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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Projet de résolution sur les problèmes de la fraction de gauche
{Bilan} n°17 - Mars-Avril 1935
Article mis en ligne le 7 janvier 2017

par ArchivesAutonomies
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Ce projet est soumis à la discussion par le Cde Jacobs.

LA RÉDACTION

1°) LA FRACTION, PRÉMISSES DE LA RÉVOLUTION MONDIALE

Nous admettons qu’une classe existe quand en son sein se manifeste une tendance vers sa constitution en parti politique. Le camarade Bordiga, qui a mis en évidence cette idée essentielle des thèses du 2ème Congrès de l’IC, ajoute qu’un "parti vit quand vivent une doctrine et une méthode d’action."
S’il est vrai que les classes trouvent leur origine dans l’évolution de l’instrument de production et dans la forme d’appropriation qui en résulte, il est tout aussi vrai — ainsi que le démontre la résolution de la CE de la fraction publiée dans le numéro 1 de Bilan — qu’il n’existe aucune dépendance directe entre l’évolution des situations économiques et l’évolution des rapports entre les classes. Le mécanisme économique donne naissance à des antagonismes de classe ou fait apparaître la nécessité d’une intervention de la classe appelée par l’évolution productive, mais ne donne ni la doctrine, ni la méthode d’action, c’est-à-dire ne donne pas ce qui est indispensable pour les luttes sociales. D’autre part, ces deux donnés ne se déterminent pas successivement, mais la gestation de l’une contient l’autre. Puisqu’il est vrai que la compréhension des situations précède la capacité d’action et que par compréhension on ne peut entendre — pour une phase historique donnée — qu’une doctrine et qu’une méthode d’action, la classe se constitue au cours d’un processus de conscience qui représente le résultat critique des périodes historiques précédentes des collectivités humaines, des luttes de classes, s’épanouit au terme historiquement limité de ce processus alors que coïncident doctrine, méthode d’action et précipice des situations.
Les "Centres de Correspondants", créés par Marx avant la fondation de la Ligue des Communistes, son travail théorique après 1848 jusqu’à la fondation de la 1ère Internationale, le travail de la fraction bolchévique au sein de la 2ème Internationale, sont les moments essentiels de constitution du prolétariat qui ont permis l’apparition de partis animés d’une doctrine et d’une méthode d’action. Voir les termes de ce processus en niant la fraction sous ses formes historiques particulières, c’est voir l’arbre et non la forêt, c’est consacrer un mot en rejetant la substance.
La fraction est une étape nécessaire aussi bien pour la constitution de la classe que pour sa reconstitution dans les différentes phases de l’évolution, elle est le lien de continuité par lequel s’exprime la vie de la classe en même temps qu’elle exprime la tendance de cette dernière à se donner une structure de principes et une méthode d’intervention dans les situations. Précisément parce que le prolétariat ne peut représenter une force économique pouvant se concentrer autour de ses richesses matérielles puisqu’étant la classe ne disposant que des moyens nécessaires à sa propre reproduction que lui attribue le capitalisme pour sa force de travail, d-son affirmation en tant que classe indépendante appelée à créer un nouveau type d’organisation sociale, ne peut se manifester en réalité que dans des phases particulières quand se disloquent les rapports entre les classes au point de vue mondial. La conscience de cette finalité apparaît dans la fraction qui a surtout un rôle d’analyse, d’éducation, de préparation de cadres, qui réalise le maximum de clarté dans la phase où elle agit pour s’ériger en parti au moment où le choc des classes balaye l’opportunisme et la fait apparaître comme "l’école politique et, par conséquent, comme une organisation de lutte" qui va lui monter le chemin de la victoire.
Il est évident que la nécessité de la fraction est aussi l’expression de la faiblesse du prolétariat, soit disloqué, soit gagné par l’opportunisme ; comme par contre la création du parti indique un cours de situations ascendantes où continuellement le prolétariat se retrouve, se concentre : au travers de luttes partielles, générales, il taille des brèches et démoli la structure du capitalisme. Dans ce sens plutôt que d’être des partis, unifiant selon une finalité, les poussées élémentaires des ouvriers, les sections de la 2ème Internationale furent bien plus des conglomérats de fractions où seuls les bolchéviks et la gauche allemande — dans des conditions historiques foncièrement différentes — représentèrent les intérêts du prolétariat, alors que droite et centre exprimaient toujours plus la pression de corruption du capitalisme. Cette situation fut possible parce que la maturation des contrastes sociaux ne posait pas immédiatement un problème d’unification des poussées élémentaires des ouvriers vers l’insurrection et que de ce fait le capitalisme pouvait peser, de toute son armature démocratique, sur la formation du prolétariat en classe. Le développement des sections de la 2ème Internationale s’accompagna avec l’étouffement de la conscience des ouvriers, car il se fit sous le signe de l’apparition du révisionnisme et de tous ses succédanés.
La classe se retrouve donc dans le parti au moment où les conditions historiques déséquilibrent les rapports des classes et l’affirmation de l’existence du parti est alors l’affirmation de la capacité d’action de la classe. Autrement, la situation économique des ouvriers, les contrastes sociaux dont ils subissent les conséquences, s’expriment dans le travail des fractions qui construisent l’ossature où la vie de la classe va s’exprimer.
Parce que la classe n’est pas une notion économique qui confère spontanément une conscience, la perception d’un nouveau type d’organisation sociale — conforme au développement productif — à tous les exploités, mais une notion historique, un produit social et économique de toute l’évolution antérieure, le microcosme du devenir de la société toute entière, son processus de formation n’est pas direct, c’est-à-dire n’apparaît pas en même temps que les contrastes de la société capitaliste, mais il se forme au cours du déroulement de ceux-ci, en n’atteignant son plein épanouissement qu’au moment de la désagrégation de la société qui l’a enfanté. Le cours qui mène vers l’épanouissement de la classe, donc vers la constitution du parti, voit l’apparition de la fraction qui dans la phase de reconstitution du mouvement ouvrier exprime l’effort de conscience qui ne peut pas intervenir immédiatement dans le mécanisme de la lutte des classes, le parti — gagné par l’opportunisme — ayant produit la dissolution du prolétariat.

* * * * *

Le travail pour la construction des fractions se développe aujourd’hui dans une atmosphère d’indifférence, qui rappelle singulièrement les conditions où s’effectua le travail de Lénine au sein de la 2ème Internationale. En effet, il est facile d’opposer au travail de fraction, notre incapacité organique d’influer sur les situations et de se relier avec les courants agissants dans le mouvement ouvrier et même avec ces couches d’ouvriers voulant se dégager de l’emprise de l’opportunisme. Face à la fraction dont la perspective n’est que très lointaine, apparaissent d’autres possibilités de travail immédiat, se présentent des chances de succès alors que certains militants feraient preuve d’esprit de responsabilité et de réel dévouement à la cause en aidant tel ou tel autre courant ouvrier, ou enfin en empêchant que des militants ne se perdent définitivement pour le mouvement révolutionnaire.
Seulement la vision de la nécessité historique des fractions est de nature à préserver aujourd’hui des organismes ou à indiquer la direction d’un travail qui nous semble la condition préjudicielle pour la victoire de demain.
La théorie du matérialisme historique nous permet de comprendre que la conscience du devenir historique n’est possible que lorsque les conditions objectives en existent. Ainsi nous constatons qu’actuellement un prolétaire ayant traversé l’expérience centriste possède une capacité politique bien supérieure à celle que possédaient les prolétaires au sein des partis socialistes. D’autre part, en raison même de la fonction historique qui lui revient, le prolétariat ne peut atteindre son but qu’en réalisant une intelligence des situations et de leur évolution en dehors de toute attache avec des institutions économiques et bien au —delà des organismes de résistance à l’exploitation capitaliste. En définitive, le programme est l’arme indispensable de la révolution et de programme, en continuelle progression, ne peut croître que dans la mesure où se disloque l’édifice capitaliste et que la classe ouvrière parvient à se concentrer, non sur la base de ses intérêts revendicatifs, mais en vue de l’assaut à la société capitaliste pour la fondation de la dictature du prolétariat. Le programme apparaît ainsi non comme une simple élaboration de notions déduites d’un schéma logique, mais comme le reflet de conditions sociales en voie de maturation, et ne peut jamais être l’œuvre de littérateurs politiques aussi bien que de l’éclat héroïque de militants se vouant au sacrifice. Ce programme ne peut être bâti que par des organismes se reliant à la lutte des classes et avec les mouvements sociaux, par le parti de classe. Il s’épanouira dans toute sa plénitude seulement lorsque les conditions seront présentes pour un bouleversement de la société capitaliste.
Cependant la liaison étroite et organique entre les situations et la conscience de l’évolution des situations, entre le conflit de classe et l’orientation politique de ce dernier, entre la révolte et la révolution, n’est possible qu’à la condition qu’il existe tout un travail de préparation idéologique et politique. Les batailles d’Autriche et des Asturies sont bien des manifestations puissantes de la capacité de lutte et de sacrifice des ouvriers, mais elles n’auront aucun effet sur les situations où peuvent agir uniquement des mouvements orientés consciemment vers la rupture de l’édifice capitaliste. Cet élément de conscience dans le mouvement ne consiste pas dans l’élaboration de notions politiques, plus ou moins académiques, que le prolétariat devrait accoupler à sa lutte, car, à ce titre, il deviendrait absolument incompréhensible que les tourmentes d’Autriche ou d’Espagne n’aient trouvé dans l’ample littérature soumise actuellement aux prolétaires de tous les pays, les éléments pouvant assurer une conscience à leur éclosion. Cet élément de conscience dépend uniquement de la capacité ou de l’incapacité du noyau marxiste du prolétariat d’agir dans l’organisme et le sillon historique où se situe la classe ouvrière.
Le chemin où se trouve le prolétariat est le résultat de l’évolution historique elle-même : Ligue des Communistes, Première, Deuxième, Troisième Internationale, voilà les ganglions qui contresignent le parcours du prolétariat. De l’une à l’autre, ces quatre organisations suivent le chemin d’une filiation idéologique se poursuivant sous le rythme d’un progrès incessant. Pour ce qui est de la Ligue la Première Internationale et de celle-ci à la Deuxième, le passage se vérifiera non au travers d’une liaison organique et fractionnelle et cela parce que, entre ces trois formations internationalistes se trouvent des phases historiques bien déterminées et s’opposant profondément à celle où se prépara et naquit la Troisième Internationale : l’époque impérialiste des guerres et des révolutions.
Pour ce qui concerne la Deuxième Internationale et sa filiation en la Troisième, il est désormais prouvé que la seule formation qui assure la continuité historique est représentée par les bolchéviks russes, ayant suivi le chemin des fractions. Mais déjà au sein des partis de la Deuxième Internationale et surtout dans les pays latins, nous avons assisté à des réactions impulsives à l’opportunisme qui affirmaient l’impossibilité — d’ailleurs réelle — d’obtenir des résultats au sein des partis socialistes corrompus. Mais la suggestion de l’obtention de résultats immédiats devait forcément conduire en dehors des intérêts réels et permanents de la classe ouvrière et nous avons assisté à la culbute du syndicalisme vers l’appui à la bourgeoisie en 1914. A ce moment ceux qui avaient — au travers du réformisme — dénaturé le marxisme révolutionnaire se rencontraient enfin avec ceux qui contre eux avaient choisi une voie qui ne reflétait pas les enseignements réels du marxisme.
En définitive, le capitalisme sait fort bien qu’il lui est impossible de supprimer les contrastes de classe et les conflits qui en surgissent. Dans ce domaine le capitalisme ne peut pas agir. Mais il portera toute son attention vers l’organisme qui est appelé à donner aux mouvements de classe un objectif, une signification, un débouché révolutionnaire au parti de classe. Une fois que ce dernier aura été conquis au travers de la victoire de l’opportunisme, l’édifice capitaliste se construira en s’appuyant sur cette nouvelle forteresse de la société bourgeoise. L’opportunisme maintiendra sa fonction et ses possibilités d’action à l’avantage de l’ennemi, parce qu’il gardera une position au sein de la classe ouvrière, parce qu’il restera à la direction d’organismes que le prolétariat s’étaient donnés. Construire de nouvelles organisations, c’était non seulement se vouer à une œuvre stérile, mais s’extirper de la réalité sociale qui, aujourd’hui comme hier et comme demain, ne peut acquérir une figure capitaliste qu’à la seule condition que l’ennemi obtienne un succès par la corruption du parti du prolétariat. L’organisme corrompu garde sa nature de classe parce qu’il répond toujours aux bases initiales, mais n’a plus une fonction prolétarienne et de classe à cause de la victoire de l’opportunisme. Cette dualité entre nature et fonction ne se résoudra que par l’éclosion de toute la construction sociale du capitalisme. En tout état de cause, cette dualité ne permet pas la construction de nouvelles organisations car ces dernières ne pourraient, ne peuvent pas, évincer celles qui existent et qui expriment aussi une phase d’immaturité de la classe ouvrière tombée sous la coupe de ses futurs traîtres.
Pour continuer à agir dans le sillon de la réalité prolétarienne, il faut rester dans le même sillon qu’avait suivi la classe ouvrière et où elle est devenue prisonnière des forces qui l’emprisonnent et la trahiront et qui ont foulé aux pieds les programmes qu’ils avaient affirmés respecter au moment même où ils s’acheminaient vers le reniement.
Pour ce qui concerne la situation actuelle, le seul endroit où peut surgir l’organisme de la rénovation prolétarienne, c’et l’endroit même où est en train de se résorber, de se corrompre, de se renier l’effort que firent les ouvriers russes en 1917 pour le compte et sur délégation du prolétariat international. Si rien ne nous reste à faire au sein de cet organisme, nous ne pouvons rien faire aussi pour modifier le cours de la réalité actuelle. Le fait qu’en 1927, à la veille de l’épanouissement du socialisme dans un seul pays, le centrisme ait pu passer à l’exclusion des gauches marxistes et internationalistes ne provient nullement de la prétendue ignorance ou malveillance du démon Staline, mais représente le prix que payait l’opportunisme dans le marché que se faisait entre les forces de la révolution et de la contre-révolution.
Mais mille fois plus que l’aventure vers la construction de nouvelles organisations ou ne lutte dirigée vers ces nouveaux partis avec un matériel historique avarié ou ne découlant pas de l’expérience historique de la Troisième Internationale, vaut la compréhension de la réalité qui peut conduire à une éclipse totale des organismes ouvriers pour ce qui est de l’action immédiate. Pour ce qui concerne les pays fascistes, l’expérience est là pour prouver qu’en Italie, par exemple (malgré les déclarations de ces organismes qui, à l ‘étranger, cherchent dans la réclame de quoi nourrir leur ventre et leur ambition), depuis huit ans déjà nous assistons à une éclipse du parti du prolétariat en fait d’action immédiate de classe. Mais les conditions avaient posé, avant cette éclipse, les prémisses qui permettront demain, quand le prolétariat pourra relever la tête et comprendre le chemin qu’a suivi la révolution russe, qu’il retrouve dans l’œuvre critique de la fraction de gauche les données critiques qui lui montreront le chemin de la victoire. Sans la moindre compromission avec les forces rejetées par le mécanisme de la révolution prolétarienne avant 1917 ou au cours des mouvements révolutionnaires de l’après-guerre, la fraction de gauche se sera mise dans les conditions voulues pour accomplir sa tâche dans l’intérêt du prolétariat. A aucun instant de son existence, la fraction n’aura prêté l’oreille — pour la préparation des armes de la victoire révolutionnaire — aux affirmations socialistes, mais aura démontré que là où éclata une révolution et où elle s’écroulait, la cause de son échec devait surtout être recherchée dans le succès qu’obtinrent les forces de la social-démocratie, de toutes ses tendances et surtout celles de gauche et d’extrême-gauche, qui parvinrent à isoler la révolution russe dans l’après-guerre, en permettant la victoire du capitalisme dans les différents pays.
Le fait que la fraction de gauche soit actuellement isolée, comme le furent les bolchéviks dans l’avant-guerre, peut prouver que les conditions d’une maturation révolutionnaire n’existent actuellement qu’en Italie en tout premier lieu. Mais même dans cette hypothèse, le travail international de notre fraction exige, avec une urgence que l’aggravation de la situation internationale rend impérieuse, que les énergies prolétariennes survivantes à l’aventure trotskyste pour l’Internationale Deux et trois quarts et son écroulement au sein de la Deuxième Internationale des traîtres de 1914, soient orientées vers la construction des fractions de gauche des partis respectifs. C’est à cette condition seulement que nous réaliserons la possibilité de relier la prochaine victoire de la révolution avec la fondation de la Quatrième Internationale où le noyau du prolétariat vainqueur ne se trouvera plus isolé — comme ce fut le cas pour le prolétariat russe — et où après avoir parcouru l’extrême limite de son chemin historique — en abattant son capitalisme — il pourra céder à l’Internationale la direction de l’Etat qu’il fondera, non en vue du socialisme dans un seul pays, mais uniquement pour le triomphe de la révolution mondiale.

2°) FRACTION ET PARTI

La fraction, comme le parti, trouve sa genèse dans un moment de la vie des classes et non dans la volonté des individualités. Elle apparaît comme une nécessité lorsque le parti reflète des idéologies bourgeoises sans encore les exprimer et que sa position dans le mécanisme des classes en fait déjà un ganglion du système de domination bourgeoise. Elle vit et se développe avec le développement de l’opportunisme pour devenir le seul endroit historique où le prolétariat s’organise en classe.
L’apparition de l‘opportunisme n’est pas le produit de circonstances fortuites que la volonté des prolétaires ou de groupes de ceux-ci peut changer mais exprime dans une phase donnée la force du capitalisme.
Cette dernière ne réside pas seulement dans sa puissance répressive, dans l’emploi de la force, mais dans sa puissance corruptrice qui est de beaucoup plus importante et plus essentielle. Le parti ne peut vivre qu’en fonction de luttes se dirigeant vers l’insurrection. Que cette perspective disparaisse par l’écrasement des ouvriers et il sera happé par le mécanisme capitaliste essayant d’en faire un élément de sa domination. Si la Première Internationale disparut après la Commune de Paris, la cause en est dans le triomphe des révolutions bourgeoises étranglant le prolétariat dans les différents pays. L’organicité de la société capitaliste dans sa période d’essor impérialiste fit des partis de la Deuxième Internationale des éléments constitutifs du pouvoir établi, puisque les conditions ne permettaient pas une lutte révolutionnaire. L’arme de la corruption fut ici maniée au travers de la démocratie faisant entrevoir une élévation graduelle des conditions des exploités au sein du régime, tant politique qu’économique. Dans la Troisième Internationale, ce furent les défaites de 1923-1927 qui permirent le triomphe du capitalisme, l’encerclement de la Russie, la corruption sur le front économique du capitalisme mondial (dont un essai fut certainement Rapallo en 1921) et qui, en échange d’une aide économique sans cesse croissante à l’URSS, réussit à brouiller la vision de classe des PC, de l’Internationale et à obtenir ainsi la victoire dans les secteurs menacés par la révolution prolétarienne en échange d’une construction du socialisme en Russie seulement. La condition du développement du centrisme fut, évidemment, la faiblesse du prolétariat dans l’après-guerre, ne parvenant pas à relier avec la révolution russe ses propres luttes révolutionnaires, mais la corruption du capitalisme empêcha cette liaison de s’établir par la suite.
Le parti quitte sa position de classe dès qu’il ne parvient plus à se relier au devenir des luttes prolétariennes et l’opportunisme apparaît comme une réponse à cette incapacité et la solution capitaliste du problème. Par contre, la fraction surgit comme nécessité historique du maintien d’une perspective pour la classe et comme une tendance orientée vers l’élaboration des données dont l’absence relevant d’une immaturité du prolétariat permit le triomphe de l’adversaire. Dans la 2ème Internationale la genèse des fractions se retrouve dans la réaction à la tendance du réformiste d’incorporer graduellement le prolétariat dans l’appareil étatique du capitalisme, condition pour une transformation organiquement pacifique vers le socialisme. La fraction croit, se délimite, se développe au sein de la 2ème Internationale parallèlement au cours de l’opportunisme et à l’élaboration des données programmatiques nouvelles, alors que ce dernier essaye de les emprisonner dans des partis de masses corrompus, afin de briser leur travail historique. Dans la 3ème Internationale, c’est autour de la Russie que se développera la manœuvre d’enveloppement capitaliste et le centrisme essayera de faire converger les PC vers la préservation des intérêts économiques de l’Etat prolétarien en leur donnant une fonction de dévoiement des luttes de classe dans chaque pays, condition suprême de l’aide mondiale du capitalisme à la Russie. Les fraction s surgissant comme expression des intérêts généraux du prolétariat, comme réponse au problème de la gestion du premier Etat prolétarien, de la tactique des partis communistes orientés vers la révolution mondiale, furent rejetées des PC, parvenant à étouffer le travail des fractions grâce à la puissance de rayonnement de l’Etat prolétarien et pour séparer les marxistes des ouvriers secoués et brouillés par des situations toujours plus contrastantes.
Les organes de la vie, de la compréhension de la classe (le parti), se dérèglent dès lors qu’ils ne se rattachent plus à une vision programmatique aboutissant à un type nouveau de l’organisation sociale. La fraction représente alors le lieu où se reconstituent les organes de l’entendement de la classe, lesquels ne surgissent pas d’une proclamation de nouveaux partis, d’une nouvelle Internationale, mais dans la résolution préalable des problèmes qui ont permis l’avènement de l’opportunisme et la destruction du rapport des classes dont il est devenu l’élément fondamental.
De 1923 à 1927, proclamer la nécessité des fractions au sein des PC était proclamer la nécessité de maintenir les PC, l’Internationale, l’Etat prolétarien aux ouvriers du monde entier. La gestation des fractions fut embrouillée par la notion de discipline, d’organisation brandie par le centrisme pour étouffer la gauche. Aussi bien que la révolution n’est pas un problème d’organisation, la correspondance du parti aux intérêts historiques du prolétariat, le maintien de ses positions de classe ne se résout pas par la proclamation d’une centralisation et l’interdiction des fractions. Le problème est politique en ce qu’il subordonne la cohésion du parti, le centralisme le plus accentué aux positions politiques de classe de l’avant-garde. Dans le parti bolchéviks des fractions apparurent au moment de Brest-Litovsk, comme expression de difficultés politiques terribles, dont pouvait dépendre le sort de la révolution et au sujet desquels le parti tâtonnait. Ces fractions disparurent avec le dépassement de la divergence et non par des moyens organisationnels.
L’exclusion des gauches en 1927 de l’IC représente une défaite d’envergure du prolétariat mondiale en même temps qu’elle ouvre l’époque de la constitution organique, extérieure au parti, des fractions de gauche. La nécessité des fractions apparut clairement dans ces pays où le PC lui-même résulta de la séparation des gauches marxistes des social-traîtres, là où le prolétariat réalisa sa conscience communiste sous l’effet simultané du réveil de la guerre, de l’éruption des luttes de classe, de son assaut révolutionnaire et du coup de tonnerre de la révolution russe, en somme là où le parti communiste contient avec sa fondation une réponse aux luttes de classe du prolétariat, qui lui donna jour, apporta les expériences de celui-ci à la révolution russe brandissant le drapeau de la révolution mondiale. Dans ces pays, où ce ne fut pas la révolution russe qui créa le PC, mais son croisement avec les luttes de classe arrivant à maturité, le centrisme devait susciter — ainsi, en fût-il en Italie — une réaction profonde dès son apparition et se heurter aux enseignements des batailles passées, consignées par la gauche marxiste — qui, en Italie, par exemple, quitta le PS à Livourne — dans les thèses de Rome. Par contre, en Allemagne la fusion du courant qui créa le Spartakus-Bund, avec les Indépendants, brisa l’échine aux spartakistes après la défaite de 1923, pour jeter une partie d’entre eux dans le SAP et l’autre dans une orientation de droite.
Dans ces pays où le PC résulta de courants divers, ou de la conversion brusque et soudaine du parti socialiste en parti communiste — comme ce fut le cas en France — les réactions au centrisme devaient contenir les problèmes non résolus par la fondation du parti et prendre pour repère le problème de la Russie, alors que la condition pour donner une réponse satisfaisante à ce problème, était précisément de répondre à celui posé par les conditions de la lutte de classe où vivent et se développent les fractions. Il revient à Trotsky d’avoir étouffé les possibilités de constitution d’une fraction homogène en Russie, en détachant cette dernière de l’assiette mondiale où elle évoluait et d’avoir empêché le travail de formation de fractions dans les différents pays, en proclamant la nécessité d’oppositions appelées à "redresser" les PC. Par là il réduisait une lutte gigantesque des noyaux marxistes contre le bloc des forces capitalistes ayant incorporé l’Etat prolétarien, le centrisme, à la conservation de ses intérêts, en une simple lutte de pression pour "empêcher" une industrialisation disproportionnée et effectuée sous le drapeau du socialisme en un seul pays, et les "erreurs" des PC menant vers la défaite. Seulement notre fraction a démontré alors que la clé des situations, la sauvegarde de l’Etat prolétarien, des PC, de l’Internationale, résidait dans un travail actif de fraction, préparant le matériel, les cadres pour reprendre, au travers des événements, la direction des partis, ou pour se substituer à eux si leur faiblesse rendait indispensable l’épanouissement total de la fonction du centrisme.
Aujourd’hui que nous sommes les seuls à avoir entrepris ce travail, il semble vain de parler encore de fractions, alors que la dégénérescence des partis, la mort de l’Internationale voyant s’éteindre sa fonction après l’écrasement des ouvriers allemands en mars 1933, l’incorporation de l’Etat prolétarien aux constellations impérialistes, rapproche un dénouement des situations se déversant dans la guerre, dénouement vérifiant le passage de l’autre côté de la barricade des partis centristes qui — ainsi que nous l’avons expliqué dans la résolution sur "l’Internationale deux et trois quart" - ne meurent pas, parce que reliés au processus de la lutte des classes, mais trahissent.

3°) LES MATÉRIAUX IDÉOLOGIQUES DES FRACTIONS DE GAUCHE DES P.C.

Pour donner une substance historique à l’œuvre des fractions, il faut démontrer qu’elles sont aujourd’hui la filiation légitime des organisations où le prolétariat s’est retrouvé en tant que classe dans les phases précédentes et aussi qu’elles sont l’expression toujours plus consciente des expériences de l’après-guerre. Cela doit servir à prouver que la fraction ne peut vivre, former des cadres, représenter réellement les intérêts finaux du prolétariat, qu’à la seule condition de se manifester comme une phase supérieure de l’analyse marxiste des situations, de la perception des forces sociales qui agissent au sein du capitalisme, des positions prolétariennes envers les problèmes de la révolution et non comme un organisme prenant comme fondements les quatre premiers Congrès de l’ICI qui ne pouvaient contenir une réponse à des problèmes non encore mûris — tel celui de la gestion d’un Etat prolétarien — et qui au surplus devaient aboutir au 1923 allemand, témoignage éloquent de lacunes et d’erreurs profondes.
La Ligue des Communistes de 1847 s’affirme comme l’organisation internationaliste du prolétariat en classe dans l’époque des révolutions bourgeoises. C’est une fraction qui a — par rapport aux autres courants — "l’avantage d’une intelligence nette des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien" (Manifeste des Communistes), c’est-à-dire qui se revendique de positions faisant du prolétariat et de la révolution prolétarienne, la force sociale appelée par l’évolution du mécanisme productif à constituer un nouveau type de société. Ses perspectives de constitution en partis prolétariens montant à l’assaut du pouvoir devaient subir, en Allemagne, en France, l’épreuve de 1848. La tactique du Manifeste du soutien de la bourgeoisie, là où aspirant au pouvoir politique, elle luttait révolutionnairement contre la monarchie et la noblesse, découlait de la seule expérience dont disposait le prolétariat : la révolution française de 1789, où les événements avaient prouvé qu’au cours d’une évolution de 10 ans, le pouvoir passa aux mains des fractions bourgeoises les plus extrêmes, jusqu’à Thermidor et le coup d’Etat de Bonaparte.
L’entrée de Marx dans "l’Union démocratie de Cologne" (Nouvelle Gazette Rhénane) résultat de sa perspective d’utiliser la bourgeoisie progressiste, par une lutte commune avec le prolétariat contre le féodalisme, afin de créer des bases où "ces antagonismes (qui naissent des conditions mêmes de la société bourgeoise) se heurtent librement dans la lutte et, par là même, trouvent leur solution" (Nouvelle Gazette Rhénane). Les massacres de Juin en France, l’attitude des bourgeois allemands, démontrèrent que les situations avaient dépassé le schéma — pourtant plein de réserves — où Marx croyait possible un bout de chemin commun entre bourgeois progressiste et prolétariat, alors que se réalisa le bloc des premiers avec les forces féodales contre les ouvriers.
La substance historique de cette époque est donnée par Marx lui-même dans les deux circulaires de 1850 de la Ligue des Communistes où est affirme la nécessité de l’organisation indépendante du prolétariat aussi bien opposé aux féodaux, qu’aux libéraux bourgeois et à la démocratie. La Ligue des Communistes meurt avec l’épuisement des conditions historiques qui lui ont donné le jour, avec l’écrasement du prolétariat entré dans la bataille avec une position infirmée par les événements.
L’organisation du prolétariat en classe dans la phase suivante ne pourra dès lors résulter que d’une conscience théorique résultant de la critique de 1848, qui parvienne à rejeter totalement la bourgeoisie progressiste du champ de vision prolétarien, et d’un cours de situations posant à nouveau une perspective de cataclysmes sociaux. C’est la guerre de Sécession, la réforme du servage en Russie, la crise économique de 1857-58, l’insurrection polonaise de 1863 qui préludèrent à la constitution de la 1ère Internationale qui, suivant un cours de remous sociaux, accompagnant la formation des Etats capitalistes, devait aboutir à la Commune de Paris. La Première Internationale, bien que groupant des tendances hétérogènes du prolétariat et souvent lui étant étrangères (Mazzini) fut cependant la première tentative de résoudre au profit du prolétariat les contrastes de la société capitaliste et L’Adresse Inaugurale dira que "la conquête du pouvoir politique est donc devenu le premier devoir de la classe ouvrière". Elle se développera avec une perspective où le problème du pouvoir allait se poser rapidement — peut-être bien sans que même ses animateurs en eussent clairement conscience — avec la Commune de Paris. L’Association Internationale des travailleurs ne mourra pas sous l’effet des luttes entre bakouninistes et marxistes, mais par suite de l’écrasement de la Commune mesurant à l’échelle historique la capacité du prolétariat à "monter à l’assaut du ciel" (Marx), à détruire l’édifice bourgeois.
La Deuxième Internationale se reliera aux luttes menées par le prolétariat allemand s’organisant en parti sur la double base des expériences de la Première Internationale, de la Commune et des remous sociaux issus de la formation de l’Empire, après 1981 (Marx dira que le centre de la lutte prolétarienne se déplace de France en Allemagne), passant par les lois d’exceptions de Bismarck en 1878, pour aboutir dès 1890 — date du départ de ce dernier — au triomphe du capitalisme passant à la corruption du mouvement ouvrier.
Historiquement, c’est donc dans une phase d’épanouissement du capitalisme et non sur une perspective montante du processus révolutionnaire que se fondera en 1889 la Deuxième Internationale. Si par rapport à la Première Internationale elle exclura les tendances petites bourgeoises et apolitiques, fera du marxisme la base exclusive de l’organisation du prolétariat en classe, elle deviendra par la suite une tentative d’estomper l’incompatibilité entre le parti du prolétariat et la bourgeoisie en recherchant, au sein du régime capitaliste, une place pour son développement alors que celui-ci ne pouvait résulter que d’un cours de luttes révolutionnaires ébranlant la structure de la société établie. Le révisionnisme de Bernstein, l’opportunisme de Kautsky, sera le prix payé par le prolétariat pour la fondation de partis dans une époque d’épanouissement capitaliste, partis qui d’ailleurs s’affirmeront comme des éléments appelés à étouffer le travail des fractions marxistes surgies de l’impossibilité de constituer, dans cette phase donnée, des partis véritables, guides de la révolution, et de la nécessité de préparer les matériaux idéologiques pour sa constitution dans les situations ultérieures. Les gauches marxistes, au sein de la Deuxième Internationale, seront la filiation historique de la Première Internationale, les positions du prolétariat contre la corruption capitaliste, la base organique de sa lutte, de sa préparation de la révolution. Il ne s’agira pas pour ces dernières de s’opposer à l’opportunisme en constituant de nouveaux partis, mais bien de rester parmi le prolétariat soporifié, dans le mécanisme de la lutte des classes, pour se dresser en tant que guides dès que l’assiette ancienne des rapports entre les classes sera démolie sous l’effet conjugué des contrastes économiques et sociaux poussant l’opportunisme de l’autre côté de la barricade.
La Troisième Internationale se fondera sur le plan plus élevé du rejet principiel des forces de la social-démocratie et se reliera à la fondation de l’Etat prolétarien, phase de l’assaut révolutionnaire du prolétariat mondiale. Elle vit et se développe avec cet assaut, tombe avec son écrasement sous la corruption du capitalisme mondial. C’est le travail de fraction des bolcheviks qui la féconde, c’est le défaut de ce travail dans les autres pays qui l’isolera du prolétariat mondial et en fera la proie du capitalisme écrasant toute menace révolutionnaire dans le monde entier. La défaite des ouvriers allemands en mars 1933 est l’heure de sa mort, l’extinction de sa fonction, parce que disparaît le point névralgique essentiel pouvant mettre en danger l’existence du capitalisme. Comme instrument de la lutte pour la révolution mondiale, elle agira jusqu’en 1923 — défaite d’Octobre en Allemagne — pour refléter par après la pression de l’ennemi triomphant avec le centrisme et entraînant l’Etat prolétarien dans son giron. Alors sonne l’heure des fractions de gauche concentrant les intérêts de la révolution dans la phase de régression qui s’ouvre.
De l’examen de ces différentes époques se dégagent les éléments suivants :

A°) Partis et internationale sont substantiellement incompatibles avec la structure du capitalisme, leur apparition en tant que moments de l’organisation du prolétariat en classe doit correspondre à la désarticulation du régime bourgeois, à une perspective de lutte révolutionnaire. De même l’Etat prolétarien ne peut vivre qu’avec une perspective de révolution mondiale parce qu’incompatible avec la vie du capitalisme international.

B°) Partis, Internationale, Etat prolétarien deviennent des mailles de la domination capitaliste quand l’assaut révolutionnaire qu’ils exprimèrent est écrasé grâce à leur corruption par la bourgeoisie et l’incompatibilité se reporte entre la fraction et le capitalisme. La Ligue des Communistes, le Première Internationale se sont éteintes avec la fin d’époques révolutionnaires, les partis socialistes corrompus ont trahi leur classe, et les partis communistes, l’Etat prolétarien reliés les uns au processus de la lutte des classes dans chaque pays, l’autre au circuit mondial du capitalisme accomplissent aujourd’hui les actes qui les mettront demain aux côtés des social-traîtres.

C°) La continuité et la progression de la conscience du prolétariat, dans ces périodes, se manifeste au travers d’un travail de fractions, non au point de vue formel, mais substantiel. De l’époque de 1848 à celle de 1864 elle s’exprime au travers de l’évolution critique de la pensée de Marx-Engels, reflétant deux cours de situations en progression l’un sur l’autre. De la Première Internationale à la Seconde le lien de continuité et de progression est d’abord représenté par la social-démocratie allemande, puis — sous une forme supérieure — parles bolchéviks en même temps que le centre de la révolution se déplace d’Allemagne en Russie. Cette continuité se poursuit actuellement dans les fractions de gauche, qui élèvent encore le patrimoine idéologique du prolétariat et non dans la vieille garde bolchévique qui, avec Trotsky, a capitulé devant le centrisme ou la social-démocratie.

Les matériaux idéologiques des fractions de gauche des PC sont donnés par les fondements apportés successivement par chaque phase de la lutte ouvrière et par la période qui va de la Révolution russe à la situation actuelle, donc par une analyse des étapes fondamentales qui ont conduit au triomphe du centrisme.
Trois évènements caractérisent le tracé de leur travail historique :

1°) Le traité commercial de Rapallo, signé en 1921 par la Russie et l’Allemagne ;
2°) La défaite des ouvriers allemands en 1923 ;
3°) L’écrasement de la révolution chinoise en 1927.

En premier lieu, il s’agit d’opposer à la notion de l’Etat prolétarien dégénéré, passant au service du capitalisme, la notion de l’Etat prolétarien relié à la vie et à la lutte du prolétariat mondial combattant pour la révolution. Rapallo doit être examiné ici comme le fruit de l’immaturité idéologique du prolétariat communiste envers le problème de la gestion d’un Etat prolétarien, comme une surestimation du recul révolutionnaire de 1921 en Allemagne, comme la première carte jetée par le capitalisme mondial pour freiner le danger révolutionnaire. Rapallo soulève ainsi le problème de la liaison entre l’Etat prolétarien et le prolétariat mondial, entre ce premier et les Etats capitalistes, problèmes que l’expérience du centrisme obligent les fractions à résoudre pour les révolutions de demain.
La défaite des ouvriers allemands de 1923 se rattache immédiatement à la nouvelle orientation de l’Etat soviétique, de l’IC inaugurée par Rapallo. Elle pose le problème de l’impossible emploi des forces démocratiques — soit même au nom de considérations de tactique — pour la lutte révolutionnaire du prolétariat. Octobre 1923 est la réponse à ceux qui repoussèrent l’élaboration d’une tactique internationale du prolétariat qui soit basée sur l’analyse de principe des forces sociales qui agissent au sein du capitalisme, pour s’inspirer des suggestions des situations contingentes. En outre, il s’agit là d’une consécration historique de l’impossibilité de concentrer l’assaut insurrectionnel du prolétariat autour de formulations en-deçà de la révolution russe elle-même ou bien de la "copier". Les formulations démocratiques revendiquées par les ouvriers, après 1921, ont reçu en 1923 un coup mortel : c’est aux fractions d’en retirer les conclusions de principe.
La révolution chinoise de 1927 a passé au crible infaillible de la vérification par l’histoire, la position communiste envers les colonies et pays semi-coloniaux. Elle a démontré que la notion de la classe est essentiellement internationale, que la phase de la prédominance mondiale du capitalisme signifiait aussi la négation d’une lutte commune du prolétariat et de la bourgeoisie coloniale et un bloc de cette dernière avec l’impérialisme oppresseur contre les ouvriers s’inspirant des positions avancées des prolétariats de la métropole. L’industrialisation des pays arriérés sera le fait du prolétariat international vainqueur ou ne sera pas. Voilà un enseignement que le prolétariat chinois, livré au Kuomintang, a payé avec son sang. Il appartient aux fractions de compléter les positions du 2ème Congrès sur l’appui prolétarien aux bourgeoisies opprimées luttant contre l’impérialisme, par la démonstration critique que la phase des guerres et des révolutions ne connaît dans le monde entier, aussi bien dans les colonies que dans les métropoles, qu’un seul antagonisme de classe susceptible de bouleverser les situations : celui qui oppose le capitalisme au prolétariat, sur l’échelle mondiale.

4°) LA FRACTION DE GAUCHE ET LA PERSPECTIVE DE LA GUERRE

Le travail de fraction est bien une contribution indispensable à la préparation des mouvements révolutionnaires, mais ces derniers ne résultent en définitive que de la maturation des antagonismes de classe.
Les événements d’Autriche, d’Espagne montrent que des situations de révoltes ouvrières se manifestent sans que s’y exprime une intervention de noyaux marxistes d’ailleurs inexistants. Par contre, la condition de leur victoire réside dans la fraction et à ce sujet les expériences de la révolution russe et de l’après-guerre en général sont décisives.
Préconiser la constitution des fractions dans une époque où l’écrasement du prolétariat mondial s’accompagne d’une concrétisation des conditions pour le déclenchement de la guerre, apparaît comme l’expression d’un "fatalisme" qui admet l’inévitabilité du déclenchement de la guerre et l’impossibilité de mobiliser le prolétariat contre son déchaînement.
En comprenant les raisons qui ont empêché les fractions de battre le centrisme dans les PC on comprend aussi leur impuissance tout en n’en déduisant pas l’inutilité de leur formation. La seule forme de résistance d’un prolétariat abattu par le capitalisme envers la guerre réside précisément dans la constitution internationale de la fraction qui, dans les catastrophes issues de la guerre, va réaliser une cohésion internationale du prolétariat supérieure à celle qui se réalisa autour de la révolution russe, pour faire des mouvements révolutionnaires de demain, le triomphe de la révolution mondiale. La fraction pourrait déterminer des conditions d’opposition à la guerre seulement en déterminant des situations révolutionnaires aboutissant à la révolution, en substituant aux situations qui la font surgir, les situations où elle se transforme en parti : ce qui ne peut nullement découler de sa volonté.
La désagrégation des courants qui, dans la plupart des pays, ont surgi dans la lutte contre le centrisme manifeste les difficultés énormes des ouvriers à retrouver une filiation historique à leur lutte, mais ces difficultés auraient pu être surmontées, peuvent encore l’être, au travers d’un travail international des noyaux marxistes qui n’ont pas sombré dans la social-démocratie ou capitulé devant le centrisme.
L’expérience montre qu’en Chine notamment le développement du PC chinois fut certainement disproportionné par rapport au développement du prolétariat chinois, aux conditions anachroniques de la lutte des classes dans ce pays, mais il fut en proportion de l’aide du prolétariat mondial au prolétariat chinois. Tout aussi pareillement la constitution des fractions à l’échelle internationale pourrait résulter d’une confrontation mondiale entre les groupes marxistes, dépassant les difficultés propres aux luttes de classes où ils se rattachent, pour absorber l’expérience des prolétariats des autres pays.
Devant la guerre, la fraction voit dans le développement de sa conscience et de sa cohésion au point de vue mondial, la possibilité d’intervenir victorieusement dans les situations de demain. Son degré de conscience et de cohésion se subordonnent l’un et l’autre et résultent de la confrontation entre les divers groupes se réclamant encore du communisme.
La négation de cette nécessité historique empêche la construction de l’organisme pour la victoire internationale du prolétariat : condamnant les mouvements de classe de demain à évoluer sur une base favorable au capitalisme.
Aussi bien que l’on ne reconduit pas la lutte des classes à ses phases antérieures, il serait erroné de proclamer la nécessité de constituer des fractions de gauche actuellement sur la base des programmes qui ont engendré la victoire du centrisme. Puisqu’au point de vue international l’heure de la fraction, de son épanouissement, s’st déjà manifestée, la transformation de groupes en fractions ou sa création peut procéder par bond et rattraper le chemin déjà parcouru par les prolétariats de certains pays, aussi bien que le prolétariat des pays coloniaux évoluant internationalement dans un monde capitaliste hautement évolué, rattrape le prolétariat de la métropole pour ériger ses positions sur le même front de lutte.
Les positions actuelles de la fraction expriment un point final de tout un processus mondiale et à ce point de vue constituent, dans cette direction, un acquis international pouvant déterminer les noyaux d’autres pays à rattraper leur retard historique.

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L’incompatibilité entre le parti et le capitalisme, et qui à la suite de la victoire du centrisme se reporte dans la fraction, s’exprime avec le déchaînement de la guerre, dans la dispersion organique de la fraction. Il s’agit pour le capitalisme de se préserver par la violence de toute tentative de donner une direction aux sursauts des ouvriers se réveillant sous le massacre de la guerre.
La fraction se retrouve alors dans chacun de ses militants qui se retrouvent eux-mêmes dans la fraction si cette dernière a réalisé le plus haut degré historique de clarté sur la période où le prolétariat est appelé à agir.
L’impossibilité de maintenir un organisme illégal dans les pays belligérants où vivent les fractions, découle de leur extrême faiblesse organisationnelle et surtout de la répression terrible que le capitalisme abattra dans ces moments. La garantie de la survivance de la fraction résidera alors dans le travail isolé de ses militants, de leur capacité, à se mettre à la tête des mouvements de réaction que le prolétariat au cours de la guerre fera inévitablement surgir. Aucune recette organisationnelle, hormis celle qui consistera à soustraire à la répression du capitalisme dans les premiers moments d’enthousiasme de la guerre, les militants de la fraction, ne peut répondre de la survivance de la fraction, de sa transformation en parti au cours des situations. Seulement la réalisation, avant la guerre, du maximum de clarté qui représente la substance de la formation des cadres, peut permettre à ses militants de canaliser les mouvements de masse de demain vers un point de convergence, endroit où se constituera le parti, arme de la révolution et avec elle l’Internationale guide de la révolution dans tous les pays.</p

Jacobs




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