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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le "dernier problème africain" et l’Italie
{Bilan} n°16 - Février-Mars 1935
Article mis en ligne le 7 janvier 2017
dernière modification le 26 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Le bourrage de crane chauvin se développe en Italie parmi un prolétariat réduit à l’impuissance. Toute la presse découvre brusquement que l’État féodal d’Abyssinie représente une honte pour la civilisation, comme si l’esclavage des ouvriers italiens n’était pire encore. Et des classes sont mobilisées. Parmi les cris d’allégresse d’une foule inconsciente, des ouvriers vont attendre en Érythrée, en Somalie, que sonne l’heure où il faudra chercher la mort sur les plateaux éthiopiens. Broyé par le fascisme, le prolétariat italien est sans force pour s’opposer à un épisode de préparation de la conflagration mondiale. Au contraire, les ouvriers seront emportés par le fracas des musiques militaires, les discours patriotiques. Et que l’on ne pense pas qu’il suffit de crier "Pas un homme, pas un sou, à la guerre abyssine" pour estomper la réalité tragique de la situation. Le fait est que l’impérialisme italien mobilise victorieusement les masses, crée aujourd’hui une diversion à leur sort misérable, pendant que socialistes et centristes italiens amusent la galerie avec leurs hurlements. Pour s’opposer à la préparation de la guerre, le prolétariat devrait pouvoir opposer son insurrection au régime existant. Battu dans le monde entier, d’adversaire historique de la guerre, il en devient la proie lamentable que les traîtres de hier et de demain conduiront - malgré leur amour de la "paix" - vers les champs de bataille.
En attendant se développe largement la manœuvre de Mussolini envers l’Éthiopie. Grâce au pacte de Rome, il sait pouvoir disposer d’une certaine liberté d’action que l’impérialisme français tolérera tant qu’elle ne mettra pas en danger ses propres positions.
D’ailleurs, il est probable que le banditisme colonial de l’Italie ne s’épanouira qu’au feu d’un massacre général. Mais la méthode japonaise expérimentée en Chine, plaît beaucoup à Rome. D’abord, exploiter le moindre incident - souvent provoqué - pour masser des troupes aux points stratégiques du territoire convoité, puis s’emparer des terres "contestées" ou "troublées" par des "bandits" et enfin profiter de circonstances favorables pour déclencher une attaque de fond. Il est probable que ces circonstances seront la guerre mondiale, car trop d’intérêts se croisent en Abyssinie. D’une part l’Angleterre ne tient pas à avoir l’Italie aux frontières du Soudan, d’autre part le Japon se pose en compétiteur redoutable. Même la France, malgré toute sa bonne volonté, ne veut payer Mussolini pour son appui contre l’Allemagne qu’avec une traite sur l’avenir dont, évidemment, l’Éthiopie ferait les frais.
Il reste que l’impérialisme romain aiguise ses armes pour la guerre impérialiste ouvertement et sans crainte. La guerre doit être décisive pour l’Italie : aux promesses du dernier conflit il faut substituer une réalité qui lui permette d’acquérir enfin des colonies.
Pour nous, même en cas de conflit isolé entre l’Italie et l’Abyssinie, aucun appui ni à l’un ni à l’autre. Notre lutte reste celle qui consiste à donner aux ouvriers italiens une conscience de leurs tâches qui se dirigent vers l’écrasement du capitalisme par la dictature du prolétariat. Aujourd’hui que le despotisme de la bourgeoisie étouffe toute velléité de lutte en Italie, que la conscience de classe des ouvriers disparaît sous la botte du fascisme, les "problèmes africains" servent de puissante diversion à la situation misérable du prolétariat qui est appelé par le "Grand Conseil Fasciste" à déverser "virilement" ses souffrances, sa misère, dans le gouffre de la guerre.
Face à cette diversion capitaliste qui se dirige vers l’exploitation du nationalisme italien et le renforcement de ses positions en Afrique, les communistes ne peuvent opposer que la lutte de classes dont ils sont l’expression prolétarienne, leur fidélité au but révolutionnaire du prolétariat dont ils préparent le réveil conscient alors que les situations feront sauter le bandeau du chauvinisme qui l’aveugle.
Contre la guerre impérialiste. Pour la guerre civile la plus implacable ; contre les exploiteurs et pour la révolution mondiale. Tel sera notre drapeau, face aux étapes qui conduisent à la boucherie internationale !




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