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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Manifeste de la Fraction italienne de la Gauche communiste
{Bilan} n°23 - Septembre-Octobre 1935
Article mis en ligne le 1er février 2017
dernière modification le 13 janvier 2017

par ArchivesAutonomies
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PROLÉTAIRES !

La fraction italienne de la gauche communiste s’adresse à vous avec la pleine conscience de la gravité énorme de la situation actuelle et des responsabilités qui pèsent sur elle : conscience et responsabilité qui ne sont pas des affirmations vides et abstraites, présomption ou prétention, mais les produits d’un long passé d’activité politique. Par la solide cohérence et le développement de ses positions politiques, que les événements ont confirmées, notre fraction peut représenter aujourd’hui, dans l’ouragan social où tout périclite et se précipite, l’ancre à laquelle peut s’attacher le prolétariat, l’extrême tranchée de la révolution où se construisent et se trempent les bataillons de la victoire communiste. L’appel de notre fraction tend à mobiliser vos énergies afin qu’au naufrage de vos institutions de classe et de vos vies dans la guerre, soit opposée la seule réplique que l’histoire et la lutte des classes admettent : le naufrage et la destruction du régime capitaliste au travers de votre victoire insurrectionnelle. Dans ce but, seule la compréhension du passé peut projeter la lumière sur l’avenir et nous faire apercevoir le chemin de la victoire.
Fascistes, démocrates, socialistes et centristes sont arrivés au terme de leur œuvre : après avoir, par des voies différentes, intimement collaboré à l’œuvre de démantèlement et d’étranglement du prolétariat mondial, ils se rejoignent et fraternisent pour donner à cette œuvre la seule conclusion que permet un régime basé sur la division en classes : la guerre. Oh ! tous, de Staline à Vandervelde, de Mussolini et Hitler à Laval et Baldwin, tous voudraient éviter de tomber dans le précipice, après l’avoir, pendant des années et des années, creusé avec les os des prolétaires massacrés. Ainsi qu’en 1914, de même aujourd’hui, ceux qui - au travers de la guerre civile que le régime capitaliste porte en ses entrailles - ont étranglé, en le prolétariat, la seule force historique capable de construire une société sans classe qui opposera à la société bourgeoise de l’exploitation de l’homme par l’homme et de la guerre, l’harmonieuse convivance de l’humanité, non plus assujettie, mais s’assujettissant le processus de la production et de son développement ; ceux qui, aujourd’hui, comme en 1914, ont vaincu dans la guerre civile, au nom et pour le compte du capitalisme, consacrent cette victoire dans le déchaînement de la guerre : après la "paix" entre les brigands pour massacrer le prolétariat, la "guerre" entre les brigands pour l’hécatombe de millions d’ouvriers.
Au nom de la "paix", on prépare fiévreusement la guerre. Mussolini voudrait "pacifiquement" conquérir l’Éthiopie et, suivant le chemin que les démocrates d’aujourd’hui, français et anglais, ont battu dans le passé, il veut amasser des monceaux de cadavres en Abyssinie afin de "civiliser" ces territoires, lui qui personnifie le régime d’esclavage et de terreur qui a brisé provisoirement la seule force de la civilisation en Italie : le prolétariat ; lui, le bourreau qui, clouant une croix de mort à chaque foyer ouvrier, ne pouvait toutefois empêcher que les morts, les emprisonnés, les déportés deviennent les piliers du parti de la victoire révolutionnaire, de ce parti qui manqua en 1919-20 pour donner à l’éruption révolutionnaire des masses, conscience et substance, pour en faire le torrent qui portera l’humanité de la phase préhistorique des régimes de classes à la phase supérieure où l’histoire peut commencer : la société communiste.
"Pacifiquement", le Négus voudrait conserver sa domination sur les populations abyssines soumises à un régime d’exploitation infâme ; ses déclamations sur l’indépendance et l’intégrité de la "nation", dans la phase actuelle où la seule force de progrès est le prolétariat mondial, ses déclamations se révèlent pour ce qu’elles sont : des instruments de tromperie des masses et Hailé Selassié acceptera tous les concours en cette œuvre d’exploitation des travailleurs abyssins : celui de financiers "étrangers" qui acquerront des concessions pour sucer le sang des populations indigènes, celui des gendarmes "étrangers" qui briseront l’échine de ces travailleurs qui oseraient se dresser en un effort de défense et de rébellion.
"Pacifiquement", les impérialismes français et anglais voudraient conserver les positions conquises à Versailles.
"Pacifiquement", l’impérialisme allemand voudrait obtenir une révision des frontières établies en 1919.
"Pacifiquement", les socialistes voudraient garder les places qu’ils ont pu conquérir dans les organismes que le prolétariat a fondés au prix de la vie des ouvriers et en des batailles où il dut affronter la férocité capitaliste, dans des organismes qu’ils ont pliés au service de l’ennemi ; "pacifiquement", ils voudraient continuer l’orgie dans l’attente tranquille des appointements mensuels et des honneurs dans les ministères, les parlements et les autres institutions capitalistes.
"Pacifiquement", les centristes voudraient continuer à maintenir le prolétariat russe en une sujétion économique et politique qui leur permette de pénétrer dans l’aisance, la tranquillité, la débauche où se remuent les exploiteurs capitalistes.
Mais les bases de la société capitaliste ne permettent pas de rester indéfiniment sur les rails d’un cours d’événements, sur la ligne d’une uniformité constante qui, domptant et étranglant le prolétariat (la personnification sociale de la seule force capable de se mettre à la tête du développement incessant des forces de production), dompte et étrangle la seule force qui puisse éviter la guerre. Le régime actuel, même après avoir égorgé le prolétariat, n’aura pas de paix, parce que chaque instant de sa vie et de son évolution n’est possible qu’en créant un contraste dans la personne du capitaliste concurrent, de l’État adverse, du monopole ou de la constellation d’États qui surgit en opposition.
Il n’aura pas de paix parce qu’il veut tourner aux fins de l’appropriation privée les forces de la production qui débordent les cadres de son régime et se dirigent vers la satisfaction des besoins non des individualités, mais des collectivités, parce que les institutions de classe des ouvriers ne peuvent pas servir indéfiniment les intérêts de la classe ennemie, mais ressusciteront de la guerre comme les bastions de la révolution. Et ces lois historiques nous permettent de comprendre que socialistes, centristes, démocrates et fascistes sont tous les prisonniers de ces mêmes forces qu’ils ont engendrées ; eux qui, au travers de la violence et de la corruption, ont étranglé le prolétariat, ne peuvent que tomber dans la guerre.
Et déjà la manœuvre qui tend à établir le front unique autour des impérialismes respectifs, déjà cette manœuvre se profile à l’horizon de la situation actuelle. Au son de l’"Internationale", les prolétaires devraient se faire tuer au nom de l’antifascisme et de la démocratie où se dissimulent aujourd’hui les coffres-forts des vampires capitalistes français et anglais, les gueules des traîtres socialistes et centristes fraternisant après que leur œuvre ait obtenu son plein succès, l’œuvre qui a fait de l’État russe - qui fut la forteresse de la révolution - une forteresse du régime capitaliste mondial. Contre la dictature des vainqueurs de Versailles et pour les nations "prolétariennes", les ouvriers allemands et italiens devraient se faire tuer. Les cuirassés anglais dans la Méditerranée, voilà le drapeau que tiennent dans leurs mains les socialistes et les centristes. Les armées italiennes en Éthiopie : voilà les étendards des "principes de la justice".
C’est là le panorama de la situation actuelle. La Société des Nations continue son rôle en couvrant d’un masque qui veut aveugler les masses, l’activité qu’elle déploie pour la formation des constellations pour la guerre. Les principaux vainqueurs de Versailles, France et Angleterre, cherchent fiévreusement le chemin qui peut les conduire à une alliance militaire. La France, incertaine de l’appui anglais, voudrait se garantir contre l’Allemagne par un soutien italien et, dans ce but, elle est disposée à laisser les mains libres à Mussolini afin que celui-ci répète ce qu’elle fit jadis au Maroc, en Tunisie, en Indochine et dans toutes ses autres colonies. D’autre part, l’Angleterre voudrait s’opposer à l’hégémonie française ainsi qu’à l’expansion italienne par un appui au plan allemand. Enfin, la lutte se déchaîne sur le front italo-allemand pour voir qui des deux pourra prendre la place de premier ordre dans la constellation des États qui combattront pour réparer les "injustices" de Versailles. La Russie Soviétique, où le récent développement industriel ne pose pas d’une façon aiguë les mêmes problèmes qui, dans les autres États, deviennent insolubles en dehors de la guerre et où la socialisation des moyens de production se basant sur l’accumulation progressive de la plus-value et non sur l’élévation de la teneur de vie des producteurs, élimine - dans les cycles de la production - les crises rythmiques intermédiaires pour les faire tomber directement dans la guerre, la Russie Soviétique agit au sein même du front des contrastes impérialistes et n’hésite pas à se relier avec celles des constellations où elle considère pouvoir mieux protéger ses intérêts. La Russie Soviétique n’hésite pas à appeler les ouvriers à se serrer autour de ces forces de "paix" qui s’appellent aujourd’hui la défense de la voie impériale anglaise, qui pourront demain s’appeler la défense des principes de justice dans l’intérêt des États qui furent vaincus à Versailles.
Ni dans un camp, ni dans l’autre, ne se trouvent et ne peuvent se trouver les intérêts de la classe ouvrière : la guerre n’est pas l’opposition d’un groupe impérialiste à l’autre ; elle est le moment extrême de l’attaque solidaire des deux constellations contre le prolétariat, la force qui menace et met en danger le régime de l’un et de l’autre groupe : le régime du capitalisme mondial.

PROLÉTAIRES !

Le prolétariat qui avait vaincu, en Russie, en 1917, se trouva dans l’impossibilité de relier sa victoire avec celle des prolétariats des autres pays où les batailles révolutionnaires ne conduisirent pas au triomphe de la classe ouvrière parce que manquait l’organe de guide : le parti de classe. En Russie seulement, le matériel théorique et organisatoire avait été construit avant la guerre au travers d’un travail de fraction que Lénine dirigea admirablement. Le socialisme qui ne peut vaincre que sur un plan de luttes internationales du prolétariat, a été enfreint par les défaites du prolétariat allemand, italien, chinois, de tous les pays. Pour sauver le capitalisme dans l’immédiat après-guerre, les démocrates et les socialistes d’hier et d’aujourd’hui prirent une place de premier ordre et sauvèrent la "civilisation" en massacrant les prolétaires révolutionnaires. Ils représentèrent la force essentielle dont se servit le capitalisme pour sauver son régime. En un second moment, de nouvelles forces prirent cette place. Ces nouvelles forces (le centrisme ayant été engendré par la défaite de 1923 en Allemagne) purent arriver à briser, dans la révolution chinoise, le bastion que les millions d’exploités d’Asie voulaient élever pour se joindre au prolétariat des pays capitalistes en vue du triomphe de la révolution mondiale et arrivèrent enfin, en 1928, à expurger les partis communistes de leur aile marxiste, préparant ainsi la trahison actuelle.
En 1922 tomba, en Italie, une forteresse du prolétariat mondial et, à cause de circonstances historiques qui empêchaient au capitalisme italien toute manœuvre
corruptrice au sein du prolétariat, eut lieu le triomphe des hordes fascistes. Successivement, en Allemagne, en 1923, fut résolu, au désavantage du prolétariat mondial, le duel entre les classes protagonistes autour du nouvel organisme que la classe ouvrière internationale s’était donné : l’État russe. Ainsi que pour les syndicats, au temps de la Deuxième Internationale, la bourgeoisie comprit qu’envers l’État prolétarien il n’était pas possible de déchaîner l’attaque violente, mais il fallait recourir à la manœuvre de la corruption. D’autre part, les bolchéviks qui dirigèrent les batailles de 1923, au travers de l’I.C., crurent que le chemin à entreprendre pour la victoire mondiale consistait dans la subordination des batailles de classes allemandes au plan de l’extension et du développement de l’État russe. Dans ce but, ils défendirent une tactique insurrectionnelle contre laquelle ils avaient combattu en Russie, où le prolétariat avait conquis le pouvoir parce qu’au lieu de préconiser la collaboration ministérielle avec les ennemis des ouvriers (ainsi qu’on le fit en Saxe et en Thuringe en 1923), ils soutinrent le mot d’ordre de la conquête insurrectionnelle du pouvoir. Des batailles de 1923 en Allemagne, l’État prolétarien sortait avec une altération profonde de ses caractères et les prémisses étaient posées pour donner vie au nouveau courant qui devait rejoindre, dans sa fonction historique, le réformisme qui nous avait conduits à la trahison de 1914 et qui, en 1927 en Chine, se révéla être la digue essentielle de la défense du capitalisme international.
Au sein du parti italien et de l’Internationale, notre courant qui, en janvier 1921 à Livourne, consacra l’acte de naissance du prolétariat italien en tant que force historique de la révolution, a développé une œuvre intense pour sauver l’organisme qui avait jailli de la victoire d’Octobre 1917 : l’Internationale Communiste. En 1923, au cours des événements allemands, l’alternative fut posée à notre courant : ou se maintenir à la direction du parti italien en se rendant co-responsable de l’évolution qui devait conduire à la déformation organique de l’État prolétarien et de l’Internationale, ou bien remettre la démission de la direction, car aucune possibilité ne lui fut donnée pour défendre intégralement ses positions de ces postes, et cela pour le mouvement italien aussi bien qu’international. Par conséquent, il emprunta le chemin de Lénine pour la construction des fractions, mais se heurta non seulement à la lutte brutale du centrisme, mais aussi à la manœuvre de confusion du trotskisme, tombé récemment dans les bras des traîtres de 1914.
Entretemps, de l’altération organique qui s’était produite en 1923 dans la politique de l’État prolétarien, devait se développer la nouvelle force de corruption et de trahison du prolétariat ; le centrisme, qui recalqua les traces laissées par le réformisme entre 1900 et 1914. En Allemagne, en face du plan du capitalisme pour arriver à la victoire fasciste, le centrisme représente, avec le socialisme, une force de premier ordre pour le succès de l’ennemi. En 1933 tombe un autre bastion du prolétariat international : les organismes du prolétariat allemand s’écroulent dans les cendres. Cette défaite emporta dans un tourbillon l’Internationale Communiste et marqua la bifurcation des situations qui se dirigeront désormais vers le déclenchement de la guerre. Ensuite, le capitalisme mondial, qui avait étranglé le prolétariat italien et allemand, dispersé - en s’appuyant sur le centrisme - le prolétariat chinois devait diriger son attaque frontale contre la classe ouvrière de ces pays qui étant sortis victorieux à Versailles, pouvaient ne pas devoir recourir au fascisme. Durant les mois écoulés, ce plan du capitalisme a obtenu son succès total : Staline recevra en Laval l’ambassadeur du capitalisme et lui signifiera son appui au plan d’armement pour la guerre. Mussolini et Hitler ont égorgé le prolétariat italien et allemand : Hitler portera à sa conclusion le plan de Noske et Scheideman en des circonstances historiques différentes. Ont immobilisé et dispersé le prolétariat chinois, écartelé le prolétariat français, les centristes, en consacrant dans la personne de Staline, la rupture du front prolétarien.
Aujourd’hui, les centristes ont rejoint les traîtres de 1914 et les bourreaux fascistes, en proclamant la nécessité pour les prolétaires de défendre la patrie. Lénine disait, en 1915, que "les phrases sur la défense de la patrie, sur la résistance à l’agression ennemie, sur la guerre de défense, etc., ne représentent pas autre chose, des deux côtés, qu’une tromperie du peuple". Aujourd’hui, les centristes sont à leur place pour permettre le carnage mondial.
Les socialistes sauvent le régime capitaliste en 1919-20. L’immaturité du prolétariat mondial empêchera les bolchéviks de maintenir sur les rails de la révolution l’État prolétarien qui sortira défiguré des batailles de 1923 en Allemagne et engendrera le centrisme : voilà les prémisses de la terrible situation actuelle et de la guerre.

PROLÉTAIRES !

L’outrage suprême qu’on puisse vous faire est celui que vous font socialistes et centristes en vous disant que les terribles événements actuels dépendent de la nécessité où se trouverait Mussolini de faire sa "guerre de prestige" ; qu’une personne pourrait avoir entre ses mains les fils d’événements qui verront descendre sur le champ de la guerre des millions d’hommes armés. De même en serait-il pour ceux qui voudraient faire croire que la position actuelle et contre-révolutionnaire de l’État russe dépendrait des capacités diaboliques de Staline. Non. Nous assistons aujourd’hui à une précipitation des situations dont le capitalisme devient temporairement le seul acteur ayant pu provisoirement dompter le protagoniste de la nouvelle société : le prolétariat. La classe ouvrière paie aujourd’hui le prix de son immaturité à profiter des situations de l’après-guerre pour arriver, sous le guide d’un parti de classe, à la victoire révolutionnaire. Le parti de classe ne s’improvise pas, comme le prouvent les formidables événements d’Espagne et d’Autriche. Les prolétaires de Lindz, de Vienne, des Asturies ne firent pas comme ceux d’Allemagne et d’Italie en 1919 et 1920 et mirent en action leurs mitrailleuses pour défendre leur classe. Mais ces armes ne les préservèrent pas de la défaite : les batailles historiques ne se résolvent pas uniquement au travers des armes, mais au travers d’armes qui sont actionnées par des munitions idéologiques, théoriques et tactiques du prolétariat, munitions qui ne peuvent être préparées qu’au travers d’un travail de fraction. En Autriche comme en Espagne, le prolétariat ne fut pas en mesure de développer ce travail et les Bauer et Caballero, qui avaient collaboré avec la bourgeoisie pour massacrer le prolétariat dans les situations révolutionnaires osèrent reprendre à leur compte les grandioses batailles de février et d’octobre 1934 au même moment où leur compères socialistes en Belgique, en France, en Angleterre, préparaient l’Union Nationale, le Front Populaire pour la défense de la République, l’appel à la flotte anglaise dans la Méditerranée. Mais ces batailles formidables, ce sont les bastions des partis de demain ; elles ne resteront pas les pions des traîtres socialistes qui peuvent provisoirement - à cause de la victoire du capitalisme mondial - se les approprier frauduleusement.
Pour avoir préparé le parti de la révolution dans l’avant-guerre, les bolchéviks ont permis au prolétariat russe de conquérir le pouvoir en Octobre 1917. Le danger le plus terrible qui plane aujourd’hui sur le prolétariat international consiste dans l’isolement de notre fraction qui, reprenant le chemin des bolchéviks, a développé un travail de fraction pour la reconstruction du matériel idéologique et organisatoire du parti, lequel est tombé avec l’altération des caractères fondamentaux de l’État prolétarien en 1923 en Allemagne.
Notre fraction a tenu, ces jours-ci, son Congrès et ses travaux se sont développés pour éclairer les événements au travers d’une analyse du passé, pour établir les causes qui nous ont conduits à la tragique situation actuelle : non problèmes ou responsabilités d’hommes, non soif de guerre de Mussolini ou perversion de Staline, mais problèmes historiques et de classes, qui ont été examinés par notre Congrès. Grâce à un effort concordant des délégués, le Congrès a pu s’élever à la vision de la réalité, à la définition des tâches qui incombent à la fraction dans l’intérêt du prolétariat italien et mondial. Les bases programmatiques inébranlables qui furent posées à Livourne lorsque notre courant fonda le parti, les bases qui permirent la construction du parti au feu de la guerre civile, et cela pendant les deux années où la gauche tint la direction, les base qui permirent cinq années d’opposition croissante au sein de l’Internationale et huit années de travail de fraction, ces bases ont permis à notre Congrès de tirer la conclusion qui s’imposait dans l’intérêt du prolétariat en face des deux plus récents et graves événements qui représentent aussi les premiers moments du précipice des situations dont l’épilogue ne peut être que la révolution prolétarienne. Les quinze années de travail au travers desquelles ont été édifiées et renforcées les bases de la lutte pour l’insurrection dans les pays de capitalisme avancé, et réalisées les prémisses pour reprendre et conclure l’œuvre des bolchéviks afin d’atteindre la phase supérieure de la lutte du prolétariat mondial : arriver à l’établissement de la théorie marxiste de la dictature du prolétariat en vue de l’anéantissement de l’État et de la construction de la société communiste, ces quinze années ont permis à notre Congrès d’indiquer la réplique que le prolétariat devait donner à la déclaration de Staline (qui consacre définitivement le passage des partis communistes au service de l’ennemi) et la réponse du prolétariat au conflit italo-éthiopien qui est le premier acte de la conflagration mondiale immédiate ou l’occasion pour la cristallisation des constellations impérialistes pour la guerre imminente.
Notre Congrès a exprimé, à la fois, la réponse du prolétariat italien a la chute des partis communistes dans la trahison, et l’élévation de ce prolétariat qui s’apprête à reprendre sa place dans les luttes ouvrières mondiales après quatorze années de torture fasciste. À Staline, le Congrès a répondu que la pierre tombale qu’il a placée sur les partis communistes consignés à l’ennemi, ouvre la phase qui conduit à la transformation en parti de notre fraction en vue de la fondation de la nouvelle Internationale surgissant de la victoire révolutionnaire. À Mussolini qui, suivant immédiatement Staline, a donné le signal de la guerre immédiate ou pour le proche demain, notre Congrès a répondu que le prolétariat italien a forgé - au cours des quatorze années de la sanglante répression - les armes pour déclencher la bataille révolutionnaire, pour opposer à la guerre l’insurrection victorieuse ou, dans la pire des hypothèses, pour conclure la guerre dans la lutte pour l’instauration de la dictature prolétarienne.
Voilà la signification du Congrès de notre fraction, le sens de la portée de l’appel qu’il lance aux ouvriers.

PROLÉTAIRES DE TOUS LES PAYS !

La manœuvre de 1914 se répète. Vous êtes appelés à vous battre pour la démocratie contre la dictature : en réalité, vous êtes appelés à épouser la cause de vos impérialisme. Vous pourrez vous opposer à la guerre en déclenchant des mouvements de masse sur la base de vos organisations syndicales de masse. De telles batailles ne peuvent se résoudre qu’en opposant la révolution à la guerre. La révolution ne peut triompher qu’en fécondant le parti de classe, le guide des mouvements insurrectionnels. Au cas où vous ne sauriez faire déferler ces mouvements de classe, la guerre est inévitable et sa transformation en guerre civile n’est possible qu’au travers de la reprise de vos mouvements de classe pour la défaite de tous les États qui vous auront jetés dans le carnage mondial. Disposez-vous à combattre contre toutes les patries : fasciste, démocratique, soviétique. Votre lutte est la lutte pour l’Internationale, pour la révolution. Pour la victoire révolutionnaire, vous expulserez de vos rangs ,les traîtres socialistes et centristes qui, brisant votre front révolutionnaire, ont préparé les prémisses pour la guerre et prendront la tête des forces qui vous conduiront à une acceptation de la cause capitaliste : la cause de la guerre.
En Italie et en Allemagne, comme en Angleterre et en France, comme en Russie et en Abyssinie, dans tous les pays, vous lutterez pour la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile. Seulement en vous concentrant pour cette orientation vous serez en mesure de profiter des situations révolutionnaires qui seront engendrées par l’éclosion du contraste insupprimable et de classe qui est constitué par le bloc des ouvriers et de la bourgeoisie pour la guerre, bloc provisoire qui a été uniquement possible grâce à l’œuvre de trahison des socialistes et des centristes, bloc qui débouchera d’autant plus vite et d’autant plus rapidement dans la victoire de la révolution que plus activement sera poussé l’effort des prolétariats pour créer les fractions de gauche, les prémisses historiques et théoriques indispensables pour le parti, pour l’internationale de la révolution.

Vive la transformation de la guerre impérialiste en guerre civile !
Vive les fractions de la gauche communiste !
Vive l’Internationale et à bas toutes les patries !
Vive la révolution communiste mondiale !

LE CONGRÈS DE LA FRACTION ITALIENNE DE LA GAUCHE COMMUNISTE.


"Nous avons appris, pendant la révolution, à "parler français", c’est-à-dire à jeter dans le mouvement le maximum de mots d’ordre d’impulsion, à augmenter l’énergie et l’ampleur de l’action directe des masses. Nous devons maintenant, en période de stagnation, de réaction, de désagrégation, apprendre à "parler allemand", c’est-à-dire agir lentement (il est impossible d’agir autrement tant qu’il n’y aura pas de recrudescence du mouvement, systématiquement, opiniâtrement, en avançant pas à pas, en gagnant du terrain pouce par pouce. Celui qui trouve ce travail ennuyeux, qui ne comprend pas la nécessité de conserver et de développer les bases révolutionnaires de la tactique social-démocrate, dans cette voie aussi, à ce détour de la voie aussi, ne mérite pas le nom de marxiste".

(LÉNINE, "La liquidation du liquidationnisme", 1909).




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