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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le problème de la jeunesse (4)
{Bilan} n°15 - Janvier-Février 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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La formation nationale d’abord, internationale ensuite, du mouvement de jeunesse socialiste au sein de la Deuxième Internationale représente, à notre avis, un facteur très important pour appuyer l’opportunisme dans sa lutte contre les courants révolutionnaires qui s’expriment à cette époque dans le mouvement ouvrier.
Pour juger du sens réel suivi par ce mouvement de jeunesse, il ne faut pas s’en tenir aux phases isolées, aux positions déterminées par le milieu historique où luttait le prolétariat en ce moment, mais il faut découvrir au travers de ces éléments la tendance générale suivie par le mouvement ouvrier dans son ensemble. La Première Internationale avait été celle des théoriciens et des déchirements entre les sectes socialistes et anarchistes d’une part et les partisans du socialisme scientifique d’autre part. La deuxième fut celle des recruteurs et de l’unité. On sait que par rapport à la période précédente, le capital idéologique détenu par le prolétariat s’exprime concrètement, alors, par l’existence de puissantes organisations ouvrières au sein desquelles prédomine surtout l’influence des partis socialistes. Mais ceux-ci, placés dans une situation favorable au capitalisme, grâce à l’expansion coloniale, deviennent bientôt la proie des courants politiques qui, au sein du mouvement ouvrier, inclinent vers le parlementarisme. Les succès remportés par les mandataires socialistes aux élections renforcent l’influence parlementaire. Dans les partis et dans les syndicats, les opportunistes s’emparent des postes dirigeants ce qui a pour effet d’accroître la corruption démocratique parmi la classe ouvrière. Pour ce qui concerne les syndicats, ils deviennent un instrument aux mains des réformistes qui les transforment en caisse d’assurabilité contre le chômage, en instruments de conciliation vis-à-vis du patronat, leur enlèvent leur caractère de lutte de classe.
Ces "écoles du socialisme" qui auraient dû fournir des soldats trempés dans les luttes économiques s’éloignent de plus en plus de la révolution et du socialisme. De leur côté, les partis cherchent à grossir leurs effectifs. L’idée de l’invincibilité du nombre les guide ; ils sous-estiment l’importance des luttes économiques et, sous prétexte d’éducation et de conquête de la majorité, se transforment en organisation de masse. C’est ainsi qu’on arriva à sacrifier l’entraînement révolutionnaire du prolétariat à la construction de centres éducatifs ouvriers et à la pratique électorale. Le bulletin de vote et la pédagogie ouvrière deviennent les armes essentielles du prolétariat et son action de classe est considérée comme moyen auxiliaire d’emploi périlleux. La formation du parti de masse s’opère surtout par l’unification des partis socialistes. Ces unifications faites à l’initiative des opportunistes augmentent leur influence et l’unité pour faire des partis socialistes des organisations de masse présente un attrait puissant auprès des ouvriers et plus particulièrement auprès de la jeunesse ouvrière. Le résultat d’une pareille tactique détermine de grands succès électoraux et de formidables partis ; mais la fusion avec des courants souvent nuisibles au socialisme aveugle et affaiblit les éléments révolutionnaires de cette Internationale. Les courants de gauche qui se manifestent sont, eux aussi, victimes de cette politique du nombre et de l’unité. Chaque tendance avait, en effet, comme souci dominant, ou bien d’œuvrer à l’unification ou bien de conserver l’unité, au prix de concessions réciproques, concessions qui laissaient subsister, derrière les façades des motions d’unanimité, les désaccords profonds, rendant toute action de classe impossible. Exception faite des "Tribunistes" hollandais, jamais le problème de l’exclusion des gauches, dans la Deuxième Internationale, ne s’est posé. Bien au contraire, en Allemagne, Rosa Luxembourg réclamait l’exclusion des opportunistes ; en Italie, on chasse du parti les partisans de l’expansion coloniale en Tripolitaine ; en Russie, ce furent les mencheviks qui ont été les plus chauds protagonistes du rétablissement de l’unité dans la social-démocratie - à quoi Lénine ripostait "qu’avant de s’unir il fallait d’abord s’épurer". Cette situation s’explique du fait que les opportunistes avaient besoin des gauchistes pour tromper, illusionner les masses sur le caractère réactionnaire de leur politique et qu’en même temps ils rendaient impossible à ces dernières de faire un travail indépendant et révolutionnaire près des masses. Sauf en Russie, partout les gauchistes commencèrent un travail indépendant seulement après 1914. C’est pourquoi il a fallu que survienne cette catastrophe pour que les prolétaires comprennent l’opposition fondamentale existant entre les gauches marxistes et les opportunistes, alliés de la bourgeoisie. Si les positions des gauches furent nettement insuffisantes au sujet de la démocratie et de la conception du parti, cela s’explique par les conditions de l’époque permettant aux opportunistes d’étouffer tout effort révolutionnaire. En tous cas, ces erreurs furent rejetées par la lutte acharnée des Spartakistes en 1918-19 et la scission dans la social-démocratie pour fonder la Ligue Spartakus, et c’est seulement grâce à ces événements et le bouleversement révolutionnaire de la Russie tsariste que l’éclosion d’une conscience de classe supérieure a pu s’accomplir et trouver son expression concrète et révolutionnaire par la fondation de la Troisième Internationale.
Il s’agit maintenant de déterminer, en rapport avec ces considérations, le rôle joué par le mouvement des jeunes socialistes au cours du processus de décomposition de cette Internationale. Nous avons vu que les conditions nécessaires pour faire du prolétariat une classe consciente, c’est-à-dire la fondation d’organismes de masses dont l’action révolutionnaire résulte des capacités du parti à élaborer les données programmatiques pour l’action ouvrière, déterminent un profond courant de sympathie de la jeunesse ouvrière pour la cause prolétarienne.
Or, il est incontestable que les possibilités de lutte de la classe ouvrière et, par conséquent, les capacités de son parti, à l’époque de la Deuxième Internationale, s’atténuaient considérablement sous l’influence de l’opportunisme, ce qui devait provoquer, par répercussion, un fléchissement de la température révolutionnaire de la jeunesse. Au surplus, les gauches n’ayant pas la possibilité d’intervenir avec succès contre les progrès de l’opportunisme, les réactions de la jeunesse à la politique de compromission des partis ne pouvaient pas trouver de débouchés révolutionnaires et elle se laisse, par conséquent, entraîner par les manifestations bruyantes entretenues par les opportunistes autour de l’électoralisme, l’unité et le recrutement. Les rapports qui ont eu lieu entre ces réactions des jeunes et les gauches ont toujours été contingents, dépourvus de continuité et, de là, facilement captés par les opportunistes.
Si l’on observe les premières manifestations de la jeunesse au sein des partis socialistes, on remarque qu’elles se différencient pratiquement de l’activité des partis par une propagande antimilitariste intense. Comme cette activité était rendue nécessaire par l’intervention fréquente de l’armée pendant les grèves, lorsque celles-ci se font de plus en plus rares, les jeunes socialistes étaient les premiers à souffrir de cet arrêt de la combativité ouvrière et à réagir immédiatement à l’altération d’un élément qui les avait attiré vers le socialisme. Mais on peut observer également que ces réactions, tout en coïncidant avec la lutte que les gauches fournissent contre l’opportunisme, ne soudent pas ces générations de révolutionnaires avec les jeunes récalcitrants.
Par contre, les courants anarcho-syndicalistes faisant usage d’une phraséologie révolutionnaire et adversaires du parlementarisme, attirent dans leurs rangs cette jeunesse avide d’activité et turbulente. Et c’est ici qu’apparaissent déjà les côtés faibles des gauches marxistes. En effet, devant l’influence grandissante des courants anarchistes auprès de la jeunesse - phénomène qui prouve que les réactions ouvrières s’effectuaient surtout dans les syndicats - elles ne tendent pas vers le renforcement de l’activité syndicale afin de donner aux jeunes le moyen de fournir un travail pratique cadrant avec l’accentuation de la lutte ouvrière, mais elles s’efforcent, au contraire, de placer les jeunes dans des organisations autonomes qui, selon leur conception, devaient favoriser leur adaptation au mouvement ouvrier. En réalité, cette conception dénaturait le rôle du parti et lui enlevait sa signification d’avant-garde - ne pouvant englober qu’une minorité - car il n’était possible de se rattacher la jeunesse qu’à la condition de lui offrir un champ d’activité constant dans des cadres organiques les plus larges possibles.
D’autre part, la revendication à l’organisation autonome qui pouvait présenter, apparemment du moins, les conditions pour permettre à la jeunesse de participer à la gestation qui se manifestait autour de la lutte contre l’opportunisme et lui permettre d’intervenir dans les conflits de tendance avec les mêmes droits que quiconque, établissait, en premier lieu, l’isolement des jeunes des milieux ouvriers syndicaux et ensuite renforçait le contrôle des opportunistes sur ces jeunes, lesquels devaient se laisser finalement embrigader totalement dans les cadres de l’agitation électorale et du recrutement.
Il pourrait apparaître qu’il y ait contradiction entre cette constatation et le fait qui montre que les mouvements de jeunes socialistes sont formés et dirigés dans la plupart des cas par les représentants les plus en vue de la gauche. Pour nous, ce fait démontre uniquement que les opportunistes agissaient à l’égard de la jeunesse comme ils agissaient à l’égard des gauches, c’est-à-dire que la formation d’un mouvement de jeunes socialistes reçoit leur consentement justement parce que la diffusion de leur politique ne pouvait s’effectuer avec efficacité qu’avec l’aide active de la jeunesse et que leur présence à l’intérieur des partis, après avoir manifesté bruyamment leur désaccord avec la politique de conciliation, accréditait les partis aux yeux du prolétariat.
Et s’il est vrai que la jeunesse, après avoir donné son adhésion au mouvement socialiste au travers de la combativité ouvrière, adhère et afflue encore vers lui quand cette lutte s’affaiblit, cela a été possible non seulement parce que l’élément d’attraction était alors l’unité, le gonflage des partis, mais aussi parce que des organisations de jeunes s’étaient créées et surtout parce qu’elles étaient dirigées par des éléments de gauche.
Avant d’analyser les questions débattues au Congrès de la Jeunesse Socialiste, tenu en 1907 à Stuttgart, analyse qui nous permettra de prouver la rupture des jeunes générations ouvrières avec les milieux spécifiquement de classe, à savoir les syndicats, nous voudrions tirer une première conclusion des constatations qui précèdent.
La jeunesse socialiste peut s’organiser au sein des partis dans la mesure où ceux-ci perdent leurs aptitudes à faire progresser le prolétariat vers la révolution. La décentralisation qui règne dans la Deuxième Internationale, en permettant l’élargissement des cadres aux éléments arriérés de la classe, devait aboutir, naturellement, à y englober la jeunesse. De plus, le contact permanent des gauches et des jeunes n’empêche nullement ceux-ci de se ranger derrière les opportunistes ou bien derrière les anarchistes, précisément parce que les gauches, incitant constamment les ouvriers à la clarification théorique, n’arrivaient pas à contrebalancer l’appel à l’étude par une activité correspondante et nécessaire pour se rattacher les jeunes.
Nous voudrions nous attarder sur le Congrès de Stuttgart car il présente d’une façon assez nette la dénaturation du rôle du parti et aussi parce qu’il est nécessaire d’en relever les traits essentiels afin de comprendre le développement des organisations de jeunes dans la Troisième Internationale.
Pour bien saisir le caractère de ce Congrès et surtout pour pouvoir y discerner aussi son côté négatif, il faut rappeler la situation économique où vivait la jeunesse ouvrière.
L’introduction du machinisme dans l’industrie, en simplifiant le fonctionnement de la production, rend possible l’exploitation de la jeunesse sur une grande échelle. D’autre part, l’industrie artisanale, afin de résister à l’activité dévorante des grandes industries capitalistes, exploitait férocement la main-d’œuvre juvénile. En général, les jeunes travaillent de 14 à 18 heures par jour, pour des salaires de famine, dans des conditions d’apprentissage atroces.
Ils ne savent ni lire ni écrire, leur hygiène corporelle est fortement éprouvée par l’insalubrité des locaux où ils sont employés et ils s’abandonnent de bonne heure à l’ivrognerie. C’est donc au travers de mille et mille difficultés que se forment les mouvements de jeunes. Pourtant, leur accès à la vie politique ne s’effectue pas selon une courbe partant de la lutte élémentaire pour la défense de leurs conditions de vie, mais en tant qu’élément actif dans les partis, lesquels en disposeront afin de parfaire leur propagande, particulièrement dans le domaine antimilitariste. La plupart du temps, ce fait était justifié et l’est encore aujourd’hui, comme étant la condition nécessaire qui a permis aux jeunes socialistes de prendre, en 1915, la même position que les bolcheviks vis-à-vis de la guerre impérialiste. Nous pensons que, sans cette activité, les jeunes ouvriers, physiquement moins résistants et plus sensibles à la discipline militaire que les ouvriers adultes, auraient inévitablement répondu les premiers aux appels des courants révolutionnaires qui se dressent contre le massacre impérialiste et préconisent sa transformation en guerre civile.
Pour en revenir au Congrès, nous rappellerons que celui-ci est organisé avec l’assentiment des dirigeants opportunistes et que les rapporteurs sont presque tous des gauchistes. C’est à ce Congrès que, pour la première fois, la jeunesse socialiste prend acte de la situation misérable de la jeunesse ouvrière et des ravages faits par l’anarcho-syndicalisme parmi elle, en fonction de quoi chaque rapporteur essaye d’apporter les moyens capables d’obvier à cet état de choses. Trois problèmes fondamentaux dominent les premières assises de la jeunesse travailleuse : l’éducation socialiste des jeunes ouvriers, leur situation économique et, enfin, la lutte antimilitariste. Pour ce qui est de l’éducation socialiste des jeunes, voici ce que dit H. R. Holts, rapporteur sur ce problème. D’abord, concernant la nécessité d’une organisation jeune, comme base de l’éducation, il explique "qu’il ne faut pas croire que la jeunesse viendra toute seule au socialisme parce qu’elle est révolutionnaire par nature. Cela n’est souvent qu’une apparence trompeuse : elle se laisse entraîner souvent par des phrases révolutionnaires seulement. Ce qui est vrai, c’est qu’elle est plus accessible aux idées nouvelles que les adultes. Il est donc de notre devoir de soigner tout spécialement l’éducation socialiste des jeunes ouvriers et ouvrières. Cela peut se faire le mieux dans l’organisation. Il faut donc, avant tout, que les partis et toutes les organisations ouvrières soutiennent les organisations de la jeunesse socialiste et en créent là où il n’y en a pas encore". Après avoir effectué une discrimination nécessaire entre l’éducation bourgeoise qui est de procurer à chaque individu privilégié la plus grande somme de connaissances possibles, afin de le mieux armer pour la lutte individuelle de l’existence, et l’éducation prolétarienne qui doit poursuivre le but de préparer à la lutte des classes, augmenter la conscience et les capacités intellectuelles et morales de la classe ouvrière, il dit "qu’il dépend de l’éducation donnée à l’ouvrier et à l’ouvrière pendant leur jeunesse s’ils deviendront les victimes des déviations intellectuelles vers le réformisme d’un côté, vers l’anarchisme de l’autre côté, ou s’ils suivront le chemin le plus court vers leur émancipation spirituelle, celui du socialisme scientifique". Ainsi justifiée, cette organisation devait, en somme, représenter pour la lutte des jeunes ouvriers ce que les universités représentaient pour les jeunes étudiants bourgeois. S’il est vrai que, sans leur culture, sans le savoir scientifique, ces jeunes étudiants n’auraient pu être ce stimulant généreux contre l’absolutisme, il n’est pas moins vrai qu’à défaut du développement économique de la bourgeoisie nécessitant l’épanouissement de la science, ils n’auraient jamais pu entreprendre cette activité révolutionnaire par le seul fait de leur impulsivité naturelle. De même pour la jeunesse prolétarienne, sans la formation des organisations ouvrières de masse, sans l’activité combative de sa classe, elle se laissera enrégimenter par les organismes bourgeois qui ont une activité prédominante dans les situations.
Le rapporteur a évidemment raison de dire qu’il est nécessaire d’éduquer la jeunesse pour la rendre apte à la lutte ouvrière. Mais il serait vain, dans une période de régression de la lutte, de vouloir armer la jeunesse contre les courants étrangers aux intérêts ouvriers par l’application d’une pédagogie prolétarienne. Une action éducative pour être sérieuse dans ces conditions doit être accompagnée par une pratique effective de la lutte, sinon elle reste, surtout chez les jeunes, une corvée semblable à celle qu’ils subissent dans les écoles bourgeoises. Si la jeunesse ouvrière d’alors s’était trouvée dans les conditions qui lui auraient permis, aussitôt que la lutte s’atténue, d’en ressentir immédiatement les effets tout en ayant la possibilité de pouvoir réagir contre le conservatisme et l’inertie du mouvement ouvrier, l’orientation éducative préconisée à ce Congrès pouvait s’assurer des possibilités d’application réelles.
C’est justement l’absence des conditions favorables à la lutte de classe, causée à la fois par la situation économique et les progrès du réformisme au sein des syndicats, qui devaient placer les jeunes dans une ambiance défavorable à l’épanouissement de leurs qualités dynamiques dans la voie révolutionnaire.
Au lieu de les rattacher au milieu spécifiquement de classe qu’étaient les syndicats, ils furent placés à la remorque des partis dont la déchéance s’accentuait de plus en plus. Ce n’était pas en créant au sein des organisations politiques des organisations de jeunes qu’il était possible, même avec des intentions révolutionnaires, d’armer ces jeunes contre les déviations réformistes ou anarchistes. D’ailleurs les faits ont prouvé le contraire, d’un côté les jeunes socialistes se sont tournés toujours davantage vers les droitiers ou bien se sont tournés vers les anarcho-syndicalistes et de l’autre côté on assiste à un isolement croissant des courants de gauche qui livrent une lutte incessante contre l’opportunisme, mais dans des conditions telles que la jeunesse devait non seulement s’éloigner d’eux et allait jusqu’à les accuser de vouloir briser l’unité des partis. Les rares groupes de jeunes syndicalistes qui se forment dans quelques pays et notamment en France se heurtent constamment aux jeunes socialistes, et lorsque les premiers cherchent à réagir contre les réformistes, ce sont les jeunes socialistes qui s’efforcent d’endiguer les jeunes récalcitrants dans leur rang et ainsi faciliter l’étouffement des organisations prolétariennes. Ainsi, malgré les résolutions prises par ce Congrès au sujet de la lutte des jeunes marquant "qu’il est souhaitable qu’un lien organique relie les organisations de jeunes à celles du prolétariat conscient ou que de toute façon, là ou cela ne serait pas possible, il y ait entre elles un lien moral", cette liaison n’a pas été faite et là où elle existait, par exemple les groupes de jeunes syndicalistes, elle fut supprimée ou bien rendue impossible. Si nous examinons maintenant le rapport d’Alapri sur la situation économique de la jeunesse, on constate également qu’après avoir exposé la situation misérable des jeunes ouvriers et souligné que la condition préalable de toute action éducative est que la jeunesse mène la lutte pour l’amélioration de sa situation matérielle, il n’est pas question de situer cette lutte dans le cadre de l’activité syndicale, mais par la formation d’une organisation jeune, liée organiquement aux partis socialistes et par un appel au corps législatif afin qu’il revendique au parlement l’amélioration des conditions de vie de la jeunesse. En d’autres termes, ce sont les mandataires socialistes qui sont chargés de défendre les jeunes ouvriers contre l’exploitation bourgeoise. Pour ce qui concerne les décisions à l’égard de la lutte antimilitariste, Liebknecht, rapporteur sur cette question, après avoir tracé par de brillantes considérations théoriques le fonctionnement et le caractère de classe du militarisme bourgeois, conclu à l’accentuation de la lutte antimilitariste fournie par les jeunes socialistes et la nécessité d’un soutien plus conséquent des partis à cet égard. A ce sujet également, les organisations syndicales devaient avoir une fonction importante et qui consiste à conserver avec le soldat les contacts qui existent avec l’ouvrier.
Organiser les jeunes au sein des partis, nous le répétons, signifiait modifier la nature de ces partis. Mais en plus de cela, ils étaient séparés des milieux ouvriers et à la merci des opportunistes qui les emploient plus tard avec succès pour garantir l’application de leur politique réactionnaire. Les réactions qui éclatèrent dans les organisations syndicales sont rendues inoffensives car elles sont dévoyées par l’existence de ce mouvement de jeunes qui, au sein de la social-démocratie, faisait figure d’éléments révolutionnaires tout en étant en réalité soumis à l’influence des opportunistes. Bien sûr, les conditions de l’époque et l’existence de l’aristocratie ouvrière qui forme, ou plutôt déforme, le rôle des syndicats, créaient un terrain favorable à l’action dissolvante des parlementaires, néanmoins il n’y avait que ces organisations débarrassées de l’influence réformiste qui étaient en mesure de garder au mouvement ouvrier des jeunes générations aptes à stimuler et à renforcer l’action contre l’ennemi de classe. Et l’aveuglement des gauches sur le problème du parti et leur impuissance à le résoudre dans les conditions de dégénérescence du mouvement ouvrier confirment encore davantage le caractère profondément négatif que contient le mouvement de la jeunesse socialiste.

HILDEN

(La suite au prochain numéro)




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