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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Parti - Internationale - État / VII - 2e partie : l’État
{Bilan} n°19 - Mai-Juin 1935
Article mis en ligne le 7 janvier 2017
dernière modification le 26 décembre 2016

par ArchivesAutonomies
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La victoire d’Octobre 1917, la fondation de l’État soviétique, trouvèrent le prolétariat international dans de telles conditions d’impréparation théorique et politique, que déjà à Brest-Litovsk les deux courants qui s’affrontèrent ne parvenaient pas à fixer un système de principes, des règles principielles pouvant guider toute l’action future de l’État prolétarien. Nous avons indiqué que si le courant dirigé par Lénine l’emporta sur celui de la fraction de gauche dirigé par Boukharine, ce n’est pas à la suite d’un choc de conceptions principielles opposant la notion du rapport de forces sur l’échelle internationale, duquel devait dépendre la politique et l’action de l’État soviétique, à celle de l’intervention de cet État dans la lutte de classe mondiale afin d’en précipiter le processus vers une issue révolutionnaire. Il ne s’agissait pas de résoudre principiellement les dilemmes : l’État prolétarien dépendance directe du prolétariat international ou bien l’inverse, c’est-à-dire la classe ouvrière des autres pays traînée derrière l’État russe ; retraite en face d’un capitalisme pouvant encore tenir en bride le prolétariat de son pays, ou bien offensive soviétique pour bouleverser révolutionnairement la situation dans le pays du capitalisme agresseur. La position de Boukharine se fondait sur la gamme de l’expérience de la révolution de 1793, alors que celle de Lénine, sans toutefois pouvoir se préciser en des limites bien définies, faisait entrevoir les seules conceptions internationalistes sur lesquelles doivent se baser la vie et le développement de l’État prolétarien. La "guerre révolutionnaire" correspond parfaitement au programme historique d’une classe qui - fondée sur l’institution d’un privilège de classe - doit enfreindre les barrières d’autres privilèges de classe et favoriser ainsi la formation d’une contexture internationale où les contradictions dans le domaine économique, les antagonismes au sein de la classe dominante, pourront s’épanouir et aboutir au contraste plus général opposant les États capitalistes ou les constellations de ces derniers. Cette théorie de la "guerre révolutionnaire" ne peut être reprise à son compte par le prolétariat, ne peut être héritée des révolutions bourgeoises, parce que le programme historique de la classe ouvrière réside dans la rupture du mécanisme de domination de classe dans tous les pays et cela ne peut résulter que de la capacité du prolétariat de chaque pays à s’acquitter de sa mission, de la maturation des conditions politiques pour le déclenchement de l’insurrection. Octobre 1917, loin de pouvoir être considéré comme un élément d’exportation dans les autres pays, ne pouvait être qu’un modèle offert aux autres prolétariats, modèle appelé cependant à être continuellement dépassé dans la course incessante qui est la loi des révolutions prolétariennes.
A Brest, c’est l’immaturité de la situation historique qui empêche l’établissement de frontières idéologiques entre les deux fractions du parti bolchevique dont les difficultés cruelles dépendent de l’impossibilité de s’en référer à une expérience historique précédente. Cette justification n’existera plus pour les révolutions futures et la prochaine victoire du prolétariat dans un autre pays ne pourra atteindre son objectif : être un signal de la révolution mondiale, qu’à la condition de préparer dès maintenant, par la critique de la révolution russe, le matériel principiel devant guider l’action du futur État prolétarien. C’est la critique de la Commune qui permit à Marx d’énoncer la nécessité de la fondation de la dictature du prolétariat, et à Lénine ensuite de dresser - dans L’État et la Révolution - la théorie de l’insurrection en vue de la destruction violente de l’État capitaliste. Sans la Commune, ni Marx, ni Lénine, malgré leur génie, n’auraient pu donner ces œuvres théoriques fondamentales, le prolétariat ne pouvant bâtir que sur le matériel concret des expériences historiques.
Octobre 1917 n’est, en définitive, qu’un signe avant-coureur de la situation révolutionnaire qui devait se déclarer un an plus tard au travers du désarmement des armées impérialistes dans tous les pays à quoi devaient faire suite directement les batailles révolutionnaires de 1919 en Allemagne, Italie, Hongrie, et dans tous les pays en général. Que les années 1917 et 1918 ne soient que des prodromes de la nouvelle situation qui devait se déclarer peu après, cela est prouvé par le fait que c’est seulement en mars 1919 que les bolcheviks encouragent la reprise des rapports internationaux (à l’initiative de la gauche de Kienthal) et en septembre 1920 - trois ans après la victoire d’Octobre - nous assisterons, en réalité, à l’établissement du matériel idéologique, politique et organisatoire de la Troisième Internationale. Ce décalage entre 1917 et 1920 s’explique uniquement par le fait que les conditions objectives posées par l’histoire et justifiant la vie de l’État prolétarien ne se sont manifestées - dans la réalité internationale - qu’avec un retard considérable.
La fin de la guerre impérialiste ne dépend pas, au fond, du revers des armées allemandes, de l’apport fourni aux alliés par l’intervention américaine, mais c’est Octobre 1917 qui marque la fin du carnage ; les succès militaires de l’un ou de l’autre pays belligérant n’étant que des facteurs accessoires. C’est la catastrophe de l’édifice tsariste avec ses conséquences immédiates sur tous les autres fronts où les prolétaires reprennent conscience de leurs intérêts, qui marque la fin de la conflagration : à la guerre ne pouvait s’opposer que la révolution et il est suggestif de remarquer les réflexions concomitantes de Poincaré aussi bien que du Kaiser constatant, tous les deux, l’état d’esprit des armées où les phénomènes de révolte se font jour et menacent la continuité de la guerre. Ces phénomènes se vérifient d’ailleurs dans toutes les autres armées et partout c’est le prolétariat qui en est l’artisan. Il est évident que nous n’affirmons pas que, faute de ces mouvements révolutionnaires, la guerre aurait duré éternellement, mais nous nous basons sur des éléments historiques et non sur des conjectures abstraites ; nous analysons les événements d’après leur logique qui nous permet de comprendre l’inévitabilité de mouvements révolutionnaires, le déclenchement nouveau de l’antagonisme de classe engendré directement par la parenthèse historique de la guerre où l’antagonisme spécifique au régime capitaliste - celui de la guerre entre les États bourgeois - s’était manifesté d’abord, épanché ensuite dans toute son ampleur pour faire place à l’éclosion du contraste de classes qui guide toute l’évolution historique.
Octobre est donc un événement dont la valeur ne peut ressortir que de considérations uniquement mondiales ; il est l’expression d’une modification radicale de la situation internationale et prendra sa figure historique réelle par l’apparition, en 1919-20, des conditions objectives qui - au point de vue historique - rendaient possible l’institution de la dictature prolétarienne en Russie. A ce propos, il faudra examiner, à nouveau, la thèse qui a été présentée comme étant la justification historique de la victoire prolétarienne en Russie : l’évolution du centrisme favorisé justement par le formidable développement de la technique de production en URSS, nous permettant de mieux comprendre aujourd’hui ce problème.

Sur la base des énonciations de Marx sur le "développement inégal", Lénine d’abord, mais Trotsky surtout, nous avaient déterminé à considérer que la victoire en Russie trouvait sa justification dans l’état économique arriéré de ce pays, qui en faisait - sur l’échelle mondiale - le chaînon le plus faible du capitalisme et donnait en même temps au prolétariat russe un poids spécifique énormément supérieur : la maille ayant craqué à son point le plus vulnérable. Il nous semble que cette condition objective, bien que de grande importance, n’est pas à la base de la victoire en Russie, et que la loi du "développement inégal" ne peut pas nous faire comprendre l’évolution réelle des situations actuelles. On sait qu’en 1927 Staline s’est justement appuyé sur cette loi pour en conclure que l’inégalité du développement du capitalisme laissait la possibilité à l’État soviétique de s’acheminer vers la construction du socialisme en un seul pays. La circonstance de l’inégalité était élevée à l’importance d’une loi, d’une nécessité historique et, dès lors, il devenait possible, et même inévitable, d’encastrer - dans ce mécanisme inégal - le développement d’une économie socialiste pouvant s’asseoir dans un milieu capitaliste, ayant même besoin de cet antidote pour pouvoir s’épanouir : la loi de l’inégalité jouant ainsi pleinement. Or, le développement inégal est bien une expression du cours (à première vue accidenté) de l’évolution économique dans les différents pays. Examiné de plus près, ce cours nous apparaît parfaitement logique car il révèle les conditions de la géographie économique et politique qui ont permis à certains pays d’en devancer d’autres, à cause surtout de la proximité des bassins des échanges (Empire Romain, avec la Méditerranée), industrie extractive (Moyen-âge : France, Angleterre), industriels (Capitalisme : Allemagne). Mais pour pouvoir conclure qu’une circonstance naturelle du développement économique puisse être une loi de ce développement lui-même, il faudrait considérer que la cause déterminant l’évolution historique n’est plus la lutte de classe à chaque instant de la vie d’un régime donné, mais que les différents pays constituent autant d’entités séparées trouvant, dans les circonstances particulières de leur milieu, les bases mêmes de leur vie et de leur développement.
Or, Marx, dans la Préface au Capital, écrivait : "Il ne s’agit point ici du développement plus ou moins complet des antagonismes sociaux qu’engendrent les lois naturelles de la production capitaliste, mais de ces lois elles-mêmes, des tendances qui se manifestent et se réalisent avec une nécessité de fer. Le pays le plus développé industriellement ne fait que montrer à ceux qui le suivent sur l’échelle industrielle l’image de leur propre avenir". Et plus loin Marx ajoutait : "Lors même qu’une société est arrivée à découvrir la piste de la loi naturelle qui préside à son mouvement - et le but final de cet ouvrage est de dévoiler la loi économique du mouvement de la société moderne - elle ne peut ni dépasser d’un saut ni abolir, par des décrets, les phases de son développement naturel ; mais elle peut abréger la période de la gestation, et adoucir les maux de leur enfantement". Or donc, la loi n’est nullement la circonstance inégale du développement, mais l’essence même de ce développement et s’il est possible d’abréger la période de la gestation, il n’est nullement possible de changer la loi elle-même. La société moderne, c’est-à-dire la société capitaliste, tout comme les autres sociétés qui l’ont précédée, ou comme la société socialiste (la période de transition du capitalisme au communisme) ne peut nullement se subdiviser en autant de pièces (les États qui la composent) identiques les unes aux autres, mais elle est la résultante d’un ensemble de sociétés et organisations sociales qui diffèrent non seulement à cause du plus grand perfectionnement industriel de l’une par rapport aux autres, mais aussi par la différence fondamentale des bases sur lesquelles elles vivent et se développent. Dans la théorie marxiste, ainsi que Luxembourg l’a remarqué, le marché pré-capitaliste de la colonie est même une condition nécessaire pour la vie de la société capitaliste dans son ensemble. Beaucoup de charlatans s’évertuent à prendre la situation actuelle pour prouver que les prédictions de Marx auraient été démenties catégoriquement. Marx avait dit que la société tend à se diviser en deux classes opposées et que les classes moyennes périclitent vers le prolétariat, le développement technique balayant toute possibilité de survivance de la petite industrie et faisant régner en maîtres absolus les magnats dirigeant les grands trusts capitalistes. Mais Marx n’a jamais parlé d’une société capitaliste type, n’a jamais surtout imaginé la réalisation de ce modèle de société où d’un côté nous aurions quelques individualités toutes-puissantes détenant en leurs mains la totalité des richesses, et de l’autre côté - sans aucun espace intermédiaire - l’armée des prolétaires tous nu-pieds et livrés au démon bourgeois. Ce que Marx avait en vue c’est la tendance de la société capitaliste, et tendance veut dire direction et surtout poids spécifique des différents éléments composant cette société. Or, si on analyse la situation actuelle, on voit bien que la prédiction de Marx s’est pleinement vérifiée : la société actuelle, si elle ne s’oriente pas vers la direction du prolétariat révolutionnaire, est forcée de se tourner directement et uniquement sous l’effet des rouages dont seuls les tout-puissants trusts du capitalisme financier détiennent le gouvernail. D’autre part, si l’évolution perd son axe pour atteindre la nouvelle forme d’organisation socialiste, si le prolétariat - à cause des défaites - cesse d’être le centre moteur des situations, alors s’ouvrira une situation qui n’aura plus d’issue. Enfin, si la crise économique se croise, ainsi qu’il en est actuellement, avec une crise interne du mécanisme révolutionnaire, toute possibilité disparaît pour résoudre les problèmes économiques qui, ne pouvant plus être dirigés par la seule force sociale capable de les acheminer vers une nouvelle et supérieure forme d’organisation sociale - le prolétariat - resteront insolubles dans les cadres anciens et déferleront leurs effets avec une acuité toujours croissante. Les classes moyennes n’acquièrent pas, grâce à la crise du mouvement prolétarien (qui aboutit actuellement à l’anéantissement de ce dernier par suite de la disparition du parti de classe) une fonction autonome ; seuls des littérateurs politiques ou des traîtres avérés peuvent considérer que le fascisme - organisation sociale du capitalisme forcé de recourir aux formes les plus avancées et les plus cruelles de sa domination - représente le régime des classes moyennes. Il est vrai que ces mêmes "marxistes" escomptent toujours la chute du fascisme du fait de l’effervescence de ces classes moyennes qui en seraient la base sociale, mais il n’y a ici qu’une des nombreuses contradictions des prétendus fossoyeurs de Marx. Pour considérer qu’actuellement ce sont les classes moyennes qui détiennent le gouvernement des différents pays, il faut tout simplement se baser sur l’aspect extérieur de la réalité et substituer à la loi de l’évolution historique un élément de la manifestation de cette réalité.
Pour ce qui concerne le "développement inégal", nous devons considérer que le type d’une organisation sociale est toujours une notion mondiale se composant non de différents éléments synchronisés, mais d’une hétérogénéité très variée d’éléments. L’économie capitaliste, qui a besoin d’engrenages provenant des anciennes économies, peut même s’accommoder - ainsi que l’expérience récente l’a prouvé - des formes plus évoluées, et permettre ce que Litvinov appelait "la coexistence pacifique des deux régimes capitaliste et socialiste". Ce n’est pas sur le terrain économique, mais bien politique que nous constaterons les effets du "développement inégal", et c’est surtout en prenant pour base le prolétariat international, et non le prolétariat d’un pays donné, que nous pourrons arriver à comprendre la signification de la "maille la plus faible du capitalisme mondial". C’est donc en partant de considérations opposées à celles qui inspirent en général l’analyse des conditions objectives ayant présidé à la victoire d’Octobre et à l’institution de la dictature du prolétariat, que nous pourrons en même temps établir une projection [1] des données principielles sur lesquelles aurait du se baser l’État prolétarien et desquelles il s’est, par contre, constamment éloigné pour arriver à la situation actuelle marquée par le double épanouissement du centrisme et du prodigieux renforcement industriel de l’économie soviétique. L’économie industrielle s’étant épanouie, nous aurions donc assisté au renforcement de la mission révolutionnaire du prolétariat russe, alors que, par contre, nous avons dû subir le triomphe du courant contre-révolutionnaire centriste s’incorporant au capitalisme mondial. Nous traiterons par la suite les problèmes économiques : qu’il nous suffise maintenant de remarquer que le programme de l’industrialisation a été repris par Staline de la plate-forme de l’opposition et que Trotsky, en 1923, préconisait le démantèlement des forteresses prolétariennes de Moscou et Leningrad pour transporter ces centres industriels à proximité des bassins des matières premières : l’utilité économique se serait faite aux dépens de la force et de l’efficience du prolétariat.
Le mécanisme de toute révolution est régi par des objectifs de transformation de l’organisation sociale qui ne conduira pas à une synchronisation mondiale mais à la domination de certains États fondamentaux sur l’arène internationale. Mais les classes dominantes dans la révolution pourront bénéficier de l’apport de classes opprimées par le régime qui va être détruit et cet apport qu’ont donné, par exemple, les paysans et même les prolétaires à la révolution bourgeoise, d’enthousiaste qu’il était au début du chemin historique de la bourgeoisie, va de plus en plus s’atténuer pour disparaître et se transformer enfin en une opposition irréductible dans la mesure où le capitalisme passe de son rôle de classe révolutionnaire à celui de classe progressive pour devenir enfin ce qu’il est actuellement : une force fondamentale de la contre-révolution. Le prolétariat, qui fut le "compagnon de route" dans la révolution de 1789, participe encore, en février 1848, en France et au cours de la même année en Allemagne, Autriche, Italie, aux mouvements dirigés par la bourgeoisie, mais abandonnera cette position politique déjà en juin 1848 en France, et dans les guerres d’indépendance qui conduisirent à la formation des États capitalistes en Allemagne et en Italie. En Russie, en 1905 et d’une façon beaucoup plus marquée en 1917, le "compagnon de route" se métamorphose en un facteur historique profondément opposé au capitalisme et voulant appliquer la théorie des bonds d’Engels, enlevant à la bourgeoisie la réalisation des objectifs historiques qui lui furent propres. Le développement inégal conduit donc au fait que le contenu "bourgeois" - au point de vue économique - de la révolution russe, par exemple, sera réalisé par le prolétariat qui pourra profiter de ce que le capitalisme, en tant que notion mondiale, est au bout de son rouleau pour installer, sur les transformations industrielles de l’économie, non les principes de la propriété privée, mais les principes opposés de la socialisation des moyens de production.
C’est seulement en prenant pour base l’opposition : capitalisme mondial / prolétariat mondial que nous pourrons comprendre Octobre 1917, l’institution de la dictature du prolétariat, sa dégénérescence ensuite, le centrisme provenant justement de ce rétrécissement dans le cadre national dont parlait Marx contre Lassalle, et du fait que l’antagonisme de classe a été supplanté par celui de l’opposition État prolétarien / États capitalistes. Tout comme le disait Marx, "il va absolument de soi que, pour lutter d’une façon générale, la classe ouvrière doit s’organiser chez elle en tant que classe et que l’intérieur du pays est le théâtre immédiat de sa lutte. C’est en cela que sa lutte est nationale, non pas quant à son contenu, mais comme le dit le Manifeste Communiste quant à sa forme". Mais le « cadre de l’État national actuel", c’est-à-dire de l’Empire allemand, entre lui-même à son tour économiquement "dans le cadre" du marché universel, politiquement, "dans le cadre" du système des États" (Critique du Programme de Gotha). Le développement inégal est aussi une forme spécifique au capitalisme et même au socialisme (il disparaîtra seulement dans la forme supérieure du communisme), il n’est pas la loi du développement historique. L’avoir considéré comme une loi a faussé, dès l’abord, la signification d’Octobre 1917 (dont la seule explication réelle consiste en ce qu’il ne fut nullement l’œuvre du prolétariat russe profitant du "développement inégal", mais l’œuvre du prolétariat international), cela a permis ensuite de bâtir la théorie du socialisme dans un seul pays, a vicié le programme même des oppositions russes et empêche actuellement de saisir la réalité de la situation actuelle. Différents groupes qui se basent sur cette donnée pour expliquer la dégénérescence de l’État russe, parce qu’ils se bornent à l’analyse des problèmes économiques en URSS, s’enlèvent la possibilité de comprendre la position qu’occupe l’État prolétarien, les conditions principielles auxquelles il doit obéir pour épanouir sa fonction révolutionnaire au point de vue mondial. Le développement inégal au point de vue économique, une fois que nous l’examinons au point de vue international, nous permettra de comprendre que la classe ouvrière parviendra à briser l’édifice capitaliste là où l’état arriéré de l’économie, enlevant toute possibilité de manœuvre à la bourgeoisie, pose impérieusement le problème de la révolution.
A Brest, nous avons donc - chez Lénine - deux considérations qui se font jour : l’une internationaliste, faisant dépendre l’acceptation des conditions de l’impérialisme allemand de la situation que traversait à ce moment le prolétariat de ce pays ; l’autre - qui devait ensuite être reprise par les centristes - de la possibilité de l’État russe de louvoyer entre l’Entente et les Empires Centraux faisant ainsi dépendre la position de l’État russe non de la position détenue par la classe ouvrière dans les différents pays, mais de la guerre que se faisaient les États impérialistes. Au fond, ces deux notions s’opposent radicalement : l’une mesure l’action de l’État d’après les rapports de force des classes sur l’échelle internationale, l’autre mesure ces derniers rapports d’après la position qu’occupe l’État prolétarien en face des autres États capitalistes. Entre 1917 et 1921, c’est la modification de la situation et l’apparition des mouvements révolutionnaires dans les différents pays qui donnent - à l’État russe - sa figure réelle d’instrument du prolétariat international, permettant aussi aux bolcheviks de doter cet État de la seule arme pouvant accompagner sa vie et son évolution : l’Internationale Communiste. Il est vrai qu’en 1920 la théorie de l’offensive révolutionnaire fait à nouveau son apparition et Lénine devait, par la suite, écrire qu’en 1920 il s’était lui-même trompé, en laissant se poursuivre l’offensive de l’armée rouge en Pologne. Mais, à ce sujet, nous nous sommes déjà expliqués : Lénine, du fait qu’il était dépourvu d’une expérience historique précédente, se trouvait dans l’impossibilité de comprendre la situation dans laquelle il agissait ; le système principiel qui, seul, permet la compréhension des situations, n’existait pas et cela parce que faisait défaut un événement similaire, une expérience historique : l’unique atelier où le prolétariat peut forger ses armes théoriques et politiques. Lénine se trouvait donc dans l’impossibilité d’employer, comme Marx le disait, "les armes de la critique", afin de s’habiliter à faire "la critique par les armes", la Commune - dans la période limitée de sa vie - n’avait rien pu donner quant à la gestion de la dictature du prolétariat.
Rien n’est plus suggestif - pour marquer les conditions où les bolcheviks prenaient le pouvoir - que de reprendre la note dont Lénine fit précéder son magistral exposé sur L’État et la Révolution. Lénine disait "J’avais aussi composé le plan d’un chapitre VII : Expérience des révolutions russes de 1905 et 1917, mais en dehors du titre, je n’ai pas eu le temps d’en écrire une seule ligne" et plus loin : "La rédaction en devra sans doute être remise à beaucoup plus tard ; il est plus utile de faire "l’expérience d’une révolution" que d’écrire sur elle". Bien sûr, il est plus utile de la faire que d’écrire sur une révolution, mais si Lénine a pu conduire le prolétariat russe en Octobre, c’est parce qu’il a pu comprendre la Commune (d’ailleurs L’État et la Révolution ne ressort que de l’analyse de cette première expérience) et la condition pour faire les révolutions futures consiste justement dans l’analyse, la compréhension et la critique de la révolution russe.
Entre 1917 et 1921, nous constatons aussi, dans le domaine intérieur, l’inévitable tâtonnement des bolcheviks lesquels passent des propositions initiales du contrôle de l’industrie, ce qui suppose le maintien des capitalistes soumis à la direction des soviets, à l’expulsion violente de tous les représentants des anciennes classes, dans l’industrie aussi bien qu’à la campagne, les travailleurs prenant en mains la gestion de toute l’économie. C’est le fouet des événements eux-mêmes qui guide les bolcheviks et les pousse à abandonner le programme économique initial très mitigé des années 1917 et 1918. Le "communisme de guerre" s’instaure sous l’initiative des masses dont l’ardeur révolutionnaire est d’ailleurs puissamment stimulée par la guerre civile. Pendant ces années de guerre civile, nous assistons à la vérification de ce que Lénine appelait le procédé classique du "dépérissement de l’État", lorsque par opposition à l’État bourgeois oppresseur et en reprenant ce qu’Engels appelait les piliers de cet État - l’armée et la bureaucratie - il disait que "du moment que c’est la majorité du peuple elle-même qui écrase ses oppresseurs, plus n’est besoin d’une "force spéciale" d’écrasement. C’est en ce sens que l’État commence à dépérir. Au lieu des institutions spéciales d’une minorité privilégiée (fonctionnaires civils, chefs de l’armée permanente), la majorité elle-même peut directement remplir les fonctions du pouvoir d’État, et plus le peuple lui-même assumera ces fonctions, moins se fera sentir la nécessité de ce pouvoir !". Ce qui ressort le plus clairement de ces années de guerre civile, c’est que la victoire du prolétariat a été possible malgré l’état de désorganisation où se trouvaient l’armée, et en général l’appareil étatique dans son ensemble. Nous traiterons plus loin de la centralisation et des comités d’usine, mais pour le moment il nous intéresse de marquer que la situation la plus dangereuse au point de vue militaire et l’explosion des plus grandes ressources de la classe ouvrière, se manifestent justement lorsque le pouvoir de l’État n’existe pour ainsi dire pas et surtout lorsque ce pouvoir, loin de se séparer des masses, s’incorpore avec ces dernières et apparaît comme un instrument réellement en leur possession qu’il faudra défendre contre un ennemi qui peut bénéficier de l’appui du capitalisme de tous les pays et qui est, de ce fait, énormément plus fort. La guerre civile, parce qu’elle est une expression directe de la lutte des classes, se résoudra à l’avantage du prolétariat qui, bien que militairement de beaucoup inférieur, peut se prévaloir - en face de l’ennemi - de la position qu’il détient dans le mécanisme productif et, de ce fait, dans le domaine politique. Les mauvais panégyristes de Trotsky nous présentent ce dernier comme le créateur d’une armée rouge pouvant rivaliser avec les armées bourgeoises quant à la solidité de son organisation, à l’esprit de discipline, à l’efficacité de ses cadres. Mais à part l’erreur historique de l’attribution des victoires prolétariennes au fait de la création de l’armée rouge, celle-ci apparaissant seulement vers la fin de la guerre civile, le grand mérite de Trotsky consiste justement dans le fait qu’aucun des caractères essentiels des armées bourgeoises ne se retrouvait dans l’organisation militaire soviétique s’incorporant non seulement avec les masses ouvrières, mais aussi avec les objectifs de classe de ces dernières.
Les démêlés, en Ukraine, avec Makhno, ainsi que, d’ailleurs, le soulèvement de Cronstadt, s’ils se concluent par la victoire bolchevique, sont loin de représenter les moments les meilleurs de la politique soviétique. En effet, dans les deux cas, nous assistons à la première manifestation de cette superposition de l’armée sur les masses, à la présentation d’un de ces caractères de l’État "parasitaire" dont Marx parle dans la "Guerre Civile en France". Le procédé suivant lequel il suffit de déterminer les objectifs politiques d’un groupe adverse pour justifier ensuite la politique que l’on applique (tu es anarchiste donc je t’écrase au nom du communisme), n’est valable que dans la mesure où le parti parvient à comprendre les raisons de ces mouvements pouvant être orientés vers des solutions contre-révolutionnaires par la manœuvre que ne manquera de faire l’ennemi. Une fois établi le motif d’ordre social qui met en branle des couches d’ouvriers ou de paysans, il faudra donner une réponse à ce problème dans un sens qui permette au prolétariat de pénétrer encore plus profondément l’organisme étatique. Les premières victoires frontales obtenues par les bolcheviks (Makhno et Cronstadt) à l’égard de groupes agissant au sein du prolétariat furent réalisées aux dépens de l’essence prolétarienne de l’organisation étatique. Assaillis de mille dangers, les bolcheviks ont cru qu’il fallait procéder à l’écrasement de ces mouvements et considérer que le prolétariat pouvait alors enregistrer des victoires parce que la direction des mouvements appartenait aux anarchistes ou bien parce que la bourgeoisie guettait l’occasion pour se représenter à nouveau dans sa lutte contre l’État prolétarien. Nous ne voulons pas dire ici que l’attitude bolchevique aurait dû être obligatoirement opposée à celle qui fut appliquée, les éléments de fait nous manquant à ce sujet, mais nous voulons seulement marquer la tendance qui s’y affirme et qui devait plus tard se déclarer ouvertement par la dissociation des masses et de l’État devenant un organisme subissant de plus en plus des lois qui devaient l’éloigner de la fonction révolutionnaire de l’État prolétarien. Cette tendance, ainsi que nous l’avons indiqué, est bien contraire à celle qui imprima toute l’activité de l’État soviétique entre 1918 et 1920 lorsque la formule du Manifeste "l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes" se réalisait dans les événements où l’initiative des masses était le véritable levier de toute l’activité soviétique.
Dans le domaine économique, pour marquer le reflet des événements qui finirent par emporter les bolcheviks eux-mêmes, il est caractéristique de constater qu’en 1918, dans le chapitre sur le capitalisme d’État contenu dans la brochure sur L’extrémisme, maladie infantile du Communisme, la direction que Lénine voulait donner au cours économique est bien l’opposée de celle qui se manifesta dans la réalité. Lénine y concevait une dévolution progressive des fonctions économiques à l’État alors que pendant les premières années de la révolution, c’est au contraire les organismes locaux qui prenaient en main la direction économique. Nous sommes ici amenés à élucider une question d’un ordre capital, car l’expérience des premières années de la révolution russe pourrait conduire à affirmer que la voie normale de la vie d’un État prolétarien consiste dans la décentralisation des organismes économiques aussi bien que politiques et que loin de préconiser la voie de Lénine pour la centralisation des fonctions économiques et politiques, il faudra, par contre, s’acheminer vers la voie opposée qui conduit à fragmenter ces activités dans la mesure même où cela permet le contrôle et la direction de la part des masses ouvrières. La Commission étatique régissant une branche économique devrait donc faire place à l’assemblée des Comités d’usines composée des délégués de ces formations élémentaires où pourrait s’affirmer pleinement l’initiative ouvrière : au surplus, l’usine formant une cellule économique, leurs délégués pourraient le mieux parvenir à une gestion industrielle vraiment prolétarienne. A ce sujet, L’État et la Révolution, de Lénine, contient une réfutation complète de toutes les thèses des révisionnistes qui voulaient faire découler, surtout de la Guerre Civile en France de Marx, l’idée de la décentralisation économique. Mais ce qu’il faut retenir des débuts de la révolution russe, c’est l’intervention ample de la classe ouvrière et non la forme que cette intervention dû prendre.
Bernstein s’était appuyé sur les mots "destruction du pouvoir central" pour apparenter la lutte de Marx contre le pouvoir bourgeois avec les idées fédéralistes de Proudhon. Et Lénine, qui fera remarquer qu’Engels veut indiquer par le mot Commune, non point l’autonomie communale, mais le "système des communes", écrit : "Marx, lui, est centraliste, et dans tous les passages cités par lui, on ne trouverait pas la moindre infidélité au centralisme. Il n’y a que les gens imbus d’une "foi superstitieuse" en l’État qui peuvent prendre la destruction de la machine bourgeoise de l’État pour la destruction du centralisme". D’ailleurs, toute l’œuvre de Marx est là pour nous prouver que la croissante centralisation qui s’opère sous le règne du capitalisme lui-même constitue, en définitive, un argument gigantesque en faveur de la nouvelle organisation communiste et contre le pouvoir de la bourgeoisie devenue - à cause de cette concentration massive de la production - un frein à l’évolution économique ne s’accommodant plus du mode de production basé sur la propriété privée. Le morcellement de la production, pour restituer aux molécules des usines ou du lopin de terre la "liberté de gestion", représenterait un formidable retour en arrière qui ne correspond nullement avec le programme du prolétariat. D’autre part, la diversité même des besoins économiques des différentes parties composant un État prolétarien fait que le Comité d’usine local se trouve dans l’impossibilité de saisir la vision de l’ensemble du territoire dont les nécessités se heurtent très souvent avec les nécessités particulières et contingentes d’une localité donnée. La centralisation permet de régler l’ensemble de la production suivant des considérations à la fois économiques et politiques et, à cette fin, le seul organisme pouvant permettre au prolétariat ou aux groupes de celui-ci de dépasser la vision de la contingence, c’est seulement le parti de classe. Le problème de la nécessité du contrôle continu de la classe ouvrière et de la croissante adaptation des ouvriers dans la gestion de l’industrie et de l’économie, ce problème qui est, en définitive, la clef de la révolution, ne peut être résolu qu’au travers du parti et nullement au travers d’institutions qui, loin de pousser les ouvriers de l’avant (les comités d’usines) menacent de les faire retourner vers des conceptions localistes s’opposant, d’ailleurs, à toutes les nécessités du développement de la technique de production. L’ouvrier "communiste" est celui qui parvient à situer le problème local dans l’ensemble de la production et non inversement.
La participation effective des ouvriers à la gestion collective n’est nullement empêchée par la centralisation, mais par le type bourgeois de cette centralisation. Ainsi que Lénine le faisait remarquer : "Bernstein, comme tout philistin, se figure le centralisme comme quelque chose qui, venant d’en haut, ne peut être imposé et maintenu que par le fonctionnarisme et le militarisme". Ce centralisme bourgeois (qui a d’ailleurs pu s’implanter en Russie aussi) ne peut être repris à son compte par le prolétariat qui doit y répondre non par un retour vers les formes de la décentralisation économique balayée pour toujours par le développement technique, ni par des mesures formelles, comme ce serait le cas d’objurgations programmatiques et statutaires contre le bureaucratisme. Ce dernier - produit surtout de l’hétérogénéité de la structure sociale héritée du capitalisme - ne peut être contrecarré et, en définitive, battu que par l’intervention de facteurs politiques à savoir par la présence des organismes revendicatifs du prolétariat. La discussion au Onzième Congrès du Parti russe sur la question syndicale où l’Opposition Ouvrière fut littéralement écrasée, doit nous conduire à affirmer que même en régime de dictature prolétarienne, puisque, comme nous le verrons par la suite, les phénomènes essentiels de l’économie capitaliste restent debout (et il ne pourrait en être autrement dans la période de transition) le seul vaccin pouvant permettre à l’État prolétarien de ne pas évoluer vers l’opportunisme consiste justement dans la possibilité largement ouverte aux masses d’intervenir pour la sauvegarde de leurs intérêts. Loin de vouloir faire, du jour au lendemain, de tous les ouvriers les gérants de l’économie, loin de présenter aux masses ces desseins purement démagogiques, il faudra affirmer carrément que l’ouvrier pouvant atteindre cette position dirigeante est celui qui, devenu membre du parti, peut, du fait de l’appartenance à cette organisation, retirer les données essentielles afin de diriger l’État prolétarien vers le chemin de la révolution mondiale. Cela ne signifie nullement que l’ouvrier membre du parti aurait une position économique supérieure à l’égard du sans-parti, car nous savons tous que le communiste préposé au contrôle et à la direction économique et politique ne peut être assimilé aux fonctionnaires administrant l’économie et auxquels l’État prolétarien se trouve forcé d’allouer des rétributions supérieures. Pour la masse ouvrière dans son ensemble, il faut sauvegarder son droit d’intervention continu pour la défense de ses intérêts : les bolcheviks, lorsqu’ils prétextèrent du danger de restauration bourgeoise à la suite des mouvements possibles du prolétariat, en arrivèrent ainsi à prescrire le droit de grève et à étatiser en fait les syndicats ; ils enlevèrent en réalité à l’État soviétique le seul contrôle réel des masses.
Le type de centralisation que le prolétariat doit revendiquer se distingue radicalement du centralisme capitaliste. Celui-ci s’épanche suivant les formulations de la démocratie qui n’est, en définitive, qu’un masque destiné à mettre les ouvriers dans l’impossibilité de comprendre la réalité de leur exploitation. Le type de centralisation que revendiquera le prolétariat est celui qui laisse debout l’organisme de lutte du prolétariat, le syndicat, au travers duquel les masses viseront à la défense de leurs intérêts. Il est évidemment facile de reprendre des citations copieuses de Marx, Engels et Lénine pour montrer qu’en définitive nos maîtres voyaient le processus du dépérissement de l’État au travers d’une extension progressive de son processus de démocratisation. Mais, à plusieurs reprises, nous nous sommes expliqués sur ce sujet et avons indiqué que la partie caduque - parce que de nouvelles situations historiques ont transformé en contre-révolutionnaires les forces démocratiques, progressives du temps de nos maîtres - que cette partie caduque de leur production politique ne consiste nullement dans des principes qu’ils ont élaborés, mais dans les solutions contingentes qu’ils ont préconisées et qui devaient se modifier à cause du changement intervenu dans les nouvelles situations historiques. D’ailleurs, Lénine lui-même, dans l’Anti-Kautsky, a exprimé des notions radicales et, à notre avis, parfaitement justes au sujet de la démocratie et Marx, dans la Critique du Programme de Gotha, prend bien soin de ne pas se lier les mains et dit : "ses revendications (du programme, NDR) ne contiennent rien de plus que la vieille litanie démocratique connue de tout le monde : suffrage universel, législation directe, droit du peuple, milice populaire, etc.". Et Marx, aussi bien qu’Engels d’ailleurs, dans L’Origine de la famille, s’il appuie sur la démocratie, c’est "parce que, sous cette dernière forme étatique de la société bourgeoise, se livrera la suprême bataille entre les classes". Nous savons fort bien que, dans les événements de l’après-guerre, la démocratie s’est révélée être non la condition pour livrer la bataille suprême, mais le dernier rempart où le capitalisme a pu effectuer sa manœuvre pour éviter l’attaque révolutionnaire du prolétariat. Bien évidemment, il était impossible à Marx de prévoir ces situations, mais, dans le domaine des principes, il nous a donné ce qui nous est indispensable et suffisant : les notions de classe valant pour n’importe quelle contingence et pour toute la période de transition vers la société communiste.
Nous examinerons, dans la suite de cette étude, les problèmes de la NEP et ceux de la dictature du parti du prolétariat.

Notes :

[1Le texte initial dit "projecter les données principielles".




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