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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les problèmes de la monnaie (suite et fin)
Bilan n°20 - Juin-Juillet 1935
Article mis en ligne le 20 août 2018

par ArchivesAutonomies
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La période de récupération économique d’après guerre, qui s’étendit jusqu’en 1928-1929, put donner l’illusion à la bourgeoisie d’avoir contracté, avec l’Histoire, un nouveau bail de prospérité.

La crise mondiale lui révéla brutalement qu’il n’en était rien et que 1914 avait définitivement ouvert le processus de décomposition de son système de production, tandis que 1921-1928 n’exprimait qu’une phase "pacifique" de cette liquidation historique du Capitalisme en tant que facteur progressif.

Au cours de l’époque d’expansion impérialiste, la dynamique capitaliste put osciller entre un marché mondial extensible et une production sans cesse élargie, tandis que les cycliques furent le correctif périodique du déséquilibre rythmique entre la production et le marché, entre l’offre et la demande de marchandises, entre le développement énorme de la productivité du travail et le "rétrécissement" de la base capitaliste consommation. D’autre part, l’or, miroir de cette productivité du travail, n’apparaissait pas encore comme l’expression concrète de l’antagonisme fondamental de 1’économie capitaliste : production-consommation ; régulateur des échanges et symbole de la richesse "abstraite", sa qualité de mesure des valeurs.

Mais au cours de la crise mondiale, la bourgeoisie découvrit avec stupeur, qu’en dépit de la profondeur sans précédent de la chute des prix (que l’organisation monopoliste ne put que freiner) un assainissement des valeurs qui pût conditionner une reprise économique, s’avérait impossible et, si elle feignit de jeter l’anathème à l’or, ce ne fut que pour dissimuler à elle-même le monstrueux contraste mis à nu par l’effondrement des prix.

Au terme son épanouissement, la contradiction fondamentale du Capitalisme fit surgir devant la bourgeoisie consternée ; des problèmes nouveaux pour la solution desquels il lui devenait impossible d’en appeler au jeu "normal" des lois "naturelles" qui jusque là avaient régi la mécanique capitaliste.

Comment, ployant sous une masse écrasante de capitaux improductifs, virtuellement morts, allait-elle pouvoir ranimer ceux-ci et leurs restituer l’indispensable profit ? La solution, elle ne pouvait songer à la rechercher dans une impossible expansion de la production ou dans un perfectionnement technique qui se révélait négatif sans un développement productif. Il ne s’agissait donc plus d’un problème de débouchés (que la guerre seulement chercherait à résoudre). La bourgeoisie pouvait seulement tenter de ressusciter son profit en adaptant son appareil productif et les conditions de la production à l’échelle qui lui était imposée par l’évolution historique.

Mais, dans ce cas, le problème économique devait inévitablement céder le pas au problème politique, car adaptation signifiait abaissement de la valeur du capital productif et, en dernière analyse compression massive des revenus du prolétariat et des masses petites bourgeoises ainsi que des catégories sociales "improductives", vivant aux dépens de la plus-value capitaliste.

Et, comme nous le disions, cette adaptation ne pouvait plus se subordonner à l’action automatique des lois capitalistes telle qu’elle s’exerçait dans les crises cycliques antérieures où la destruction de valeurs d’échange permit au capitalisme d’atteindre un équilibre nouveau.

Aujourd’hui, la bourgeoisie, devant l’ampleur des sacrifices à consentir, se refusait à en elle-même la charge. Mais elle ne pouvait rejeter celle-ci sur les épaules des classes exploitées qu’en déformant ou en éludant le jeu des lois économiques régissant son système productif en recourant dans ce but à son appareil d’État, dont elle devait renforcer, dans une plus ou moins grande mesure, les organes de coercition et de répression, suivant les secteurs nationaux.

Selon que l’armature économique portait à faux ou qu’elle reposait sur une base impérialiste les problèmes étaient résolus, ou par l’État totalitaire-fasciste, concentrant en ses mains toutes les méthodes de violence du capitalisme ou par l’État "démocratique", maintenant la cohésion sociale en jouant de toute une gamme de formules allant du Gouvernement National (Angleterre) à la Dictature "démocratique" de Roosevelt, en passant par le régime des "pleins pouvoirs" (Belgique et France).

Dans le premier dominait la politique de compressions directes de "déflation à jets continus" du niveau de vie des masses ; tandis que dans le second, l’insuffisance des moyens politiques ne permettait pas d’obtenir de résultats positifs par cette méthode et qu’à celle-ci devait se substituer une politique d’affamement moins brutale, plus adéquate aux conditions sociales existantes - mais qui, par son ampleur même, exigeait dans son application la collaboration directe de la Social-démocratie et du mouvement syndical.

* * *

Le dernier rapport de la Banque des Règlements internationaux posa fort clairement la question cruciale : "Le problème de la reprise économique est surtout un problème de la valeur du volume des marchandises échangées et consommées, comme d’un ajustement des prix ; il peut être résolu, soit par, une élévation des prix, soit par des réductions serrées du prix de revient effectuées de façon à laisser une marge bénéficiaire suffisante".

Nous savions déjà que la production pour la production n’a jamais passionné la bourgeoisie, puisque son système productif fournissait non des produits, mais des marchandises dont la valeur contenait une plus-value, ce qui l’intéressait c’était le rapport de cette plus-value à la valeur du Capital total engagé dans la production et non la quantité de marchandises produites1929. Le niveau relativement élevé des échanges se justifie par l’impossibilité de les abaisser au dessous d’une limite compatible avec la survivance d’un minimum de "civilisation" et de "paix" sociale. D’autre part, l’accroissement de la production constaté au cours de 1934 s’explique par la préparation à la guerre. Mais la régression capitaliste s’exprime économiquement, par l’effondrement général des prix entrainant celui de la valeur de la production et du commerce mondial. En 1934, celui-ci, évalué en or, équivalait seulement au tiers de celui de 1929.

Aujourd’hui, la profondeur de la décadence capitaliste n’est donc pas mesurée par le niveau quantitatif de la production et des échanges mondiaux. En 1934, le volume du commerce mondial représente encore les 2/3 de celui de 1929 et la production industrielle se maintient aux ¾ de celle de 1929. Le niveau relativement élevé des échanges se justifie par l’impossibilité de les abaisser au dessous d’une limite compatible avec la survivance d’un minimum de "civilisation" et de "paix" sociale. D’autre part, l’accroissement de la production constaté au cours de 1934 s’explique par la préparation à la guerre.

Mais la régression capitaliste s’exprime économiquement par l’effondrement général des prix entrainant celui de la valeur de la production et du commerce mondial. En 1934, celui-ci, évalué en or, équivalait seulement au tiers de celui de 1929.

Non seulement le croisement du bas niveau des prix avec une production correspondant à un faible degré d’utilisation de la capacité productive, avait pratiquement comblé l’écart entre la valeur du capital engagé et la valeur de la production réalisée et anéanti tout profit, mais encore dans certaines branches industrielles à concentration élevée, la valeur de la production n’avait pu atteindre celle du capital avancé :le capitalisme vendait à perte parce que la compression des éléments du prix de revient n’avait pu s’effectuer proportionnellement à la chute des prix. A celle-ci n’avaient pu s’adapter que la valeur du capital circulant (matières premières) et la valeur du capital variable (salaires). Par contre, le capital fixe continuait à peser d’autant plus lourdement sur le coût de la production que la composition organique du capital était élevée.

Certes, les prix de revient n’étaient pas affectés sensiblement par la fraction de capital fixe représentant la valeur des installations immobilières dont l’amortissement pouvait s’échelonner sur une longue période. Ce qui les grevait considérablement, c’était la valeur incompressible d’un outillage gigantesque, en grande partie rajeuni au cours de la période de 1921-1928, au moyen de capitaux d’emprunt.

Dans la sphère agricole, les éléments fixes des coûts de production (surtout aux États-Unis) étaient : la rente foncière, les emprunts hypothécaires. Leur poids spécifique était d’autant plus pesant que le taux de dépréciation des produits agricoles dépassait celui des produits industriels, ce qui explique, qu’aux États-Unis, par exemple, le problème des "ciseaux" se croisa avec celui de la rentabilité industrielle.

La question centrale posée devant le capitalisme pouvait donc se résumer à ceci : étant donné qu’il n’était pas en son pouvoir d’augmenter la valeur-or de sa production, comment pouvait-il ramener la valeur-or du capital engagé au-dessous de la valeur du produit réalisé sur le marché, afin de rétablir le profit, sans lequel il ne pouvait vivre. Ou bien la compression exercée sur les éléments réductibles (matières premières, salaires, frais improductifs) permettait de rétablir un équilibre relatif entre couts et prix, ou bien cette compression se révélant insuffisante, devait s’étendre également aux éléments rigides du prix de revient.

* * *

La politique dite de "déflation" fut la tentative initiale du capitalisme de s’adapter à la baisse des prix-or en recourant à la première méthode, en rétablissant son "équilibre" sur une régression générale de la vie sociale, en rabaissant les besoins dont il avait, à l’époque de sa splendeur, pu permettre dans une certaine mesure. Il était évident, et nous 1’avons déjà indiqué, que l’ambiance historique ne permettait plus de faire dépendre la réduction des prix de revient d’un perfectionnement technique, d’un développement de la productivité du travail permettant d’abaisser les prix unitaires, puisque les limites fixées à la production constituaient un obstacle insurmontable, de plus l’élévation de la composition organique du capital qui en serait résultée n’aurait fait qu’approfondir le déséquilibre ; seules les industries de guerre pouvaient encore offrir un débouché au progrès technique.

Cette condition négative entrainait l’impossibilité de comprimer le capital variable par un abaissement de la valeur de la Force de travail, c’est-à-dire du temps de travail nécessaire à sa reproduction.

D’autre part, il n’était pas non plus possible d’étendre la journée de travail globale sociale (non pasla journée individuelle).

Il restait que le coût de la main-d’œuvre ne pouvait être réduit que :

a) par l’intensification du travail individuel équivalant à une augmentation de la journée de travail et permettant de diminuer le nombre d’ouvriers au travail ;

b) par la baisse du prix de la force de travail de sa valeur ; le chômage facilitait cet achat au rabais tout autant que la désagrégation du front prolétarien par les agents du capitalisme (socialistes et centristes). De plus, une falsification des index des prix de détail, de même qu’une pression exercée sur les prix des marchandises servant à l’entretien de la force de travail surtout des produits agricoles, contribuaient encore à maintenir chez 1’ouvrier l’illusion du "juste prix" de son travail.

La compression des prix de revient pouvait d’autre part s’exercer dans le sens d’une réduction de la plus-value absorbée par les frais de transports, charges "improductives" du chômage, dépenses "culturelles", dépenses administratives (fonctionnaires), impôts "pesant sur la production", revenus du petit commerce, etc. La politique de déflation ne pouvait cependant engendrer de résultats positifs que si elle parvenait à s’exercer avec suffisamment d’ampleur. Or, elle restait fonction de l’incidence sur les coûts de production des diverses composantes de ces derniers ; capital fixe, capital circulant, capital variable. De plus, ses résultats positifs étaient eux-mêmes neutralisés par des forces agissant dans le sens d’une contraction constante du marché qui découlait seulement du rétrécissement continu du pouvoir d’achat de la classe ouvrière, de la petite bourgeoisie et de la paysannerie, mais aussi de la psychose de baisse qui ne pouvait qu’encourager la thésaurisation.

En outre, les prix de vente loin de se figer, continuaient à baisser parce qu’ils avaient tendance à talonner les coûts de reproduction constamment ramenés au dessous des coûts de production du cycle qui s’achevait.

Les coûts et les prix agissaient réciproquement dans le sens de la baisse sans atteindre l’équilibre poursuivi. Cette tendance aggravait la perte du capital au lieu de l’atténuer. A chaque cycle productif l’opération "déflationniste" était à recommencer ; de même les ministres des Finances poursuivaient un chimérique équilibre budgétaire qui se dérobait toujours.

Il ne faisait donc aucun doute que : dans des conditions politiques déterminées, toute poursuite d’un équilibre économique par des méthodes directes devait n’être qu’illusion. Comme le constatait récemment un économiste bourgeois anglais à propos de la politique de "déflation" : "Dans notre monde occidental il y a une limite qui doit se trouver à peu près atteinte dans les Pays du Bloc-Or - en dessous de laquelle les revenus ne peuvent plus être réduits sans provoquer des réactions sociales de l’espèce la plus dangereuse."

Ces réactions sociales, les Nations fascistes purent facilement les étouffer parce qu’elles avaient préalablement brisé l’échine du prolétariat. Chez elle les limites de la déflation purent être poussées très loin au moyen d’un appareil étatique adéquat.

En Allemagne, après la grande expropriation inflationniste de 1923 qui avait allégé l’économie des dettes privées et publiques, la bourgeoisie avait importé d’énormes capitaux étrangers avec lesquels elle avait modernisé et rationalisé son industrie, mais qui avaient aussi considérablement alourdi le capital fixe ; par la suite cependant, ses créanciers anglais et américains en procédant à la dévaluation monétaire, s’étaient chargés eux-mêmes du soin de réduire automatiquement ces charges incompressibles pendant que l’État allemand suspendait tous les transferts.

L’Allemagne, d’autre part, put traverser une conjoncture de réarmement intensif qui améliora la rentabilité de ses entreprises tout en atténuant le chômage. L’instauration d’un quasi-monopole du commerce extérieur, d’un contrôle serré du marché des changes et le moratoire de ses dettes extérieures, lui conféra de plus une relative aisance de mouvements dans ses rapports avec l’extérieur et lui enleva toute préoccupation d’ordre monétaire. Démunie de réserves d’or et d’une monnaie convertible, elle n’eut pas non le souci de leur "défense". Or, la situation se présenta tout autrement en Angleterre, en France, aux États-Unis.

* * *

La conformation structurelle de ces économies sur qui continuaient à peser d’énormes capitaux "morts", devait nécessairement les amener à abandonner les méthodes d’adaptation à la baisse des prix, qui ne faisaient qu’accélérer la décomposition économique. L’accroissement incessant du pouvoir d’achat de l’unité monétaire exacerbait le conflit entre détenteurs de marchandises et de signes monétaires représentant de l’or.

L’économiste anglais Strakosch [1] trahissait les préoccupations capitalistes lorsqu’il disait que "par la baisse des prix plus de marchandises devaient être fournies pour respecter le "contrat monétaire". Si un emprunt avait été contracté dans une période de prix élevés et si, à 1’échéance, les Prix avaient baissé, plus de richesse réelle devait être fournie au règlement de la dette que si les prix étaient restés "stables"."

Mais les imprécations hypocrites lancées à l’or ne changeaient rien au fait que la valeur élevée de l’or ne faisait qu’exprimer le contraste spécifique et fondamental du capitalisme et que 1’antagonisme : Débiteurs-Créanciers n’était que la transposition, sur le terrain des classes, du conflit entre l’or, mesure des valeurs et l’or, moyen de payement.

En analysant les conséquences des variations de la valeur de l’or, Marx soulignait que "la monnaie exerce à deux périodes différentes deux fonctions différentes ; d’abord elle sert de mesure de valeurs, ensuite de moyen de payement qui répond à ce mesurage. Si dans cet intervalle, il y a variation dans la valeur des métaux précieux, le même quantum d’or servant de moyen, de paiement vaudra plus ou moins qu’à l’époque où il servait de mesure de valeurs et où le contrat a été conclu. La fonction d’une marchandise spéciale telle que l’or comme monnaie ou valeur d’échange matérialisée, est ici aux prises avec la nature de marchandise particulière dont la grandeur de valeur dépend de la variation de ses frais de production."

Mais, dans la crise générale du capitalisme, le rapport était renversé. Ce n’était pas la valeur de l’or qui changeait par rapport à toutes les autres marchandises, c’étaient celles-ci qui par rapport à l’or, signaient, par leur prix, la condamnation historique du mode de production capitaliste, et signifiait à celui-ci, qu’ayant prodigieusement développé la productivité des hommes, il était désormais incapable d’assurer leur bien-être.

Qui étaient les créanciers et qui étaient les débiteurs sous le règne du capital financier ?Apparemment celui-ci, dispensateur du crédit, faisait figure de créancier. Mais en réalité, il était bel et bien le débiteur de la masse immense et amorphe des épargnants impuissants, parce que privés du contrôle de la production. Cependant, si1e capital financier restait, d’une part, débiteur de sommes, nominalement fixes, il était, d’autre part, détenteur de valeur réelles représentées par l’appareil productif.

S’opposant donc :

D’un côté 1a grande masse des petits épargnants et des créanciers nominaux, des pensionnés, des porteurs de rente d’État, c’est à dire ceux que M. Vandervelde nommait sans ironie "les capitalistes passifs" et qui s’il fallait l’en croire, "se trouvaient au milieu de la détresse générale dans une situation meilleure qu’avant la crise". (Pour ce "marxiste", la baisse des prix ne pouvait donc être synonyme de "détresse générale"). De l’autre côté, la poignée des "capitaliste actifs", toujours d’après l’étymologie vanderveldienne, détenteurs des leviers de commande de l’économie, des richesses réelles et de l’Or.

* * *

L’idée d’enlever aux "créanciers" aux détenteurs de monnaie le "privilège" que la baisse des prix leur conférait, se conjuguait ainsi avec la nécessité d’alléger la production du poids écrasant des capitaux d’emprunts essentiellement consacres au perfectionnement technique, durant la phase de prospérité factice.

La dévaluation monétaire se présentait comme le "correctif" capable de rétablir l’équilibre entre le capital engagé dans la production et la valeur réalisée de cette production. L’économiste Strakosch, déjà̀ cité d’ailleurs, assurait que "la justice sociale est à la base de la dévaluation, car la classe appelée à en supporter les plus lourdes charges sera plutôt privée d’un bénéfice "hors contrat" (!) que la baisse des prix lui avait procuré" ! Comme quoi l’humour anglais ne perd jamais ses droits ! Il est clair que 1’antinomie "Déflation-Dévaluation" n’existe que dans l’imagination des démagogues socialistes ; par contre, il s’agit de deux tentatives, qui se complètent, de rétablir le profit capitaliste.

L’énonciation de Blum "qu’à coté de l’antinomie organique le problème monétaire fait apparaitre une dissociation pratique du capitalisme ; que sous sa forme financière et bancaire, le capitalisme tient mordicus pour la stabilité monétaire ; que sous sa forme industrielle et commerciale, il est de plus en plus nettement attiré vers une dévaluation" [2] ne résiste pas à une confrontation sérieuse avec la réalité. Et où Blum aperçoit-il une dissociation pratique du capitalisme ?

De même, c’est pure fantaisie que d’affirmer, comme le fait le "professeur" De Man qu’"inflation et dévaluation sont deux choses essentiellement différentes", car transposées sur le plan de l’antagonisme des classes, ce sont seulement deux méthodes différentes d’opérer un transfert de richesse au profit du Capital financier : à une déprédation monétaire résultant d’émissions de papier non gagé, la bourgeoisie substitue une autre dépréciation par réduction du contenu or de 1’unité monétaire, sans l’accompagner d’un gonflement de la circulation monétaire.

Nous avons indiqué précédemment que l’inflation avait permis à la bourgeoisie allemande d’assainir son économie. L’objectif de la dévaluation était d’aboutir, mais dans une proportion plus restreinte, aux mêmes résultats.

La simultanéité qu’elle créait entre la hausse des prix et la dépréciation du capital fixe et du capital variable, rétablissait l’équilibre cherché entre coûts et prix, tout au moins pour une période dont la durée était fonction des modifications intervenant dans le rapport de forces des impérialismes rivaux.

Les origines de ladévaluation et l’ambiance dans laquelle elle germait indiquaient clairement qu’il ne s’agissait pas à vrai dire d’un problème monétaire ; et l’exemple américain avait fourni la preuve que ce n’était pas l’existence d’immenses réserves d’or qui conditionnait le respect du statut monétaire, mais bien le climat économique et social.

Également en Angleterre, en 1931, le détachement de la Livre de l’or résulta bien des causes profondes que nous venons d’analyser, les retraits massifs de capitaux dont la contrepartie existait en créances à court terme bloquées en Europe Centrale (Allemagne et Autriche), n’avaient été que le déclic précipitant la rupture.

Aux États-Unis, la chute des prix de gros avait atteint une telle profondeur que le contraste entre prix de revient et prix du marché, entre les dettes des fermiers et leurs revenus était devenu intolérable et menaçait d’ébranler tout l’édifice social

Il va sans dire que pas plus qu’elle ne surgissait d’une crise la dévaluation ne pouvait être le produit de manœuvres spéculatives, celles-ci n’exprimant que les réactions superficielles des remous du tréfonds économique.

* * *

Comment se réalise cet équilibre interne et relatif, qui est l’objectif de la dévaluation ? C’est ce que révèle une analyse de son mécanisme, par sa décomposition en schémas successifs.

De leur confrontation peuvent se dégager des résultats qui, sans acquérir une valeur absolue, dénoncent quand même la tendance, l’orientation générale imprimée au cycle productif.

Pour la simplicité et la clarté des calculs, nous convenons ce qui suit :

a) le volume de la production reste constant ;

b) les prix considères sont les prix de gros déterminant le profit industriel ; 

c) avant la dévaluation, la force de travail est payée à sa valeur et le taux d’exploitation du travail est de 100% ;

d) les proportions fixées à la composition organique considéréé comme correspondant au niveau technique moyen sont forcément arbitraires ; mais elles n’infirment en rien la tendance qui se dégage ;

e) le Capital fixe envisagé n’est que la fraction de ce capital représentant la valeur de 1’outillage, qui doit s’incorporer rapidement à la production et constitue l’élément rigide des prix de revient. Nous le considérons comme étant du capital d’emprunt (crédits bancaires, obligations) sur lequel seul peut agir la dévaluation.

f) le Capital circulant représente la valeur des matières premières ou produits à transformer.

I - CYCLE PRODUCTIF AVANT LA CHUTE DES PRIX

(en valeurs or)

Prix marchand-valeur

Capital fixe Capital circul. Capital variable Plus-value Valeur du produit Prix du marché Capital engagé Masse du profit Taux du profit
500 300 200 200 1.200 1.200 1.000 200 20 %

Si nous supposons une baisse des prix de 50% (correspondant à peu près à la baisse mondiale en 1934) ce schéma devient, en admettant que les salaires aient subi une baisse proportionnelle :

II - CYCLE PRODUCTIF APRÈS LA CHUTE DES PRIX

(en valeurs or)

Capital fixe Capital circul. Capital variable Plus-value Valeur du produit Prix du marché Capital engagé Masse du profit Taux du profit
500 150 100 100 850 600 750 150 Perte 20 % du capital engagé

On remarquera par ce deuxième schéma que la plus-value, bien qu’elle ait été réellement produite au cours du cycle ; bien qu’il y ait eu effectivement exploitation de l’ouvrier à 100%, n’a, non seulement, pu être réalisée sur le marché, mais qu’en outre, le Capital a été ampute de 20%.

Dans ces conditions, le procès du travail ne peut être renouvelé que sur une base diminuée ; même une main d’œuvre entièrement gratuite ne suffirait pas à l’amortissement total de la perte. On voit que si la valeur du capital fixe avait pu être ramenée au niveau des prix, la production serait réalisée avec le profit primitif, puisque tous les éléments de la production auraient été réduits de 50%.

Admettons maintenant que l’unité monétaire soit dévaluée de 33%, ce qui correspond à une dépréciation réelle de 50%. Nous supposons aussi une hausse d’adaptation des prix de gros et un volume de production invariable. Le capital circulant (matières de provenance étrangère) est racheté avec une hausse de 50%.

Le capital variable ne hausse pas momentanément mais la valeur totale du travail (en papier) augmente évidemment de 50%, ce qui porte le taux d’exploitation à 200%.

Nous obtenons :

III - CYCLE PRODUCTIF APRÈS LA DÉVALUATION

(en valeurs papier)

Capital fixe Capital circul. Capital variable Plus-value Valeur du produit Prix du marché Capital engagé Masse du profit Taux du profit
500 225 100 200 1.025 900 825 75 9 %

Nous remarquons que 37% de la masse de la plus-value ont pu être réalisés. En convertissant les chiffres ci-dessus en or, nous aurons un niveau de 66,66%.

Capital fixe Capital circul. Capital variable Plus-value Valeur du produit Prix du marché Capital engagé Masse du profit Taux du profit
333 150 66 133 682 600 549 51 9 %

D’une comparaison avec le schéma II, il résulte qu’avec des prix de vente en or inchangés, la perte primitive de 20% s’est transformée en un profit de 9%.

D’autre part, pour un volume équivalent de production, la valeur en or du capital engagé a pu être réduite de 750 à 540, soit 26%. La différence provient :

a) de l’amortissement d’un tiers du capital fixe aux frais des créanciers.

b) d’une dépréciation de la force de travail équivalent à 1/3 de sa valeur [3].

En supposant une adaptation des salaires à une hausse des prix de détail de 50%, nous aurons :

IV - CYCLE PRODUCTIF AVEC HAUSSE DES SALAIRES DE 50 %

Capital fixe Capital circul. Capital variable Plus-value Valeur du produit Prix du marché Capital engagé Masse du profit Taux du profit
500 225 150 150 1.025 900 875 25 3 %

Mais en réalité, la hausse des prix de détail retardera sur celle des prix de gros ; en outre, la pression du capital monopoliste sur la paysannerie et sur le petit commerce (par l’entremise du commerce standardisé) permettra de contenir la hausse des prix de détail en deçà du taux de la dépréciation monétaire tandis que d’autre part, une falsification des index pourra aisément s’opérer.

La compression de la valeur or du capital variable s’effectuera donc, en partie au détriment de l’ouvrier dans la mesure où le pouvoir d’achat de son salaire diminuera et, en partie au détriment de la petite bourgeoisie, dans mesure où la non-adaptation des prix de détail à la dépréciation monétaire réduira ses revenus.

La dévaluation, loin donc de relever les salaires réels poursuivra au contraire leur abaissement et la force de travail, déjà payée sous le signe de la "déflation" au dessous de sa valeur c’est-à-dire au dessous du prix de son entretien "normal", sera dépréciée davantage encore sous le signe de la politique de la "rénovation économique" et "d’élargissement du pouvoir d’achat des masses".

Que la dévaluation ne puisse déterminer un élargissement du pouvoir d’achat, mais qu’elle doive, au contraire, le contracter, découle non seulement de la réduction des revenus du prolétariat et de la petite bourgeoisie, mais encore de l’expropriation partielle des créanciers de l’État, des titulaires de dépôts bancaires, ou de livrets de Caisse d’Épargne, ainsi que de la grande masse des détenteurs de billets de banque dont la spoliation sera même cyniquement proclamée par le capital financier dans les bilans des banques dites "nationales" sous l’intitulé : "revalorisation des réserves d’or" !

Dans ces conditions, la ranimation économique temporaire qui peut se vérifier immédiatement après la dévaluation a son origine dans le fait que la tendance à la hausse des prix-papier mobilise du pouvoir d’achat potentiel, thésaurisé, qui n’est que l’équivalent du produit non-consommé d’activités productives passées il s’agit seulement de fractions du fonds d’accumulation ou du fonds de consommation que la crise avait refoulées du procès de renouvellement de la production ou de la sphère de la circulation et que le "choc" de la dévaluation incite à une transformation en objets de consommation, mais non en capital, puisque les conditions structurelles du capitalisme s’y opposent.

Une reprise s’étayant sur un élargissement de la base économique ne pourrait se concevoir que s’il existait une possibilité réelle d’extension du marché capitaliste ou, que si dans la répartition capitaliste, pouvait intervenir une modification déterminant une extension de la consommation des masses par prélèvement sur le revenu bourgeois. Nous savons que c’est l’inverse qui se vérifie et les auteurs de Plans Cégétistes, Plans du Travail et autres calembredaines contrerévolutionnaires qui proposent une extension du marché intérieur n’auront garde de mettre en évidence l’absurdité de telles hypothèses.

* * *

Nous avons indiqué que la dévaluation n’était que le produit d’un climat économique et social déterminé et qu’elle ne pouvait pas être plus qu’une solution de contingence, une des formes d’adaptation du capitalisme à son stade dépérissant. Au rétablissement de la rentabilité capitaliste, il ne fallait donc attribuer qu’une valeur précaire et épisodique et non la signification d’un équilibre définitif conféré au capitalisme. Et les économies recourant à la politique de dévaluation pouvaient mesurer ses résultats à l’ampleur de leur base impérialiste et à leur poids spécifique dans la sphère des échanges internationaux.

C’est ainsi que le "secret" de la guerre monétaire ne peut être pénétré qu’à condition de se souvenir que le problème des débouchés a changé radicalement d’aspect.

Sous le signe d’une régression continue du commerce international qu’accélère encore "l’auto-défense" des nationalismes exacerbés, il s’agit bien moins, pour chacune des économies impérialistes, de développer ses débouchés extérieurs que de conserver et de protéger ceux qu’elle détient encore. L’objectif de la dévaluation n’est donc pas de leur assurer une prime à l’exportation, qui ne peut plus jouer, puisqu’elle se heurte aux barbelés des contingentements, des tarifs, des clearings, etc., et que la "libre" concurrence internationale est bien révolue. "Battre" l’antagoniste concurrent qui se dérobe derrière la muraille protectionniste n’a plus aucun sens, c’est-à-dire que le groupe capitaliste qui dévalue n’a nul désir de faire suivre la réduction des prix de revient de celle des prix de vente ; au contraire, il s’efforcera de maintenir le niveau des prix-or, si pas de l’élever, car il ne peut consentir à payer de sa ruine une "victoire" sur un groupement rival. Non pas que la dévaluation ne conduise pas à une nouvelle hausse des prix-or, car c’est au contraire, ce qui se vérifie et ce, dans la mesure où elle étend son champ d’expérience et l’expérience anglaise étant concluante à ce sujet. Mais cette baisse des prix-or n’annihilera les résultats positifs de la dévaluation que si elle atteint la limite des compressions qui auront pu être exercées sur les éléments des prix de revient. Pour reprendre le deuxième aspect du schéma III, il est évident que si les prix tombaient de 26% la perte primitive de 20% réapparaitrait.

Il ne fait aucun doute que l’accentuation des contradictions impérialistes ne peut que bousculer sans cesse les prix vers la baisse. Mais entretemps, le groupement opérant la dévaluation a la possibilité d’assainir sa production et par là même de consolider ses positions sur le marché mondial.

Sur le plan international, le problème se ramène essentiellement à ceci : créer des conditions telles qu’une action conjuguée sur les prix intérieurs et le change de la monnaie aboutisse au résultat que le pouvoir d’achat intérieur de la monnaie se maintienne au dessous de son pouvoir d’achat extérieur.

En d’autres termes, l’unité monétaire doit pouvoir obtenir plus de marchandises étrangères que de marchandises nationales. Ou bien encore, la valeur d’un volume déterminé de marchandises exportées doit pouvoir racheter un volume plus grand de marchandises importées ; cela revient à dire qu’un groupe impérialiste tente de vendre le plus cher possible le volume des exportations qui lui est assigné dans le cadre du nationalisme économique ; la masse de profit qui résultait antérieurement d’une expansion de sa production et de ses exportations, il doit pouvoir la rétablir par l’augmentation en valeur d’une production restreinte. Non pas le capitalisme renonce à développer ses exportations, mais il y renonce dans la mesure où cela peut entamer son profit.

A la prime d’exportation, il préfèrera substituer une prime d’importation qui lui permettra d’acheter à meilleur compte les produits nécessaires à sa production (matières premières et produits agricoles tout en recourant à son mécanisme protectionniste pour barrer la route aux produits capables de concurrencer les produits nationaux.

La prime d’importation devient aussi une "monnaie d’échange" en vue du développement des exportations : on achètera davantage à condition de pouvoir vendre davantage ; ou bien la prime qui exprime la différence entre les prix intérieurs et les prix mondiaux, permettra de consentir un abaissement des prix de vente en vue de maintenir, si pas d’élargir, les marchés extérieurs, alors que les méthodes "déflationnistes" avaient dépassé les possibilités d’une réduction "rentable" des prix.

* * *

Dans notre étude sur l’Évolution de l’Impérialisme anglais [4] nous avons souligné l’importance de la capacité d’achat du marché anglais et le caractère d’universalité de la Livre sterling ; deux éléments qui ont joué un rôle considérable dans la politique monétaire poursuivie par l’Angleterre, après l’abandon de l’étalon-or.

Le décrochement de la Livre de l’or n’entraina pas de modification du statut monétaire anglais et aujourd’hui, la dépréciation monétaire n’est pas encore légalement consacrée ; il n’y a que suspension de la convertibilité du billet.

Mais la dépréciation de la Livre eut inévitablement pour effet d’accélérer la baisse des prix mondiaux, car le commerce international s’effectuait pour moitié en monnaie anglaise. Si d’une part, il en résulte une aggravation de la crise au sein des impérialismes rivaux, particulièrement aux États-Unis, d’autres part, l’élargissement de l’orbite d’attraction de l’Empire britannique provoqua l’adhésion à sa politique monétaire d’économies vassales : États scandinaves, pays d’Amérique du Sud et finit par agglomérer un bloc comptant aujourd’hui 50 nations.

Tandis que le pouvoir d’achat de l’or poursuit son ascension, le pouvoir d’achat de la Livre-papier, au contraire, régressa : les prix mondiaux continuaient à baisser et leur chute atteignait de 1931 à 1933 : aux États-Unis., 20% ; en France, 18% ; par contre, en Angleterre, la baisse était enrayée.

Survint alors la volte-face de la politique économique anglaise. En vue de lui donner le maximum d’efficacité l’Imperia1isme britannique ne manqua pas de faire intervenir l’énorme puissance d’attraction de sa capacité d’achat et de peser de son poids écrasant de principal acheteur du monde ; une action consciente sur le marché des changes (Fonds de contrôle) conjuguée avec le jeu de tarifs préférentiels fixes par les accords impériaux d’Ottawa, lui permit d’agir pesamment sur le mouvement des prix mondiaux et surtout sur les prix américains.

L’antagonisme anglo-américain se développa sous des formes nouvelles qui laissèrent apparaitre le rôle capital dévolu aux variations monétaires exerçant leur influence sur les prix.

Les Anglais ayant ravi aux Américains la prime d’importation que ceux-ci détenaient avant septembre 1931, en usèrent pour acheter à bon marché les produits nécessaires, tout en opposant la muraille impériale aux fabricants concurrents.

Ainsi l’Angleterre joua de sa prime pour tenter de développer ses exportations vers les pays producteurs de matières premières et produits agricoles (États-Unis, Argentine, pays scandinaves, France).

Mais, au début de 1933, la riposte américaine se déclencha. Sous le pression du krach bancaire qui menaçait toute l’économie d’effondrement, Roosevelt, armé de pleins pouvoirs et tournant carrément le dos aux méthodes "déflationnistes" de Hoover, orienta l’impérialisme américain vers une nouvelle politique économique tendant à provoquer la hausse des prix, à opérer une amputation du capital fixe industriel, une réduction des dettes des fermiers (dont l’agitation s’érigeait en menace sociale), tout en assurant au dollar, en le décrochant de l’or, une liberté de mouvement sur le marché international des changes.

 L’âpre lutte engagée entre la Livre et le Dollar renversa les positions : les États-Unis récupérèrent la prime d’importation qu’ils avaient dû céder après 1931 et ils la consolidèrent en renforçant considérablement leur système douanier.

La bataille monétaire anglo-américaine eut pour conséquence de miner les positions du Bloc de l’o r constitué après l’échec de la Conférence Économique de 1933 ainsi qu’à la fin de 1934, les charges fixes en Angleterre et aux États-Unis avaient été sensiblement réduites ; les pouvoirs d’achat de la Livre et du Dollar avaient été ramenés à peu près au niveau de celui de 1929 et la rentabilité capitaliste avait été amélioré. Au contraire, dans les pays constituant le Bloc-Or et surtout en France, les charges fixes du capital restaient de plus de 50% tandis que la baisse des prix de gros se poursuivait. La France, tout en "bénéficiant" théoriquement d’une importante prime à l’exportation vis-à-vis de l’Angleterre et des États-Unis, payait, avec une monnaie "appréciée" les produits anglais et américains plus chers que ses propres produits.

Il apparaissait de plus en plus que si elle ne voulait pas sortir vaincue de cette gigantesque bataille monétaire, la bourgeoisie française aurait à recourir à son tour à la grande mesure expropriatrice capable de lui apporter le répit indispensable en "alignant" sa monnaie et son économie sur la monnaie et l’économie des impérialistes rivaux.

Mais "alignement" n’implique nullement stabilisation monétaire internationale qu’il est impossible de situer au bout de la période de décomposition progressive du capitalisme se dirigeant irrésistiblement vers son issue "naturelle" : la Guerre. Et la résolution de la Conférence de Londres en 1933 marquant : "qu’il était de l’intérêt de tous de réaliser, dès que les circonstances le permettraient, la stabilité dans le domaine monétaire international la date et la parité étant à déterminer dans chaque cas, par le pays intéressé" pouvait rejoindre à la poubelle tous les nombreux vœux déjà émis en faveur d’un rétablissement du commerce international, du désarmement économique ou militaire, etc.

Si les impérialistes sont à la recherche d’accords, c’est parce que chacun d’eux en escompte une consolidation de ses positions rapport aux autres. Si aujourd’hui, les États-Unis proposent une stabilisation monétaire, c’est parce que celle-ci peut leur permettre de conserver 1es avantages acquis par la politique de Roosevelt. Si l’Angleterre repousse l’offre américaine, c’est parce qu’elle lui parait inopportune. Enfin, si la France impérialiste se fit jusqu’ici le "défenseur" de l’or c’est parce qu’elle appréhendait l’issue du conflit entre la Livre et le Dollar. La recherche d’un équilibre transitoire entre les forces antagoniques, voilà ce à quoi doit se limiter le capitalisme mondial, et non la recherche d’un illusoire équilibre économique universel qui serait assuré et réglé par un mécanisme monétaire dont le fonctionnement exclurait toute fluctuation du pouvoir d’achat de l’or !

Il y a 75 ans déjà̀ Marx, dans sa Critique de l’Économie Politique se moquait de semblable utopie : "nous pouvons juger la profondeur de la critique qui veut supprimer les "inconvénients" de la production bourgeoise par l’abolition du "privilège" des métaux précieux et par l’introduction d’un soi-disant système monétaire rationnel".

"La stabilité monétaire est conditionnée par la stabilité des prix, par la stabilité du pouvoir d’achat de l’or", répètent 1es agents du capitalisme. "Ce que l’intérêt ouvrier exige", dit Blum, "c’est la stabilité de la valeur d’achat, et par conséquent, constance du rapport entre l’or et les marchandises. Il ne suffit pas qu’un salaire donné représente un nombre fixe d’unités monétaires, il faut encore que ces unités monétaires représentent une quantité fixe de marchandises". Il ajoute : "Si l’on dévalue, on altère le rapport de la monnaie avec l’or ; si l’on maintient la parité avec l’or, on laisse libre cours au phénomène de la hausse de l’or, on altère le rapport de l’or avec les marchandises. Et dans l’une comme dans, l’autre hypothèse, les travailleurs sont directement ou indirectement atteints !" (Populaire, 28-9-1934).

Avec de telles conceptions, le prolétariat n’a évidemment rien de commun puisqu’elles n’apportent qu’une contribution aux desseins du capitalisme d’échapper à l’action de ses propres lois, et qui poursuit l’avilissement de la valeur de la Force de Travail jusqu’au jour où il pourra anéantir matériellement celle-ci dans la, fournaise de la guerre. Blum nous dit qu’en face des manœuvres monétaires de la bourgeoisie, "la classe ouvrière a à rechercher le parti le moins nocif, à dresser une balance d’inconvénients et d’avantages" (comme pour la "Démocratie"). Nous opposons à cette argutie contre-révolutionnaire la nécessité pour 1e prolétariat de lutter pour la défense de son salaire réel, ce qui doit lui faciliter la vérification de l’impossibilité d’une amélioration de son sort dans les cadres du système capitaliste et le convaincre de l’inévitabilité d’une lutte pour le pouvoir.

MITCHELL (Début de l’article)

Notes :

[1Sir Henry Strakosch (1871—1943), banquier et homme d’affaires britannique d’origine autrichienne

[2Le Populaire, 28-9-1934.

[3Dans la réalité, la "déflation" a déjà abaissé la force de travail au dessous de sa valeur.

[4Bilan, numéro 13 et 14.




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