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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Les traîtres à l’œuvre
{Bilan} n°31 - Mai-Juin 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 17 février 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous publions des extraits de journaux italiens centristes et socialistes afin de prouver à nos lecteurs que les Ercoli, Grieco, Nenni et Cie sont bien dignes des Thorez, Cachin, Blum et autres polichinelles socialo-centristes de France dont nous avons permis à nos lecteurs d’étudier les déclamations chauvines dans notre dernier numéro.
Les premières directives socialo-centristes posent le problème sous son angle de classe :

Faites entendre votre protestation. Dites que l’avenir des masses travailleuses du pays ne dépend pas d’une aventure coloniale, mais est fonction du renversement du capitalisme et de la libération du travail de l’exploitation patronale.
Appel du Parti Communiste et du Parti Socialiste Italiens, Azione Popolare, 9 février 1935

L’organe centriste commente ainsi les accords de Rome de janvier 1935 :

Nous avions dénoncé depuis des mois la menace d’une aventure coloniale en Afrique. Nous avions dit après la conversation de Rome que Laval et Mussolini s’étaient mis d’accord aux dépens des deux peuples et que l’Italie fasciste était autorisée par la France à attaquer l’Abyssinie. D’autres avaient parlé des accords de Rome comme étant des accords de paix. Les communistes, seulement les communistes, avaient réagi contre ce mensonge, avalisé aussi par certains organes socialistes et avaient dit qu’en aucun cas des marchandages entre brigands militaristes peuvent conduire à la paix, que toujours, au contraire, des accords entre impérialistes, sont des accords de rapine, des accords de guerre.
Azione Popolare", du 16 février 1935, article leader "La mobilisation, c’est la guerre".

Sur les mêmes accords de Rome les socialistes italiens seront plus prudents pour ne pas déplaire à Blum qui avait approuvé ces accords au Parlement français. Ils écrivent :

Mais l’accord de Rome contribue-t-il effectivement et efficacement à développer l’esprit de paix ? Que signifient les accords de Rome ? Ils signifient le retour du fils prodigue fasciste dans l’orbite française ou franco-anglaise. Cela dans le moment présent peut indirectement et directement servir la cause de la paix mieux que si le fascisme était dans le camp allemand aux côtés de Hitler. Mais il s’agit, en tout cas, d’un marché entre impérialismes qui n’a rien à faire avec notre pacifisme.
Nuovo Avanti, du 30 mars 1935, sous le titre : "La validation des accords de Rome".

En avril 1935, la situation ne permet plus de maintenir des affirmations radicales et l’on passe à la convocation d’un "Congrès contre la guerre en Abyssinie".

Nous voulons que de lui (du Congrès, n.d.l.r.) se dégage une ferme et résolue volonté de lutte pour empêcher la guerre, si possible pour la transformer, si elle éclate, en insurrection victorieuse des travailleurs.

Mais la base sur laquelle le Congrès est convoqué est bien autre que celle dont on parlait en février 1935. En effet, l’appel est adressé "aux groupements syndicaux, mutuellistes, d’assistance, culturels, sportifs, ex-combattants, etc." et les directives de classe sont substituées par les autres qui vont d’ailleurs se préciser par la suite en tendant à l’appel à la nation contre la menace que fait peser sur elle le fascisme. D’ailleurs, dans le manifeste lui-même nous lirons :

La lutte pour empêcher une telle guerre, c’est le devoir de tous ceux qui aiment leur propre pays et veulent lui épargner les massacres, etc.
Voir Azione Popolare, du 6 avril 1935.

L’évolution chauviniste se précise et le Parti Communiste (?) lance un appel intitulé "Sauvons notre pays de la catastrophe". Voilà ce que nous y lisons entre autre :

Pour la quatrième fois, dans le cours des derniers cinquante ans, la bourgeoisie conduit notre peuple à la guerre.

Et, plus bas :

Une défaite voulue et préparée par le peuple italien ne sera pas une défaite italienne, elle sera la défaite du fascisme, elle sera la délivrance du peuple italien menacé par la catastrophe.

Encore :

Des hommes comme Antonio Gramsci, le chef de la classe ouvrière, le plus grand Italien du siècle.

Enfin :

Le programme des communistes est inspiré des intérêts de la patrie conquise par les travailleurs, c’est le programme de la patrie socialiste, c’est le programme national du peuple travailleur italien.
Azione Popolare, du 20 avril 1935.

La situation s’est profondément aggravée et on approche de l’éclosion de la guerre. En août 1935, à la veille des pourparlers de Paris, les centristes publient une interview d’un étudiant abyssin. Celui-ci affirme : "Il n’y a pas d’esclavage en Abyssinie, pas de barbarie, il y a un régime qui, une fois que l’économie et l’agriculture se seront développés, évoluera vers des formes meilleures." Le centriste répond : "D’accord, vous avez raison", et il assure l’Abyssin de l’appui des travailleurs italiens au régime du Négus, à condition toutefois qu’ils "renoncent à cette forme de
 réprésailie rituelle" (couper les testicules, n.d.l.r.), La Difesa, 3 août 1935.
À la veille du conflit les positions se précisent toujours davantage et tous les organismes de l’émigration italienne, en dehors de notre fraction, signeront une "déclaration commune de tous les antifascistes italiens" où, entre autres, il est dit : "Le fascisme menace la vie de la nation italienne ; "le fascisme déshonore l’Italie" ; "le fascisme ne représente pas l’Italie" ; "le fascisme est un ennemi de
 l’Italie", La Difesa, 7 septembre 1935.
Enfin, après la séance de la Société des Nations, l’organe centriste s’exprime ainsi :

L’assemblée de la Société des Nations a infligé une sévère leçon au fascisme.
 Notre Congrès [le Congrès des Italiens] rachètera la dignité et l’honneur du peuple 
italien que le fascisme essaie de couvrir d’infamie.
La Difesa, 21 septembre 1935.

Sur le même argument, un même son de cloche chez les socialistes :


"La Société des Nations a condamné non l’Italie, mais le gouvernement fasciste 
de Mussolini" et lance le mot d’ordre de "Au dehors. Mussolini", sans toutefois
indiquer qui devrait lui succéder (Nuovo Avanti, 12 décembre 1935).

Mais "Au dehors Mussolini", cela suppose qu’on pourra composer même avec les fascistes. Voici ce qu’écrit l’organe centriste :

Vos chefs vous appellent à fêter l’aube de la 14e année du régime fasciste, à déployer vos drapeaux noirs, à donner libre cours à l’élan de votre foi. Nous, communistes, nous ne vous haïssons pas, vous souffrez avec nous la faim et l’oppression, vous versez votre sang avec les ouvriers de toute l’Italie.
Idea Popolare, 2 novembre 1935, "Discours aux chemises noires".

L’appel centriste aux fascistes arrive maintenant jusqu’aux chefs. Nous lisons :

Il y a aussi des chefs fascistes mécontents de l’aventure africaine, lesquels jugent 
que Mussolini a commis cette fois-ci une erreur irréparable. Les communistes et les
antifascistes, fils du peuple italien, veulent être unis dans l’action avec tous les fascistes qui admettent comme eux que l’honneur, l’avenir, le sauvetage de l’Italie, exigent la paix, la punition des responsables de là guerre et l’éloignement de Mussolini du pouvoir. Cela le désirent les antifascistes, et la grande masse des fascistes, unis sur le front où l’on combat pour la véritable défense de l’Italie, qui est la patrie des 
uns et des autres.
Idea Popolare, 23 novembre 1935.

Le projet de compromis Laval-Hoare sera âprement combattu par les socialistes et les centristes, mais encore une fois, au nom de la patrie. Le "Comité d’action" écrit :

L’Italie ne possédant pas les capitaux nécessaires pour coloniser les territoires 
que lui concéderait le projet Laval-Hoare en Abyssinie, cette colonisation, d’ailleurs 
impossible pour les raisons du climat, ne pourrait être tentée qu’avec des capitaux 
étrangers à la domination desquels serait assujettie toute la vie économique de notre 
pays.
Idea Popolare, 21 décembre 1935.

Lorsque le projet Hoare-Lavat s’écroule, les socialistes, sous le titre "Nous aurons raison, parce que nous avons raison", dans le Nuovo Avanti du 4 janvier 1936, écrivent, en réponse à Mussolini qui disait que la faute du torpillage revenait au labourisme, à la franc-maçonnerie et au communisme, ce qui suit :

Nous sommes loin de contester les responsabilités du labourisme et du communisme, qu’en partie nous revendiquons, et que nous voudrions revendiquer entièrement, mais le respect de la vérité nous oblige à dire que le torpillage du projet Laval-Hoare n’aurait pas été possible sans le concours de Mussolini.

Dans le même article nous lisons :

Ce qui renforce notre conviction générale est que la guerre d’Afrique représentera la croix sur laquelle le peuple italien clouera le fascisme.

Voici maintenant les conseils socialistes à Mussolini. Dans le Nuovo Avanti du 11 janvier 1936 au sujet des "bombes de Dolo" et sur la trace des observations de Vladimir Ormesson dans le "Figaro" au sujet des avantages de la méthode de colonisation de Liautey par rapport à celle de la violence, les socialistes écrivent :

Si l’objectif du fascisme était le protectorat italien sur l’Abyssinie, il est évident qu’il fallait gagner l’amitié des Éthiopiens, du Négus, non attaquer, non terroriser. Notre patriotisme consiste à le dire, à le crier jusqu’à ce que nous serons entendus et compris.

Nous terminerons notre aperçu par la citation d’un point des "directives de l’action socialiste" qui sont présentées comme ayant été élaborées en Italie. Bien que l’on commence par dire :

La tâche du mouvement socialiste devra être celle d’empêcher que la crise qui s’ouvrira avec la chute du fascisme puisse se rétablir au travers d’un compromis qui laisse aux forces réactionnaires une possibilité de reprise (Allemagne, Espagne)

l’on affirmera par après :

notre mouvement résoudra sans préjugés le problème des rapports avec les partis bourgeois. Il est nécessaire d’affirmer dès maintenant que nous ne nous opposons pas à des compromis lorsqu’ils sont nécessaires en vue d’atteindre nos buts. Il n’est pas possible de préciser la portée et la limite d’une telle entente, ni de tracer des frontières arbitraires parmi les groupes bourgeois avec, lesquels cette entente pourrait être effectuée, ni fixer dès maintenant les conditions qui nous lieraient dès aujourd’hui inutilement les mains.
Nuovo Avanti, 25 janvier 1936.




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