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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Staline dépasse Mussolini
{Bilan} n°34 - Août-Septembre 1936
Article mis en ligne le 24 février 2017
dernière modification le 22 février 2017

par ArchivesAutonomies
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Pour comprendre la signification de l’exécution de Moscou, il faut aller au delà des questions opposant les dirigeants de la Russie soviétique aux groupements oppositionnels, il faut aussi ne pas se limiter aux questions intérieures de la Russie. Bien sûr Staline a voulu donner un cruel signal aux ouvriers et paysans de Russie qui oseraient prendre la voie de la lutte contre un régime d’oppression qui les condamne, au nom du socialisme, à une exploitation plus éhontée que celle qui a accompagné l’industrialisation capitaliste dans les autres régions du monde. Mais la violence extrême, le procédé employé, la mobilisation politique qui ont accompagné la fusillade, prouvent bien qu’il faut rechercher dans la situation internationale actuelle la signification de ce que Trotski a justement appelé "l’un des plus grands crimes de l’histoire".
Les événements internationaux attestent une tension extrême des situations. Si le capitalisme mondial parvient à éviter l’éclosion des contrastes inter-impérialistes, il ne peut pas parvenir à supprimer la manifestation violente des contrastes de classe. La fonction du Front Populaire s’est déjà révélée être celle de transposer sur le plan de la mobilisation de la guerre impérialiste l’explosion des antagonismes de classe, et de crucifier comme "provocateurs" les ouvriers qui continuent la lutte pour leurs propres revendications. Que la guerre impérialiste n’éclate pas, cela n’empêche pas que le Front Populaire n’oriente les mouvements de masse vers cette direction et que c’est de cette politique combinée avec l’autre du fascisme, que le capitalisme escompte pouvoir obtenir le raffermissement de sa domination.
Les événements d’Espagne ont sonné une alerte pour la bourgeoisie, tout aussi bien que pour la Russie soviétique parfaitement engrenée dans le capitalisme international. En face de situations extrêmes, remèdes extrêmes. Staline en pouvait pas tarder à intervenir directement, à dire "son mot" dans la situation internationale qui s’ouvrait au cours des événements espagnols. Le capitalisme de tous les pays a su d’une façon très claire à quelle place se mettront les différents Fronts Populaires et les centristes en particulier : ils passeront non seulement à l’exécution sommaire de ceux qui oseraient lever le drapeau de la lutte de classe, mais par la suppression de tous les vestiges pouvant encore évoquer les anciens partis révolutionnaires, ils donneront une alerte sanglante aux ouvriers, pour leur dire le prix que coûte d’oser encore combattre pour le prolétariat.
Et Zinoviev,Kamenev, Smirnov et les autres ont été fusillés. Nous laissons à d’autres, aux scribes du Front Populaire le soin d’esquiver le problème pour justifier leur lâcheté et leur trahison renouvelée en dressant le parallèle entre les attitudes des jacobins qui revendiquent leurs positions politiques et les contorsions des inculpés avouant tout ce qu’on leur demandait de dire, pour justifier la thèse de l’accusation. Nous qui avons lutté pied à pied contre les fusillés d’aujourd’hui quand ils étaient à la tête de l’Internationale, qui les avons suivi dans tout le chemin qu’ils ont parcouru par après, nous savons comprendre que c’est la mort qui marqué l’épilogue de toute leur attitude politique envers le centrisme. Leur thèse centrale que le parti aurait sorti de son sein les forces capables de le redresser, et qui avait accompagné toutes leurs capitulations, les a accompagné à la fosse. Ils avaient sans doute pensé que le sacrifice extrême de toutes leurs convictions, l’admission d’accusations absurdes, leurs aurait donné la possibilité de maintenir l’unité du parti et d’atteindre la phase successive où un revirement total des masses aurait aussi permis au prolétariat russe de reprendre en mains le sort de la révolution d’Octobre. Ils ont chèrement expié les fautes de plusieurs années, ceux qui avaient donné maintes preuves de savoir sacrifier leur vie avant la révolution.
Staline a prouvé au capitalisme qu’il sait dépasser Mussolini et Hitler. Morts pour une prétendue intention qui, du fait de leur emprisonnement, ne pouvait même pas être mise en pratique. Morts pour des faits qui ont déjà été soumis à un jugement. Morts pour avoir eu des rapports avec des personnes à qui l’on prête à tort ou à raison l’intention de préparer des attentats contre les principaux responsables de la situation terrible dans laquelle vit le prolétariat de tous les pays.
De plus, envers les inculpés, le même goût sadique et cynique d’obtenir des contorsions du type de celles qu’imposaient les fascistes avec l’huile de ricin, l’emploi des Rokwsky, Radek, Préobrajenski, Kroupskaïa, pour jeter le fiel sur les fusillés. La dégradation de l’homme n’a jamais été poussée aussi loin. Staline veut par cet exemple dire au capitalisme mondial jusqu’où il est capable de dégrader le mouvement prolétarien.
Le Front Populaire en France et dans les autres pays, après une petite secousse et lorsque l’assurance a été donnée que l’on ne répondra pas par des injures, a rétabli son fonctionnement normal. Ce qui est dans la logique des choses, les anciens traîtres ne peuvent marcher que de connivence avec les nouveaux traîtres.
Trotski a relevé le défi. Nous avons des divergences profondes avec Trotski, et cela nous permet de lui exprimer d’autant mieux notre totale solidarité.
Non, il ne s’agit pas d’instruments de la Gestapo, car ces derniers ne songeraient même pas à sacrifier un de leurs meilleurs alliés, Staline. Il ne s’agit pas non plus de terroristes, bien que les attentats sont parfaitement possibles dans l’état actuel d’exploitation et de suffocation du prolétariat russe et le devoir de la classe ouvrière serait encore une fois d’arrêter la main du bourreau, jamais de la lui forcer.
La fusillade de Moscou est le gage offert par le centrisme au capitalisme mondial. C’est ainsi que les centristes s’apprêtent à agir en Russie et ailleurs en face des mouvements de classe que la tension des situations pousse à leur exacerbation extrême. Le prolétariat international comprend la tragédie de Moscou, il y trouve l’enseignement pour asseoir sa victoire de demain sur des bases que le capitalisme ne pourra plus conquérir, sur des bases qui s’unifient avec la cause de la révolution mondiale.


De quelle façon le pouvoir gouvernemental peut-il devenir entre les mains du prolétariat un moyen d’affermir - par la lutte des classes - son influence sur les masses laborieuses, afin de les attirer à soi, afin de les arracher à la bourgeoisie ?
Le prolétariat atteint son but non en mettant en action l’ancien mécanisme gouvernemental, mais "en le brisant", en n’en laissant pas pierrer sur pierre (quelles que soient les jérémiades des petits-bourgeois épouvanté et les menaces des saboteurs) et en créant un "nouvel" appareil. Ce nouvel appareil gouvernemental est adapté à la dictature du prolétariat et à la lutte qu’il doit soutenir contre la bourgeoisie "pour" l’influence sur les masses prolétariennes. Ce nouvel appareil n’a pas été imaginé par qui que ce soit ; "il est produit" par la lutte des classes, par son élargissement et son approfondissement. Ce nouveau mécanisme de gouvernement, ce nouveau "type" de pouvoir politique, c’est le "pouvoir des soviets".

Lénine, "Les élections à l’Assemblée constituante".




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