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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le prolétariat italien est-il absent ?
{Bilan} n°30 - Avril-Mai 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 17 février 2017

par ArchivesAutonomies
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Ce premier mai, le quatorzième de l’"ère fasciste", le prolétariat italien est absent pour la treizième fois, à l’appel mondial de protestation des exploités.
La dernière fois, en 1922, alors qu’il n’était pas encore battu, il fut l’un des seuls parmi les présents à consacrer à l’exemple des martyrs de Chicago le caractère révolutionnaire de cette ré-évocation qui ne veut pas être une simple manifestation formelle à laquelle on nous habitua au travers des traditions du passé.
Quatre mois après, en septembre 1922, l’ennemi gagnait la bataille. Le prolétariat italien se débat encore, mais les mailles de la répression sont plus fortes que sa volonté. Et plus perfectionné est le mécanisme de la coercition, plus suffoqué est sont cri de révolte, dans le choeur de la protestation du mouvement de classe international.
Pas plus que les autres dictatures actuelles, celle de Mussolini n’a pensé que par un trait de plume, sur un jour donné du calendrier, l’on puisse détruire la signification profonde qu’ont les anniversaires des annales de l’histoire. Le régime du faisceau, en remplaçant par la naissance de Rome la fête du Travail, a voulu placer la politique de son pouvoir sanglant sous le sceau de la plus antique justification, de l’assassinat élevé en raison d’État.
Notre fascisme a voulu posséder sa particularité, au moins sur ce terrain, pour empêcher qu’une conjoncture puisse faire revivre la conscience prolétarienne aux principes révolutionnaires. Le 1er Mai en Allemagne aussi est fête nationale. En Italie on travaille avec le gendarme à la porte des usines et l’agent secret sur les lieux mêmes du travail. Le prolétariat est pour cela absent de la manifestation mondiale. Le gendarme, le sbire, le Tribunal Spécial, la déportation et la geôle répondent à sa place : l’esprit de la lutte de classe en Italie est tellement détruit que même pas à l’ombre d’une enseigne nationale, le fascisme peut oser faire célébrer une fête qui l’obsède et le fait trembler.
Pour la treizième fois, l’Italie prolétarienne est bâillonnée et enchaînée, et aujourd’hui, plus que hier, pour les besoins de la politique criminelle du régime au geste "glorieux" en Afrique Orientale.
Le prolétariat italien est donc absent cette année également du cortège international. Mais n’est-il pas celui qui est peut-être le plus présent dans l’esprit de la véritable lutte de classe ? Sous quel drapeau se laissent conduire les masses des autres pays ? Apparemment en Italien on opposera l’esprit guerrier de "tout" un peuple à l’esprit pacifique de "tous" les autres peuples de l’Univers. Mais au fond cette opposition spectaculaire n’est dans l’un et dans l’autre cas - du fascisme et de l’antifascisme - que la plus flagrante forfanterie politique dans la mystification des masses écrasées ou trompées dans l’intérêt de la conservation du régime social qui engendre le fascisme et la guerre.
Forcés par l’appareil répressif du fascisme, les ouvriers d’Italie doivent le 1er Mai célèbre le massacre de la guerre, mais spirituellement ils sont peut-être les seuls qui sentent réellement la révolte contre le système de la société exploiteuse et sanglante.
Trompés par la politique imposée par le front populaire, les ouvriers de tous les pays, y compris la Russie, célèbrent le 1er Mai une Union Sacrée pour la défense des frontières démocratiques menacées par les velléités expansionnistes des fascistes. Ces ouvriers aussi sentent spirituellement leur révolte contre le régime d’oppression et de la guerre, mais ne sentent pas autant qu’ils le pourraient, tandis que les ouvriers d’Italie sont dans l’impossibilité de faire entendre leur voix.
Surveillées dans les îles de déportation ou enchaînés dans les lieux de réclusion du royaume, les militants révolutionnaires d’Italie sont absents pour crier leur haine du fascisme ou de la guerre, mais présents pour dire à leurs frères du monde entier que le fascisme et la guerre, ce sont le capitalisme et qu’aucune frontière ne peut être défendue par eux au nom de la démocratie et de l’antifascisme.
Tombés sur le terrain de la lutte de classe ou sur le champ de bataille, les victimes conscients et les assassinés inconscients sont morts pour nous faire mieux comprendre l’antagonisme inconciliable de classe, antagonisme jaillissant du régime capitaliste.




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