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Les traîtres à l’œuvre
{Bilan} n°30 - Avril-Mai 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 17 février 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous offrons à la réflexion des militants ouvriers de simples citations retirées des journaux socialistes et centristes après l’éclat hitlérien du 7 mars 1936. Avec une saisissante clarté, elles mettent en lumière le bouillonnement des événements au cours desquels social-démocrates et centristes s’avèrent être les instruments indispensables d’une Union Sacrée qui aura vu le jour avant même que les canons aient commencé à cracher la mort. Pour vaincre demain, les ouvriers devront commencer par ne pas oublier les trahisons et les crimes commis aujourd’hui par les agents du capitalisme. Les citations que nous avons rassemblées sont destinées à mettre en évidence et à conserver le souvenir d’une page des plus sombres de l’histoire du mouvement ouvrier. Ce que nous commençons dans "Bilan", sera effectué — espérons-le — par tous les groupements révolutionnaires afin de mieux armer les ouvriers qui se dresseront pour régler leur compte aux traîtres, lorsqu’ils passeront, eux aussi, "Sur la Route de l’Insurrection".

* * * * *

Le P.C.F. qui, après l’agression contre L. Blum, avait acclamé M. Sarraut et avait vu en lui le champion valeureux de la défense de la République démocratique, allait réagir à la dénonciation du traité de Locarno par l’Allemagne en termes "historiques" où l’Union Sacrée conservait néanmoins un goût d’antifascisme. Son manifeste disait, entre autre :

FRANÇAIS !

HOMMES, FEMMES, JEUNES, unissez-vous pour empêcher le fléau de la guerre de fondre à nouveau sur nous.
Réalisons l’union de la nation française contre ceux qui, en France, de concert
 avec les fauteurs de guerre de l’étranger, veulent nous conduire au massacre.
Les ennemis de la paix se sont dressés contre le pacte franco-soviétique ouvert à tous, que Laval a tenté de faire échouer, alors que l’Union Soviétique qui veut la paix, entend agir de concert avec toutes les puissances pour assurer la sécurité internationale.
Les ennemis de la paix n’agissent pas dans l’intérêt de la France qui pense et qui travaille. Ils sont soucieux avant tout de soutenir l’hitlérisme et n’hésitent pas, par haine du peuple, à se faire les agents de l’étranger.
...Nous, communistes, qui savons que le gouvernement ouvrier et paysan assurera demain la grandeur et la force de notre pays, nous appelons à l’union de la nations française, pour sauvegarder la paix par la lutte contre les fauteurs de guerre et par la fraternité internationale des peuples.
L’Union de la Nation française pour la défense de la liberté, voilà le rempart infranchissable où se briseront les assauts des fauteurs de guerre.
À BAS LE FASCISME ASSASSIN QUI NE CONDUIT QU’À LA MISÈRE ET À LA GUERRE !
À BAS LES COMPLICES FRANÇAIS DE HITLER ! Dissolution des ligues fascistes filiales des services de propagande et d’information du gouvernement de Berlin.
VIVE L’UNION DE LA NATION FRANÇAISE POUR EMPÊCHER LA CATASTROPHE !
VIVE L’ALLIANCE INTERNATIONALE DES PEUPLES QUI VEULENT LA PAIX !

L’Humanité, 8 mars 1936.

Un mois plus tard, hélas, le ton de la chanson changeait déjà et il s avérait que la "réconciliation des français" envisagée par les centristes visait jusqu’aux fascistes malheureusement irréductibles. Lors du "pèlerinage" de Verdun, Monsieur Vaillant-Couturier écrivait :

Hier, M. P. Taittinger, l’un des diviseurs de Français, qui compte parmi les plus actifs, a perfidement et grossièrement attaqué le colonel Raynal dans L’Ami du Peuple.
Il déplaît à M. Taittinger que le héros du fort de Vaux ait, hier, présidé le plus important pèlerinage qu’ait jamais connu Verdun. Parlant du colonel Raynal, M. Taittinger écrit : "Pourquoi, pour ce grand geste, n’était-il encadré que par les communistes Vaillant-Couturier et Jacques Duclos" ?
Pourquoi ?
Outre que l’affirmation est inexacte, outre qu’il se trouvait autour du colonel Raynal des hommes comme le commandant Ducas, comme Perrin, comme ce prêtre qui pleurait, comme ces femmes que j’ai vu faire le signe de croix devant les tombes, comme ces milliers d’anciens combattants qui avaient oublié avec nous, devant la terre brûlée leurs nuances politiques, leur divergences philosophiques ou confessionnelles, pour ne penser qu’à leur union, qu’aux morts et qu’à la paix, il y avait une raison toute simple...
C’est que les amis de M. Taittinger n’avaient pas voulu venir et qu’ils avaient tout fait pour empêcher, puis pour saboter cette grande manifestation de réconciliation qu’était le pèlerinage de la Paix...
Ces hommes — dans leur folie mussolinienne et hitlérienne — avaient poussé l’U.N. C. à refuser de s’associer à l’initiative prise par l’Association républicaine des anciens combattants.
À la haute devise de l’A.R.A.C, à la devise de Barbusse : "Ne rien faire pour diviser, tout faire pour unir", ils avaient répondu par leur consigne : "Tout faire pour diviser !"
Dans ces conditions, on peut juger ce que valent les regrets hypocrites exprimés par M. Taittinger.
Lui et ses pareils, au service des 200 familles, s’excluent de plus en plus de la communauté française...
Si le colonel Raynal, l’ex-lieutenant Vaillant-Couturier et le soldat Duclos se trouvaient réunis, c’est qu’ils avaient quelques titres d’anciens combattants à l’être... Faut-il préciser, monsieur Taittinger ?
Puisque les défenseurs de Verdun "n’étaient ni de gauche, ni de droite", que n’avez-vous prouvé, monsieur Taittinger, que vous aviez compris leur leçon ?
Si vous vous êtes abstenu, n’est-ce pas parce aujourd’hui vous vous sentez — comme l’a dit votre académicien Louis Bertrand — "plus près d’Hitler que d’un communiste français".
Prenez garde !
Le peuple de France est intelligent et sensible.
Il vous a plu de vous tenir à l’écart d’une grande manifestation d’union que rendait plus indispensable que jamais une menace trop précise. Cela vous coûtera cher.

L’Humanité, 7 avril 1936.

* * * * *

La réaction de la S.F.I.O, devant le coup de force hitlérien fut infiniment plus nuancée, plus souple que celle, de L’Humanité. C’est que les vieux renards social-démocrates ont, voyez-vous, beaucoup plus d’expérience dans le social-patriotisme. Ils pratiquent l’Union sacrée depuis 1914 et de ce fait ne prennent pas si vite le mors aux dents. Là où la furie centriste n’hésite point à exiger "la plus grande fermeté en face de l’Allemagne hitlérienne", et à rejeter l’idée même des négociations, les social-démocrates n’opposent pas une fin de non-recevoir aux offres de Hitler pour de nouvelles conversations, mais cela uniquement après que le coup du 7 mars ait été compensé par le raffermissement du bloc de "la France et de l’Angleterre".
Les uns et les autres parleront évidemment de l’organisation de la paix et de la sécurité et la condition expresse d’y arriver "avec, sans ou contre l’Allemagne", laisse entrevoir clairement comment demain on justifiera la guerre pour "défendre la paix".

L’hypothèse, en tous cas, que nous refusons d’admettre, c’est que la guerre puisse surgir du conflit diplomatique ouvert par le coup de théâtre de Berlin.
Hitler propose un examen général de la situation.
La réponse doit lui être faite de Genève, où trois grandes puissances, France, Angleterre, Russie peuvent sauver la paix du monde.

P. Faure dans Le Populaire du 8 mars 1936.

Mais le 10 mars 1936, le même Paul Faure après avoir mis en garde contre l’emploi de certaines formules (réconciliation française, etc.) écrivait :

Nous avons, nous socialistes, autant et plus que quiconque, le souci de la sécurité et de l’indépendance de notre pays.

Il concluait son article par ces mots qui en disent plus long que n’importe quel commentaire sur les positions socialistes :

Une fois de plus, nous demandons que la République française ne fasse en aucune circonstance "cavalier seul" et qu’elle défende à la Société des Nations la thèse de la sécurité collective et de la paix en mettant les États militaristes et fascistes en face de propositions concrètes et solennelles de démilitarisation de tous les territoires et de désarmement universel...

Par la suite, Rosenfeld et L. Blum allaient encore mieux préciser le problème, alors qu’il apparaîtra qu’au contraste opposant la France et l’Angleterre, correspond un contraste entre social-patriotes français et anglais.
Le 16 mars, Rosenfeld écrivait :

Le dictateur raciste exige que la discussion de la question inscrite à l’ordre du jour — la violation des traités de Versailles et de Locarno ne soit pas séparée de l’examen du "plan de paix" qu’il avait formulé le 7 mars au moment même où ses troupes entraient en Rhénanie.
Inutile de dire que cette condition est absolument inacceptable.
Expliquons-nous. Nous avons été les premiers à réclamer qu’on lie le problème de Locarno à celui de l’organisation de la paix. Nous avons demandé qu’on ne se borne pas à la constatation de la violation du traité de Locarno, à la condamnation de ce coup de force et aux conséquences que cette condamnation pourrait entraîner. Nous avons insisté pour qu’on prenne Hitler au mot, qu’on remette sur le chantier l’ensemble du problème de la paix et de la sécurité collective par l’assistance mutuelle et le désarmement général.
Le Führer a certainement voulu dissocier la France et l’Angleterre.
Il a heureusement essuyé un échec.

Le 20 il ajoutait :

De même il est question, paraît-il, d’un accord "entre États-majors". Mais on ajoute "dans le cadre de la S.D.N.".
Qu’est-ce que cela veut dire ?
Attendons donc.
Mais constatons pour aujourd’hui qu’un résultat — un résultat très important pour ne pas dire décisif — est acquis :
Il y a accord entre l’Angleterre et la France.
Nous l’avons réclamé dès le début.

À tout cela, Monsieur le travailliste Dalton devait répondre à la Chambre des Communes :

L’ancien sous-secrétaire d’État affirme que son parti n’appuiera pas une alliance franco-britannique mais appuiera par contre l’organisation de la sécurité collective par la Société des Nations. Il tient Locarno pour trop étroit : "Pour l’organisation de la paix, la plus petite région qu’on pouvait embrasser était l’Europe : le Labour Party est fidèle au principe du protocole de Genève".
Passant à un autre argument Dalton établit une distinction très nette entre le
"cas italien" et le "cas allemand". Dans le second, comme selon l’orateur, il s’agit 
d’un moindre délit, il ne saurait être question de sanctions. L’égalité politique et économique devrait revenir à Genève.

Le Populaire, 23 mars 1936.

Mais le 28 mars 1936, Rosenfeld faisait une surprise agréable après le grand discours de Chamberlain aux Communes, alors qu’il montrait ouvertement ce qu’il entend réellement par "pacifisme" :

Le grand débat de politique extérieure à la Chambre des Communes fut une surprise très désagréable pour Hitler. Une fois de plus, les diplomates allemands avaient "gaffé". Ils avaient, en effet, escompté une rupture entre Londres et Paris. Ils avaient misé sur une crise au sein du gouvernement britannique. Or, celui-ci en est sorti indemne. Son unité semble même consolidée. Sa situation vis-à-vis de l’opinion publique n’est nullement compromise. Et les relations franco-anglaises ont apparu plus étroites que jamais.
Mais la journée de jeudi fut aussi une surprise pour une grande partie de l’opinion française, celle qui puise les nouvelles dans la presse dite grande, dans les journaux dits d’information. Seulement, cette surprise a été agréable. Car la presque totalité de la presse annonçait depuis plusieurs jours le contraire de ce qui est arrivé. On parlait d’un fort courant d’opinion anglaise dressé violemment contre le gouvernement. On donnait M. Eden battu à la Chambre. On précisait que le Cabinet britannique était en majorité germanophile. On annonçait un divorce entre la France et l’Angleterre avec toutes ses conséquences désastreuses.

Un peu avant, L. Blum jugea bon d’intervenir dans Le Populaire pour "nuancer" le "pacifisme" de Paul Faure. Il écrivit donc :

Notre Parti, lui, exigeait que le problème fût posé plus largement. Sans écarter, à priori, l’idée des sanctions — car la légalité collective et la sécurité collective
 sont choses inconcevables si on exclut en droit ou en fait toute possibilité d’astreinte
 ou de contrainte — il demandait qu’elles fussent mises en jeu pour un objet constructif et non dans un esprit purement punitif. Il fondait leur application éventuelle sur un système général d’assistance, de désarmement et de contrôle que la S.D.N. devait saisir l’occasion de proposer ou d’imposer à l’Allemagne".

17 mars 1936.

Si L. Blum tint à préciser la position de la S.F.IO. c’est certainement du fait de la campagne centriste contre les pauvres phrases pacifistes de Paul Faure. Négocier avec l’Allemagne ? Fi donc. Il faut réagir vigoureusement et Gabriel Péri l’expliquera dans L’Humanité du 17 mars 1936 :

Que l’on relise le discours du Reichstag, la harangue de Goebbels, le discours de Munich. La même affirmation revient comme un leitmotiv effroyable : c’est l’intérêt, c’est le besoin d’expansion du peuple allemand qui, pour le fascisme, sont la loi suprême et créent le droit. C’est sous ce signe que seront placés les contrats que Hitler propose à certains partenaires.
Négocier ou non, la question n’est pas là. Il s’agit de savoir si l’on veut isoler les foyers d’agression ou si l’on préfère livrer le monde à la conquête hitlérienne et laisser se préparer, sous la surveillance des fortifications de la zone rhénane, un nouveau Sadowa et un nouveau Sedan.
Il s’agit de savoir, en un mot, si l’on veut assurer la protection des millions d’hommes et de femmes pour qui la paix est le bien le plus précieux.

Avant lui, Thorez, dans son discours de St-Ouen avait décrit comment le fascisme hitlérien envisageait le rapprochement franco-allemand :

Quelques jours après son hypocrite interview à Paris-Midi, Hitler donne un sens singulier à sa formule de rapprochement franco-allemand. C’est le rapprochement de ses troupes en direction de la France, en vue d’une nouvelle guerre, d’une nouvelle invasion, d’un nouveau 1914, qui dépasserait en horreur, en ruines, en sang versé ce que nous avons connu il y a vingt ans. ... Il est donc vrai que Hitler convoite le sol et les richesses des autres peuples européens, France y compris. II est donc vrai qu’il n’a pas renoncé aux visées impérialistes qu’il exposa dans son livre Mein Kampf et que l’accomplissement de ces buts de rapine "implique l’anéantissement de la France" (p. 766). Et quelles méthodes ? Celle du coup de poing sur la table, du fait accompli ! Hitler parle "d’apaiser les différends entre les peuples suivant les méthodes appliquées à l’intérieur". Prétend-il donc exterminer notre peuple par le feu et par le fer ? Quel sort nous attend demain ? Quelle garantie reste à notre peuple et à l’Europe ? Quelle confiance peut-on accorder au bourreau du peuple allemand ?

L’Humanité, 15 mars 1936.

* * * * *

Enfin, parut un manifeste issu d’une séance commune de L’I.O.S. et de la F.S.I. [1] Comme il se devait, au nom du Droit, de la Paix, ces Messieurs mobilisaient, en fait, les ouvriers des pays démocratiques au nom d’une guerre contre l’Allemagne et l’Italie. Voici un extrait significatif de cet appel :

Comme il l’a déclaré dans le conflit italo-abyssin et comme il le déclare encore maintenant, le mouvement ouvrier international est pleinement disposé à accepter les risques et les responsabilités d’une telle organisation collective de la paix. Ces risques sont beaucoup moins importants que ceux de toute autre politique. L’isolement et le vieux système des alliances militaires mènent finalement à la guerre. Une agression criminelle ne peut être empêchée par un appel moral. Tout agresseur éventuel doit trouver en face de lui une écrasante supériorité de force. Toutes les nations doivent apporter leur contribution à cette force selon un plan convenu. Les armements nationaux doivent être déterminés en fonction de ce but. C’est dans la perfection de la sécurité collective que réside le seul espoir d’obtenir l’allégement de l’accablant fardeau des armements. La suppression de la fabrication et du commerce privés des armes de guerre rendra plus efficace encore cette sécurité.

L’Humanité, 22 mars 1936.

Quelques temps auparavant l’on avait pu lire un manifeste de la C.G.T., faisant appel à la S.D.N., aux alliances entre les pays "pacifiques" contre les pays "bellicistes", sans oublier la lutte contre le fascisme inséparable de la lutte pour la paix. Voici une citation de ce dernier :

Le Syndicalisme français n’a jamais considéré que l’état de choses créé par le traité de Versailles peut être tenu pour intangible. Il a, au contraire, constamment réclamé et soutenu une politique de rajustement équitable des clauses territoriales et économiques du traité de Versailles, mais il ne la peut concevoir que dans le cadre du droit international, par voie de négociations libres dont le traité de Locarno offrait justement un premier et significatif exemple. C’est pourquoi la C.G.T. condamne énergiquement cette dénonciation.
La C.G.T. réclame que le pays ne se départisse pas du calme nécessaire.
C’est à la Société des Nations qu’il appartient de se prononcer sur la situation créée par l’Allemagne hitlérienne. Nous réclamons qu’elle le fasse sans ambiguïté et énergiquement par l’application du principe de la sécurité collective et exclusivement dans le cadre du Pacte de Genève.
La défense de la paix menacée doit se réaliser par la solidarité internationale des pays qui veulent s’opposer à toute guerre, de quelque côté qu’elle soit provoquée.
La Commission administrative de la C.G.T. croit devoir rappeler que le fascisme est une constante menace de guerre : la lutte contre le fascisme est inséparable de la lutte pour la paix.

L’Humanité, 11 mars 1936.

* * * * *

Cependant c’est au centrisme que revient le premier prix de bassesse dans la course vers l’Union Sacrée. Nous avons déjà prouvé que "la réconciliation des français" du 8 mars 1936 perdait tout aspect antifasciste en avril lors des pèlerinages à Verdun. Nous compléterons donc notre documentation à ce sujet. Le 4 avril, Vaillant-Couturier définira la position du P.C., devant le pèlerinage de Verdun :

Aux côtés du colonel Raynal, héros du fort de Vaux, aux côtés des officiers et sous-officiers de réserve républicains, il — le parti communiste — prouvera son ardent désir d’union de la nation française contre les fauteurs de guerre et les profiteurs de la mort. À ceux-là, devant Verdun, il dira : "On ne passe pas !"
Il affirmera la volonté des masses ouvrières d’appuyer l’action de la génération du feu pour défendre la dignité et l’indépendance du peuple de France contre la honte du fascisme et contre l’insolence de ce que Gabriel Péri appelait si justement, hier, un second "Versailles", un "Versailles" hitlérien, cette fois...

Le 6 avril, le même journaliste précisera :

Le serment de Verdun complète et élargit le serment du 14 juillet. Il a été prononcé dans une heure de péril, devant les restes mêlés pour l’éternité des soldats allemands et des soldats français inconnus.
Qu’il soit un avertissement de la France réconciliée qui veut la réconciliation des peuples à ceux qui, du dedans et du dehors, rêvent d’agressions sanglantes.
Ils ne passeront pas !
L’union de la nation française contre le fascisme sauvera la paix !

Enfin, Vaillant veut rassurer jusqu’au général Castelnau. Les 200 familles ne courront désormais que "quelques dangers".
Sous le titre "Non, pas ça, général", L’Humanité du 10 avril 1936 :

Je me rappelle qu’il [le général de Castelnau, N.d.l.R.] ne manquait pas de vanter alors l’union du peuple français et qu’il s’entretenait avec bonhommie, en patois du Quercy, avec les soldats de Carmaux, électeurs de Jaurès...
Pourquoi faut-il qu’aujourd’hui, cinq jours après l’inoubliable pèlerinage de la paix à Verdun, il me soit donné de voir le général de Castelnau s’efforcer, en attaquant les communistes, de diviser un peuple en train de se regrouper.
Et que reproche-t-il aux communistes ? De n’être pas des sectaires ! De défendre la famille. De dénoncer le péril que font courir aux classes laborieuses de France et à la paix la politique agressive de Hitler et la trahison des hitlériens français. Il reproche aux jeunes ouvriers communistes d’avoir su gagner la confiance des jeunes ouvriers chrétiens pour lutter en commun contre la misère.
... Devant l’épouvantable détresse matérielle et morale qui assaille la jeunesse et la famille, comment peut-on songer encore, au nom de la morale chrétienne, à faire du sectarisme à rebours, à diviser, à opposer des hommes qui souffrent quand il faudrait tellement les unir...
Il y a des "dangers" ?
Il n’y a jamais de "dangers" pour qui a la foi. Aux côtés des communistes qui exaltent l’abnégation, l’esprit de sacrifices, la dignité humaine et qui rendent toute leur force aux valeurs morales méconnues par une société basée sur les plus vils calculs, quels "dangers" pourrait courir un catholique ?
Devant l’union que réclament les communistes pour faire une France libre, forte et heureuse, seuls peuvent courir quelques dangers les intérêts temporels des magnats de l’industrie, des banquiers, des usuriers, des 200 familles qui alimentent par des souscriptions massives la propagande de l’Écho de Paris.
Si c’est cela que vous craignez, alors, dites-le, général !

* * * * *

L’exaltation chauvine de Thorez à Buffalo (L’Humanité, 5 avril 1936) :

HITLER NE NOUS DICTERA PAS SA LOI !
Et quelle insolence ! Il ne s’agit pas pour nous, prolétaires, d’un vain prestige. Mais il s’agit de la dignité légitime de notre peuple qui veut la liberté et qui veut la paix.
Déjà, dans son discours du 7 mars, Hitler prétendait dicter ses amitiés à notre peuple. Il prétendait interdire à ceux qui sont deux fois les fils de la Révolution Française de 1789, les fils de la première Révolution prolétarienne — la Commune de 1871 — il prétendait leur interdire de proclamer leur amitié et leur admiration pour leurs frères de l’Union Soviétique en train de construire la nouvelle société du travail, du bonheur et de la paix. Il prétendait même interdire à notre peuple le droit de se donner le gouvernement auquel il aspire.
Hitler disait ! "Je dois prendre des précautions. Je ne sais pas si demain, il n’y aura pas à Paris un gouvernement de Front Populaire, voire un gouvernement communiste."
Et puis après ? Notre peuple va-t-il demander la permission à M. Hitler pour se donner un gouvernement attaché à la cause de la liberté et de la paix, à la cause du travail et de la démocratie. (Tonnerre d’applaudissements.)
HITLER INSULTE LE PEUPLE FRANÇAIS.
Mais Hitler ne veut pas consentir à un accord général. Il élimine tel ou tel peuple de ses "promesses" de paix. Il ne veut donc pas renoncer à ses visées, à celles qu’il exprima dans Mein Kampf, testé l’évangile de ses sections d’assauts... Hitler ne renonce pas à la pratique et à la politique de haine des races. Il considère que nous, Français, nous sommes maintenant un peuple abâtardi et négroïde.
Écoutez plutôt : "Ce peuple qui, par lui-même, tombe de plus en plus dans le métissage du nègre, met sourdement en danger, par sa complicité avec les Juifs, l’existence de la race blanche en Europe." (Mein Kampf, p. 704) (Cris d’indignation.)
Il est vrai que nous préférons un homme de couleur, paisible et travailleur, à Hitler, fou furieux, déshonneur de l’humanité. Il est vrai que nous voudrions que notre peuple traite les Algériens et les Indochinois, comme nos ancêtres de la première République traitaient les nègres des Antilles, qu’ils affranchissaient et plaçaient sur un pied parfait d’égalité avec les Français.
Hitler, c’est la menace contre le peuple de France et contre le peuple belge, contre les petits peuples de l’Europe centrale et orientale. C’est aussi la menace contre l’Union Soviétique, dont l’immense population laborieuse est la plus grande force de paix dans le monde.
LES COMMUNISTES FERONT UNE FRANCE FORTE.
Oui, nous voulons, nous communistes, faire une France forte, libre et heureuse, une France dont le gouvernement ouvrier et paysan sera le plus fort que nous ayons jamais connu, une France qui ne craindra plus les menaces contre la paix d’un Hitler, qui spécule sur les divisions provoquées et entretenues parmi le peuple de France par ses agents, les de La Rocque, les Taittinger et les Doriot.
Oui, nous voulons, et nous ferons une France dont les fils, UNIS et libérés du joug du capital, du joug des 200 familles, pourront dire :
"Nous ne convoitons pas un pouce de territoire étranger, mais nous ne laisserons pas toucher à un pouce de notre sol", une France ayant retrouvé dans le monde, par l’effort pacifique de notre peuple, une place digne de son histoire, digne de ses traditions séculaires de résistance à l’oppression, et de lutte pour la liberté.
LES NUITS DE HITLER
Quelle méthode ! Dans un de ses discours, Hitler a parlé d’appliquer à la politique extérieure les méthodes qui ont prévalu à l’intérieur de l’Allemagne : c’est-à dire la hache et le feu, le revolver et le poignard ? Les méthodes de Hitler, ce sont les mauvais coups perpétrés en une nuit. En une nuit, Hitler et son Goering incendient le Reichstag. En une nuit, Hitler assassine ses lieutenants. En une nuit, il rétablit le service militaire obligatoire. En une nuit, il dénonce Locarno, met en marche ses troupes réorganisées.
Et demain, dans quelques semaines, dans quelques mois, quand ? Nous ne le savons pas, mais nous pouvons le prévoir — en une nuit, Hitler lancerait ses escadrilles d’avions qui anéantiraient en quelques instants plusieurs quartiers de Paris ou de nos grandes villes avec leur population de femmes, d’enfants et de vieillards. (Applaudissements)

Léon Blum se félicite de la conversion centriste :

Oui, la volonté instinctive du peuple français vis-à-vis des cas de paix ou de
 guerre s’est modifiée. J’irai même jusqu’à dire, en pesant mes mots car je touche ici 
à une idée délicate, que sa conception de l’honneur collectif est en train de subir une 
profonde transformation. Certes, il se lèverait tout entier contre toute tentative d’asservissement par le Diktat hitlérien, contre toute invasion effective du sol de la Patrie.
 Je l’ai déclaré il y a un an à la tribune de la Chambre, dans le débat sur la loi
 de deux ans, non sans m’exposer aux reproches de quelques-uns de mes camarades,
 non sans m’attirer de la part de Maurice Thorez des critiques que le temps, ou les 
circonstances, me paraissent avoir effacées. Mais si le peuple français se trouvait
 acculé, malgré lui, à la nécessité suprême de la guerre, il me semble qu’il sentirait
 son honneur atteint plutôt qu’exalté. Il tient désormais la guerre, fût-ce une guerre
 courageusement acceptée, héroïquement soutenue, pour une tare indélébile de l’humanité. C’est la paix qui est désormais l’honneur. Ce qui entache l’honneur d’une nation, c’est la volonté de conquête ou de domination, c’est la rupture de la parole don
née, c’est le manquement à la foi et à la solidarité internationale, c’est le verdict de
 la raison et de la conscience universelle.

Le Populaire, 8 avril 1936.

Centristes et socialistes portent à baptême le capitalisme français qui sera désormais (à part les 200 familles), le bastion de l’antifascisme.

DÉFENDRE LA PAIX !
Le Parti Communiste et le Parti Socialiste proclament une fois de plus leur volonté de tout mettre en œuvre pour défendre la paix.
Les événements actuels montrent que dans les circonstances créées par la politique d’armement du capitalisme, par les conséquences inéluctables de sa politique de force, LE FASCISME C’EST LA GUERRE, et à l’heure où les préparatifs de guerre de l’Allemagne hitlérienne ébranlent la paix de l’Europe, tous ceux qui veulent éviter les horreurs d’une nouvelle catastrophe se doivent de condamner la provocation à laquelle s’est livré Hitler.
Le fait que les sanctions n’ont pas été appliquées à Mussolini, qui poursuit la guerre en Éthiopie, a encouragé les hitlériens fauteurs de guerre dans leur politique du "poing sur la table" qui, si elle est admise, fera disparaître toute garantie de sécurité collective et entraînera les peuples vers de nouveaux massacres.
Le Parti Communiste et le Parti Socialiste appellent les masses populaires menacées par Hitler et les hitlériens français, à s’unir pour défendre la paix, et décident :
... c) De proposer aux organisations du Rassemblement Populaire une action de masse pour exiger la dissolution et le désarmement des ligues fascistes plus que jamais menaçantes, et qui continuent de jouir d’une indulgence que le gouvernement s’était pourtant engagé à ne pas avoir.
Contre la provocation hitlérienne et contre les hitlériens français, complices des fauteurs de guerre d’Allemagne.
Pour défendre la paix et la liberté contre les ligues factieuses, qui sont au service des deux cents familles qui encouragent les provocations hitlériennes et fomentent la guerre civile ;
Plus que jamais unité d’action pour la lutte et peur la victoire.
LE COMITÉ DE COORDINATION.

L’Humanité et Le Populaire, 9 avril 1936.

Après cet aperçu sommaire mais édifiant du patriotisme belliqueux des socialo-centristes français, il nous reste à publier — c’est ce que nous ferons dans le prochain numéro — une revue de la presse italienne et belge.

« »

Notes :

[1Nous tenons à mettre sous les yeux de nos lecteurs un extrait de la résolution de l’I.O.S. et F.S.I. lors du conflit italo-abyssin :"La Conférence commune de l’Internationale Ouvrière Socialiste et de la Fédération Syndicale Internationale, réunie le 12 octobre à Bruxelles, tient à marquer sa satisfaction de la décision prise par la Société des Nations, désignant l’Italie comme l’agresseur dans le conflit italo-abyssin. Au nom de l’humanité et de la civilisation, elle réclame que les sanctions promptes et effectives mettent définitivement et rapidement un terme à cet injustifiable attentat au droit international. Elle assure la Société des Nations de l’appui le plus effectif de ses organisations pour l’application des sanctions, quelles qu’elles soient, qui devront être prises pour arrêter la guerre et rétablir la paix.Elle demande qu’aucun délai n’intervienne pour la spécification des sanctions à appliquer et des modalités dans lesquelles on doit en user.Elle souhaite qu’on porte à la connaissance du gouvernement italien que dans les clauses définitives rétablissant la paix il n’obtiendra de ses actes d’agression aucun avantage.Les organisations représentées à la Conférence commune confirment leurs décisions prises à Genève le 6 septembre et à Paris le 27 septembre et ont pris toutes les dispositions nécessaires en vue de leur application pratique, mettant ainsi à la disposition de la S.D.N. pour la défense de la paix et du Droit, la puissance de l’opinion ouvrière et la force de ses organisations."




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