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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Une force qui vous enterrera
Articolo pubblicato online il 6 luglio 2013

di ArchivesAutonomies
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Extrait d’un article du journal des Comités autonomes ouvriers romains, Rivolta di Classe.
Publié par Favrizio Calvi dans Italie 77, le "Mouvement", les intellectuels, Paris, Seuil, 1977, p. 76-81.
Les notes sont de Fabrizio Calvi.

Bien creusé, vieille taupe! Durant toutes ces années, la foreuse de tant de luttes de masse, de tant de comportements subversifs a creusé jusqu’au fOnd des difficultés du capitalisme et des consciences prolétariennes, en accumulant chaque fois un peu de ce précieux patrimoine politique qui vient de déterminer, en peu de jours, une rupture fracassante des équilibres répressifs échafaudés à grand-peine par les architectes de la normalisation et de l’austérité.
Sous la croûte institutionnelle de la restauration sont entrées en jeu, liées les unes aux autres, des rébellions de classe (diffé­rentes seulement en apparence) qui vont de la révolte proléta­rienne de S. Basilio [1] à l’explosion massive du mouvement féministe; de la pratique militante directe de l’antifascisme et de l’anti-impérialisme aux luttes des hôpitaux, aux autoréductions [2], à la paralysie des supermarchés, aux redistributions [3], à l’inva­sion ouvrière des autoroutes et des gares [4]; de l’insubordination des jeunes prolétaires et des chômeurs, aux luttes à l’intérieur des prisons et dans les rues contre les lois spéciales, les tribunaux spéciaux, et la criminalité de l’État policier.
Cela posé, nous ne devons pas oublier l’étau infâme qui s’est resserré, de plusieurs côtés, contre ces expressions de la conscience et de la pratique révolutionnaires; nous ne devons pas oublier les camarades assassinés et emprisonnés, les « repaires» systématiquement perquisitionnés, armes en main, les campagnes de presse, les délations, l’ostracisme; plus les accusations, aventurisme, désespoir, esprit de minorité, dans lesquelles les théoriciens de l’opportunisme se sont spécialisés sur le dos des avant-gardes.
Ils voulaient faire des universités, des usines, du territoire un désert aride et réformiste : et ils voulaient l’appeler Lama [5].
Ajoutez que ceux qui programment et rationalisent aujourd’hui les contrastes sociaux, dont ils se proposent de capturer l’énergie politique pour donner du vent à leurs voiles fatiguées, ont secrè­tement élaboré et mis au point des techniques soft (douces) à côté des techniques hard (dures).

La fausse opposition.

C’est celle dont l’échec stratégique des groupuscules a pro­voqué la dislocation sur la gauche du PCI et permis à ce dernier d’espérer qu’il pourrait, soit rentrer directement dans le Mouve­ment, soit déterminer la mise en minorité, la dépendance et la soumission historique de la conscience révolutionnaire à une défaite de type social-démocrate.
Une fausse opposition, qui a inventé pour son propre usage de faux petits partis, qui a eu la prétention de faire rêver tout le Mouvement sur un faux parti unifié et sur l’aboutissement rien moins que « stratégique » d’une fausse Unidad Popular.
La technique soft a conduit ainsi au vide, à la désillusion et au refus d’une pratique militante dont seule la forme extérieure survivait; à savoir, la diffusion de tracts, de journaux, les réunions inutiles, les manifestations-promenades; alors que le contenu anti-institutionnel en était étouffé d’une façon systématique odieuse. De nouvelles formes d’expression créatrices et libéra­trices, par lesquelles le mouvement cherchait à sortir de cet étau, étaient à leur tour emprisonnées dans les limites d’un horizon tolérant, pacifique, en opposition avec les "intolérants", les "violents", les "carbonari", les "orthodoxes"; en fin de compte, avec ceux qui continuaient à se soucier d’une pratique militante réelle.
Dans sa longue marche qui va des élections universitaires, en passant par les structures syndicales, et par chacune de ces étapes (ces éteignoirs) institutionnelles qui normalisent tout, jus­qu’à l’entrée au Parlement avec un grand P, le parcours de cette fause opposition ne pouvait prévoir (et même, il devait s’opposer à eux avec acharnement) tous les embryons d’organismes auto­nomes et de contre-pouvoir que les ouvriers, les prolétaires, les femmes et les étudiants se sont donnés ces dernières années, et qu’ils ont socialisés à travers des formes et des objectifs de lutte constituant une alternative au révisionnisme.
La vieille taupe prolétarienne, en creusant jusqu’au coeur des contradictions, a remis sur pied le contenu réel de la praxis révo­lutionnaire : elle a fait découvrir à l’étudiant sa condition de chômeur, de masse de manoeuvre du capital, de sujet qui reflète en lui-même l’énorme somme de besoins matériels, sociaux, vitaux, que le prolétariat exprime dans cette société, contre elle, et que cette société, à l’apogée de son développement et de sa crise, doit réprimer parce qu’elle est incapable de les satisfaire.
Aujourd’hui, ce mouvement, de par la nature prolétarienne de la contradiction et des besoins qu’il fait exploser, a en grande par­tie éliminé les vieilles hypothèses fausses des groupuscules. Aujourd’hui, on peut mesurer le décalage profond entre l’affir­mation de Capanna [6], en 1968, touchant la nature petite-­bourgeoise du mouvement étudiant, et la connotation proléta­rienne que celui-ci au contraire a su démontrer, surtout dans les facultés du Sud, où le refus d’une condition de marginalisation et d’exploitation toujours plus criante explose avec une plus grande radicalité.

L’Autonomie organisée et le Mouvement.

Ce dernier, au contraire, avec plus de maturité, et une plus riche matérialité, redonne la place centrale qui est la sienne au nœud historique qui avait été éludé en 1968, et mystifié les années suivantes; à savoir, cette question politique fondamentale que recouvre le nom d’"Organisation autonome ouvrière" et qui est la question même de la possibilité de la révolution prolé­tarienne dans les pays de capitalisme avancé.
Le développement même du mouvement, en faisant naître auto­matiquement les mécanismes de répression/réaction, contraindra à poser de nouveau, sous forme d’alternatives qu’il sera de plus en plus difficile d’ajourner, les différents choix faits par la gauche née de 1968, au cours de ces dernières années.
Ou bien on assistera au repli du mouvement dans une projec­tion minoritaire à l’intérieur des institutions, afin de pousser le PCI au gouvernement avec la vaine illusion de le voir s’y démas­quer définitivement aux yeux des masses (celles-ci étant, dans tous les cas, destinées alors à être battues faute de structures organisées autonomes - dont la fonction serait de développer une capacité de direction politico-militaire -, ou bien, au contraire, il faut miser dès aujourd’hui sur la construction de structures du contre-pouvoir révolutionnaire, sur des organismes politiques des masses, qui constituent la base matérielle sur laquelle pourra s’appuyer la progression (non le recul) de l’af­frontement.
Si, d’une part, le mouvement acquiert ainsi largement ces mêmes comportements autonomes de lutte et de pratique directe des besoins, qui jusqu’ici étaient le patrimoine des structures déjà organisées de l’Autonomie ouvrière; d’autre part, en péné­trant dans ces structures, il mêle leurs précédentes configura­tions nationales, fait craquer leurs cristallisations théoriques et pratiques, dépasse les limites de celles-ci, de par sa dimension pressante de masse.
Et le mouvement, en plus d’un bouleversement précieux, a là une possibilité incomparablement plus précieuse : celle de développer directement sa propre expérience politique, de donner un corps réel, des jambes et un cerveau à un processus d’orga­nisation désormais en état de progresser dans les luttes à partir de ses propre, besoins, et de faire croître l’exercice du contre-pouvoir de masse à l’intérieur de la société entière : jusqu’à s’assigner la charge d’ouvrir le terrain de l’affrontement révolu­tionnaire et de décider de son issue victorieuse.

Notes :

[1Allusion aux événements qui eurent lieu à Rome en 1974 dans le quartier San Basilio : deux personnes furent tuées par balles alors que la police essayait de déloger des squatters.

[2Forme de lutte qui consiste à autoréduire les loyers, les factures de gaz, d’élec­tricité, de téléphone. Les premiéres autoréductions de masse ont été pratiquées dès fin 1974. En 1977, les autoréductions sont surtout le fait de certains autonomes qui refusent de payer les prix pleins des billets de cinéma ou de théâtre.

[3Forme de lutte employée par certains groupes d’autonomes qui consiste à piller les magasins.

[4L’invasion des autoroutes et des gares a souvent été employée par les ouvriers en lutte pour manifester leur colère.

[5Secrétaire de la principale centrale syndicale italienne, la CGIL (la CGT ita­lienne), expulsé de l’université de Rome le 17 février 1977 par les étudiants alors qu’il essayait de parler.

[6Dirigeant du mouvement estudiantin de 1968.




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