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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Dans la Fraction - Un peu de clarté s’il vous plait
{Bilan} n°28 - Février-Mars 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 17 février 2017

par ArchivesAutonomies
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Au mois de septembre écoulé s’est tenu le Congrès de la fraction.
La discussion la plus importante eut lieu au sujet des problèmes de la fraction ; le document Jacob fut le pivot de toute la discussion du Congrès.
Une divergence importante s’est vérifiée à propos du nom de notre organisation. Cette divergence, indépendamment de la solution hâtive et superficielle qu’elle a trouvée, doit continuer et être approfondie par notre fraction, pour déterminer son poids et son importance réelles.
La question de nom mise à part, le document Jacob a été approuvé à l’unanimité par le Congrès avec deux ajoutes toutefois : l’une signée par Jacob et d’autres camarades, l’autre par Candiani, etc.
Les deux ajoutes, a-t-on affirmé au Congrès, concernaient exclusivement un problème de perspectives évaluées différemment par les signataires de l’une ou de l’autre ajoute ; la question programmatique (document Jacob) était, je le répète, acceptée par l’unanimité des délégués.
Voilà la signification précise du vote et l’incident Gatto-Vercesi (qui a été d’ailleurs expliqué dans "Bilan") au moment du vote est très clair et ne permet pas d’équivoque.
Voilà ce qui s’est passé au Congrès.
Deux mois après le Congrès, la musique change. Des signataires de la motion Candiani, etc., affirment : "il paraît que la résolution Candiani est un complément au document Jacob, au moins c’est en cela que résidait l’effort de quelques camarades qui voulaient donner une telle signification au vote. Mais, en réalité, la résolution susdite repousse les conclusions et, par cela même, la deuxième partie du document Jacob, elle ne peut donc être considérée comme un complément".
Il est évident que tout camarade est libre de voter comme il lui semble utile, dans l’intérêt de notre organisation. S’il n’en était pas ainsi, nous serions une église et non une organisation révolutionnaire.
Il y a toutefois, à mon avis, une condition et celle-ci consiste à ne pas jouer sur les équivoques pour rendre impossible, aux membres de la fraction, la compréhension des problèmes que nous essayons de résoudre ensemble.
Deux mois après le Congrès, je crois être en droit de demander si la résolution Jacob a été votée, si elle est partagée par les signataires de la résolution Candiani. Il y a déjà assez d’une équivoque au sujet du nom pour ne pas en créer d’autres.
Opposer l’ajout Candiani au document Jacob, c’est là un subterfuge peu sérieux : 1° parce que la question du nom mise de côté, cette ajoute ne dit rien qui ne puisse être partagé par les signataires de la résolution Jacob, puisque, pour ces derniers, le problème de la présence ou de la construction du parti au cours des "inévitables reprises de la lutte de demain" n’est pas un problème de bonne ou de mauvaise volonté ; eux, ils tiennent à habiliter la fraction non seulement pour sa transformation en parti, mais aussi pour diriger la révolution. Seulement, seulement... cette volonté est "conditionnée" par le développement des événements, de la période où se vérifiera la reprise de la lutte des classes, la capacité et la force d’adaptation de la fraction à ces événements. Que cela se vérifie avant ou après, nous ne pourrons rien y faire et je crois que Candiani et Gatto, Tito y compris, ne sauront rien y faire non plus.
Il est encore plus absurde d’affirmer que l’on accepte le document Jacob dans sa première partie, pour en repousser la seconde. Il faudrait commencer par préciser l’une et par définir l’autre. Dans le but d’une meilleure clarification, je rappellerai que la première partie du document Jacob affirme : "le travail pour la construction des fractions se développe aujourd’hui en une atmosphère d’indifférence, qui rappelle singulièrement les conditions dans lesquelles s’effectua le travail de Lénine au sein de la Deuxième Internationale. En effet, il est facile d’opposer au travail des fractions, notre incapacité organique d’influer sur les situations et de se relier avec les courants agissant dans le mouvement ouvrier et aussi avec ces couches d’ouvriers qui veulent se libérer de l’emprise de l’opportunisme. En opposition à notre fraction, dont la perspective est lointaine, d’autres possibilités de travail apparaissent, des probabilités de succès se présentent si certains militants faisaient preuve de sens de responsabilité et de réel attachement à la cause en aidant tel ou tel autre courant ouvrier, ou, enfin, en empêchant que des militants ne s’égarent définitivement pour le mouvement révolutionnaire. Mais seulement la vision de la nécessité historique de la fraction est de nature à préserver aujourd’hui des organismes ou à indiquer la direction d’un travail qui nous semble être la condition préjudicielle pour la victoire de demain".
Ceci me semble être clair, comme d’ailleurs tout le texte dont j’extrais ces phrases : il est donc absurde de vouloir repousser la deuxième partie tout en acceptant la première. Je recommande aux camarades une nouvelle lecture du document Jacob, et surtout au camarade Tito, qui est prolixe en gros mots comme "changer de ligne" ; ne pas se borner à être présents "mais prendre la tête, la direction du mouvement de renaissance communiste" ; d’abandonner, en vue de former un organisme international, tout "a priorisme obstructionniste" et "nos scrupules de principe". Tout cela devient hâtif lorsqu’il s’agit d’entrer dans le concret et surtout d’apporter des solutions de fait, susceptibles d’être prises en considération par tous les membres de l’organisation, pour s’acheminer vers "la ligne qui permet à la fraction de s’adapter aux nouvelles situations"...
Ce réexamen de la question est indispensable pour les camarades qui ont approuvé l’ajoute Candiani soit pour éviter, ainsi que je l’ai déjà dit, des équivoques inutiles (s’ils partagent pleinement le document Jacob comme la fraction est en droit de le penser), soit pour opposer au document Jacob, un document ou une résolution qui leur permette de préciser leurs propres positions et à la fraction de les connaître.
Il me semble intéressant, en terminant, de mettre en évidence que, sur le problème de la fraction, une équivoque devrait - après le Congrès - être éliminée. Car la chasser s’est asseoir la fraction sur une base sérieuse et efficace. Il s’agit de la tâche et de la fonction de la fraction. On a combattu le nom et la substance de la fraction sous les prétextes les plus différents. En général, on a interprété le critère de la fraction dans sa signification littéraire et arithmétique banale, et, à la vérité, après huit an d’existence et de discussions continuelles avec tout le monde et sur tous les problèmes concernant la lutte révolutionnaire, cela n’est pas encourageant du tout.
Si l’on considère fraction, partie de quelque chose, il est évident que si ce quelque chose est un cadavre ; la fraction est une partie plus ou moins grande de ce cadavre. C’est là le raisonnement de Tito, qui, il faut le reconnaître, est parfaitement logique. Si l’on considère fraction, quelque chose dont l’activité est subordonnée à l’activité et à l’existence du tout dont la fraction est partie, il est évident que tant que nous serons fraction, nous ne serons pas indépendants du parti. Ainsi, toute notre activité passée est justifiée, avec ses déficiences et ses manquements, par le fait que nous ne pouvions pas nous extraire du parti, notre activité ayant toujours été limitée par celle du parti, parce que dépendante et subordonnée à lui. Il devient évident que le seul moyen d’acquérir notre "indépendance" est d’abandonner le nom de fraction et d’assumer celui de groupe communiste italien, par exemple.. C’est le raisonnement de Piero, et, encore une fois, il n’ y a pas d’accrocs.
Le fait est que la constitution de la fraction à Pantin a été quelque chose de différent. À Pantin on a construit l’embryon du nouveau parti que Tito voudrait créer en 1936. La constitution de la fraction à Pantin a signifié la rupture nette, sans équivoques, l’indépendance totale de la gauche du parti italien et du centrisme international, ce que Piero découvre en 1936. Si le cours des événements a pris une autre tournure que celle que nous avions prévue, on peut en attribuer la faute au père éternel si on est catholique ; si l’on ne croit pas en Dieu, à l’histoire qui marche trop lentement et qui semble s’amuser à nous faire attendre, mais qu’on laisse la fraction, les noms, les cadavres et d’autres bêtises. Nous y gagnerons en clarté.
La fraction est le milieu historique où, à la suite du divorce qui s’est manifesté entre les finalités révolutionnaires de la classe et l’activité des partis dégénérés (qui tenaient leur existence de la poursuite de ces finalités), la classe ouvrière se retrouve et se reconstruit, pour la reprise en avant sur le chemin dirigé vers les batailles révolutionnaires et le communisme.
Depuis sa constitution la fraction connait une gestation continuelle, un mouvement et une transformation perpétuelle sous l’influence et la poussée du monde dans lequel elle vit et qui à son tour se modifie et se transforme suivant des lois que nous ne pouvons pas encore saisir, mais qui trouvent leurs sources dans les contradictions économiques, dans les contrastes de classe produits par la société capitaliste.
L’accouchement - proclamation du parti - n’est pas le résultat de la volonté des hommes, soient-ils aussi des géants, mais est la conséquence directe de la capacité d’adaptation de la fraction aux nouvelles situations, à la capacité de rénovation du matériel révolutionnaire sur la base des expériences passées et présentes de la lutte révolutionnaire, que la fraction saura donner au cours de son existence tourmentée, libérée de l’impatience hystérique et des constructions superficielles et non concluantes de ceux qui veulent réduire les événements et l’histoire à leurs personnalités insignifiantes.
Un examen en bloc de notre fraction fait voir même aux aveugles la transformation énorme qu’elle a subie depuis 1928 jusqu’aujourd’hui. Si quelqu’un entendait identifier les signalements et les époques marquant cette formidable transformation, il n’y réussirait pas.
Notre dernier congrès, lui-même, lequel, suivant certains camarades aurait apporté des modifications sensibles, si nous voulons l’examiner de près, nous ne pourrons en arriver qu’à la constatation qu’il n’a fait qu’enregistrer des données qui étaient acquises et bien acquises par toute notre fraction.
Il est donc ridicule de voir le Congrès sous la forme d’une nouvelle orientation. Si depuis que nous existons, il ne nous a pas été possible de diriger des mouvements de classe, il faut bien se mettre en tête que cela n’a pas dépendu de notre volonté, de notre incapacité, ou du fait que nous étions fraction, mais d’une situation dont nous avons été les victimes comme en est victime le prolétariat révolutionnaire du monde entier, et ce ne sera nullement le changement de nom qui nous portera à une autre situation.
C’est de ces considérations que résulte l’inconsistance du changement de nom de notre fraction. C’est une satisfaction enfantine que nous nous sommes donnée. Seulement les conséquences, qui étaient d’ailleurs faciles à prévoir, ont été celles de ne satisfaire personne, et de substituer l’avortement à l’accouchement. Le seul souhait que nous puissions nous faire est que la patiente ne subisse pas les conséquences de cette intervention chirurgicale intempestive.

BIANCO




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