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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Contre le viol, une violence organisée
Articolo pubblicato online il 26 luglio 2013
Ultima modifica il 6 luglio 2013

di ArchivesAutonomies
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Extrait d’un article du journal des féministes des "Comités auto­nomes ouvriers romains" (dont le siège est Via dei Volsci à Rome), Donne Contra (Femmes contre).
Publié par Favrizio Calvi dans Italie 77, le "Mouvement", les intellectuels, Paris, Seuil, 1977, p. 46-48.
Les notes sont de Fabrizio Calvi.

[Ce texte reflète la pensée de la partie la plus radicalisée du mouvement des femmes.]

Le viol, la violence dans les rues, dans les autobus, dans les maisons, le fait de vivre une sexualité subalterne, réprimée et souvent violente, imposent au mouvement des femmes une riposte dure et organisée; expression d’un programme politique de Libération de la femme à travers une réappropriation de la lutte même et de ses instruments.
Des siècles d’exploitation, l’acceptation silencieuse de toute espèce de violence, le travail domestique non rétribué, l’isolement dans le ghetto familial, un rôle qui consiste à reproduire et reconstruire la force-travail: autant de nécessités pour le système capitaliste.
Mettre en discussion tout cela, organiser notre rébellion a sus­cité et suscitera encore une réponse violente de la part du sys­tème. L’usage des lois et des tribunaux est une violence; la sen­tence "contre" les auteurs du viol de Claudia [1] est, encore une fois, une violence (du système) faite aux femmes; et c’est pourquoi nous pensons que ces tribunaux ne pourront jamais nous faire justice; seule, notre violence organisée pourra faire justice des auteurs de viols, des assassins, des exploiteurs.
Les femmes qui aujourd’hui dépassent la peur, qui dénoncent les violences qu’elles ont subies, doivent faire un saut qualitatif en même temps que tout le mouvement; afin que la riposte aux viols ne soit pas déléguée aux tribunaux de la bourgeoisie, mais qu’elle soit une expression directe de notre organisation.
Le garçon des beaux quartiers qui viole une femme affirme son privilège de classe et un pouvoir réel; le sous-prolétaire mar­ginalisé fait de la violence sur les femmes l’affirmation de l’unique portion de pouvoir que lui accorde le système, celui du mâle, contre des sujets qui, dans cette société, sont encore plus dému­nis de pouvoir.
Même si nous reconnaissons dans le sous-prolétariat un allié potentiel du prolétariat dans sa lutte pour le communisme, cela ne peut nous arrêter dans notre réponse, dure et directe, contre les auteurs de viols. En tant que femmes, nous vivons toutes la violence de la même façon; et ainsi tout de même qu’il est juste de frapper le policier (très souvent sous-prolétaire) pour ce qu’il représente en tant que bras armé du pouvoir dans la répression de la lutte, il est juste de frapper le jeune marginal qui épouse l’idéologie fasciste du système pour tourner sa charge de violence non pas contre son ennemi réel, l’État, mais contre la femme.
Ces derniers temps, se sont manifestés de la part de couches de jeunes sous-prolétaires et aussi de la part de fascistes des gestes de solidarité ou de vengeance violente, revendiquée comme telle, à l’égard des femmes qui ont osé se rebeller (le deuxième viol subi par Claudia, juste au moment où se déroulait le procès; les bandes de nervis qui ont assailli des camarades féministes "pour venger" un de leurs amis dénoncé pour viol; les fascistes qui, sur les côtés du cortège féministe contre les violences subies par Claudia, criaient "Ghira [2], on ne t’oublie pas, chaque mili­tante qu’on prend, on la viole").
A ces énièmes violences nous donnerons des réponses bien pré­cises, en ne déléguant à aucun tribunal bourgeois la solution du problème, et notre réponse viendra en temps voulu, par l’orga­nisation de rondes de contrôle et de contre-information dans le quartier, avec toutes les femmes qui ont fait de leur vie un moment de lutte contre l’État des patrons, en élargissant le front d’attaque à cette situation spécifique : une possibilité de plus pour abattre l’ennemi commun des exploités.
Faire de la violence même une pratique quotidienne de lutte, ce n’est rien d’autre que leur rendre la monnaie de leur pièce; et de même, il y aura une réponse violente au travail noir, à l’avor­tement, au travail domestique, à un rôle qui arrange trop bien les choses, à la sexualité castrée, à la science qui nous veut toutes faibles, ignorantes et soumises, à tous ceux que nous servons la tête basse.

Notes :

[1Claudia Caputi s’est portée partie civile dans le procès contre ses violeurs qui s’est ouvert le 25 mars 1977 à Rome. Quelques jours plus tard les violeurs l’enlèvent à nouveau et la torturent. Une fois relâchée, elle sera inculpée pour simulation par le juge d’instruction chargé de l’affaire.

[2André Ghira, un néofasciste condamné en 1976 à perpétuité pour avoir violé et tué une jeune fille.




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