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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La boucherie de Moscou
{Bilan} n°34 - Août-Septembre 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 22 février 2017

par ArchivesAutonomies
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"Le Bureau du Comité Exécutif Central de l’U.R.S.S. a décliné le recours en grâce des condamnés à la peine capitale par le Collège militaire du tribunal de l’U.R.S.S. le 24 août dans le procès du centre trotskyste-zinovieviste unifié. Le verdict à l’égard des 16 condamnés a été mis à exécution."

Ce communiqué laconique que certains journaux de Moscou ont publié dans les fait-divers avant la chronique des spectacles, marque la fin d’un acte - le premier seulement - de la sanglante boucherie qui vient d’avoir lieu en Russie.
Si un participant des premiers congrès de l’Internationale Communiste, dont Zinoviev était le chef incontesté, avait alors prédit que ce même Zinoviev serait supprimé non par la contre-révolution bourgeoise mais par des camarades du parti au nom du "communisme", si ce même participant avait avancé que le fait d’être un "vieux-bolchevik", un collaborateur intime de Lénine, serait dans quelques années un danger de mort, il aurait certainement été pris pour un fou, un fou à lier.
Et pourtant, voilà les faits qui viennent de se dérouler à Moscou.
On avait déjà, il est vrai, assisté à la vague de terreur qui avait suivi en 1934 le meurtre de Kirov - 117 exécutions avouées, des milliers d’arrestations et de déportations - qui n’était que l’acte individuel d’un prolétaire désespéré. Mais on se trouvait quand même devant un fait.
Que dire de cette extermination à froid qui vient de se dérouler ?
En réalité, le seul attentat mentionné au cours du nouveau procès, est celui de ce même Kirov et pour lequel Kamenev et Zinoviev ont déjà été condamnés à la prison tandis que Smirnov se trouvait déjà en déportation avant l’attentat.
Pour le reste, l’accusation s’est efforcée d’établir que les accusés, par ordre de Trotski, en connivence avec la Gestapo allemande, auraient attenté ou mieux, auraient eu l’intention d’attenter à la vie des dirigeants soviétiques. Sur un délit d’intention, basé de surplus sur un tissu de faits vagues ou l’invraisemblable va de pair avec la provocation, on a demandé et obtenu 16 condamnations à mort.
Les uniques témoins de l’accusation, à côté des provocateurs, ont été les inculpés qui, à qui mieux mieux, se sont chargé personnellement et réciproquement de dévoiler jusqu’au plus petit détail ce qu’ils ont fait, ou plutôt ce qu’ils n’ont pas fait, allant même - mû par une sorte de sadisme unique dans l’histoire - à demander qu’on les fusille.
Zinoviev et Kamenev avaient été les plus fidèles collaborateurs de Lénine dans la période préparatoire - "entre les deux révolutions" - ; Kamenev, rentré en Russie, avait été condamné à la déportation avec les députés bolcheviks de la Douma.
Si après février 1917, Kamenev a montré des hésitations vis-à-vis du Gouvernement provisoire et de la continuation de la guerre, cette attitude de flottement a été commune à tous les bolcheviks résidant en Russie, avant la rentrée des émigrés, à commencer par Staline. Celui-ci envoya même un télégramme de soutien - du lieu de sa déportation - au Gouvernement provisoire et, une fois rentré, dirigea avec Kamenev la "Pravda" que les bolcheviks avaient fait reparaître.
Et quand éclata le coup de foudre des thèses d’avril de Lénine, la seule qui, d’emblée, s’y rallia fut Kollontaï dont le nom aujourd’hui figure parmi les "mis en cause".
Kamenev et Zinoviev ont peut-être une fois mérité un châtiment suprême. C’est en novembre 1917 au moment de la prise du pouvoir. À cette époque, les adversaires du déclenchement immédiat de la Révolution, avec Zinoviev et Kamenev à leur te, firent bloc avec des éléments contre-révolutionnaires et publièrent leurs déclarations dans la presse adverse. À la veille du 7 novembre, Zinoviev et Kamenev démissionnèrent du Comité Central et même après les succès de Léningrad, ils restèrent encore sceptiques. On a connu alors en pleine lutte - encore indécise dans tout le reste de la Russie - des démissions de Commissaires du Peuple à peine élus, qui réclamaient la participation au pouvoir avec les socialistes révolutionnaires et les mencheviks.
La révolution victorieuse pardonna à ces déserteurs : Rykov fut rétabli dans sa charge de Président des Commissaires du Peuple. Zinoviev fut, par après, mis à la tête de l’I.C. tout comme Lozovski, autre opposant, à la tête du Profintern. Aujourd’hui, la menace de mort place sur toute la vieille garde, à peu d’exceptions près et sur tous les éléments ayant appartenu à des groupes d’opposition.
Rappelons brièvement quels sont les plus importants de ces mouvements d’opposition :
"L’Opposition Ouvrière" (Chliapnikov, Medvedev, Kollontaï), engendrée par le communisme de guerre et réaction au tournant de la N.E.P.
La première opposition de Trotski, en fin 1923, pour maintenir et consolider l’alliance entre la paysannerie et le prolétariat, contre l’influence croissante de la bureaucratie à l’intérieur et, à l’extérieur, contre les directives de l’I.C. qui ouvrent la série des défaites prolétariennes (Allemagne 1923).
Dans la politique de Staline, qui préconisait des concessions à la classe paysanne, on trouve les premiers germes de la "droite" de Rykov, de Boukharine, de Tomsky, le dirigeant des syndicats russes, politique que Boukharine concrétisa dans ce mot d’ordre lapidaire : "Paysans, enrichissez-vous !" C’est avec l’appui de cette "droite" que Staline obtint une majorité au 14e Congrès contre l’opposition des vieux-bolcheviks qui traitaient cette politique d’opportuniste.
Finalement, ce fut en 1926 et 1927, que s’unifia l’opposition de Trotski avec Zinoviev et Kamenev qui, comme chefs des Soviets de Léningrad et de Moscou, avaient aidé de toutes leurs forces à combattre la première opposition trotskiste en 1923-1924.
C’est à cette époque qu’on parla du "Thermidor de la Révolution russe" (le 9 thermidor 1794, Robespierre était renversé par l’aile modérée de la bourgeoisie française).
On sait comment, après une première déclaration, en octobre 1926, les "oppositionnels" signèrent une déclaration de loyalisme, se réservant uniquement le droit d’exprimer leurs opinions à l’intérieur du parti. Mais déjà en mai 1927, le Manifeste dit des "Cinq Cents" est la preuve que la lutte déborde de l’intérieur du Parti. En effet, les événements de Chine fouettent l’opposition. D’autre part, à l’intérieur, les koulaks se renforcent dans les campagnes et la bureaucratie devient toujours plus prépondérante. Au 14e Congrès de 1928, les "vieux-bolcheviks", dirigés par Kamenev et Zinoviev, capitulèrent (mais cette fois, ils ne furent plus rétablis dans leurs fonctions), et Trotski, isolé, fut en fin de compte expulsé de Russie, en 1929 par la police, tandis que ses partisans les plus connus capitulaient l’un après l’autre et que la base était déportée en Sibérie.
Le brusque tournant à gauche, dans la question paysanne, adopté par le centrisme russe en 1927, entraînait la rupture avec la droite qui fut liquidée sans peine. On se contenta de démettre de leurs fonctions ses principaux dirigeants : Boukharine, Rykov et Tomsky.
Cette droite, qui en Russie, pouvait mobiliser, outre les masses paysannes, une partie de la bureaucratie et même l’armée et qui, sur le terrain international, s’appuyait sur un courant similaire, qui tenta même de s’emparer de la direction du Komintern, on pourrait s’étonner qu’elle ait pu si facilement se laisser évincer.
C’est la crainte d’ouvrir la voie à la contre-révolution (koulaks, nepmen et bureaucrates) qui a poussé les dirigeants à se soumettre à la majorité du Parti.
La tragédie de Zinoviev et des "vieux-bolcheviks" est la même : vouloir redresser le parti, sujétion du fétichisme du parti qui personnifie la révolution d’octobre et qui les a poussé à faire le sacrifice de leur vie au dernier procès.
On retrouve ces mêmes préoccupations dans l’attitude de Trotski quand, en 1925, il se laissa chasser du Commissariat de la Guerre, alors qu’il jouissait toujours de l’appui de l’armée, surtout à Moscou. Ce n’est que le 7 novembre 1927 qu’il s’oppose ouvertement au Parti ; mais il est trop tard et il échoue piteusement. Ce rattachement au Parti et la crainte de devenir l’instrument de la contre-révolution contre la Russie l’empêche de pousser jusque dans ses extrêmes mais logiques conséquences sa critique du centrisme russe dans tous ses écrits , même depuis son expulsion.
Si Zinoviev et Kamenev sont les connus à l’étranger, l’inculpé le plus marquant et dont l’attitude a été la plus ferme, c’est le trotskiste Smirnov (Ivan), un des fondateurs du Parti et de l’armée rouge, le Président du Comité Révolutionnaire en Sibérie, en 1919-1920 et, jusqu’en 1927, Commissaire du Peuple aux P.T.T.
À côté d’eux, il faut signaler les zinovievistes Evdokimov, secrétaire du Comité Central, vieux bolchevik de 1904, un des ouvriers qui défendirent Leningrad ; Bakaiev, ancien Président de la Tchéka à Léningrad en 1919 ; les trotskistes Ter-Vaganian, écrivain et fondateur de la revue "Bannière du Marxisme" et Mratchkowski, un autre fondateur de l’armée rouge.
On a déjà remarqué que Smirnov, pendant les débats, a gardé une attitude de dénégation, mais comme l’a déclaré le procureur dans son réquisitoire : "l’accusation a des preuves absolument suffisantes pour affirmer que l’accusé Smirnov était le dirigeant clandestin des trotskistes". Cela a suffit pour le faire condamner à mort.
Il faut souligner les dernières déclarations faites par Kamenev et Zinoviev :
"Je me demande, a dit Kamenev, si c’est un hasard que sur le banc des accusés - à côté de nous - se trouvent des émissaires des polices étrangères. Ce n’est pas un hasard. Nous sommes assis ensemble avec les agents des polices secrètes étrangères parce que notre arme était la même ; parce que nous étions déjà la main dans la main avant que nos sorts ne se soient unis sur ce banc d’infamie".
Et Zinoviev, à son tour, a déclaré :
"Je m’avoue coupable d’avoir été le principal organisateur de l’assassinat de Kirov. Mon bolchevisme a varié, a dégénéré en anti-bolchevisme et, par le trotskisme, je suis arrivé au fascisme. Le trotskisme est une variété du fascisme et le zinovievisme est variété du trotskisme".
Ces déclarations nous donnent une explication, la plus humaine, de l’attitude des accusés.
Ce sont là des déclarations politiques dans le genre de celles entendues lors des procès contre les saboteurs de l’économie et de l’édification socialiste, en 1933. Elles servent à des fins politiques intérieures et s’obtiennent en échange d’une promesse de vie sauve.
Mais quand il s’agissait de véritables saboteurs et d’agents de l’impérialisme étranger, la promesse a été tenue, et les divers Ramsine ont même été réintégrés dans la direction de l’appareil économique du pays. Tandis que les derniers accusés - et qui étaient presque tous de véritables loques humaines - pour le seul fait que leur passé révolutionnaire pouvait constituer un danger pour l’avenir du centrisme, ont été impitoyablement supprimés.
C’est avec une véritable nausée qu’on lit les commentaires de la presse centriste. Après le cynisme de la justification, on en arrive à tourner les victimes en dérision.
Dans l’"Humanité" du 28 août, un certain Magnien écrit : "Quand les accusés approuvèrent le réquisitoire de Vychinski, réclamant qu’ils soient fusillés, ile ne firent qu’exprimer leur conviction qu’ils n’auraient aucune pitié à attendre. Ils raisonnèrent froidement : nous voulons vous assassinez, vous nous exécutez : c’est juste. Ces seize assassins (de qui ?) sont donc bien restés jusqu’au bout des ennemis acharnés du parti communiste, de l’État et du peuple soviétique et leur mort à nettoyé l’atmosphère du pays du socialisme qu’ils souillaient de leur présence".
Mais que dire des différentes lettres publiées par les ci-devant oppositionnels dans la presse soviétique.
S’il s’agit de Radek qui, dans la "Pravda" du 21 août - presque au même moment où le procureur le mettait en cause - écrivait contre le "bandit sanguinaire" qu’est Trotski, cela ne peut nous étonner. Déjà, en 1929, il a été un délateur et un provocateur. Et de Rakovski, dont en 1929, on avait admiré l’attitude ferme, qui adresse une pitoyable épître de basse flatterie à Staline et qui demande qu’on fusille les agents trotskistes. Et de Piatakov qui affirme "qu’on peut considérer comme établi que Trotski et seul Tortski est l’organisateur des infâmes assassins en U.R.S.S."
Et enfin, de Préobrajensky, connu de nombreux militants italiens qui, dans une lettre la plus répugnante de toutes, déclare que le bandit Trotski, cet organisateur d’assassins et d’alliés de la Gestapo, ce chien enragé du fascisme, ne mérite pour ses buts infâmes, que le châtiment suprême.
Par pudeur, nous ne parlerons pas de la lettre - conçue dans les mêmes termes - de Kroupskaïa.
C’est toujours le même leitmotiv : l’encensement de Staline, une récitation de "mea culpa" et d’attaques féroces contre Trotski. En même temps que contre les trotskistes-zinovievistes, commencent cette fois les répressions contre la droite et contre beaucoup d’autres éléments ayant appartenu à différents groupes d’opposition.
Le procureur a mis en cause, pendant le procès même Tomsky, Boukharine, Rykov, Ouglanov, Radek, Piatakov, Serebriakov et Sokolnikov.
Sokolnikov et Serebriakov ont été immédiatement déférés en justice. Tomsky, comme on sait, s’est suicidé au moment d’être arrêté.
"Les Dieux ont soif". Partout on annonce des arrestations ou des mises en cause.
Qui reste de la vieille garde ? À côté de Staline et de Kalinine, figure décorative, Molotov, du moins quant à présent, Vorochilov, le Géorgien Ordjonikidze, celui qui opéra l’épuration du parti. Et ce sont eux, avec des Kaganovitch, qui étaient visés comme victimes prédestinées des terroristes...
Mais, fait important, on cite aussi des personnalités militaires, dont Putna, attaché militaire à Londres, le Directeur de l’Académie militaire et plusieurs généraux de l’armée rouge.
Ces arrestations en masse, les monstrueuses exécutions qui ont lieu et celles qui se dessinent, doivent être interprétées en fonction de la guerre et de la place qui revient à l’U.R.S.S. sur le front de la répression capitaliste contre le prolétariat mondial. La bureaucratie centriste russe soutire la plus-value de ses ouvriers et de ses paysans en vue de la préparation à la guerre. La Révolution d’Octobre issue de la lutte contre la guerre impérialiste de 1914, est exploitée par les épigones dégénérés pour pousser les nouvelles générations à la future guerre impérialiste.
À la mystique quasi-religieuse d’un ordre militant des premières années de la Révolution, on a substitué la galvanisation de la jeunesse pour la guerre. Même dans le domaine économique, où tout l’effort pour la planification est coloré d’un symbolisme guerrier : front économique, brigades de choc, cavalerie légère du parti, avant-garde pour l’électrification, etc..., la conception de la Patrie est remise au premier plan, non sous le terme général et géographique "Strana" (pays) mais bien sous le terme nationaliste "Otiecestvo" (de "Otez" + père) comme à l’époque tsariste.
Mobiliser le prolétariat russe pour la défense de la Patrie, même avec l’adjectif "socialiste", voilà où on en est en Russie ! C’est bien ce qui se reflète dans la lettre de Rakovski à la "Pravda" quand il flétrit le prétendu attentat contre Vorochilov "vainqueur de la future guerre entre socialisme et le fascisme"...
Mais il semble que les choses ne vont pas tout droit en U.R.S.S. En effet, en dépit d’une impossibilité de contrôle et des sources tendancieuses des nouvelles qu’un mécontentement croissant en Russie aurait même provoqué quelques révoltes, tout porte à croire que ces bruits ont quelque fondement et les récentes exécutions doivent être interprétées comme en étant une sorte de confirmation directe.
Mécontentement des ouvriers, soumis à cette nouvelle forme "raffinée" d’exploitation qu’on appelle "stakhanovisme" et, par laquelle - à côté d’une petite quantité de privilégiés - la presque totalité des ouvriers russes, incapables d’adapter le rythme de leur travail aux normes nouvelles du rendement, ont subi une réduction massive de leurs salaires, augmentant encore leur différenciation.
Mécontentement des paysans. - Le problème de la paysannerie est capital en Russie et on le retrouve à la base de toutes les discussions et de toutes les divergences. La Russie est un immense pays, essentiellement agricole. Les différents "plans quinquennaux" ne sont, en dernière analyse, qu’un effort pour créer une formidable industrie lourde, destinée aux nécessités de la guerre et à la production en masse d’un outillage agricole destiné à envelopper la mécanisation de l’agriculture, condition indispensable à la renaissance économique du pays.
Les paysans qui constituent 87 % de la population, forment le principal noyau de l’armée et pour cette raison, on a dû leur faire des concessions. C’est ainsi qu’ils ont été autorisés à exploiter un champ individuel, à posséder du bétail, à vendre le surplus de leur production au marché. Ce qui eut pour conséquence directe d’améliorer le ravitaillement des villes en produits agricoles et de sauver le cheptel.
En vertu de l’économie planifiée, les paysans doivent céder à l’État un certain pourcentage de produits ; en 1929, l’État avait ainsi reçu 151 millions de quintaux métriques. À la fin de la première période quinquennale, en 1932, ce chiffre a atteint 187 millions, 200 millions en 1933 et 306 millions en 1934. Il en résulte que les paysans ne possèdent aucune réserve de céréales, comme ils en avaient autrefois en prévision d’une année de mauvaise récolte. Aujourd’hui, l’État exporte du blé et il en stocke pour la guerre.
Sur un budget total de 65,9 milliards de roubles en 1935, les revenus constitués par la différence entre les prix d’achat aux paysans et les prix de vente atteignent 47 milliards, c’est-à-dire 70 %. Le budget est ainsi établi sur la misère des paysans.
En même temps que la différenciation sociale au sein de la paysannerie dans le pays du "socialisme" s’accentue, la position du koulak se renforce. Le paysan aisé (koulak) n’a en réalité jamais disparu. Il avait atteint, en 1926-27, une force économique telle que tout en représentant une infime minorité numérique, il disposait des deux tiers de la production agricole mise sur le marché, tenant ainsi en mais le ravitaillement en blé du prolétariat industriel russe. Le tournant à gauche de Staline, en 1927, n’a naturellement rien liquidé, même aujourd’hui, alors que les statistiques accusent un pourcentage de 74 % d’exploitations agricoles collectivisées pour une de surface de 87 % de terres emblavées.
De toutes ces prémices, il est facile de tirer des conclusions.
Le cours dégénéré de ce que fut la révolution russe, caractérisé par le tournant impérialiste de sa politique extérieure et par la pression à l’intérieur contre les ouvriers en vue de la guerre ’abaissement de l’âge pour le service militaire) ne peut que provoquer un certain mécontentement même au sein de l’appareil de l’État ; on vient d’assister à de nombreuses arrestations de membres des gouvernements des différentes républiques soviétiques.
Tout cela renforce un courant d’opposition désespérée qui ne peut qu’aboutir à des attentats individuels et terroristes, dont Kirov fut une des victimes.
Et pour empêcher que ces actes ne se reproduisent, il faut employer la terreur, sous prétexte de prétendus attentats, conçus de toutes pièces dans les bureaux de la Guépéou.
En même temps, il faut aux impérialismes capitalistes que l’U.R.S.S. saura étrangler toutes les manifestations d’opposition intérieures et qu’elle est digne de faire partie de la "société des brigands".
Ainsi, après l’abandon par la nouvelle constitution de toutes les garanties de classe du prolétariat victorieux, le renoncement définitif de toute la tradition bolchevique, jusqu’à l’extermination physique de la vieille garde.
Le dernier procès de Moscou ébauche l’Union sacrée en U.R.S.S., mobilisant toute la population contre l’ennemi extérieur : l’Allemagne d’Hitler, au profit des intérêts de l’impérialisme français et à l’intérieur contre l’ennemi public n°1 : Trotski.
Et, remarque finale, ce carnage s’est produit juste au moment où le prolétariat espagnol se trouve sous la menace d’une terrible répression que lui fera subir sa bourgeoisie, que ce soit Franco ou le Front populaire - qui trouvera dans la tuerie de Moscou une espèce de justification de ses propres crimes.
"Je demande que ces chiens enragés soient fusillés tous, jusqu’au dernier." C’est par ces mots que le procureur de l’U.R.S.S., Vychinski, a terminé son réquisitoire.
Le rôle de Fouquier-Tinville, le célèbre accusateur public du Tribunal Révolutionnaire sous la Terreur, en France, celui qui voulait que les exécutions aient lieu, en masse, sur un immense échafaud dans la salle des audiences, de par l’attitude même de ses victimes fut relevé à une certaine grandeur. Vychinski, l’accusateur de l’U.R.S.S., n’est qu’un misérable que l’attitude de ses victimes achevées dans une cour de prison d’un coup de revolver dans la tête, fait sombrer dans la boue.

Gatto MAMMONE.


La démocratie bourgeoise, tout en constituant dans l’histoire un progrès immense sur le Moyen Âge, reste toujours, et ne peut pas ne pas rester, sous le régime capitaliste, un régime étroit, étriqué, menteur, hypocrite, un paradis pour les riches, un piège et un leurre pour les exploités et les pauvres. Voilà la vérité qui fait le fond de la doctrine "marxiste" que Kautsky n’a pas comprise. Dans cette question fondamentale, Kautsky dépose mille amabilités aux pieds de la bourgeoisie, au lieu d’analyser scientifiquement les conditions qui font de toute démocratie bourgeoise une démocratie pour les riches.

Lénine.




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