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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Dernière transmission de Radio Alice, samedi 12 mars 1977, 23h15
Articolo pubblicato online il 6 luglio 2013

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Texte paru dans le numéro de Rosso de mars 1977.
Publié par Favrizio Calvi dans Italie 77, le "Mouvement", les intellectuels, Paris, Seuil, 1977, p. 66-72.
Les notes sont de Fabrizio Calvi.

[Radio Alice est devenue, avec les événements de mars 1977, le symbole même des radios libres et de la révolte des jeunes. Cette radio est entrée en action dans une ville qui est considérée comme un des piliers économiques et idéologiques du compromis historique: Bologne. Cette ville est "un des centres industriels les plus bourrés de contradictions du Nord de l’Italie (petites et moyennes industries aux confins de la ville, grandes coopératives liées au PCI et, tout proche, le grand complexe industriel de Porto Marghera). Les contradictions viennent aussi de l’existence de fortes composantes ’progressistes’ dans le petit patronat industriel, de fortes traditions de résistance et de communisme dans le prolétariat urbain et agricole de la région environnante, face à un grand patronat archi­réactionnaire. Ce à quoi il convient d’ajouter une admi­nistration régionale (Emilie-Romagne) et municipale (Bologne) à forte majorité de gauche" (in Données, nOS 3-4).
Le public de Radio Alice est composé d’étudiants et de chômeurs intellectuels. Radio Alice qui se définit ainsi : "Radio Alice retransmet de la musique, des nouvelles, des jardins fleuris, du verbiage, des inven­tions, des découvertes, des recettes, des horoscopes, des philtres magiques, des amours, des bulletins de guerre, des photographies, des messages, des mas­sages, des mensonges ... Radio Alice est un poste où les lapins portent des gilets et où les speakers vont au trot", a été fermée deux fois par la police et bon nombre de ses rédacteurs ont passé plus d’un mois en prison pour association subversive.
]

L’émission commence par de violents bruits de fond, avec beaucoup de vacarme, des chaises déplacées, des gens qui bougent dans la pièce. On entend la sonnerie du téléphone :
- Alice?
1er camarade : Raccroche, il y a les flics. On a besoin du téléphone.
2e camarade : Filons par en haut, filons.
1er camarade : Doucement, les gars.
A nouveau le téléphone :
1er camarade : Allô? Alice. Oui, il y a les flics, si tu trouves quelqu’un du Collectif juridique de défense, tu l’envoies ici immédiatement. Non, mais ne vous sauvez pas par la fenêtre, s’il vous plaît. (Chahut.) Écoute, c’est important, libère la ligne, veux-tu? Attention: à tous les camarades qui nous entendent, qu’ils se mettent en communication avec les avocats; attention: à tous les camarades, qu’ils essaient de se mettre en contact avec l’avocat Insolera et avec les autres du Collectif juridique de défense.
Voix off : Les flics nous tirent dessus, ils nous tirent dessus Danièle, si tu es à la radio, garde ton calme!
2e camarade : Non, où allez-vous? Donne-moi le numéro de téléphone.
3e camarade : OK. Celui-ci, celui-ci, Gamberini 51.
1er camarade : 51...
A nouveau un appel de Radio Alice : Radio Alice a les flics devant sa porte! Que tous les camarades du Collectif juridique de défense viennent ici tout de suite, via Pratello, s’il vous plaît.
Une camarade : A présent, ils cassent. ..
2e camarade : Personne ne répond.
3e camarade : A terre!
Sonnerie du téléphone.
1er camarade: Allô! oui.
Les flics: Ouvrez (bruits de coups).
1er camarade : Mauro, écoute (à nouveau des bruits de coups plus forts), il y a les flics ici, on est en train d’attendre les avocats ... Attention, ici Radio Alice: les flics sont en train d’essayer d’en­foncer la porte en ce moment (bruits de coups). Je ne sais pas si vous entendez les coups à la radio (bruits de fond confus), baisse le truc ...
2e camarade : Écoute, il y a les flics à la porte, ils essaient de l’enfoncer, ils ont des pistolets braqués sur nous, et je refuse d’ouvrir tant qu’ils ne baisseront pas leurs pistolets et ne me feront pas voir leur mandat. Comme ils n’ont pas baissé leurs pistolets, je leur ai dit : Nous n’ouvrons pas, tant que l’avocat n’est pas là.
(Téléphone.)
Écoute, peux-tu venir, s’il te plaît? D’urgence, je t’en d’urgence, je t’en prie, je t’en prie ... Ils ont des pistolets, et des gilets pare-balles et tout le bordel... Via dei Pratello, 41... OK, on t’attend. Salut.
2e camarade : Dis-lui... Mauro! je t’entends mal.
Un camarade hurle aux flics: Les avocats! un moment! Les avocats arrivent.
(Sonnerie prolongée.)
Un camarade : Le téléphone!
Un autre camarade : Quel temps ils mettent, les avocats! (Encore le téléphone.)
1er camarade : Nom de Dieu, on a les flics à la porte. Laisse le téléphone, s’il te plaît.
2e camarade : Attention ici c’est toujours Radio Alice, les flics sont dehors à la porte (coup de sonnette) avec leurs gilets pare-balles, leurs pistolets au poing et tout le tremblement et on attend les avocats. On refuse absolument de faire entrer les flics tant que nos avocats ne sont pas là. Parce qu’ils braquent sur nous leurs pistolets et le reste, qu’on ne peut pas accepter ... Bon, je prie les camarades de Radio Città de nous avertir par radio, je les écoute.
1er camarade : Tous les camarades, tous les camarades piazza Maggiore avant minuit, absolument. Que Radio Città nous téléphone ici à Radio Alice. Allô?
2e camarade : Que Radio Città téléphone à Radio Alice, s’il vous plaît, que Radio Città téléphone à Radio Alice ici, s’il vous plaît, ou qu’elle avertisse qu’elle est à l’écoute et qu’elle est en train de retransmettre cette chose, hein ... par radio s’il vous plaît... nous sommes à l’écoute ... On ne réussit pas à comprendre si c’est une retransmission de ce qu’on a dit ou si ce sont eux qui retransmettent. S’il vous plaît, Radio Città, faites-vous entendre. Merci.
Un camarade : Téléphone.
1er camarade : Le téléphone. Allô?
2e camarade : De toute façon, camarades, la situation est stable.
1er camarade : Nous attendons seulement les avocats, madame.
2e camarade : La situation est stable, les flics sont toujours dehors, ils attendent pour entrer, toujours avec leurs gilets pare­balles, et leurs pistolets braqués sur nous.
1er camarade : Attends. Quelqu’un est en train d’arriver ...
2e camarade : Ils ont dit qu’ils enfonceraient la porte et tout ce qui s’ensuit. (Bruits de voix.) On est assiégés par les flics de la même façon, je ne sais pas si vous avez vu le film, hein ... Bon Dieu, quel foutu nom pouvait-il bien avoir? Celui sur l’Allemagne. L’Honneur perdu de Katharina Blum... Voilà, tout à fait les mêmes casques, tout à fait les mêmes gilets pare-balles, les Beretta braqués sur nous, et tout ça, dingue vraiment, vraiment incroyable (voix), vraiment comme dans un film (à nouveau des voix de fond). Je jure que s’ils ne frappaient pas à la porte là-dehors, je croirais être au cinéma ...
1er camarade (off) : Je ne l’ai pas à portée de main. Écoute, personne ne connaît le numéro de Radio Città ?
3e camarade : 34-64-58.
2e camarade : On attend encore l’arrivée d’un camarade, on est quatre ici à la radio qui, rien ... on est quatre ici pour faire du travail de contre-information, et on est là à attendre les flics pour voir ce qu’ils foutent. (Voix excitées et bruits.) Pour le moment, ils semblent tranquilles, ils ne font plus autant de bor­del, ils se sont calmés, ils ont arrêté de donner des coups contre la porte, on voit qu’ils pensent qu’elle est solide ... Eh, passe-moi un disque, qu’on mette un peu de musique, bon Dieu.
(Le téléphone sonne.)
1er camarade: Alice ...
2e camarade : Le téléphone ici, c’est à jet continu. Vraiment.
Voilà Beethoven, si ça vous va, O.K., sinon vous pouvez aller vous brosser.
1er camarade : Non, Calimero est parti, oui. (Off) Nom de Dieu.
1er camarade : Non, écoute, je suis seul, il y a la police ici. (Musique.)
2e camarade : Un peu de musique de fond. (La musique continue.)
1er camarade : Je n’en sais rien, écoute, je ne sais même pas si je vais dormir cette nuit. Ce que ça peut être emmerdant.
(On entend du boucan et des coups violents.)
2e camarade : Donc les flics ont recommencé à taper à la
porte, ils continuent à nous hurler d’ouvrir.
3e camarade : Ils arrivent. .. Ils arrivent. ..
2e camarade : Fais gaffe. Mets-toi par terre. Les flics: Nom de Dieu, ouvrez, ouvrez ...
(On entend un bordel de tous les diables.)
2e camarade : Les avocats vont arriver, attendez cinq minutes, ils sont en route.
Les flics : On entre, tenez-vous prêts ...
2e camarade : Les seuls commentaires sont : Nom de Dieu,
ouvrez et ainsi de suite ...
Un camarade répond au téléphone: Alice.
Les flics : Haut les mains, haut les mains.
1er camarade : Je ne sais pas qui est Albert, non je suis Mathieu;
écoute, il y a les flics à la porte ...
(Vacarme.)
1er camarade : Ils sont entrés, ils sont ici...
2e camarade : Ils sont entrés ... Ils sont entrés ... On est les mains en l’air. Ils sont entrés, on est les mains en l’air ...
2e camarade : Ils ont arraché le micro.
Les flics : Haut les mains, hein ...
2e camarade : On a les mains en l’air. Ils disent que c’est un endroit où on organise des attentats ...




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