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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Une réponse de Gatto Mammone
{Bilan} n°29 - Mars-Avril 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 17 février 2017

par ArchivesAutonomies
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La bombe a éclaté. Nous avons une "lettre de désapprobation" de Matiottini et cela en deux versions : l’une parue dans l’organe socialiste "Le Nuovo Avanti", l’autre dans "le Cri du Peuple", l’organe centriste.
Nous pourrions mettre en doute l’authenticité de cette lettre ou, en tous cas, sa "spontanéité". Mais nous préférons l’accepter comme véridique même dans sa version pour le "Nuovo Avanti", laquelle plus que l’autre révèle le style embrouillé et bureaucratique qui caractérise le faux policier dans les pays bourgeois et les manipulations de parti en U.R.S.S.
Mais quel était l’objectif de notre campagne ? Documenter :

a) Comment Mariottini avait été expulsée du parti et chassée du travail "uniquement" parce qu’étant compagne d’un "oppositionnel" ;
b) la situation tragique où on l’avait placée ;
c) comment on l’autorisait seulement à retourner en Italie.

Le citoyen Germanetto dans la lettre adressée au "Nuovo Avanti" avait admis que Mariottini avait été éloignée du parti et du travail "quand fut clair qu’elle préférait les ennemis ouverts du parti au parti même". Ce qui traduit en paroles ordinaires veut dire qu’elle se refusait à rompre ses relations avec son compagnon. Mais en même temps il affirmait d’un ton hautain que Mariottini restait en Russie "parce qu’elle n’avait "jamais" été mal traitée, parce qu’elle avait "toujours" été aidée et "favorisée" et qu’elle était libre de sortir de l’U.R.S.S., de suivre son mari, d’aller où elle voulait, quand elle voulait, comme elle voulait".
Or, ces deux assertions sont pleinement démenties par la lettre de Mariottini. Celle-ci écrit en effet textuellement : "J’ai traversé des moments douloureux dûs au hasard et à la faute des hommes". Ses lettres ont été écrites dans des moments de découragement. Moments de découragement qui, comme nous l’avons prouvé, se sont prolongés pendant plus de deux ans, et qui ont cessé - nous avons été de faciles prophètes - avec le commencement de notre campagne. Au moins "découragement" dans les pays capitalistes se rattache à une situation pénible, peut-être dans "le pays du socialisme" signifie-t-il bonheur et félicité ? En outre, Mariottini détruit l’insinuation de Germanetto, mettant en doute l’authenticité des lettres publiées par nous. D’après lui, elles n’auraient été "que de communs documents de propagande anti-bolchevique, comme on peut en lire tous les jours dans la presse fasciste allemande, italienne, française et du monde entier". Mais ce qui importe le plus, la lettre de Mariottini se termine avec la déclaration que personne ne l’empêche de quitter l’U.R.S.S. et "de retourner dans son pays", c’est-à-dire... en Italie fasciste.
Mais c’est ici que se trouve toute la substance du cas Mariottini que le "scampolista" (le rédacteur de l’organe socialiste) ne veut comprendre, parce qu’il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre. Voilà donc le dilemme infâme qui est posé à Mariottini, et non à elle seulement : ou bien rester en Russie exposée aux persécutions et à la coercition qui finissent par affaiblir n’importe quel être, ou rentrer en Italie, uniquement en Italie.
La lettre de Mariottini que nous avons publiée dans le numéro passé de Bilan explique les raisons pour lesquelles elle ne veut pas s’adresser aux autorités fascistes, raisons qui sont omises naturellement dans la lettre de commande que le "scampolista" se garde bien de révéler. Que reste-t-il d’autre de la lettre de Mariottini ? La déploration de la campagne commencée sans son consentement ? Mais aux naïfs, pour ne pas dire plus, qui voudraient s’accrocher à cela, nous conseillons de relire les lettres de Mariottini que nous avons publiées et où des phrases de ce genre se trouvaient : "ne dis rien parce qu’il pourrait m’en arriver de pire" ou "je te prie à nouveau de ne pas rendre publique la chose".
Le pire arrivera. D’autres lettres de Mariottini - de désaveu plus explicite contre moi - pourront être cuisinées dans les bureaux de Moscou. J’ai vécu trop d’années en Russie et connais trop bien certains milieux, pour ne pas être au courant à fond de toutes les possibilités dont disposent les gangsters staliniens. Pour le moment les centristes ont préféré publier la lettre de Mariottini sans commentaires dans la crainte peut-être qu’il pourrait y avoir jusqu’à des centristes qui ne pensent que cette lettre (démenti de Mariottini) démente en définitive justement la lettre de Germanetto.
Et maintenant deux mots au "scampolista". Celui-ci se borne donc à acter la "curieuse lettre de Mariottini" et alors que lui-même en arrivait à dire après publication de la lettre de Germanetto qu’elle devait être libre d’aller quand, où et comme elle le voulait, il doit se contenter actuellement d’admettre que ce voyage serait uniquement vers l’Italie. Il se lave les mains comme Ponce Pilate avec la boutade que "Gatto Mammone s’en tirera comme il pourra et comme il le voudra". Gatto Mammone s’en est tiré - comme vous le voyez - assez bien. Qui en sort difficilement c’est justement le "scampolista". Nous étions, dès l’abord convaincus qu’il avait parlé du cas de Mariottini non par esprit de solidarité mais uniquement par spéculation envers des alliés par trop exigeants. L’avantage de traîner les centristes à la remorque de leur politique de trahison fait que les dirigeants socialistes changent soudainement de position et qu’un vieux renard tel que le "scampolista" fasse l’idiot, encaisse l’accusation "suggérée" à Mariottini, disant que son intervention représente un coup sournois contre le parti communiste et qu’il abandonne enfin ce qu’il avait soutenu la semaine avant. Paris vaut bien une messe.
Nous concluons enfin avec une rectification au sujet de l’observation de Mariottini pour la fausse nouvelle de son arrestation apparue dans la presse fasciste italienne. Cette nouvelle, c’est le provocateur centriste Baldini qui l’apporta de Moscou. Ce monsieur, que nous avons immédiatement brûlé, est passé ouvertement au service de l’Ovra fasciste, et aura évidemment transmis cette nouvelle à ses nouveaux maîtres. Vouloir nous attribuer des choses qu’ils ont eux-mêmes fabriquées, voilà une nouvelle preuve de la perfidie centriste.

Gatto Mammone




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