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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Pendant que réformistes et centristes scellent l’union sacrée, des mineurs anglais font la grève au fond des puits
{Bilan} n°24 - Octobre-Novembre 1935
Article mis en ligne le 1er février 2017
dernière modification le 14 janvier 2017

par ArchivesAutonomies
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Pendant que réformistes et centristes scellent l’union sacrée, des mineurs anglais font la grève au fond des puits.
À peine le Congrès du Labour Party avait-il clos ses travaux que, brusquement, éclataient des mouvement grévistes au pays de Galles. Les faits brutaux de la lutte des classes répondaient aux discours tonitruants des leaders socialistes appelant les travailleurs à soutenir leur propre impérialisme. Du Congrès de Brighton il n’y a vraiment rien de particulier à dire si ce n’est qu’il exprima - mieux encore que les précédents Congrès - la force de la plus vieille bourgeoisie européenne qui, par le massacre des ouvriers chartistes d’abord, de la corruption des Trades-Unions ensuite, est parvenue à river profondément à elle le prolétariat anglais. C’est avec la plus-value de millions et de millions d’indigènes, par une imposition féroce et barbare de l’ordre des Indes à l’Afrique, que l’impérialisme anglais a nourri sa corruption dans la métropole et qu’il a permis le développement d’un mouvement syndical extrêmement pourri, pépinière de ministres et de traîtres.
Le Congrès de Brighton s’est donc déclaré partisan de l’application des sanctions contre l’Italie. Mieux encore, les réformistes constatèrent avec joie que le gouvernement national leur avait emprunté cette position. La critique gouvernementale de ce parti "ouvrier" de nom mais "wight" de substance, résida dans un appel aux ouvriers à porter au pouvoir le Labour Party qui appliquerait "sincèrement" la politique des sanctions. D’ailleurs, en perspective de la constitution d’un cabinet travailliste, les larbins de la bourgeoisie anglaise ont proclamé qu’ils n’exigeaient même pas la séparation de la Grande Bretagne d’avec ses colonies, mais que la S.D.N. donne à l’Angleterre un mandat "civilisateur" pour toutes ses possessions.
Des trois courants qui se sont exprimés à ce Congrès, il n’y aurait que quelques mots à dire : l’aile gauche de Sir Crips est une faible reproduction de la phraséologie type Independant Labour Party, alors que la droite social-chrétienne de Landsbury est un phénomène anachronique qui exprime l’état arriéré du mouvement ouvrier anglais. L’ensemble du Labour Party se retrouve fidèle derrière son impérialisme, prêt à appeler les ouvriers à verser leur sang pour maintenir l’intégrité de l’empire britannique, l’exploitation de millions d’indigènes. Le seul trait caractéristique de ces assises, c’est qu’elles se sont déroulées en dehors des orgies "unitaires" où se retrouvent contristes et socialistes. C’est qu’en Angleterre le communisme et sa dégénérescence centriste n’ont jamais mordu sérieusement, alors que le bastion capitaliste au sein du prolétariat est resté presque intangiblement les puissantes Unions syndicales. Les circonstances historiques favorables pour le développement révolutionnaire ont été chaque fois galvaudées et torpillées par une Internationale passée au service des intérêts diplomatiques de la Russie. Qu’il nous suffise de mentionner la grande grève des mineurs anglais de 1926. D’autre part, la crise économique elle-même n’est pas parvenue à secouer les masses prolétariennes où le capitalisme a permis la formation de catégories de chômeurs permanents entretenus avec la plus-value extraite des colonies.
C’est dans ce milieu historique, au milieu de la mobilisation du prolétariat, autour des sanctions exigées vertueusement par la Grande-Bretagne, non pas "intérêt" dit-on, mais au nom du respect du Covenant ; c’est au moment où la Home Fleet mouille dans la Méditerranée, que des mineurs du pays de Galles, un des centres industriels les plus importants de l’Angleterre, ont déclenché une bataille de classe. Les 150 mineurs de la Nine-Miles-Point qui ont fait la grève au fond du puits ont posé apparemment non le problème substantiel, mais subordonné. En effet, ils exigeaient l’interdiction pour des affiliés d’organisations patronales, donc de briseurs de grèves, de travailler alors qu’ils voulaient leur affiliation à l’Union Syndicale Ouvrière. Pour qui connaît la politique des Unions réformistes, on ne voit pas bien ce qui les distingue des organisations patronales. Cependant, le fait que les mineurs aient hué leurs chefs syndicaux proposant un compromis, surtout le fait que la solidarité avec ce puits se traduisit par des mouvements de grève où le problème du relèvement des salaires fut posé, cet ensemble d’éléments prouve qu’en réalité il s’agissait d’une réaction ouvrière en vue de concentrer sur un front de classe les ouvriers pour la lutte contre l’exploitation capitaliste et contre ses agents.
Au milieu de l’indignation "vertueuse" qui secoua l’Angleterre contre l’agression italienne en Abyssinie, les secousses sociales du pays de Galles passèrent inaperçues ou dans l’indifférence. Pourtant, il ne s’agissait pas d’un mouvement d’attachement aux organisations syndicales, car, sinon, les ouvriers n’auraient pas déclenché leurs luttes en dehors d’elles, contre elles. Certes, l’embauchage des jaunes fut un élément qui fit déborder le vase ; certes, la revendication des mineurs fut le renvoi des jaunes, mais, en provoquant une grève de la faim au fond de la mine, les mineurs gallois témoignaient ouvertement qu’ils n’avaient plus à compter avec les syndicats dirigés par les réformistes. Cela ne signifie pas que les communistes aient pour tâche de propager cette forme de lutte ! Non. Il s’agit d’une expression bien déterminée de la lutte des classes dont il faut dégager la portée immense. Aujourd’hui, les mineurs gallois font la grève de la faim, exposent leur vie afin de faire reculer leurs exploiteurs et huent les traîtres des Trades Union. Seulement, demain ces mêmes ouvriers, sous le fouet des nouvelles situations, se regrouperont non plus pour des grèves au fond des mines, mais pour une lutte au grand jour et alors, ils se heurteront aux leaders des Trades Unions. C’est pourquoi les batailles qui se sont déroulées au pays de Galles ne peuvent recevoir d’autre interprétation que celle d’un jalon pour ces situations.
Fait curieux et qui marque en même temps combien s’accentue le processus de morcellement du prolétariat dans les pays à régime dit démocratique, les grèves au fond des puits qui caractérisèrent les luttes des prolétariats balkaniques martyrisés par des dictatures militaires, s’implantent dans nos pays aux organisations syndicales de masses. C’est bien là un indice que sous tous les cieux, dans le monde entier, les exploités, la classe prolétarienne, vaincue, écrasée par la violence ou par la corruption, gît aujourd’hui dans une prison d’acier où socialistes et centristes la maintiennent à tout prix. Ce sont les situations de la guerre qui feront sauter les barreaux de cette geôle et qui sonneront le ralliement des masses, non pour des actes de désespoir, mais pour des batailles révolutionnaires victorieuses.
C’est dans ces mouvements spontanés que se retrouve aujourd’hui le prolétariat anglais et non aux Congrès imposants des Trades Unions où vit une masse amorphe de délégués sans conscience prolétarienne. C’est au travers d’eux que la lutte des classes se fraie actuellement sa voie : c’est par eux que les ouvriers anglais se rendent compte qu’ils ont à reconquérir des organisations. Aussi faible qu’aient été les répercussions des grèves du pays de Galles, quand même, face au concert des agents capitalistes, ils auront fait entendre la voix de classe du prolétariat britannique.




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