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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Au sujet de la répression en Russie
{Bilan} n°15 - Janvier-Février 1935
Article mis en ligne le 17 décembre 2016
dernière modification le 14 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Nous publions ci-dessous une lettre que nous a envoyée l’Union Communiste de Paris ainsi que la réponse de la C.E. de la Fraction à ce sujet.

LA RÉDACTION


Paris, 31 décembre 1934

Camarades,

À la suite de l’attentat contre Kirov, les dirigeants soviétiques ont fusillé, déporté et arrêté de nombreux militants révolutionnaires.
Tout d’abord, présentée comme des représailles contre les gardes blancs, cette sauvage répression s’est exercée et se poursuit contre les ouvriers et militants n’acceptant pas le régime stalinien de dictature.
L’assassinat de Kirov a motivé également une modification importante de la procédure d’instruction des actes préparatoires aux attentats terroristes.
Chacune de nos organisations a déjà compris l’importance de la répression qu’exercent les dirigeants soviétiques et qui fait suite aux déportations en Sibérie de milliers de révolutionnaires.
Mais nous espérons [1] que les protestations que nous pouvons élever dans nos organes à la diffusion restreinte, n’éveilleront pas un écho suffisant dans le prolétariat français et international. Seuls, des efforts coordonnés pourraient permettre de développer une campagne suffisamment large.
Veuillez nous faire savoir sous quelques jours, avant la fin de la semaine autant que possible, si vous êtes d’accord pour examiner en commun les moyens pratiques d’une campagne de protestation des organisations ouvrières contre la répression exercée par la bureaucratie soviétique et l’appui qu’elle trouve auprès des dirigeants staliniens du P.C.F. et des autres sections de l’I.C.
Dès que nous aurons votre réponse, nous vous aviserons du lieu et de la date de la réunion que nous fixerons entre-temps.
Recevez, Camarades, nos salutations communistes,

Pour l’Union Communiste, xxx


6 janvier 1935

À L’UNION COMMUNISTE PARIS

Chers camarades,

Le Comité Fédéral de notre Fédération parisienne nous a transmis votre invitation concernant une réunion ayant pour but "d’examiner en commun les moyens pratiques d’une campagne de protestation des organisations ouvrières contre la répression exercée par la bureaucratie soviétique et l’appui qu’elle trouve auprès des dirigeants staliniens du P.C.F. et des autres sections de l’I.C."
Nous avons le vif regret de ne pas pouvoir marquer notre accord avec votre initiative pour les raisons suivantes :

1. Les conditions politiques pour "une campagne de protestation des organisations ouvrières" résident tout d’abord dans une évaluation achevée de la part des organismes qui font appel au prolétariat - de la nature politique du groupe dont faisait partie Nicolaief, de la signification de la répression déchaînée par le centrisme ; enfin (et c’est là l’essentiel) de la nature et de la fonction actuelle de l’État russe. Ensuite ces conditions résident dans la possibilité concrète de déterminer une série de positions autour desquelles les ouvriers pourront se rassembler pour mener une action reliée avec le mouvement de classe ; le bruit de scandales sentimentaux n’étant jamais de nature à faire avancer le mouvement prolétarien.
2. Ni l’une ni l’autre des deux conditions indiquées n’existent à l’heure actuelle. La campagne que vous proposez, loin de favoriser la maturation de ces conditions en empêche la préparation pour aujourd’hui, leur réalisation pour demain. Pour nous borner à nos deux organisations (vous avez oublié de nous indiquer à quelles autres organisations vous vous êtes adressés), voici la situation : votre organisation part du principe qu’il ne faut pas aborder la solution des questions politiques fondamentales pour éviter l’effritement de l’Union, ou bien qu’on ne peut les aborder à cause de sa faiblesse actuelle, laquelle ne pourrait d’ailleurs être orientée vers sa disparition qu’à la condition qu’une bonne fois on entame l’élaboration des positions principielles devant régir votre organisation. Sur la question russe votre organisation n’a pas encore de positions, ce qui devait l’amener à une première attitude (voir l’Internationale, dernier numéro), que vous avez dû abandonner précipitamment. Notre fraction qui a proclamé son incapacité à donner une solution à la question russe et qui, à cet effet a également édité Bilan, n’est pas encore parvenue à déterminer une confrontation internationale, seule capable de conduire à une solution adéquate du problème russe.

Nous nous trouverions donc - pour nous limiter à nos deux organisations, sans citer les autres - dans l’impossibilité de prendre la responsabilité de faire appel au prolétariat à qui nous ne saurions préciser la signification historique des graves événements actuels en U.R.S.S.
Pour ce qui est des possibilités concrètes pour l’action projetée, il est évident que la faiblesse idéologique de nos organisations reflète la dispersion du prolétariat que l’action combinée de la répression violente du capitalisme et des trahisons centristes et socialistes met aujourd’hui devant la nécessité de rechercher les causes de la terrible défaite essuyée dans tous les pays sans pouvoir s’opposer immédiatement ni au capitalisme, ni aux traîtres.
Notre action qui ne pourrait être que NULLE, pourrait revêtir une certain ampleur, à la seule condition d’accepter que coïncide avec notre protestation, l’indignation hypocrite de ceux qui ont précédé le centrisme dans l’oeuvre de bourreau des prolétaires. Cette coïncidence qui ne manquerait de se produire empêcherait - ainsi que nous vous l’avons dit plus haut - la maturation des conditions politiques pouvant nous donner la capacité de faire appel à la classe ouvrière. Et nous vous prions de remarquer que nul subterfuge politique ne pourrait donner une autre signification politique à cette coïncidence. La simple séparation des intentions des uns et des autres ne saurait jamais remplacer ce qui nous manque, à savoir un ensemble de positions politiques pouvant relier la campagne actuelle avec le mouvement de classe des ouvriers.
Nous espérons vivement que cette nouvelle expérience vous permettra de comprendre que nous ne pourrons jamais rien faire si nous continuons à retarder toujours l’analyse des problèmes politiques qui sont devant nous. N’avez-vous pas jusque maintenant renvoyé à des moments plus opportuns cette oeuvre d’élaboration politique ? Le plus urgent vous semble être de toucher telle ou telle couche d’ouvriers révolutionnaires. La conséquence en est que vous n’êtes nullement dans la possibilité - quand l’occasion se présente - de dire le moindre mot à la classe ouvrière.
À notre avis, la répression centriste ne peut avoir d’autre réponse qu’une proclamation mûrement réfléchie de la part des organismes issus de la crise actuelle du mouvement communiste, proclamation d’où l’action et la campagne doivent être exclues parce qu’elles sont incompatibles avec le degré actuel de notre maturité politique et d’influence parmi les ouvriers. Loin de chercher les protestations des ouvriers dans la confusion qui permet à d’autres courants de la contre-révolution de reprendre de l’influence parmi les masses, nous devons rechercher les unités ouvrières qui se disposent au pénible travail de reconstruction des bases idéologiques et organisationnelles du mouvement ouvrier.
Nous avons fait part de votre lettre à la Ligue des Communistes Internationalistes de Belgique, qui vous fera connaître son avis par lettre.

Avec nos salutations communistes.

Pour la C.E. De la Fraction de gauche du P.C.I.

PS – Au cas d’accord avec les considérations contenues dans cette lettre nous pourrions examiner ensemble les modalités d’une réunion, pouvant déterminer la rédaction de la proclamation dont nous parlons ci-dessus.

Notes :

[1Il s’agit probablement d’une erreur de formulation à la place de « Mais nous craignons... ».




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