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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le chapeau
Articolo pubblicato online il 6 luglio 2013

di ArchivesAutonomies
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Article paru dans Zut, en avril 1977.
Publié par Favrizio Calvi dans Italie 77, le "Mouvement", les intellectuels, Paris, Seuil, 1977, p. 81-84.
Les notes sont de Fabrizio Calvi.

Le geste provocateur est toujours tenu pour coupable de sa nature de fragment; c’est en cela qu’il gêne.
Comme si ceux qui l’accomplissent se sentaient bien!

Il n’est pas assez serein, ni assez modeste.
Comme s’il partait de certitudes olympiennes et pouvait se permettre le luxe de la modestie!

Il y a là seulement de la rébellion, de la révolte; l’irrationalisme habituel.

Effectivement, il devrait demander pardon de ne pas avoir la belle, générale sérénité paternelle!

Enfin, c’est un geste de faiblesse.
Et alors? pourquoi perdre l’occasion de faire, de sa propre faiblesse, sa force, et de sa marginalité, sa propre présence?
Et puis (pour rassurer ces Pères anxieux) : qui vous a dit que nous n’avions que cette arme?

Ah! un autre danger: faites attention, ne vous mettez pas en dehors de l’histoire, avec des choses comme le désir, les plaisirs, etc. Et vous, faites attention de ne pas vous inventer une Histoire à votre goût.
Heureusement, il Y en a toujours qui savent quelle période est en train de traverser l’Histoire, quelles sont les tactiques à mettre en œuvre, quelles sont les vraies stratégies, quelles sont les dimensions de projet urgentes autant qu’indispensables, et la nécessité du dépassement, comment devenir adulte sans vieillir, comment être vieux en restant jeune, tout en évitant à la jeunesse ses exces.
Dommage qu’en général, ce type d’"humanité historique" ne tienne le coup ni intellectuellement ni psychiquement, en face de ce que nous pourrions appeler des périodes historiques de fer­mentation, de crise, où manquent les dimensions d’ensemble d’un projet. C’est comme s’ils voyaient une tête chauve, qu’il leur faut couvrir immédiatement avec un chapeau - pour éviter des reflets désagréables. Le chapeau s’appelle Parti, Projet, Rationalité, Ordre, etc.
On doit dire qu’ils portent le chapeau avec assurance et désin­volture se donnant un genre censeurs affectueux mais sévères, en face de ceux qui pensent que l’expérience d’une réalité frag­mentaire vaut mieux que la sagesse reposante d’une paire de rênes.
Car enfin, l’utopie la plus fascinante a peut-être été formulée par Blok, durant l’expérience révolutionnaire de 1917 : celle du dépassement de la polarisation destruction-construction. Le dépassement de cette expérience de la séparation sur laquelle se fonde notre civilisation occidentale depuis un bout de temps.
Eux - voyons, je vous en prie - font bien attention de ne pas poser le pied sur le terrain de l’utopie (car pour l’utopie aussi, ils éprouvent une sévère affection). N’empêche qu’à l’intérieur de la bonne vieille dialectique, ils meurent d’impatience de dire que le moment "sauvage", le moment de la destruction déstruc­turante, est terminé; et ils tirent toujours de leur chapeau le troisième mot magique : "dépassement".

Ce qui les caractérise, c’est l’impatience.
Ça va sans doute mieux quand c’est le pouvoir qui dit: "Maintenant, ça suffit!» ou quand c’est un homme d’esprit comme de Gaulle qui dit : "La récréation est finie!" Et la sirène de sonner.

Confier au geste provocateur, à l’expression du désir, le témoi­gnage de sa présence, de son "être présent" dans le contexte social : c’est l’attitude des intellectuels de l’indécrottable avant­garde du xxe siècle.
Nous ne voudrions pas pousser la rébellion provocatrice jusqu’à ce point, mais nous sommes obligés de le faire, à cause de la vieille dialectique de force et de violence entre réalisme et utopie, rationalisme et irrationalisme, etc. Après tout : leur hâte pleine de sagesse ne viendrait-elle pas de ce qu’ils sont déconcer­tés de voir que les fous - ceux qui sont à l’intérieur comme ceux qui sont à l’extérieur - et que le geste déviant peuvent parler d’eux-mêmes, que leur symptomatologie peut se transformer en faits, en événements, en situations qui ne se laissent plus refléter avec simplicité dans le miroir du diagnostic des différents experts, psychiatres, sociologues, linguistes, journalistes spécialisés ...
On en a assez des interprètes, des thérapeutes, des hommes poli­tiques, de leur intermédiaire, de leur charité, de leur compétence, de leur modestie entière et sereine, de leur sympathique affection.

Nous voudrions bien savoir aussi ce qu’il en est de cette nou­velle rationalité?
(Parce qu’en fait, ils ne sont pas si naïfs, ils ont eu vent de la crise de la raison.)
Et encore, ce que c’est que l’irrationalisme.
Et comment se fait-il que cette vieille folle qui ne fait bonne figure qu’en poésie continue d’être là, après tant d’années, aux côtés de la raison, comme un ver?
Elle devient pratique de masse : quelques inconscients mal­faisants ont semé la graine de la bizarrerie et se sont lancés dans l’éloge de la folie sans même savoir ce que c’était; quant à ceux qui devraient le savoir par profession, ce sont des individus dangereux du point de vue social, des sujets de mauvaise foi sur les plans culturel et scientifique, des provocateurs sournois. Peut-on laisser exprimer au désir sa charge subversive, et élargir le tissu expérimental? Voilà une cruauté indicible, qui consiste à envoyer une bande de fous à l’aveuglette, sur une route dangereuse affreusement. Sic. Parce qu’il faut bien dire que certains de ceux qui tiennent ce langage - psychiatres de profession - finissent par hospitaliser le monde et croient être appelés à le thérapeutiser (évidemment, en tenant compte des conditions matérielles ... ). En plus, ils ont la vocation paternelle, et c’est de pèr à père qu’ils parlent; avec les délirants (vrais ou faux), l’affection et la compréhension; avec les pères négatifs, la dureté et la sévérité; bien entendu, ce serait le contraire si les premiers s’avisaient d’insister et si les seconds existaient.




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