer une volonté historique bâillonnée par la violence capitaliste, il y a une différence que le "bon sens", qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez, ne distingue plus. Il s’agit alors plus de préserver l’avenir, maintenir et forger des cadres, plutôt que d’agir à tout prix parmi les masses devenues amorphes. Et les communistes qui, dans des périodes de régression profonde, ne savent pas résister à l’enlisement, qui n’apprennent pas à lutter dans le vide et dans l’indifférence, pour sauvegarder le patrimoine idéologique du prolétariat, seront incapables de conduire les masses en éveil vers la révolution. Le vide actuel est toujours apparent parce qu’il est la surface d’une société travaillée intérieurement par des convulsions sociales terribles auxquelles correspond le travail d’élaboration révolutionnaire ; le décalage entre l’un et l’autre, ce sont les événements qui le combleront : tout le reste est vain et littérature. Mais limiter notre action, c’est faire preuve de sectarisme, s’éloigner des masses, se retirer dans une petite chapelle à l’usage de quelques initiés. Évidemment, pour ceux qui mobilisent les masses sur commande, effectuent des mouvements en votant des résolutions impératives, pour ces caméléons, il importe, au nom des intérêts des masses, de pouvoir rejoindre librement les classes dominantes. Mais pour les communistes restés fidèles à la révolution prolétarienne, les limites de leur action de classe doivent être tracées afin de garantir, autant que possible, le parti de l’emprise opportuniste qui n’est que le reflet de la poussée du capitalisme sur le prolétariat dans des périodes de flux ou de reflux.
Ce problème est généralement présenté ainsi : il suffit de proclamer sa fidélité aux principes programmatiques du parti pour pouvoir, au nom de la "tactique", adopter des positions intermédiaires opportunistes. D’ailleurs, Lénine aurait donné l’exemple de l’opportunité révolutionnaire de la tactique du louvoiement ! À notre avis, tactique et principes sont indissolubles. Dans son sens marxiste, la tactique c’est une perspective de convergence de tous les phénomènes sociaux qui peuvent objectivement se diriger vers la révolution. Dans son sens opportuniste, c’est un droit sacré pour ne pas analyser les phénomènes et la nature des forces sociales pour proclamer a priori qu’on peut les faire converger directement et matériellement vers le communisme. Le domaine de la tactique actuelle, par exemple, ne peut plus être le même que celui de l’époque de Lénine puisqu’il faut admettre que l’évolution des forces sociales dans l’après-guerre - tant capitalistes que prolétariennes - a davantage éclairé l’arène de la lutte des classes, clarifié des équivoques, limité le champ des manoeuvres en situant la lutte révolutionnaire sur le terrain concret et historique de la prise du pouvoir. C’est pourquoi ni au sujet de la démocratie, de l’alliance avec des forces démocratiques, avec les classes moyennes, ni au sujet des possibilités d’exploitation des contrastes inter-impérialistes en appuyant l’un contre l’autre, des "manoeuvres tactiques" ne sont plus permises. Il s’agit ici de positions toujours favorables à l’adversaire ainsi que le démontrent les expériences vécues depuis Octobre 1917.
Parce que le champ d’action historique du prolétariat s’offre dans sa plénitude à nos yeux, la tactique prolétarienne doit s’élaborer, non en fonction d’événements contingents, mais par rapport à toute la période des guerres et des révolutions avec son jeu de classe polarisé nettement. Au nom de la tactique, on ne peut permettre un retour vers des forces sociales liquidées historiquement et auxquelles des événements passagers donneraient une influence sur les masses. Bien au contraire, la tactique communiste consistera à rechercher les éléments de classe de la situation qui vont permettre aux ouvriers d’échapper à l’emprise des traîtres, tenant compte qu’un revirement de la conscience prolétarienne n’est possible qu’au travers de batailles de classe ; ils seront pour les batailles revendicatives rassemblant les plus larges masses, mais contre l’alliance avec des forces démocratiques ; pour la bataille la plus vigoureuse au nom des revendications prolétariennes, mais contre une démocratie qui les écrasera demain et contre un bloc avec des classes moyennes qui, animées par le capitalisme, se dresseront contre eux si la vague révolutionnaire ne les subjugue pas.
Pour toutes ces considérations, nous estimons possible, nécessaire, l’élaboration d’une tactique internationale du prolétariat, règles d’action se dressant sur la base programmatique du parti : rails nécessaires pour conduire les masses en branle vers l’insurrection victorieuse.

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Mais la démagogie a ses mérites, surtout lorsqu’il s’agit d’aveugler les ouvriers. Il vaut mieux rester dans le petit cercle vicieux du choix entre démocratie ou fascisme plutôt que constater les conséquences de la tactique du statu quo en Sarre. Là où en 1932 il y avait plus de 120 000 électeurs communistes et socialistes, il reste 40 000 voix - en y comprenant les catholiques dissidents - qui ont marché avec le "Front de la liberté". Et nous ne croyons pas du tout qu’il faille expliquer cette désertion d’ouvriers uniquement par la terreur hitlérienne. D’ailleurs, le fait que nous citons en exergue, des mineurs allemands marchant, hier encore, sous le drapeau du communisme, faisant aujourd’hui la grève pour obtenir le renvoi de partisans ouvriers du statu quo, est significatif au point de vue de la régression terrible de la conscience de classe des ouvriers.
Encore une fois, répétons-le : la participation au plébiscite, non pour y opposer la solution du prolétariat, mais pour choisir entre impérialismes opposés devait ouvrir les vannes du nationalisme, quelque soit la solution du plébiscite et faire sombrer la conscience de classe des ouvriers. À ce point de vue, le résultat est atteint pleinement en Sarre et ne peut avoir que des répercussions en Allemagne et en France. À ce sujet, déjà, l’"Humanité" comme le "Populaire" parlent de la lutte contre le fascisme "intérieur" ou "extérieur", préparant subtilement les ouvriers à la guerre au nom de la défense de la démocratie bourgeoise violée par le fascisme. D’autre part, le service de deux ans paraît recevoir, en France, une réalisation sans qu’apparaisse la moindre résistance ouvrière. L’impérialisme français exploite le plébiscite de la Sarre en tant que nécessité de mobilisation de toute la "Nation" contre le fascisme, sans toutefois négliger de mettre au rancart ses intentions "humanitaires" concernant les émigrés sarrois.

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En somme, les concessions importantes de l’impérialisme français concernant le bassin sont évidemment contraintes et forcées par la situation internationale actuelle. Statu quo ou rattachement à la France, c’est l’instabilité permanente dans la Sarre, le danger toujours présent d’un nationalisme agressif antifrançais, ou, ce qui est plus probable, le danger de putsch naziste entraînant la guerre. L’impérialisme français veut encore éviter celle-ci avant qu’il n’ait parfait son système de pactes européens, couvert l’Europe d’un réseau d’alliances reliées à la S.D.N. créé les conditions sociales de la guerre démocratique en France même. Pour cela, il fallait absolument reculer et admettre la remise du bassin à l’Allemagne : le renforcement de cette dernière pour la guerre étant une condition indispensable pour la préparation militaire française.
L’occupation de la Sarre par des troupes internationales représentait un atout apparent pour l’Allemagne, puisqu’elle créait dans le bassin une excitation nationaliste pour la libération de "la patrie allemande". La France ne l’ignorait pas, puisque cette mesure fut préconisée par elle. Mais il s’agissait d’entraîner une série de capitalismes contre l’Allemagne et surtout - ainsi que nous l’avons expliqué dans "Bilan" - pousser l’Angleterre à concrétiser l’aphorisme de Baldwin : nos frontières sont sur le Rhin, c’est-à-dire cesser sa politique d’équilibre pour se ranger ouvertement du côté de la France. Pour ce qui est de l’Italie, sa participation au corps international, le récent voyage de Laval à Rome, les concessions coloniales faites à Mussolini montrent qu’il s’agit d’une tendance ferme de la politique française, essayant de ranger l’Italie à ses côtés contre le Reich. L’impérialisme français joue un jeu à perspective lointaine, misant tout sur la guerre future qu’il prépare le plus soigneusement possible, en achetant même ses alliés. Les concessions françaises ne furent, d’ailleurs, pas abstraites : elles préludèrent au renforcement des positions de la France en Europe - au travers de la S.D.N. - à la pression autour de l’Allemagne que l’on veut isoler afin qu’elle accepte le contrôle de Genève et limite ainsi ses initiatives internationales en vue de la constitution d’un bloc révisionniste. D’autre part, la liquidation des intérêts français dans le bassin est confiée à la S.D.N. afin de transformer éventuellement pour l’avenir le conflit entre l’Allemagne et la France en un conflit entre les grands États capitalistes alliés à cette dernière et le Reich. Affirmer que la victoire naziste en Sarre soit une défaite française serait inexact, car l’on ne tiendrait pas compte du tableau général de la situation mondiale. En vérité, la France, qui admet par nécessité le réarmement de l’Allemagne, qui sait aussi que la Sarre est un problème qu’elle ne peut résoudre que par la guerre et qu’il faut laisser faire l’Allemagne tant qu’il s’agit de créer des conditions favorables à une conflagration mondiale, s’oriente plutôt vers une consolidation d’un bloc européen anti-révisionniste, susceptible d’écraser le Reich et ses alliés éventuels. C’est pourquoi le plébiscite sarrois coïncide avec le voyage de Laval à Rome : l’impérialisme français voulant marquer ainsi, au prix de quelques concessions à Mussolini, le renforcement de ses positions contre une Allemagne décidée à la lutte pour sa part de butin. Il est évident que rien n’est certain à ce sujet. L’accord entre l’Italie et la France se heurtera demain dans les Balkans et il n’est pas dit que les polémiques entre nazistes et chemises noires ne puissent se résorber rapidement.
En définitive, comme nous l’avions déjà remarqué, la Sarre est une nouvelle étape vers la préparation de la guerre mais, plus que nous l’avions supposé, elle s’intègre dans la chaîne des contradictions inter-impérialistes dont elle ne met pas encore en branle la masse totale. L’attitude d’ailleurs ambiguë de l’Angleterre, tantôt acceptant la bataille aux côtés de la France contre le Reich, tantôt plaidant le réarmement de ce dernier, montre que tout n’a pas encore mûri dans la chaudière capitaliste. Et les conditions pour la guerre, lentement, péniblement, se font jour, alors que telle contradiction sur le point d’éclore semble se résorber pour apparaître plus formidable dans la suite.
Le problème de la Sarre aura son épilogue juridique à Genève, sa solution réelle dans les mares de sang des ouvriers français et allemands. D’ores et déjà, il semble que la date de l’évacuation des troupes internationales est proche et que le 1er mars 1935 verra la prise de possession allemande du bassin.
De tous les cris "démocratiques" subsiste cette réalité ! Et certainement envers les problèmes de la guerre, la même délimitation qui s’est déterminée lors du plébiscite sarrois, se fera jour. Il y aura des communistes qui, sans crainte d’être isolés, abandonnés, maintiendront, malgré tout, le drapeau de la révolution et des "réalistes" qui, pleins de fougue, lanceront les ouvriers à la recherche de la mort sur les champs de bataille et qui leur donneront pour linceul la fange de la démocratie bourgeoise "préférable" au fascisme. En conclusion nous pensons qu’en jetant les ouvriers derrière le mot d’ordre du "statu quo" au nom de "l’anti-fascisme" on préparera les conditions pour une victoire des nazistes qui n’était certainement pas nécessaire. On a opposé "antifascisme français" et "fascisme allemand" ou en d’autres termes déclenché la bataille sur le terrain national où l’Allemagne était d’avance victorieuse. Cette expérience nous permet déjà d’entrevoir ce que sera la mobilisation de demain, l’enthousiasme délirant des ouvriers rejetant jusqu’à leurs intérêts immédiats de classe pour suivre les trompettes nationales du fascisme et de la démocratie.




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