Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Sur le chemin du capitalisme - Le Stakhanovisme en Russie
{Bilan} n°26 - Janvier 1936
Article mis en ligne le 1er février 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

Le centrisme et ses admirateurs petits bourgeois étalent actuellement un nouveau phénomène social qui prouverait que l’Union Soviétique s’avance à grands pas vers le socialisme. Nous voulons parler des derniers records du travail auxquels le mineur Stakhanov a donné son nom. Nous voulons examiner ce phénomène pour prouver qu’il est plutôt la consécration suprême, le critère infaillible du caractère foncièrement contre-révolutionnaire qu’a acquis la Russie non seulement au point de vue international, mais aussi pour ce qui est de la direction, des particularités, du rythme de l’économie soviétique.
À notre avis, le stakhanovisme juge définitivement toute la période des plans quinquennaux et prouve lumineusement les notions suivantes : pour édifier le "socialisme en un seul pays", le centrisme sacrifia le prolétariat russe et international. En échange d’une aide économique du capitalisme mondial, il étrangla la lutte révolutionnaire des ouvriers dans tous le pays. Mais, parallèlement, il devait frapper les forces vives du prolétariat russe et envoyer dans les isolateurs des milliers de communistes de gauche. Aujourd’hui que nous avons dépassé la période des premiers plans et que l’URSS est entrée dans le jeu des compétitions inter-impérialistes (alors que le prolétariat international est balayé d’une façon nette de l’arène politique), le problème essentiel pour la bureaucratie centriste en Russie est d’activer la production en vue de la guerre et d’amener les ouvriers dans une situation où plus aucune perception de classe ne leur soit encore possible. C’est pourquoi nous verrons d’une part se développer une répression féroce - et en réponse des mouvements terroristes - d’autre part une exploitation toujours plus profonde et enfin des records monstrueux de travail qui masqueront les nécessités d’accroître la productivité du travail par la rationalisation et de jeter les énergie de classe des ouvriers russes dans l’abrutissement propice au développement de la psychose de guerre.
Il s’avère donc que le stakhanovisme couronne l’idée centrale du centrisme, à savoir que la réalisation du socialisme est irréalisable en dehors d’une accroissement de l’exploitation des ouvriers. La condamnation des plans quinquennaux ne devait donc pas s’inspirer uniquement du fait qu’ils consacraient la défaite des ouvriers dans tous les pays, mais aussi du fait qu’ils prouvaient que c’était vers un accroissement de l’exploitation des ouvriers que le centrisme situait le socialisme. Ceux qui ont accepté les plans doivent en tirer toutes les conséquences et admettre la rationalisation actuelle qui correspond aux nécessités de la défense de l’URSS, laquelle n’est réalisable que par la disparition complète de la conscience de classe des ouvriers russes.
Mais il est autre chose qui doit attirer notre attention : nous ne pouvons suivre le déroulement excessivement complexe des phénomènes économiques en Russie et surtout établir leur connexion avec telle ou telle autre modification dans la structure politique. Mais néanmoins les événements politiques qui se déroulent en Russie, certaines réformes économiques, nous incitent à croire que d’importantes stratifications sociales apparaissent à la veille de la guerre et qu’elle influencent les tendances officielles de la Russie tant à l’intérieur qu’à l’extérieur. Autrement, comment comprendre l’ampleur de la répression, la nécessité de masquer la rationalisation par des parades de masses et ce qui est le plus important, la réforme des Soviets par l’élargissement des droits de vote des pays, le rétablissement du grade de maréchal dans l’Armée Rouge - qui ne se distingue plus d’une vulgaire armée bourgeoise. Nous ne pensons pas que le capitalisme pourra se rétablir pacifiquement et par évolution en Russie. En effet, le centrisme doit renforcer sa pression sur le prolétariat, faire certaines concessions aux couches paysannes des kolkhozes, permettre aux forces économiques de couches privilégiées de s’exprimer avec plus d’aisance, mais il doit plus que tout maintenir sa domination avec toutes ses équivoques car là est la condition pour mener le prolétariat russe dans la guerre. Tous les contrastes de classe enfantés par le développement économique en Russie, les couches sociales opposées, trouveront leur expression dans la guerre impérialiste.
Pour en revenir au stakhanovisme qui préoccupe tous les milieux qui glorifient la Russie maintenant qu’elle est devenue le symbole de la contre-révolution, nous ne voulons lui donner que la signification d’un indice de la direction suivie par l’économie soviétique (accroissement de l’exploitation du travail par la rationalisation) qui condamne principiellement le "socialisme" qu’il prétend fonder : nous y voyons la nécessité de jeter les ouvriers russes dans l’atmosphère de la guerre impérialiste en étouffant toute réaction de classe et en glorifiant les records de travail au même titre que les démonstrations militaires pour la plus grande des "patries soviétiques".
En soi, le stakhanovisme n’est que bluff et mensonge. De vieux réformistes, nouveaux admirateurs de la Russie dégénérée, tels Shaw, le secrétaire international de la Fédération du Textile a fait remarquer très justement que si les chiffres records donnés par les autorités soviétiques pour textile étaient vrais, ils auraient nécessité que l’ouvrière se déplace en avion ou en auto pour surveiller les centaines de métiers indiqués. D’autre part, Dumoulin, dans le "Populaire" sans vouloir froisser ses compères centristes fait justement remarquer qu’en France des recordmen mineurs parviendraient difficilement à abattre 2à tonnes de charbon alors que Stakhanov aurait abattu 102 tonnes et que d’autres mineurs auraient atteint plusieurs centaines de tonnes. Il suffit d’examiner tous les chiffres donnés pour les différents secteurs industriels, pour percer la vantardise qui ne sert qu’à aveugler les ouvriers russes et à leur faire admettre des méthodes de travail exténuantes. La presse soviétique parle d’augmentation de salaires adéquats à l’augmentation de la productivité du travail. Jusqu’ici il est clair que seule une aristocratie du travail, les oudarniki et stakhanovistes jouissent de gros salaires et de privilèges multiples. Mais même en admettant une augmentation générale des salaires, l’exploitation des ouvriers par rapport à la production du travail n’en sera qu’accrue et le "socialisme" se sera réalisé par l’abrutissement des masses. Travail aux pièces, brigades de choc, stakhanovisme, voilà qui marque la direction suivie en Russie. Et comment serait-il possible d’admettre que de profonds bouleversements ne se préparent pas dans les sous-sols de la société soviétique quand à chaque période croît l’exploitation ouvrière, quand s’édifient des industries sur l’anéantissement du prolétariat en tant que classe ?
Dans les isolateurs, les prisons, se forgent en Russie comme en Allemagne, en Italie, des militants qui symbolisent le sort que réserve le centrisme à la conscience révolutionnaire du prolétariat. C’est vers eux que doit se diriger notre attention et non vers les "stakhanoviades". En outre, un courant de terrorisme a surgi en Russie, en réponse à l’isolement et à l’épuisement terrible du prolétariat russe qui depuis 1917 a fourni un effort gigantesque. Le trotskisme s’est liquidé politiquement par son incompréhension de l’évolution interne de la Russie, par sa capitulation internationale devant la social-démocratie. Les ouvriers russes ont tout à recommencer. Et si cet effort s’est exprimé politiquement par des actes de terrorisme, la raison en est dans les difficultés de la situation russe, dans l’impasse idéologique où s’est fourvoyé le communisme russe. Il faut donc expliquer aux ouvriers de tous les pays la signification de ces actes en les appelant à l’aide des ouvriers soviétiques et non en faisant uniquement des professions de foi sur le terrorisme opposé au marxisme.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53