Bandeau
Fragments d’Histoire de la gauche radicale
Slogan du site
Descriptif du site
Dans la Fraction - À la recherche d’une clarification ?
{Bilan} n°28 - Février-Mars 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 17 février 2017

par ArchivesAutonomies
logo imprimer

L’article de Bianco ne m’apparaît pas comme une tentative de chercher une solution au problème central de la fraction, mais me semble être plutôt une manifestation renouvelée d’hostilité aux décisions du Congrès de la fraction, qualifiées « d’avortement, de satisfaction infantile inconcluante, qui n’ont contenté personne ». Dans le même article, Bianco nous dit que le Congrès a enregistré une évolution précédemment bien acquise par la fraction et que le document Jacobs a représenté l’axe du Congrès. Si donc le Congrès a enregistré cette évolution, cela s’est vérifié justement au travers de la solution donnée au document Jacobs, solution qui n’a pas l’air de plaire à Bianco, lequel, s’il traite d’infantile la satisfaction du changement de nom ne peut que considérer également infantile son opposition obstinée à ce changement.
Plus que tout, l’article de Bianco révèle la persistance d’une difficulté de premier ordre pour notre organisation, difficulté que, avant tout, Bianco devrait reconnaître comme une difficulté extrême de la situation actuelle, découlant de la compression de la classe prolétarienne : notre fraction qui prétend être le représentant des intérêts du prolétariat ne peut que refléter la difficulté extrême de la classe, surtout pour ce qui concerne les problèmes particuliers à sa nature, à son fonctionnement, à son développement et aussi au rythme de son développement. La divergence de notre dernier Congrès est la même que celle qui a accompagné toute l’évolution de notre fraction et, mettons nous bien l’âme en paix, celle qui l’accompagnera jusqu’au jour où la modification des conditions des rapports de classe donnera au prolétariat la possibilité de faire parler autrement (qu’on peut le faire au travers de résolutions forcément incomplètes) les militants qui travaillent pour forger l’organisation de guide de la révolution.
Seulement, cet esprit de tolérance devrait être réciproque et Bianco pourra prétendre au bâton de l’infaillibilité, à la seule condition de présenter des solutions définitives. Et ici Bianco frappe à côté parce que, à mon avis, il n’emprunte pas le chemin qui peut permettre d’arriver au but. Il reste et il veut rester, avec acharnement, dans les limites de la polémique de tendance, pour démontrer qu’ont eu tort ceux qui croyaient avoir raison et qu’inversement c’est lui qui avait raison. Tout son article ne fait que dire que Piero et Tito ont des opinions déterminées sur le passé de notre fraction, mais Bianco nous dira subitement : Tito, par exemple, quand il est contraint d’aboutir à une concrétisation, n’arrive à rien de positif. Si cela était vrai, pourquoi ne pas laisser Piero et Tito à leurs divertissements, aux élucubrations sur le passé et le futur ? Mais Piero, Tito, Bianco et nous tous de la fraction, exprimons des opinions lesquelles - aussi bien lorsque nous n’arrivons pas à une expression définitive - cherchent à influencer les positions actuelles de la fraction comme son avenir. Le tout est de voir comment nous pouvons arriver à déterminer une solution d’ensemble aux problèmes devant lesquels nous nous trouvons.
Un premier mot d’abord sur le Congrès. Le document Jacobs fut le centre des travaux. Très justement. Des divergences se sont manifestées, mais qui n’ont pas atteint l’élévation d’une divergence de principe. Quel était notre devoir, sinon celui d’empêcher que, sur la base de questions de détail (changement de nom, sortir de la tour d’ivoire, achèvement du travail théorique, condition indispensable pour la fondation du parti, etc.), se vérifie une votation qui aurait établi une orientation politique en conséquence de laquelle se serait introduit de la confusion dans les questions programmatiques. Je m’explique avec un exemple : Piero, Candiani, Gatto présentèrent une motion de détail qui s’oppose à l’ensemble du document Jacobs. On vote et la majorité revient, dans mon exemple, aux « innovateurs » (je les appelle ainsi pour m’expliquer plus facilement). Que serait-il arrivé ? Sur quelle base de principe se serait établie l’orientation politique de la fraction ? Sur aucune, parce que les innovateurs n’ont pas présenté un document de base. Dans l’hypothèse opposée d’une majorité au document de Jacobs, on aurait abouti à rendre plus âpre l’équivoque, puisque les innovateurs auraient pu supposer (de bonne foi évidemment) que toute l’évolution ultérieure de la fraction est préjugée par la non acceptation de leur proposition.
Bianco fait le bilan des mois qui se sont écoulés depuis le Congrès. Je me permettrai de lui faire observer que Candiani, Piero et Gatto pourraient lui intenter un procès pour vol d’idées quand il écrit un certain document où il proteste parce que le journal [1] se présente trop comme un organe de fraction au lieu de se diriger vers les masses. Inversement, Bianco peut se venger quand Gatto, par exemple, écrit dans le dernier numéro de « Prometeo » que « le prolétariat italien, dans son ensemble, qui est aujourd’hui désorienté et pulvérisé, saura trouver la voie pour la bataille émancipatrice du proche demain. Et, dans cette bataille, le nouveau parti communiste d’Italie que la fraction de gauche exprimera dans le feu des événements, etc. »
Mon habitude est d’éviter des artifices de polémique et j’assure Bianco que si j’ai fait cette remarque, ce n’est nullement pour prendre en faute la cohérence des camarades, mais uniquement pour prouver la thèse qui me semble résulter lumineusement du Congrès : que donc, sur les questions essentielles, l’accord était unanime. Depuis le Congrès, nous assistons à un chassé-croisé désinvolte entre l’un et l’autre courant sur le terrain que chacun croyait être sa propre prérogative. Et cela n’est pas autre chose que la confirmation de l’homogénéité de la pensée véritable des camarades de la fraction.
Bianco fait le bilan et il dit ce que pensent Tito, Piero, etc., mais il omet de reconnaître que le Congrès a posé le problème en ces termes : transformation de la fraction en parti aujourd’hui, élévation au degré de direction des mouvements n’étant possible que dans deux directions : ou le prolétariat nous suit, ou bien, dans le cas opposé et pour conquérir une base de masse, altération de notre programme pour obtenir immédiatement l’adhésion des masses ou de parties de celles-ci. Tito, Piero, etc., proposent-ils peut-être de modifier les bases de notre fraction, pour s’allier avec d’autres forces ? Non, n’est-ce pas, Bianco, et alors, malgré toute ta volonté, tu n’arriveras pas à faire avancer d’un pas la clarification du problème. Pour le clarifier il faut, à mon avis, prendre une autre direction, puisque celle de Bianco ne permet d’arriver à aucune conclusion. Loin d’incriminer des pensées critiques sur le passé, il faut considérer que, dans la situation actuelle, bien que nous n’ayons et ne pouvons encore avoir une influence de masse, nous nous trouvons devant la nécessité d’agir non plus comme fraction d’un parti qui a trahi, mais en tant que - si je puis dire - parti en miniature.

VERCESI.

Notes :

[1Il s’agit de « Prometeo », N.D.L.R.




Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.53