Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Ce que fut la Conférence du Droit d’Asile de Paris
{Bilan} n°32 - Juin-Juillet 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 18 février 2017

par ArchivesAutonomies
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Nous ne permettrons pas aux professionnels bourgeois de la démagogie et aux "humanistes" du monde littéraire de transformer la tragédie que vivent les émigrés politiques en une exhibition de foire où chacun lancera son petit mot charitable. Nous ne demandons ni à Daladier, ni à Herriot, ni à Romain Rolland, de compatir au destin de ceux qui payent à l’étranger la rançon de batailles révolutionnaires menées dans leur pays d’origine par le prolétariat. Que nous importe les discours, les gestes de ces Messieurs qui n’hésitèrent pas à mâter les révoltes ouvrières de France ou à approuver l’assassinat de militants prolétariens en Russie. Le Droit d’Asile, pour eux, est une parade doublée d’une manoeuvre odieuse. Oui ! Les réfugiés politiques italiens ou allemands pourront résider en France, mais il faut qu’ils approuvent la politique du Front Populaire qui pourra d’autant mieux prouver que s’il mobilise les prolétaires français pour la guerre, ce n’est pas contre le peuple italien ou allemand, mais contre le fascisme de Mussolini et de Hitler. Demain, les réfugiés politiques qui se seront prêtés à cette manoeuvre seront jetés à la poubelle quand le capitalisme pourra utilement se passer de leurs services.
La Conférence internationale qui se tient les 14 et 15 juin, à Paris, n’avait en réalité rien à voir avec les émigrés politiques. Il s’agissait d’élaborer un statut juridique mondial à soumettre à la S.D.N. Et, pour cette besogne, il fallait un appui des milieux gouvernementaux et non des organisations de classe du prolétariat. Puisqu’en France le droit d’asile allait être réglé dans les bureaux de la Préfecture de Police, l’essentiel était de voir si l’on n’arriverait pas à obtenir une telle solution dans les autres pays.
Mais pour cela, les organisations de Front Populaire (radicaux, socialistes, centristes) devaient préalablement déblayer nettement le terrain même de la Conférence. Tout d’abord, il était nécessaire d’empêcher des interventions qui auraient pu diverger de la ligne officielle de la Conférence. Monsieur le Professeur Perrin annonça donc que :

"... à cette Conférence n’auront droit à la parole que les délégués des pays dont les gouvernements pourront accorder le droit d’asile. Il va de soi que les proscrits politiques ne sont admis ici que comme de simples auditeurs, mais qu’ils n’auront aucun droit de prendre part aux débats..."

Après avoir fermé la bouche aux intéressés, on élargit la manoeuvre et la carte de délégué fut enlevée aux anarchistes, y compris Sébastien Faure. Il devenait clair que centristes et socialistes feraient l’impossible pour écarter de tout droit d’asile les réfugiés politiques vivant en opposition aux partis du Front Populaire. Surtout, il ne fallait pas que l’un d’entre eux s’avise de réfuter le discours de Cachin vantant le droit d’asile en Russie en posant le cas de Petrini et de Calligaris. Il ne fallait pas qu’un réfugié politique oppose, aux phrases littéraires de Magdeleine Paz versant dans l’humanisme abstrait, l’appel au prolétariat pour défendre les siens.
Et la manoeuvre réussit parfaitement. Les Breitscheid, Gennari et Cie purent parader à cette Conférence et palabrer à leur aise. Mais les anarchistes italiens, français, furent expulsés. Le Comité du Droit d’Asile de la C.G.T., qui fut un des initiateurs de cette Conférence, décida, puisque quelques uns de ses délégués avaient été exclus, de quitter cette dernière en signe de protestation. Ni "L’Humanité", ni le "Populaire" ne jugèrent opportun de signaler ces incidents...
Le vendredi 20, il organisait un meeting de protestation où notre fraction, qui avait estimé ne pas devoir participer à la comédie honteuse du dimanche, envoya un délégué. Celui-ci, le camarade Ferrero, y exposa notre point de vue : nous protestons non seulement contre l’expulsion des anarchistes de la Conférence de dimanche, mais surtout contre les bases de celle-ci. Le Droit d’Asile consiste pour nous, non dans l’élaboration d’un statut juridique international, mais dans la lutte des différents prolétariats contre les expulsions, pour imposer à la bourgeoisie le droit de séjour, remplissant ainsi un devoir sacré de solidarité internationale. Nous ne voulons pas que les réfugiés politiques, communistes de gauche ou anarchistes, obtiennent le droit d’asile au prix d’un reniement d’une conviction de classe qui leur a fait affronter la mort dans leur pays.
C’est aux organisations syndicales, à la C.G.T., de poser le problème du droit de séjour, d’en faire un objectif de la lutte ouvrière. Le jour où les ouvriers français déclencheront un mouvement pour enlever à la bourgeoisie l’arme de l’expulsion, le droit d’asile ne sera plus une phrase couvrant toutes les supercheries contre les ouvriers révolutionnaires.
Nous voulons aussi, pour ce qui concerne la Russie, la libération des réfugiés politiques qui y ont cherché refuge. Notre camarade Calligaris est toujours en Sibérie. Sa vie est en danger et il n’est coupable que de sa fidélité à des conceptions internationalistes.
Le secrétaire du Comité du Droit d’Asile de la C.G.T. a réagi contre notre intervention où il a vu - avec raison d’ailleurs - une critique contre ce comité qui vit en marge de la vie syndicale et est toléré dans la mesure où il n’intervient pas ouvertement dans les syndicats. Caporali, du bureau italien de la C.G.T., s’était d’ailleurs efforcé, dans son discours, de glisser sur les véritables problèmes de l’émigration politique afin de ne s’engager à rien.
Le Comité du Droit d’Asile de la C.G.T. doit être plus qu’un intermédiaire entre les bureaux de la Préfecture et le réfugié dont il s’occupe. Il doit poser le problème devant le mouvement syndical. Et puisque le secrétaire de celui-ci nous a répondu qu’il n’avait jamais hésité à prendre la défense du Droit d’Asile également en Russie, nous espérons que le Comité de la C.G.T. s’occupera du cas Calligaris.


La militante communiste Anna Pauker a été condamnée à 10 ans de prison par les bourreaux capitalistes de Roumanie.
Le militant syndicaliste Lazarevitch a été arrêté et est toujours en prison pour avoir participé aux mouvements de grèves en Belgique.
Nous apprenons l’arrestation à la frontière espagnole du camarade Fosco et autres trotskistes qui ont commencé la grève de la faim à la prison de Barcelone où ils ont été transportés.
Les prolétaires de tous les pays ont à se solidariser avec ces camarades qui sont frappés par la réaction capitaliste : ils ont à lutter pour leur libération.
Que dans les organisations syndicales, nos camarades posent sans répit le problème de la solidarité prolétarienne. Qu’ils s’efforcent de persuader les prolétaires qu’ils n’ont pas à remettre ce devoir sacré entre les mains de commissions juridiques, de "personnalités" quelconques, mais que c’est par la seule action de classe qu’ils pourront desserrer le carcan capitaliste.
Qu’ils soient socialistes, centristes, anarchistes ou trotskistes, les militants qui sont frappés par la réaction bourgeoise le sont parce que se réclamant de la classe ouvrière qui en luttant pour leur libération se mettra en condition de vaincre non seulement le capitalisme, mais aussi les courants politiques qui agissent pour ce dernier.




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