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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Le mouvement ouvrier devant le problème de la guerre
{Bilan} n°30 - Avril-Mai 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 17 février 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous commençons la publication des positions de groupes qui contre socialistes et centristes prétendent lutter contre l’Union Sacrée dans leur propre pays et contre la guerre impérialiste sur un terrain internationaliste. Nous publierons en premier lieu quelques extraits des publications de la Ligue des Communistes Internationaliste de Belgique, laquelle nous paraît se revendiquer de positions communistes au sujet de la guerre, positions dont nous sommes pleinement solidaires. Une seule divergence sépare notre fraction d’une partie des camarades belges dans l’appréciation des racines des guerres. Cependant, il ne s’agit pas d’une divergence à effets immédiats, puisque sur les problèmes actuels se vérifie une convergence. À ce sujet également nous publierons des textes pour documenter nos lecteurs.

* * * * *

Voici deux passages d’un manifeste de la Ligue : "La Classe ouvrière et la guerre" :

"À LA GUERRE, OPPOSONS LA REVOLUTION.
... Les partis socialistes et communistes, les syndicats réformistes ou soi-disant révolutionnaires sont d’accord pour lancer la classe ouvrière dans une nouvelle guerre. Selon eux, les travailleurs n’auraient qu’à s’incorporer à leurs pires adversaires : les capitalistes. L’Internationale Socialiste et l’Internationale Communiste, les Internationales Syndicales, toutes répètent à l’envie que les travailleurs doivent soutenir la Société des Nations. Il faudrait donc, pour combattre l’impérialisme italien, s’en remettre à l’impérialisme anglais, sous le couvert de la Société des Nations. Ainsi les socialistes allemands demandaient aux ouvriers de s’en remettre à Hindenburg pour empêcher l’avènement d’Hitler au pouvoir. Ainsi parlent les agents du Capitalisme. Des socialistes de "gauche" tiennent le même langage, avec cette variante cependant, que le prolétariat après avoir aidé la Société des Nations à battre le Fascisme, devra retourner ses armes contre ses propres exploiteurs. Mais on ne peux pas abattre ses exploiteurs si on commence par s’unir à eux.
La guerre pose devant le prolétariat, non pas le choix entre l’un ou l’autre clan impérialiste, mais bien le renversement du régime capitaliste ; cause suprême de toutes guerres. À l’appel de la défense de la Patrie, il faut répondre par l’unité du prolétariat, par dessus les frontières, par la Révolution.
Mais la Révolution, c’est la lutte des classes portée à son paroxysme ; elle ne se prépare pas par une collaboration avec la bourgeoisie.
L’ennemi principal n’est pas en dehors des frontières, mais dans le pays même : c’est la Bourgeoisie.
Le boycottage du transport des armes appliqué à l’Italie seulement renforce la Société des Nations, donc notre propre bourgeoisie.
Pour avoir une portée réellement révolutionnaire, il doit l’appliquer à toutes les industries de guerre, et aussi à toutes les industries qui travaillent pour le capitalisme belge et ses alliés.
Mais à une tentative sérieuse de sabotage de son armement, la Bourgeoisie répond par des massacres d’ouvriers.

PROLÉTAIRES !

La préparation à cette phase ultime de la lutte sociale passe au travers du rassemblement de toutes vos forces dans vos organisations de classe pour une lutte sans merci contre vos exploiteurs dans ce pays.
Ces rassemblements prenant pour base vos revendications immédiates devront vous conduire à des batailles générales où il vous faudra forger un guide : un véritable parti communiste pouvant vous montrer le chemin de la Révolution, de l’instauration de la dictature du prolétariat.
Face au P.O.B., au P.C., à toutes les gauches socialistes et à leurs alliés trotskistes, notre Ligue entend œuvrer pour l’élaboration du programme de la Révolution communiste, pour jeter les bases du parti qui vous conduira à la victoire.
Devant les dangers de la guerre imminente, elle lève le drapeau des batailles grévistes pour la défense de vos conditions d’existence : salaires, allocations de chômage, pensions, etc., défense qui forgera votre cohésion et votre véritable unité de classe.
Ce sont ces rassemblements que vous devez opposer aux "fronts populaires", instruments du capitalisme, composés des pires ennemis du prolétariat et qui complotent de le saigner une fois de plus au profit de l’impérialisme."
(26 octobre 1935.)

La Ligue qui a résolument rejeté la défense du Négus et de "l’indépendance" abyssine écrivit à ce sujet dans le même manifeste :

"L’INDÉPENDANCE DE L’ABYSSINIE
L’Angleterre s’oppose à l’entreprise de conquête coloniale de l’Italie au nom de "l’indépendance" de l’Abyssinie. La première puissance coloniale du monde, qui exploite près d’un quart de l’humanité entière, prend fait et cause pour l’Abyssinie ! Et tous les démocrates de s’ériger en défenseurs de l’Abyssinie indépendante. N’empêche que ces mêmes démocrates ont donné leur adhésion aux proposition du fameux Comité des V, chargé par la Société des Nations d’étudier la meilleure façon de concilier les intérêts de l’Angleterre, de la France et de l’Italie. Or, ce Comité des V ne proposait rien moins que le partage de l’Éthiopie en "zone d’influence" pour ces trois pays sous le "contrôle" de la Société des Nations. Ce qui démontre que le conflit actuel entre l’Angleterre et l’Italie ne tourne pas autour de l’indépendance de l’Abyssinie, mais uniquement autour de la question de savoir qui possèdera ces richesses naturelles et qui occupera les meilleures positions stratégiques : de l’Italie, de la France, de l’Angleterre ou de l’Amérique et ce, toujours sous le "contrôle" de la Société des Nations.
Il y a cependant une différence. C’est que la caste dirigeante d’Abyssinie accepte la tutelle de la Société des Nations tandis qu’elle repousse celle de l’Italie.
En réalité, l’indépendance des populations éthiopiennes ne peut être assurée par aucun des clans impérialistes. Seule la révolution socialiste mondiale peut assurer le développement économique de l’Abyssinie sans l’exploitation de ses populations et le pillage de ses richesses."

Au sujet de la Russie et de sa participation à la future guerre impérialiste, la position de la Ligue fut très claire et très nette. Elle ne tomba pas dans la phraséologie trotskiste sur la "défense de l’U.R.S.S." même lorsque cette dernière est l’alliée d’un impérialisme. Non, elle comprit qu’aux positions générales des communistes envers la guerre impérialiste il fallait ajouter une position ferme envers la Russie se trouvant dans le camp des États impérialistes compétiteurs.
Voici, encore un passage du manifeste précité de la Ligue :

"Ces deux termes d’une évolution marquent la transformation opérée en U.R.S.S. Le pouvoir a glissé des mains du prolétariat. Le gouvernement soviétique qui jadis comptait, avec l’aide des partis communistes, sur l’extension de la révolution, s’appuyait, en premier lieu, sur la conscience socialiste des ouvriers du monde, contribue maintenant à noyer dans le sang les révolutions ouvrières et engage les travailleurs à s’entre-tuer dans la prochaine guerre impérialiste.
La solidarité de L’U.R.S.S. avec l’impérialisme mondial est un fait accompli.
Elle se traduit par l’adhésion à la Société des Nations, jadis dénoncée par l’Internationale Communiste comme l’association de "brigands impérialistes". Son désir de "paix" est fait du besoin de tranquillité éprouvé par la caste dirigeante du pays afin de consolider ses positions sur la classe ouvrière et d’éviter toute reprise de lutte révolutionnaire qu’une nouvelle guerre mondiale ne manquerait pas de déterminer."

Voici maintenant des indications sur la divergence qui nous sépare d’une partie des camarades de la Ligue.

Le camarade Jehan dans un cahier d’étude de la Ligue écrit :
"La bourgeoisie italienne qui fut la première à briser l’échine du prolétariat, est aussi la première à devoir recourir à la guerre, précisément parce que le fascisme, s’il a résolu temporairement un problème politique en consolidant la domination bourgeoise, n’a nullement résolu — et ne pouvait résoudre (pas plus qu’une autre forme de domination bourgeoise) — des problèmes économiques qui se trouvent intimement reliés aux contradictions de la crise générale du capitalisme.
Mais il ne peut dépendre de la volonté d’aucun autre impérialisme, plus puissant, d’échapper à la guerre qui se révèlera, en ordre secondaire, comme un moyen de défendre sa propre position dans le monde et, en ordre principal, comme l’inéluctable issue aux contrastes que le capitalisme mondial ne peut plus comprimer dans sa crise historique de dégénérescence."

D’autre part, dans le Bulletin du 1er janvier 1936, nous relevons ceci :
"Nous sommes de l’avis que la phase du capitalisme décadent a permis de percevoir une vérité essentielle de la doctrine marxiste : les racines des guerres résident dans la division de la société en classe et non dans les compétitions entre États avides de conquêtes et États rassasiés. C’est l’exploitation du prolétariat qui conditionna l’expansion internationale des puissances capitalistes actuelles et cette expansion créa un appareil de production national non seulement en contradiction avec le maintien de l’exploitation ouvrière, mais aussi avec celui des autres pays. Qu’il s’agisse de la France, de l’Angleterre, de l’Italie ou de l’Allemagne, le problème reste le même dans des situations différentes. C’est donc la lutte des classes qui est la base de la guerre impérialiste alors que ses mobiles visent à faire concorder le développement de chaque impérialisme avec ses besoins d’expansion internationale. La guerre va permettre — au travers de la destruction d’ouvriers et de marchandises — de ramener l’appareil productif dans ses cadres capitalistes en étouffant la seule force progressive : le prolétariat, appelé par le développement historique même, sur le fond général d’un nouveau partage du monde.
Pour nous borner à la phase la plus récente, aux derniers événements, pouvons-nous y trouver une confirmation de cette thèse qui, bien que n’étant pas partagée par tous les camarades de la Ligue n’entraîne pas une différenciation de positions dans le rejet de la défense du Négus, de l’impérialisme anglais ou français."

Ces deux citations marquent en même temps qu’une position défendue par notre fraction, le point de dissentiment avec des camarades de la Ligue qui estiment qu’il est faux de mettre au second plan d’une façon absolue les contrastes inter-impérialistes et au premier plan, la lutte de classe comme élément portant à la guerre mondiale. S’il s’agissait de déterminer la politique d’un État prolétarien la divergence serait probablement de principe car il s’agirait alors de savoir s’il lui est possible d’exploiter des contrastes inter-impérialistes en agissant sur le terrain de la lutte inter-États, ou si l’État prolétarien ne peut affaiblir les États capitalistes que par une lutte de classe poussée à son paroxysme dans tous les pays.




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