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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Adieu Zanasi
{Bilan} n°33 - Juillet-Août 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 18 février 2017

par ArchivesAutonomies
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Au sanatorium Pizzardi de Bologne s’est éteint, le 29 avril dernier, notre camarade Zanasi.
Ceux qui eurent le plaisir de l’approcher en seront profondément attristés : avec Zanasi nous avons perdu non seulement un ami loyal, mais un véritable révolutionnaire. Humble et bon, plein de volonté et hardi, il a donné toute sa vie à la cause des exploités sous le joug bourgeois.
Il naquit à Bazzano (province de Bologne) en 1898. Dès son jeune âge, il milita, conscient, parmi la jeunesse et participa à la fondation du parti communiste à Livourne. Celui qui écrit ces notes, peut affirmer que déjà au Congrès de Bologne, il partageait les positions de la fraction dirigée par Bordiga.
Dès 1919, il faut chargé d’organiser les ouvriers de sa région. Il lutta pour l’émancipation des paysans. Cette lutte dans les campagnes fut combattue avec ténacité. Zanasi était à ce moment le secrétaire des organisations ouvrières de Savigno, qui dépendait du Comité départemental de Bazzano.
La réaction fasciste força Zanasi à quitter l’Italie et il se rendit an France où il resta environ deux ans.
Rentré en Italie en 1926, il s’établit à Milan, où il mena une vie très dure pour pourvoir à son existence ; de plus il fut en butte à de graves persécutions pour son activité communiste.
Il est arrêté en 1927 et condamné à sept années de prison. Il entre dans la prison fort, plein de vie, et en sort à la fin de 1933 atteint de tuberculose pulmonaire. Son sort est celui de l’immense majorité des camarades emprisonnés.
Sept années de souffrances, de calvaire. Mais sa foi ne flanche pas. Aussitôt sorti de prison, il s’intéresse au mouvement. Il veut combattre, mais sa maladie ne le lui permet pas. Il entre à l’hôpital de Milan. Ses amis font tout leur possible pour le faire admettre dans un sanatorium, mais les autorités fasciste n’y consentent pas. Force lui est devoir d’avoir recours à un stratagème : il quitte l’hôpital de Milan, se rend à Bologne et là il tombe inanimé au milieu de la place Centrale. Les autorités sont alors forcées de l’admettre au sanatorium Pizzardi. Mais il est trop tard ! Le mal a fait des progrès énormes ; hémoptysie qui rend désormais inutile le recours au pneumo-thorax. La fin approche. Il meurt le 29 avril 1936 et garde jusqu’au dernier instant une lucidité mentale. Avant de s’éteindre, il demande des nouvelles de ses meilleurs camarades, sans doute parce qu’il veut leur léguer le seul héritage de sa vie : sa grande foi dans la cause révolutionnaire.
Zanasi n’aura pas vécu inutilement, son exemple sera un stimulant pour ceux qui, comme lui, veulent combattre pour la cause du communisme.
À la peine des camarades résidant en Italie s’ajoute le chagrin des émigrés parmi lesquels Zanasi a laissé un souvenir de simplicité, de modestie, de dévotion à la cause du prolétariat, d’attachement intransigeant aux positions que défend notre fraction et dans lesquelles il voyait l’arme de l’émancipation des travailleurs. Les persécutions ennemies ont eu raison de sa vie et c’est dans la fleur de l’âge que la mort nous l’a arraché. Lentement, comme pour l’obliger, à chaque instant, à calculer le risque que comportait sa fidélité à la lutte des ouvriers. A chaque répit que lui laissait le mal, sa seule aspiration était de pouvoir disputer le pas à la mort, afin de pouvoir plus longtemps combattre ; chaque fois sa vitalité retrouvait sa source, non dans l’abandon de la lutte, mais dans la recherche essoufflée d’une vie politique au milieu des ténèbres de la réaction que le fascisme croit pouvoir transformer en un tombeau pour le prolétariat italien. L’ennemi, après combien d’autres, peut enregistrer une nouvelle victime. Il pourra en avoir d’autres encore, mais outre leur vie que sacrifient les militants communistes, la férocité de la réaction elle-même est une semence certaine d’un avenir où les masses sauront et pourront honorer - au travers de leurs luttes révolutionnaires - tous leurs défenseurs, parmi lesquels Zanasi a pu conquérir sa place parce qu’il a su silencieusement souffrir, combattre et mourir.




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