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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Défaite du prolétariat, victoire du capitalisme : De Hitler à Staline, de Staline à Blum
{Bilan} n°19 - Mai-Juin 1935
Article mis en ligne le 7 janvier 2017
dernière modification le 26 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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Jamais la convergence de toutes les forces du capitalisme mondial sur le front de la lutte contre le prolétariat ne s’est aussi clairement exprimée que par la déclaration de Staline "qui comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale de la France". En effet, si l’on rattache cette position des articles de Blum dans le Populaire, au récent discours de Hitler devant le Reichstag, l’on aboutit à une vision qui se dirige internationalement vers une totale dissolution du prolétariat et sa mobilisation autour des drapeaux de la conflagration prochaine. Mais dans cette "Sainte Alliance" de la réaction il semble d’ores et déjà qu’un rôle essentiel est attribué à la Russie Soviétique. C’est à Staline que l’impérialisme français a fait appel pour donner un coup décisif aux ouvriers français, alors que jusqu’ici il protestait avec véhémence contre "l’immixtion" de Moscou. Et il peut le faire au grand jour puisque l’histoire de l’après-guerre témoigne éloquemment que l’ère des relations diplomatiques entre l’État prolétarien et les États capitalistes a déterminé les défaites sanglantes des ouvriers, a mené l’État russe au point crucial de la dégénérescence, pour en faire un allié précieux dans l’étouffement des luttes de classe.
Les Russes blancs de Paris peuvent à juste titre chanter victoire et jurer de défendre "la patrie soviétique" ; les charognes centristes social-démocrates peuvent hurler à nos chausses, déporter ou fusiller des ouvriers révolutionnaires en Russie ; la contre-révolution triomphe sur toute la ligne : les batailles révolutionnaires de 1917 sont irrémédiablement perdues.
Il serait vain de vouloir trouver une explication non de classe mais du domaine de "l’exploitation" des compétitions inter-impérialistes au communiqué de Moscou. En effet, maints symptômes nous montrent clairement que les conditions de polarisation des États capitalistes autour de quelques grandes puissances sont encore en gestation et que des constellations aux contours bien précisés n’existent pas encore. La politique française tend à constituer un bloc pour l’isolement de l’Allemagne, englobant des impérialismes contrastants tels l’Italie, en refusant les propositions précises d’alliance militaire de la Russie voulant relier "sécurité" et "automatisme" militaire. Le renforcement de l’impérialisme allemand limite continuellement cette politique alors que les visées italiennes en Éthiopie la mettent en danger  [1]. Mais momentanément, le Pacte de Rome de janvier, le pacte de Londres de février, la Conférence de Stresa, l’assemblée extraordinaire de la SDN et, enfin, le pacte franco-russe se dirigent plus vers cette utopie "d’isolement" du Reich que vers la consécration d’une constellation donnée. Par conséquent, se contenter de l’explication banale qui affirme voir dans la déclaration de Staline le prix d’une alliance militaire précise avec la France, c’est mal interpréter la réalité qui ne vit pas de promesses (d’après les commentaires centristes il semble bien que des promesses aient été faites par Laval) mais de considérations d’intérêts positifs. Et à ce point de vue la confusion subsiste toujours.

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La politique tsariste avant la guerre était un élément actif visant à disloquer la mosaïque austro-hongroise et un empire turc tenu debout à grand-peine par l’impérialisme allemand. Sa convergence avec l’Angleterre - après 1905, consacrant la défaite russe en Asie - et avec la France se fit sur ces points représentant en somme le problème complexe de la prédominance sur la Méditerranée. Aujourd’hui l’alliance Russo-Française représente une convergence autour du statu quo balkanique, de l’Europe centrale, statu quo dont dépend l’existence même de la Russie. Aussi bien que la Pologne, par exemple, trouve dans un rapprochement avec l’Allemagne plus de garantie pour la réalisation de ses visées, il n’est pas exclu la Russie puisse trouver demain dans l’Allemagne plus de garanties à sa survivance territoriale. C’est dire - et le contenu du pacte franco-russe en témoigne - que l’alliance entre Moscou et Paris n’est, à notre avis, pas encore définitive.
Mais cela ne change pas grand-chose au fond du problème qui est le rôle de classe joué par la Russie pour le compte du capitalisme mondial et qui vient de s’exprimer au profit de la France.
Ce rôle est mis en lumière par la phrase de Staline, que les centristes français en particulier essaient de faire avaler aux ouvriers. Nous avons déjà mis en évidence qu’une solidarité du capitalisme mondial s’est toujours exprimée contre la lutte du prolétariat révolutionnaire. Qu’il s’agisse de Bismarck aidant Thiers à écraser les Communards ; de l’impérialisme anglais et français volant au cours du tsarisme russe en 1905 ; de l’intervention des Alliés, en 1917 en Russie ; de l’occupation de la Rhur et du plan de renflouement Dawes consacrant la défaite de 1923 en Allemagne ; de l’aide au fascisme hitlérien, toujours ce sont les intérêts de classe du capitalisme mondial qui ont dominé les contrastes inter-États. L’incorporation de l’URSS au circuit international du capitalisme - par la théorie du socialisme dans un seul pays - fait de cet État un élément essentiel de cette solidarité contre le prolétariat (qui se transforme et dégage les intérêts contrastants existant au sein du capitalisme après avoir étouffé les travailleurs) et le communiqué de Staline représente un échelon de celle-ci en même temps que l’apogée de la dégénérescence de l’État ouvrier. La Russie, pas plus que ses alliés, ne peut rester reliée à des mouvements sociaux proclamant des buts révolutionnaires puisque le jeu des contrastes inter-impérialistes où elle est mêlée est actionné essentiellement par la nécessité de détruire avec des générations d’ouvriers, toute menace révolutionnaire. Il existe une incompatibilité fondamentale entre la lutte des classes et le jeu des contrastes inter-États. Elle réside en ceci : l’une aboutit à la révolution, l’autre dans la guerre. Des États peuvent se relier à des mouvements nationaux, séparatistes, car ceux-ci ne feront en dernière analyse qu’exprimer une voie de détournement du prolétariat de ces bus spécifiques pour remettre à tel ou à tel autre impérialisme le soin de résoudre par la guerre "sa" question nationale. Ainsi, l’Allemagne peut se relier au nazisme autrichien, de Tchécoslovaquie, mais non aux luttes des classes de ces pays qui ne trouveront une issue que dans la révolution prolétarienne. La Russie, par la bouche de Staline, ne fait donc qu’exprimer au nom de ses intérêts particuliers, la solidarité du monde capitaliste dans la destruction du prolétariat de tous les pays et elle pousse à la dissolution du prolétariat français au sein du régime. C’est là l’unique importance réelle des conversations de Moscou. Il se sera donc avéré que, d’une part, le capitalisme français - après la bourgeoisie allemande - aura obtenu plus de résultats dans sa lutte contre le prolétariat en poussant à la dégénérescence de l’État prolétarien, qu’en excitant à la croisade contre lui et que, d’autre part, le centrisme, grâce à la fonction gigantesque d’un État soviétique, arme du capitalisme et étouffoir de la lutte des classes, aura pu bien avant le déclenchement de la guerre prôner la défense nationale, envisager le soutien d’un gouvernement d’Union Sacrée et affirmer comme Péri que les communiste seront pour la défense nationale si elle coïncide avec la "défense révolutionnaire".

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Pour le centrisme "rien n’est changé", à part le fait qu’il est "dur" d’expliquer aux ouvriers la raison du patriotisme rouge. Pour "L’Humanité" la preuve de la justesse de la nouvelle ligne résiderait dans l’exploitation par la presse française des déclarations de Staline contre l’activité du parti. Puisqu’ils sont "obligés" de reprendre cette déclaration, c’est qu’elle est juste ! Raisonnement irréfutable et digne de la stupidité crasseuse de journalistes véreux s’occupant de communisme (?). Vaillant-Couturier, l’homme de la troisième période et du "social-fascisme", affirmera que les communistes ne rejettent pas l’idée de la patrie, de l’armée et qu’avant de conquérir celles-ci "ils veulent sauvegarder, en attendant, toutes les richesses matérielles et culturelles du pays". Il appellera donc les ouvriers à lutter pour un nettoyage de l’armée bourgeoise. "Contre les officiers fascistes" dira "L’Humanité" afin que l’armée française devienne un instrument sûr de la défense de l’URSS, rempart de la paix. Il est évident que la promesse des centristes de continuer la campagne contre les deux ans, de refuser de voter les crédits de guerre, perd toute signification si l’on examine le fond des choses. Le centrisme ne se bornera plus à dévoyer, à disperser les luttes ouvrières, mais est appelé à travailler sur le même plan que la social-démocratie : la mobilisation des ouvriers autour de l’État national et peut-être bien à participer à des gouvernements d’Union Sacrée. C’est bien ce que laisse supposer Vaillant-Couturier dans un leader consacré aux forces de gauche, à une perspective de nouveau Cartel. Comme les socialistes, les PC voteront contre les crédits de guerre tant qu’ils auront la certitude de ne pas mettre ceux-ci en danger. Car comme le dit très clairement la "Correspondance Internationale", la phrase de Staline représente "le rejet le plus vigoureux de toute pseudo lutte pacifiste pour la paix qui, dirigée uniquement contre les mesures techniques de la défense, proclame - thèse absurde - que la meilleure défense contre Hitler est, en fait, le renoncement à toute défense". Ce n’est pas le problème de la technique militaire qui intéresse les centristes, mais le problème politique, c’est-à-dire une "juste volonté". En d’autres termes, ils sont pour la défense nationale avec la garantie qu’elle se fera au profit d’impérialismes alliés à la Russie. Le centrisme n’aura pas attendu la guerre pour montrer sa gueule de traître : en cela il est digne de figurer comme un échelon supérieur par rapport à la trahison des socialistes en 1914.
Léon Blum, dans le "Populaire" constatera avec satisfaction que toutes les divergences de principes sont éliminées par l’acceptation de la défense nationale par les communistes et que l’unité organique s’impose plus que jamais. Dans un article, "La Lanterne éclairée", commentant le pacte franco-russe, Blum avait déjà déclaré qu’en vertu de ce pacte, si la Russie était attaquée par l’Allemagne ou par toute autre puissance européenne, ou bien si c’était la France qui était assaillie, deux hypothèses se posaient : la première la France devait-elle porter ses troupes au secours de la Russie ? La seconde, la Russie les siennes au secours de la France ? "En clair et en net, répondait L. Blum, ma réponse est oui". Et, expliquant sa position, il ajoutait que tout pacte d’assistance mutuelle assume volontairement un risque de guerre involontaire. "Nous assumons un risque de guerre pour créer une probabilité de paix". Le terrain ainsi préparé était fait pour recevoir sans choc la déclaration de Staline.
La social-démocratie admet ouvertement que la "guerre" et la "paix" ne sont que l’envers et l’endroit d’une même médaille capitaliste et qu’il convient de soutenir une politique de "sécurité" qualifiée de soutien de la "paix" pour préparer une bonne guerre (il est évident que les sophismes de Blum sur le risque volontaire de guerre involontaire n’ont aucun sens). Cela est tellement vrai le manifeste du 1er Mai de l’IOS met en évidence deux points : "parachevant sa préparation militaire en Europe" et la "coopération des démocraties européennes avec l’Union soviétique pour empêcher la guerre". Aussi bien que la SDN est un instrument manœuvré par l’impérialisme français, l’IOS est le porte-parole des agents des États groupés autour de la France arborant le drapeau de la "paix". La position isolée du Labour Party exprime bien ce caractère de l’Internationale des traîtres, en soutenant contrairement aux autres sections la politique d’équilibre britannique envers l’Allemagne.
Pour la "paix" s’alignent donc ouvertement centristes, qui affirment voir dans le Reich "non un État capitaliste ordinaire", et socialistes, approuvant et soutenant la politique militaire des États démocratiques face à l’Allemagne hitlérienne, cet "élément d’anarchie internationale". Mais cette dernière avec le discours de Hitler au Reichstag a également affirmé sa volonté de "paix". Goering, comme d’ailleurs avant lui, Flandin, n’avait-il pas déclaré : "nous avons bien travaillé pour la paix, nous avons réarmé". La "paix" pour l’Allemagne signifie la possibilité d’obtenir pacifiquement ses revendications territoriales, des colonies, comme elle signifie pour les autres États le maintien de leur prédominance. C’est cela que Hitler a mis en évidence dans ses treize points et le réarmement de l’Allemagne n’est que la conséquence de l’impossibilité d’y aboutir pacifiquement. C’est cela que les ouvriers allemands ont acclamé et c’est sous ce drapeau qu’ils marcheront dans la prochaine guerre. Ainsi, éprouver ce que nous mettions en tête de cet article : la convergence de toutes les forces du capitalisme, allant de Hitler à Blum et de Blum à Staline, contre le prolétariat de tous les pays pour la préparation de la guerre.
Il reste à tirer quelques conclusions.
Le processus de dégénérescence de l’État soviétique ne date pas du communiqué de Moscou, pas même de son entrée dans la société des brigands. Ses bacilles se retrouvent dans les difficultés que les bolcheviques durent affronter sans pouvoir se prévaloir d’expériences antérieures. La lettre aux ouvriers américains écrite par Lénine en 1918 et citée aujourd’hui par "L’Humanité" pour justifier ses trahisons, exprime les terribles inconnues du problème des rapports de l’État prolétarien et des États capitalistes. Il s’avère actuellement que Lénine envisagea erronément une éventualité qui si elle s’était produite à l’époque aurait modifié ses opinions. Il croyait possible à l’État prolétarien d’intervenir sur le front des contrastes inter-impérialistes, d’exploiter au profit du prolétariat les luttes entre brigands opposés. Ce n’est pas un hasard s’il est demandé à la France à l’époque de Brest-Litovsk ou à l’Allemagne  [2] au moment de l’occupation d’Arkhangel par les Alliés ne vint jamais et si toutes les suppositions de Lénine restèrent lettres mortes jusqu’aux premières défaites prolétariennes et le triomphe du centrisme. En effet, expression de la lutte de classe du prolétariat dans le monde entier, Octobre 1917 représentait la négation des contrastes du monde capitaliste, leur réponse prolétarienne. Aussi bien que l’intervention du capitalisme ne put triompher en Russie non du fait des antagonismes existants entre les différents États, mais du fait du réveil des ouvriers dans le monde entier, l’aide d’un capitalisme donné à la Russie était alors inconcevable précisément à cause de l’approche de rudes batailles de classe. Ceci revient à dire que lutte de classes et contrastes inter-État s’excluent mutuellement ; que l’État prolétarien ne peut vivre que relié au processus de la lutte des ouvriers du monde entier, que s’il subit les lois de cette lutte au lieu d’imposer les siennes, car ces dernières ne peuvent que le rattacher aux péripéties des contrastes entre les pays antagonistes se déroulant sur la base des défaites des ouvriers dont l’État prolétarien deviendrait le principal artisan. Guerre ou révolution, contraste inter-États ou lutte des classes, voilà les termes de classes opposées qui se heurtent irréductiblement sur l’échelle mondiale.
Une autre pensée des bolcheviks russes c’était qu’il pouvait être possible à l’État prolétarien d’accélérer le cours des contrastes inter-impérialistes sur le front des rapports inter-étatiques. On connaît la pensée de Lénine proposant de vendre à l’Amérique, à l’époque de l’intervention, un territoire occupé par le Japon afin de dresser face à face les deux brigands. Encore une fois, il en fut ici comme dans d’autres cas : la réalité exprimant l’impossibilité fondamentale de concrétiser ces appréciations. Il ne s’agit pas ici "d’erreur" au sens banal du mot, mais deux tentatives isolées d’embrasser une réalité inconnue, de marcher de l’avant, seul, alors que s’ébauchaient seulement des mouvements révolutionnaires en Europe Occidentale. Aujourd’hui, nous comprenons mieux que la dislocation d’un front inter-États, l’utilisation des contrastes capitalistes dépend avant tout de la lutte de classe du prolétariat, que l’opposition qui domine les situations n’est pas le dilemme : État prolétarien-États capitalistes, mais bien un dilemme de classe : prolétariat mondial-bourgeoisie internationale ; qu’un État prolétarien, après son érection, ne représente plus le prolétariat mondial qui vit seulement au travers des luttes des ouvriers de tous les pays contre leur bourgeoisie, mais uniquement un secteur dont la valeur n’est pas donnée par des réalisations économiques gigantesques, qu’il s’agisse de Dniepostroi, de Stalingrad et toute les "foutaisegrad" réalisées par le centrisme, mais uniquement par la conscience historique que le prolétariat des autres pays peut lui donner en le subordonnant à soi, à sa finalité révolutionnaire mondiale, en l’employant comme arme pour cet objectif. À ce point de vue, la moindre bataille menée aujourd’hui par le prolétariat pour se libérer de l’emprise du capitalisme et de ses agents, tels en Belgique les grèves des mineurs chassant socialistes et centristes des carreaux des mines pour poser sans compromission leurs revendications, ont plus de valeur révolutionnaire que tous les métros de Moscou, les "Maxime Gorky" construits par le centrisme, grâce à la fonction de cet État sur l’échelle mondiale où il fut d’abord l’artisan des défaites prolétariennes (1903, 1927, 1933) et ensuite l’artisan de la dissolution du prolétariat au sein du capitalisme dont la phrase de Staline accélère le procès.

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Au point de vue de la situation française, incontestablement l’élan de la réalisation de l’unité organique est accélérée par l’approbation soviétique des armements français. Cependant, par l’acceptation même de la défense nationale par le centrisme la liaison de celui-ci avec la politique soviétique passera inéluctablement - tout comme la liaison des socialistes des différents pays avec l’IOS - au second plan, pour se concentrer uniquement autour de la notion de la "patrie" que l’on demande aux ouvriers de défendre contre la "barbarie fasciste".
De ce fait dans l’éventualité où l’alliance franco-russe deviendrait un pivot de constellations, l’unité organique, se faisant sous l’égide du capitalisme français, au nom de la défense de la République démocratique, pourra s’effectuer rapidement et sans trop de heurts. Dans le cas contraire, il est possible que la confiance organique de ces deux courants contre-révolutionnaires se vérifia au milieu des coups de tonnerre de la déclaration de guerre. En tout cas, ce qui est définitivement acquis, c’est l’entrée du centrisme dans le giron des forces nationales du capitalisme français, sa liaison directe avec lui, en lieu et place de sa liaison indirecte avec le capitalisme mondial, par le truchement de l’Union soviétique.

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Pour nous il est clair que la déclaration de Staline exige une réponse nette et sans équivoque. Pour garantir la révolution de demain il faut dénoncer aujourd’hui les illusions, démasquer le socialisme de pacotille de l’URSS : appeler un chat un chat, et une trahison, une trahison. Seulement si nous nous désolidarisons ouvertement de la politique de l’État russe, si nous affirmons que les réalisations économiques de la Russie représentent le prix de la trahison du prolétariat mondial et de l’emprisonnement des ouvriers russes par le capitalisme, dont le centrisme est l’expression politique ; par conséquent, seulement déclarant que nous ne pouvons nous solidariser avec quoi que ce soit de la politique intérieure ou extérieure de l’Union soviétique, nous parviendrons à faire comprendre aux ouvriers avancés que le sort de la révolution de demain se trouve dans une modification des rapports entre les classes, au point de vue international, fécondée par le travail idéologique des fractions de gauche de tous les pays et qui soit susceptible de chasser violemment, en Russie comme dans tous les pays, la domination capitaliste et ses représentants centristes et socialistes. D’autre part, ainsi nous pourrons opposer à l’image d’un État prolétarien dégénéré, instrument du capitalisme, un État prolétarien dirigé par une internationale, expression de la lutte du prolétariat mondial œuvrant pour la révolution dans le monde entier.
Rejeter en bloc l’Union Soviétique signifie marquer devant les ouvriers le chemin que suit aujourd’hui cette dernière et qui se dirige vers la guerre. Précisément parce que toutes ces réalisations sont faites en vue de la prochaine guerre dont elle sera un des protagonistes, aucune considération sur le soi-disant rôle progressiste des réalisations industrielles soviétiques ne peut appeler notre adhésion. Le fascisme italien a, lui aussi, élevé la structure économique du capitalisme, mais sur le dos du prolétariat. En URSS, la situation économique des ouvriers russes ne s’est pas élevée en rapport avec le développement des forces productives, mais par rapport au tsarisme. Ce qui signifie que l’industrialisation de la Russie s’est effectuée sur la base d’une exploitation des prolétaires qui, en intensité, équivaut à celle connue dans les pays capitalistes. Et le centrisme ne pouvait logiquement suive un autre chemin, dès qu’il sacrifiait le prolétariat mondial à l’aide capitaliste aux plans quinquennaux, et ceux-ci ne pouvaient pas ne pas aboutir à la guerre impérialiste dès qu’ils incorporèrent l’URSS dans le circuit mondial de la vie économique et politique du système capitaliste. C’est pourquoi à la déclaration de Staline nous pouvons proposer le drapeau élevé par notre action le 1er Mai : À bas toutes les patries : la fasciste, la démocratique, la soviétique. Vive la lutte prolétariat mondiale pour la révolution dans tous les pays.

Notes :

[1Le récent discours de Mussolini au Sénat, dont nous avons pris connaissance un peu tard pour en parler ici, confirme notre appréciation et montre que ce n’est pas la considération de la "garde du Brenner" qui pourrait l’emporter mais plutôt celle des colonies africaines où veillent l’Angleterre et la France.

[2Voir à ce sujet les informations publiées par Louis Fischer dans son ouvrage "Les soviets dans les affaires mondiales".




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