Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Parti et Classe
{Bilan} n°15 - Janvier-Février 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 14 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Nous publions ci-dessous une étude du camarade A. Bordiga, publiée pour la première fois dans la Rassegna Comunista. Nous avons pensé utile de la reproduire dans Bilan.

LA RÉDACTION.

Les thèses sur les tâches incombant au Parti Communiste dans la révolution prolétarienne approuvées par le Deuxième Congrès de l’IC, profondément et vraiment inspirées par la doctrine marxiste, prennent comme point de départ la définition des rapports entre parti et classe ; elles établissent qu’un parti de classe ne peut comprendre dans ses propres rangs qu’une partie de la classe elle-même ; jamais il ne peut s’étendre à l’ensemble de celle-ci, peut-être même pas à sa majorité.
Cette vérité patente aurait été mieux mise en évidence s’il avait été précisé qu’il n’est même pas possible de parler de classe tant qu’il n’existe pas dans celle-ci une minorité tendant à s’organiser en un parti politique.
En effet, qu’est-ce qu’une classe sociale d’après notre méthode critique ? La déterminons-nous peut-être par une constatation purement objective, extérieure, de l’analogie existant entre les conditions économiques et sociales, entre les positions occupées dans le processus de la production d’un grand nombre d’individus ? Ce seraient là des caractéristiques insuffisantes. Notre méthode ne s’arrête pas à décrire la collectivité sociale telle qu’elle est à un moment donné, à tracer d’une façon abstraite une ligne qui divise en deux clans les individus qui la composent, comme cela se fait dans les classifications scolastiques des naturalistes. La critique marxiste voit la société humaine en mouvement, dans son développement à travers le temps, en se basant sur des critères essentiellement historiques et dialectiques, étudiant donc l’enchaînement des événements dans leurs rapports d’influence réciproque
Au lieu de prendre (comme le faisait la vieille méthode métaphysique) un instantané de la société à un moment donné, et de travailler ensuite sur celui-ci pour y reconnaître les diverses catégories dans lesquelles les individus composant la collectivité doivent être catalogués, la méthode dialectique voit l’histoire comme un film qui déroule ses tableaux les uns après les autres : c’est dans les caractères saillants du mouvement de ceux-ci que la classe doit être cherchée, et reconnue.
Dans le premier cas, nous tomberions dans les mille objections des statisticiens purs, des démographes ; ces gens à courte vue (s’il en fut jamais) réviseraient les divisions, feraient observer qu’il n’y a pas deux classes, ou trois, ou quatre, mais qu’il peut en exister dix ou cent, ou mille, séparées entre elles par des gradations successives et des zones intermédiaires indéfinissables.
Dans le deuxième cas, nous aurons bien d’autres éléments pour reconnaître ce protagoniste de la tragédie historique qu’est la classe, pour en fixer les propriétés, l’action, le but, qui se précisent d’une manière concrète par une uniformité évidente traversant les changements d’un monceau de faits que le pauvre photographe enregistrait en une froide série de données dépourvues de vie.
Pour dire qu’une classe existe et agit à un certain moment de l’histoire, il ne suffira donc pas de connaître quelle était, par exemple, le nombre des marchands de Paris sous Louis XVI ou des landlords anglais au XVIIIe siècle, ou des ouvriers de l’industrie belge en manufacture aux abords du XIXe. Nous devons soumettre toute une période historique à notre analyse logique, y retrouver un mouvement social et donc politique ; peu importe que celui-ci ait des hauts et des bas, commette des erreurs et remporte des succès, cherche sa route ; il faut que l’adhérence à un système d’intérêts d’une partie des hommes mis dans une certaine position par le système de production et le développement de celui-ci apparaisse comme évident.
C’est ainsi que Friedrich Engels, dans un de ses premiers essais de cette méthode, a tiré de l’histoire des classes travailleuses en Angleterre l’explication de toute une série de mouvements politiques et démontré l’existence de la lutte de classes.
Cette conception dialectique de la classe se place au-dessus des ternes objections du statisticien. Celui-ci perdra le droit de voir les classes opposées, nettement divisées sur la scène de l’histoire comme le sont les masses de choristes sur le plancher d’un théâtre ; il ne pourra rien déduire contre nos conclusions du fait que dans les zones de contact se montrent des couches indéfinissables à travers lesquelles se produit un échange osmotique d’individus isolés, sans que la physionomie historique des classes qui sont en présence l’une de l’autre soit altérée.
La conception de classe ne doit donc pas évoquer devant nous une image statique mais un tableau dynamique. Quand nous découvrons une tendance sociale, un mouvement poursuivant une finalité donnée, nous pouvons alors reconnaître l’existence d’une classe dans le vrai sens de la parole. Mais alors existe aussi en substance, sinon au point de vue forme, le parti de classe.
Un parti vit quand vivent une doctrine et une méthode d’action. Un parti, c’est une école de pensée politique et, par conséquent, une organisation de lutte. Tout d’abord, il y a un fait de conscience ; ensuite un fait de volonté, plus exactement une tendance vers une finalité. Sans ces deux propriétés, nous ne possédons pas encore la définition d’une classe. L’enregistreur impassible des données peut, nous le répétons, constater des affinités entre les conditions de vie dans des groupements plus ou moins vastes, aucune trace n’en reste dans l’évolution de l’histoire.
Nous ne pouvons avoir ces deux propriétés condensées, concrétisées, que dans le parti de classe. La classe ne se forme que grâce au perfectionnement de certaines conditions et des rapports qui surgissent de la consolidation de nouveaux systèmes de production (par exemple l’installation de grandes usines, à force motrice considérable, recrutant et formant un nombreux personnel) ; de même, c’est par degrés que commence à se compléter en une conscience plus précise l’influence des intérêts d’une pareille collectivité ; cette conscience, au début, se dessine dans de petits groupes de celle-ci. Lorsque la masse est poussée à agir, ce sont ces premiers groupes qui ont la prévision de la finalité à atteindre ; ce sont eux qui entraînent et dirigent le reste.
Ce processus doit être considéré en envisageant la classe prolétarienne moderne non pas comme une catégorie corporative, mais bien dans son ensemble. Et alors on voit comment une conscience plus définie d’identité d’intérêts est en train de surgir ; mais on voit aussi comment cette conscience résulte d’un ensemble d’expériences et de notions qui ne peut se rencontrer que dans des groupes limités comprenant des éléments choisis de toutes les corporations. La vision d’une action collective tendant à des buts généraux intéressant toute la classe, se concentrant dans l’intention de changer tout le régime social, ne peut apparaître clairement qu’à une minorité avancée.
Ces groupes, ces minorités, sont simplement le parti. Lorsque la formation de celui-ci est arrivée à un certain stade, tout en étant certain que cette formation ne se fera jamais sans moment d’arrêt, sans crise, sans conflit intérieur, nous pourrons dire que nous avons alors une classe en action. Tout en ne comprenant qu’une partie de la classe, c’est pourtant le parti seul qui lui donne une unité d’action et de mouvement, parce qu’il groupe des éléments qui, triomphant des limites de corporation et de localité, sentent la classe et la représentent.
Ceci rend plus clair le sens de la vérité fondamentale : le parti ne constitue qu’une partie de la classe. En envisageant l’image fixe et abstraite de la société, on y découvre une zone qui est la classe et un petit noyau dans celle-ci qui est le parti. On arrive ainsi facilement à la considération que toute la partie de la classe qui constitue presque toujours la majorité restant en dehors du parti pourrait avoir un poids plus grand, un droit plus grand. Mais il suffit de penser que dans cette grande masse qui forme le reste, les individus n’ont pas encore de conscience, de volonté de classe ; ils vivent pour leur propre égoïsme, ou pour la corporation, ou pour le clocher, ou pour la nation ; on verra ainsi que pour assurer dans le mouvement de l’histoire l’action d’ensemble de la classe, il faut un organisme qui l’anime, la cimente, la précède, l’encadre (c’est le vrai mot) ; on verra que le Parti est en réalité un noyau vital sans lequel il n’y aurait plus aucune raison de considérer le reste de la masse comme un faisceau de forces.
La classe présuppose le parti ; en effet, pour exister et se mouvoir dans l’histoire, la classe doit avoir une doctrine critique de celle-ci et une finalité à rejoindre dans celle-ci.
La vraie, l’unique conception révolutionnaire de l’action de classe est constituée par la délégation de la direction de celle-ci au parti. L’analyse doctrinale et l’accumulation de l’expérience historique permettent de réduire facilement toute tendance à combattre la nécessité de la prééminence de la fonction du parti à une idéologie petite-bourgeoise et contre-révolutionnaire.
Si la contestation émane d’un point de vue démocratique, il faut la soumettre à la critique dont se sert le marxisme pour mettre en déroute les théorèmes favoris du libéralisme bourgeois.
Il suffira pour cela de rappeler que si la conscience des hommes est le résultat et non pas la cause des conditions du milieu dans lequel ils sont obligés de se mouvoir, en règle générale l’exploité, l’affamé, le mal nourri, ne pourra jamais se convaincre qu’il doit renverser et remplacer l’exploiteur bien repu et muni de toutes les ressources et capacités. Cela ne peut arriver que par exception. La démocratie élective bourgeoise court au devant de la consultation de la masse parce qu’elle sait que la majorité répondra toujours en faveur de la classe privilégiée ; elle délègue volontairement à celle-ci le droit de gouverner et de perpétuer l’exploitation.
Ce n’est pas en introduisant ou en soustrayant au calcul la petite minorité des électeurs bourgeois que l’on modifiera les rapports existants. La bourgeoisie gouverne avec la majorité non seulement de tous les citoyens, mais aussi des travailleurs envisagés séparément.
Par conséquent, si le parti appelait toute la masse prolétarienne à juger les actions et initiatives qui doivent lui être réservées spécialement, il se lierait à une réponse qui serait presque certainement favorable à la bourgeoisie, et qui, en tout cas, serait moins éclairée, avancée, révolutionnaire, surtout moins dictée par une conscience du véritable intérêt collectif des travailleurs, du résultat final de la lutte révolutionnaire que celle qui sortirait des seuls rangs du parti organisé. La conception du droit du prolétariat de disposer de son action de classe n’est qu’une abstraction n’ayant aucun sens marxiste ; elle dissimule l’intention d’amener le parti révolutionnaire à élargir sa sphère d’influence en y admettant des milieux ayant moins de maturité ; ensuite, au fur et à mesure que ceci se produit, les décisions adoptées se rapprochent de plus en plus de la façon de penser bourgeoise et conservatrice
Si nous voulions chercher la confirmation de cette vérité autre part que dans l’analyse théorique, nous la trouverions largement dans les expériences que l’histoire nous a fournies. Rappelons qu’il existe un lieu commun nettement bourgeois consistant à opposer le "bon sens" de la masse à "l’influence néfaste d’une minorité de meneurs", montrant ostensiblement les meilleures dispositions envers les travailleurs à côté de la haine la plus précise envers le parti au moyen duquel ceux-ci peuvent seulement parvenir à porter atteinte aux intérêts des exploiteurs. Les tendances de droite du mouvement ouvrier, les écoles social-démocrates dont l’histoire a démontré l’essence réactionnaire opposent continuellement la masse au parti ; elles voudraient apercevoir la classe dans des consultations plus vastes que celles qu’admettent les limites restreintes du parti ; quand elles ne peuvent pas élargir celui-ci au delà de toute délimitation précise de doctrine et de discipline dans l’action, elles s’efforcent d’établir que ces rouages principaux ne doivent pas être ceux qui sont désignés par les seuls militants ; selon elles, ces organes doivent être choisis parmi ceux qui occupent les sièges au Parlement et qui sont désignés par un corps plus vaste : en effet, les fractions parlementaires sont toujours à l’extrême-droite des partis qu’ils représentent.
Toute la dégénérescence des partis social-démocrates de la Seconde Internationale, leur transformation visible les amenant à devenir moins révolutionnaires que la masse non organisée, proviennent du fait qu’ils perdaient chaque jour de plus en plus le calibre précis du parti, justement parce qu’ils faisaient de l’ouvriérisme, du "labourisme" ; autrement dit, ils ne fonctionnaient plus comme des avant-gardes précédant la classe, mais comme l’expression mécanique de celle-ci à travers un système électoral et corporatif donnant le même poids et la même influence à des milieux moins conscients et plus dominés par l’égoïsme que ne l’est la classe ouvrière elle-même. Déjà avant la guerre, et plus spécialement en Italie, il y eut une réaction contre cette épidémie ; elle se développa dans le sens de la défense de la discipline interne du parti, dans les obstacles dressés en face des éléments qui ne se situaient pas entièrement sur le terrain révolutionnaire de notre doctrine, dans la lutte contre l’autonomie des groupes parlementaires et des institutions locales, dans l’épuration des rangs du parti en chassant les éléments bâtards. Cette méthode s’est révélée comme étant la véritable antidote du réformisme ; elle forme la base de la doctrine et de la pratique de la IIIe Internationale ; celle-ci réalise, en premier lieu, la fonction du parti concentré, discipliné, ayant une orientation claire dans les problèmes de principe et de tactique ; pour elle, "la faillite des partis social-démocrates de la Seconde Internationale ne fut pas la banqueroute des partis prolétariens en général" ; c’était, qu’on me passe l’expression, la faillite d’organismes qui avaient oublié qu’ils étaient des partis parce qu’ils avaient cessé d’être tels.
Il existe ensuite un autre ordre d’objections faites à la conception communiste de la fonction du parti ; celui-ci a des rapports avec une autre forme de critique et de tactique réagissant contre la dégénérescence réformiste. Ce sont les objections de l’école syndicaliste ; celle-ci, au contraire, reconnaît la classe dans les syndicats, organisations économiques ; elle affirme que ce sont les organes aptes à guider le prolétariat dans la révolution.
Ces objections paraissent venir de la gauche ; après la période classique du syndicalisme français, italien, américain, elles se sont formulées dans des expressions nouvelles se rapprochant de la Troisième Internationale ; elles se réduisent également facilement à une idéologie semi-bourgeoise en les examinant aussi bien en se basant sur la critique de principe que sur la constatation des résultats obtenus.
On voudrait donc voir la classe dans une de ses organisations, certes caractéristiques et très importantes, dans les syndicats, organisations professionnelles, de corporations, qui se sont créées avant le parti politique, qui groupent des masses beaucoup plus étendues et qui correspondent donc mieux à la totalité des classes travailleuses. Au point de vue abstrait, un pareil critérium ne fait qu’exprimer un hommage inconscient au même mensonge démocratique sur lequel compte la bourgeoisie pour assurer sa domination en invitant la majorité du peuple à se choisir un gouvernement. En l’envisageant sur d’autres points de vue théoriques, cette méthode va au-devant des opinions bourgeoises, par exemple quand elle confie aux syndicats l’organisation de la nouvelle société, en revendiquant des conceptions d’autonomie et de décentralisation des fonctions productives qui sont les mêmes que celles des économistes réactionnaires. Mais nous n’avons pas l’intention ici de développer un examen critique complet des doctrines syndicalistes. Il suffira, tout en faisant le bilan des résultats acquis par l’expérience, de constater comment les éléments de l’extrême-droite du mouvement prolétarien se sont toujours appropriés le même point de vue en mettant en évidence la représentation de la classe ouvrière par les syndicats ; ils savent bien qu’ils décoloreront et atténueront ainsi le caractère du mouvement pour les simples raisons auxquelles nous avons fait allusion. La bourgeoisie elle-même a fait montre dernièrement d’une sympathie et d’une tendresse pour les manifestations syndicales de la classe ouvrière qui sont loin d’être illogiques, elle le fait en allant avec plaisir (en ce qui concerne sa partie la plus intelligente) vers une réforme de son appareil étatique et représentatif, faisant largement place aux syndicats "apolitiques" ainsi qu’à leurs requêtes d’exercer un contrôle sur le système de production. La bourgeoisie sent qu’aussi longtemps qu’on peut limiter le prolétariat à des exigences immédiates et économiques qui l’intéressent corporation par corporation, on fait œuvre de conservation ; on évite la formation de cette dangereuse conscience "politique" qui est la seule révolutionnaire, parce qu’elle vise le point vulnérable de l’adversaire : la possession du pouvoir.
Mais les syndicalistes anciens et modernes n’ont pas perdu de vue le fait que la plus grande partie des syndicats était dominée par les éléments de droite ; la dictature des dirigeants petits-bourgeois sur les masses se base plus encore sur la bureaucratie qui encadre les syndicats que sur le mécanisme électoral des pseudo-partis social-démocrates. Alors, les syndicalistes et, avec eux beaucoup d’autres éléments mus par l’esprit de réagir contre la plaie réformiste, s’adonnèrent à l’étude de nouveaux types d’organisations syndicales ; ils constituèrent de nouveaux syndicats indépendants de ceux conformes aux traditions. Cet expédient était faux au point de vue théorique, il ne triomphait pas du critère fondamental de l’organisation économique consistant à accueillir nécessairement tous ceux qui réunissent certaines conditions grâce à leur participation à la production, sans exiger d’eux des convictions politiques, des obligations d’activité spéciale pouvant même amener leur propre sacrifice ; tout en s’attachant au "producteur", il ne réussissait pas à dépasser les limites de la corporation ; seul le parti de classe considérant le "prolétaire" dans la vaste gamme de ses conditions et de son activité réussit à éveiller l’esprit révolutionnaire dans la classe ; ainsi cet expédient démontre, en effet, qu’il était insuffisant pour atteindre le but.
Toutefois, on ne cesse pas de chercher une pareille recette jusqu’à présent. Nombreux sont ceux amenés à suivre un système "mécanique" d’organisation par une interprétation vraiment erronée du déterminisme marxiste, par une conception limitée de la partie réservée dans la formation des forces révolutionnaires aux faits de conscience et de volonté, influencés, dès l’origine, par les facteurs économiques ; ce système, en encadrant pour ainsi dire automatiquement la masse, conformément à certains rapports de situation des individus qui la composent, en face de la production, entretient l’illusion de trouver cette masse directement prête à s’en aller vers la révolution, et cela avec le maximum d’efficacité révolutionnaire. C’est ainsi que renaît la solution illusoire qui consiste à lier la satisfaction quotidienne des stimulants économiques avec le résultat final d’un retournement du système social ; ainsi on résout, par une formule d’organisation, le vieux problème de l’antithèse entre les conquêtes limitées et graduelles et la réalisation maximum du programme révolutionnaire. Mais comme le disait justement, dans une de ses résolutions, la majorité du parti communiste allemand (quand ces questions étaient plus particulièrement vives en Allemagne, déterminant plus tard le départ du Parti Ouvrier communiste), la révolution n’est pas une question de forme d’organisation.
La révolution exige une organisation de forces actives et positives liées par une doctrine et une finalité. Des milieux considérables et des individus innombrables qui, matériellement, appartiennent à la classe ayant intérêt au triomphe de la révolution sont en dehors de ce faisceau. Mais la classe vit, lutte, avance, triomphe, grâce à l’œuvre des forces qu’elle a groupées en noyau dans son sein au cours des travaux de l’histoire. La classe part d’une homogénéité immédiate des conditions économiques qui paraît être le premier facteur moteur de la tendance à triompher du système actuel de production, à le briser ; mais pour jouer ce rôle grandiose, la classe doit avoir une pensée, une méthode critique, une volonté bien à elle qui vise les réalisations qui lui sont dictées par l’analyse et la critique ; il lui faut une organisation de combat qui lui soit propre, canalisant et utilisant, avec le meilleur rendement, les efforts et les sacrifices. Tout cela c’est le Parti.

Amadeo BORDIGA


"... le Marxisme exige nécessairement une considération historique de la question sur les formes de la lutte. Traiter cette question indépendamment de la situation historique et concrète, c’est ne pas saisir l’a. b. c. du matérialisme dialectique. Dans les différents moments de l’évolution économique et par conséquent dans les conditions diverses politiques, nationales et culturelles, etc., certaines formes de luttes les plus importantes et aussi les formes de lutte de deuxième rang se modifient. Vouloir répondre par oui ou par non à une question touchant un moyen déterminé de lutte, sans analyser la situation concrète du mouvement en question et le degré de son développement, ainsi que ses particularités, cela s’appelle quitter le terrain du Marxisme."

LENINE, "La Guerre des Partisans", 1906.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53