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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Au sujet de Victor Serge et de Calligaris
{Bilan} n°17 - Mars-Avril 1935
Article mis en ligne le 7 janvier 2017
dernière modification le 26 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Depuis plusieurs mois nous sommes sans nouvelles du camarade Calligaris, que le centrisme [1] tient en otage en Russie. Nos lecteurs connaissent Calligaris, Ils savent qu’il s’agit là, non d’un communiste de la dernière heure, mais d’un militant qui a risqué sa vie en Italie pour le communisme. Dernièrement nous sont parvenus des bruits indiquant que Calligaris aurait été emprisonné. Les raisons ? Nous les ignorons, de même que nous ne savons si ces bruits sont fondés. En tous cas, le sort de notre camarade se trouve uniquement entre les mains des ouvriers du monde entier, qui doivent exiger des partis communistes officiels des comptes à son sujet. Mais il n’est pas le seul que le centrisme tient prisonnier en-deçà des frontières de l’État prolétarien. D’autres communistes sont frappés pour leur fidélité au marxisme, comme dernièrement des communistes russes furent impitoyablement fusillés au nom de l’affaire Kirov.
Victor Serge se trouve, lui aussi, dans la même situation que Calligaris. Ecrivain d’expression française, il se voit privé de tout travail et désire quitter la Russie où, à force de misère, sa femme a sombré dans la démence sans qu’il ait la possibilité de la soigner. Serge n’est pas le premier venu. Communiste se mettant au service de la révolution russe après son expulsion de la France en 1919, nommé par l’I.C. à la direction des services de langue française de l’Internationale, il milite dans le mouvement communiste jusqu’en 1927, date à laquelle il est exclu du Parti russe pour ses positions oppositionnelles. En outre, Victor Serge est connu des militants révolutionnaires pour ses ouvrages méritoires sur la révolution russe. Mais, lui aussi, a refusé de vendre sa plume au centrisme et, malgré des emprisonnements temporaires, les multiples brimades des autorités soviétiques, reste fidèle à ses conceptions. Victor Serge veut quitter la Russie pour pouvoir prendre sa place parmi les ouvriers des pays qui luttent contre la dégénérescence centriste et afin de pouvoir subvenir à ses besoins et soigner sa femme. Bien que traducteur des oeuvres complètes de Lénine, Serge est actuellement privé de tout travail, empêché d’expédier ses manuscrits de ROMANS en Europe, boycotté impitoyablement par les maisons d’édition soviétiques.
Pour les "Amis de l’U.R.S.S. ", écrivassiers de tout acabit, le cas de Serge est peu intéressant. Pour les socialistes, il y a là matière à spéculation, bien que le passé de Serge soit garant de la lutte acharnée qu’il mènerait contre eux, une fois quittée l’U.R.S.S. Avec tous les confusionnistes, ils voient ici un problème de "liberté de conscience ", alors qu’il s’agit d’un épisode de la lutte du centrisme contre les gauches marxistes avec lesquelles Serge s’était solidarisé en 1927.
Parce que le problème se rattache à la bataille des communistes de gauche contre les mesures d’étouffement du centrisme mettant la Russie au service du capitalisme mondial, le cas de Victor Serge, de Calligaris, ne peuvent être revendiqués que par ceux qui luttent contre toutes les forces de la bourgeoisie et pour la révolution mondiale. C’est aux ouvriers communistes que nous nous adressons pour exiger la libération de Serge et de Calligaris ; c’est à eux de demander des comptes aux partis communistes de tous les pays, de lutter pour la libération des révolutionnaires. Le centrisme espère empêcher des militants communistes de rejoindre le front de la lutte de classes où agissent les fractions de gauche ; aujourd’hui, il fusille des militants russes, emprisonne des communistes qui, traqués par le fascisme, le capitalisme, sont venus en Russie servir l’Internationale. Peut-être, demain, mettra-t-il également leur vie en danger. Le sort des militants communistes gardés en otage par le centrisme subit les répercussions de l’impuissance du prolétariat mondial, mais cela ne peut nous empêcher de faire connaître aux ouvriers communistes l’angoissante situation des révolutionnaires sincères et de leur demander d’exiger avec nous la possibilité pour Serge et Calligaris de quitter l’U.R.S.S.

Notes :

[1Sous le terme de centrisme, ou de centristes, Bilan désigne les forces de la contre-révolution à l’oeuvre au sein du mouvement ouvrier, c’est-à-dire l’U.R.S.S. et les partis staliniens.




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