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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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En dehors des partis communistes devenus des instruments du capitalisme mondial
{Bilan} n°23 - Septembre-Octobre 1935
Article mis en ligne le 1er février 2017
dernière modification le 14 janvier 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous publions ci-dessous le manifeste qui détermina de vives discussions au Congrès.

LA RÉDACTION.

Prolétaires,

Le capitalisme ne peut survivre à la crise mortelle qui depuis des années a bouleversé et disloqué toute l’assiette de sa société qu’à deux conditions intimement liées entre elles : écraser, dans le prolétariat, la force appelée par l’histoire et le développement de la technique productive à construire un nouveau type de société, la communiste ; ruer, dans la guerre, la course des événements qui se sont succédés depuis le massacre de 1914-18. Dans l’immédiat après-guerre, quand les masses d’ouvriers armés passèrent dans tous les pays à l’attaque violente contre leur ennemi, la bourgeoisie fit appel aux traîtres de 1914 et, en Allemagne comme en Italie, ce furent des gouvernements de l’extrême-gauche du capitalisme qui parvinrent à sauver l’édifice de la société bourgeoise. Depuis, la bourgeoisie devait craindre que le prolétariat construise, sur la base de l’expérience des trahisons renouvelées de 1914-18, le parti mondial capable de conduire la masse à la victoire révolutionnaire. À ce but la violence ne pouvait suffire : on ne peut assassiner des millions et des millions de prolétaires, d’exploités qui constituent d’ailleurs la source où s’abreuvent les vampires capitalistes, l’artère de la société actuelle. Cette violence peut briser les reins de l’avant-garde de la classe ouvrière, mais on ne peut l’abattre sur l’immense masse des exploités, lesquels se trouveraient d’ailleurs dans la cruelle expérience de la réaction ennemie, l’enseignement pour passer d’une façon décisive à la construction de l’organe de la lutte et de la victoire : le parti mondial de la révolution. Pour atteindre ses fins, le capitalisme n’a d’autre voie que celle du recours aux moyens de la corruption au même moment où s’abattra la terreur dans les secteurs où le péril sera le plus menaçant : en Italie tout d’abord, en Allemagne ensuite.
Et encore une fois la manoeuvre ennemie devait réussir. D’octobre 1917 avait surgi l’appel aux masses des exploités de tous les pays pour passer à la lutte définitive, pour extirper le régime capitaliste. Et la classe ouvrière mondiale avait tellement bien entendu cet appel qu’elle fit, de la révolution russe, la revendication de ses luttes de tous les jours. Le capitalisme comprit la leçon de l’heure : impossible de subsister en dehors d’une pénétration progressive dans celle qui fut la forteresse de la révolution mondiale. Après une manoeuvre qui dura de longues années, le capitalisme mondial a pu désormais atteindre son but.
Envers l’État soviétique, le plan du capitalisme consistait à l’entraîner dans l’orbite d’un marché : contre la renonciation à persévérer dans la voie de la révolution mondiale cet État obtenait la possibilité d’un développement au point de vue économique, militaire et diplomatique. D’une part destruction des partis communistes du prolétariat des pays capitalistes et de celui de la Russie elle-même, d’autre part la construction d’un colossal appareil industriel, édifié au travers de l’exploitation intense du prolétariat russe qui donna son acceptation car le centrisme lui faisait croire que l’expansion du socialisme international pouvait dériver de la construction du socialisme en un seul pays.
Entre-temps, l’oeuvre de violence du capitalisme se développe directement au sein même des partis communistes où le centrisme déferle la terreur contre les militants marxistes qui proclament la nécessité de la lutte pour la révolution mondiale. Et, en 1927, fut sanctionnée la nouvelle règle de vie des partis communistes où n’avaient plus accès que ceux qui renonçaient au programme marxiste duquel[Lénine reste la plus grandiose incarnation. À partir de ce moment le centrisme prit une place de premier rang dans l’oeuvre de destruction des prolétariats de tous les pays. En Allemagne le capitalisme pourra passer à l’attaque frontale contre une avant-garde que le centrisme isolera brutalement de l’ensemble des masses et qu’il détachera du terrain de la lutte des classes. En janvier 1933 le fascisme pourra prendre possession du pouvoir, donnant aux événements mondiaux l’orientation qui doit les conduire vers une nouvelle guerre ; l’État soviétique entra ensuite ouvertement dans le front de la manoeuvre des États impérialistes. Mais depuis la destruction du prolétariat allemand, il fallait passer à la destruction de la classe ouvrière dans les autres pays et particulièrement en France. Ces jours-ci le capitalisme a pu obtenir sa nouvelle victoire : autour de la bannière tricolore clouée au corps de milliers et de milliers de prolétaires qui, en juin 1848, en mai 1871, et encore aujourd’hui dans les colonies d’Asie et d’Afrique, sont tombés dans la lute pour leur libération, autour de ce drapeau ont manifesté des centaines et des milliers d’exploités aux cris de "Vive la République".

Prolétaires !

L’exclusion de la gauche marxiste, en 1927, a mis la fraction dans des conditions pour pouvoir continuer son travail au nom du prolétariat et de la révolution internationale. Les fanfares du centrisme ont assourdi les ouvriers de tous les pays et graduellement, progressivement, les partis communistes ont pu se transformer d’organes de la révolution en instruments de la contre-révolution pour la préparation de la guerre.
Babeuf, le 14 juillet 1789, pressenti dans la bourgeoisie qui montait à l’assaut du régime monarchique du féodalisme, les nouveaux tyrans du prolétariat et les scènes de cruauté de ces moments firent prévoir à Babeuf le sort que les nouveaux vainqueurs de 1789 auraient réservé à la masse oppressée des travailleurs. Aujourd’hui, en 1935, après que dans tous les pays, au travers de la guerre impérialiste et de la guerre civile, les prévisions de Babeuf se sont réalisées dans la décimation de millions de prolétaires, aujourd’hui les traîtres centristes et socialistes ont pu obtenir un miracle dans l’intérêt du capitalisme mondial : des centaines de milliers d’exploités ont clamé hosanna pour la République, pour leur ennemi.
Désespérément, les ouvriers italiens ont combattu contre le fascisme, et cette lutte fut possible parce que l’Internationale, à cette époque, n’était pas encore devenue la proie du centrisme. Dans le découragement et dans la résignation, le prolétariat allemand devait assister au triomphe du fascisme parce que déjà les partis communistes étaient décapités de leurs courants marxistes et internationalistes. Dans l’enthousiasme, les prolétaires français participent actuellement à la fête de "réconciliation des Français" sous la direction des traîtres centristes et socialistes.

Prolétaires !

La destruction du prolétariat français représente un nouveau pas vers la préparation de la guerre. La guerre serait impossible si le capitalisme ne pouvait confier aux masses un drapeau sur lequel les traîtres peuvent inscrire des revendications que les masses dévoyées accepteront comme correspondantes à leurs intérêts. La manifestation de la Bastille est une fête pour le capitalisme de tous les pays et pour les forces fondamentales qui agissent actuellement au nom de ses intérêts : pour les fascistes, les démocrates, les social-démocrates, les centristes.
Aujourd’hui, tout cela est clair. La lutte n’est plus pour le prolétariat international et contre le capitalisme de tous les pays : aujourd’hui, le prolétariat français combattra pour le socialisme en se préparant à abattre les ouvriers allemands et inversement, ces derniers combattront pour leurs intérêts propres en permettant au capitalisme allemand de démolir l’omnipotence française. Aujourd’hui les prolétaires de France combattront pour le communisme en prêtant main forte aux prolétaires russes pour frapper les ouvriers allemands. Et dans cette terrible et cruelle tragédie, le capitalisme de tous les pays se relève en jubilant dans le monde entier la bannière de son oppression peut recevoir l’appui des masses qu’il exploite et qu’il opprime.

Camarades prolétaires !

De même qu’en 1921, en sortant des partis socialistes, vous continuâtes la lutte pour le communisme, aujourd’hui la fraction de gauche vous appelle à sortir des partis communistes réconciliés avec les intérêts du capitalisme mondial. Pas un instant de plus au sein de ces instruments de la contre-révolution internationale. Capitalistes et traîtres peuvent avoir raison de la fraction de gauche pendant une étape limitée de l’évolution historique. Leur victoire actuelle nous amènera certainement à la guerre. Mais leur succès, bien que cruel, ne signifie pas la mort du prolétariat international. La guerre, le dernier acte de la victoire ennemie, sera aussi le tombeau où s’écroulera l’édifice capitaliste et les prolétaires retrouveront le chemin de leur victoire. Pour cette victoire les fractions de gauche combattent depuis des années et elles vaincront au nom de la classe ouvrière de tous les pays, elles qui représentent l’héritage révolutionnaire d’Octobre 1917, de Marx, d’Engels, de Lénine, des millions de prolétaires qui sont tombés dans la guerre impérialiste et dans la guerre civile.
Répondez à la manifestation de la Bastille en sortant des partis communistes !

À bas le capitalisme mondial !
Vivent les fractions de gauche, les noyaux de la nouvelle Internationale de la révolution !
À bas toutes les patries !
Vive la guerre civile pour le triomphe de la révolution communiste.

21 juillet 1935.

LA FRACTION DE GAUCHE DU PARTI COMMUNISTE D’ITALIE




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