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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Octobre 1917 - Octobre 1936
{Bilan} n°36 - Octobre-Novembre 1936
Article mis en ligne le 2 avril 2017
dernière modification le 29 mars 2017

par ArchivesAutonomies
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Lorsque les bolcheviks sont montés à l’assaut du pouvoir ils étaient les porteurs d’un programme historique qui était celui du prolétariat mondial. Du massacre de la guerre impérialiste de 1914 surgissaient les prémisses d’une vague révolutionnaire qui allait embrasser tout le système capitaliste et opposer en un duel tragique deux classes, deux types d’organisation sociale. Les bolcheviks n’étaient que les représentants les plus qualifiés de cette grandiose bataille, ceux qui avaient payé le prix sanglant pour la constitution d’un parti révolutionnaire : la dictature féroce que le tsarisme avait maintenue sur les os des prolétaires russes pendant des décades.
Ils n’étaient pas surgis spontanément de l’effondrement du tsarisme en février : ils représentaient l’évolution même de la lutte des classes en Russie, l’opposition simultanée de la classe ouvrière aux forces du féodalisme et à la bourgeoisie incapable de prendre le pouvoir sans passer sur le cadavre des travailleurs. Ils étaient aussi les représentants idéologiques du prolétariat du monde entier car ils avaient compris, au feu même des batailles de classe en Russie, que la classe ouvrière n’avait d’avenir que si elle reprenait à son compte, même dans ce secteur économiquement arriéré, le bagage idéologique accumulé par la lutte des classes des pays plus avancés.
En Allemagne, en Italie, en France, dans le monde entier, les prolétaires tressaillirent lorsqu’éclata la Révolution d’Octobre parce qu’ils y reconnurent instinctivement le chemin de classe dont, au nom du marxisme, les traîtres de la IIe Internationale s’étaient revendiqués, dans leurs écrits, mais dont ils avaient pu écarter les ouvriers par la corruption économique et politique la plus grossière.
Aujourd’hui, que la Russie est devenue un axe de la contre-révolution mondiale, il faut rappeler ces faits, afin que les ouvriers n’oublient pas pourquoi les bolcheviks ont vaincu et puissent mesurer l’abîme qui sépare l’État prolétarien de 1917 et celui qui a participé à l’étranglement des ouvriers chinois, allemands, français et espagnols. La vague révolutionnaire de 1917 fait désormais partie du passé et plus rien n’en subsiste. Tout ce qui se rattache de près ou de loin à la Russie a passé la barricade et devra être balayé par l’assaut révolutionnaire de demain que le capitalisme mondial, aidé par la Russie, essaye d’éviter en précipitant les ouvriers, pays après pays, dans l’anéantissement complet, en substituant à la lutte des classes la lutte entre démocratie et fascisme.
L’expérience terrible de la Russie nous prouve que s’il n’est jamais possible au capitalisme de se transformer en un allié du prolétariat ; s’il n’est pas possible de transformer des institutions capitalistes en des organismes au service du prolétariat, il est par contre possible d’enlever les ouvriers de leur terrain de classe, de falsifier la fonction de leurs organisations, y compris l’État prolétarien qu’ils auront cependant fondé dans des mares de sang.
Le prolétariat mondial est invincible lorsqu’il peut rester et agir sur son terrain spécifique de classe où il fondera et développera les institutions que requiert la réalisation de son programme historique. Il est inexistant ou insignifiant dès lors qu’il est jeté sur le terrain où agit son ennemi et dès ce moment toutes ses soi-disant conquêtes ou toutes ses conquêtes antérieures deviendront des armes que la bourgeoisie lui plongera dans le cœur.
Combien suggestive est l’expérience qu’effectuent actuellement les prolétaires espagnols et comme celle-ci jette une lumière crue sur ces problèmes. Au lieu de pouvoir se dresser, imposants dans leur force, pour aller de l’avant et montrer au prolétariat de tous les pays la voie qu’il faut suivre pour aller au-delà de la révolution d’Octobre 1917, les travailleurs de la péninsule ibérique restent, malgré leur admirable héroïsme et leurs sacrifices sublimes, en deçà de toutes les expériences vécues par le mouvement ouvrier.
Déjà en 1848, Marx mettait en lumière que les massacres de juin avaient montré au prolétariat qu’il avait à concentrer ses forces pour briser de fond en comble l’État capitaliste ; après la Commune, toujours sur la base des événements, Marx dressait la nécessité de la dictature du prolétariat s’organisant après la destruction de l’État bourgeois et de tous ses rouages ; enfin, en octobre 1917, Lénine suivant l’enseignement de ses maîtres, réalisait ce qu’il avait lumineusement posé dans son livre sur l’État et la Révolution, ainsi que dans les thèses d’avril.
Les ouvriers espagnols, jetés dans la rue le 19 juillet sous le coup des contrastes de classe de la société capitaliste, ont été immédiatement rejetés de leur terrain de classe où n’existait pas un groupe marxiste pouvant lever le drapeau de la révolution et la tragédie a suivi inexorablement son cours. L’État capitaliste est resté debout et s’est incorporé progressivement toutes les organisations ouvrières espagnoles. Toutes les erreurs de 1848, de 1871 — justifiables à ces époques par la non-maturité du développement historique — ont été répétées par les ouvriers espagnols qui ont été jetés dans une situation qui rappelle la hideur de la guerre impérialiste. Mais parce que les événements d’Espagne, pris dans leur signification internationale, appelaient impérieusement l’intervention du prolétariat ibérique, de sa dictature de classe, toutes les organisations qui ont pris pour programme la réalisation de l’Union Sacrée avec la bourgeoisie — et cela a été effectué par C.N.T., POUM autant que par les centristes — ont trahi les intérêts des prolétaires et devront être combattues comme des traîtres avérés à la cause de l’émancipation des travailleurs. Nous restons fidèles aux enseignements de la Révolution d’Octobre 1917 ; nous restons fidèles au marxisme lorsque nous maintenons dans toutes les circonstances, dans tous les événements, le drapeau de la destruction violente de l’État capitaliste, la prise du pouvoir politique par le prolétariat, qui est la base de toute transformation sociale de la société. Après la Commune, la révolution russe a définitivement liquidé ce problème, comme elle a prouvé que la seule forme de la prise du pouvoir par le prolétariat était l’instauration de la dictature du prolétariat au travers du parti de classe ayant derrière lui les grandes masses des exploités.
L’effort gigantesque commencé par les prolétaires russes ne se continue pas dans la péninsule ibérique, où le capitalisme mondial, la bourgeoisie espagnole, les organisations ouvrières de ce pays, les socialo-centristes de partout, les trotskystes et ceux qui s’y rallient, sont intervenus pour étrangler les mouvements de classe des ouvriers et les traîner vers les abattoirs militaires. Aussi fou, aussi présomptueux que cela puisse paraître aux charlatans du marxisme, l’effort des ouvriers russes se poursuit seulement là où l’on continue à lutter sur le terrain spécifique de la vie et de l’évolution du prolétariat, dans les groupes communistes qui œuvrent avec un programme de destruction de l’État capitaliste et d’érection d’un État prolétarien qui suive la voie de son dépérissement et de la disparition des classes en faisant de son existence un problème international ; en faisant de son évolution, l’évolution de la révolution mondiale ; de la gestion de l’économie, la gestion du sort de la révolution dans tous les pays sans laquelle il faut proclamer utopie réactionnaire, contre-révolutionnaire, la moindre réalisation économique orientée vers le socialisme.
L’arme avec laquelle les millions et les millions de prolétaires de la société capitaliste réaliseront leur triomphe est celle qui a été expérimentée en octobre 1917 : le parti d’avant-garde, forgé et sélectionné pendant des années au feu des luttes de classes, de même qu’une épée trempée et retrempée dans le feu de la forge puis battue sur l’enclume avec le marteau historique de la critique marxiste. Cette arme, les prolétaires n’ont pu l’improviser, malgré leur courage et leur héroïsme. Qu’au moins les massacres d’Espagne nous fassent comprendre que les éruptions de classe de demain devront trouver des groupes marxistes qui se soient habilités à agir avec un programme de classe comprenant des principes révolutionnaires pour l’assaut insurrectionnel et la prise du pouvoir. Et ces groupes vivront quand le prolétariat vivra, grandiront avec sa force de classe, seront en proie à des crises graves lorsque le prolétariat culbutera dans l’impasse, mais ils ne pourront disparaître parce que, malgré tout, le capitalisme ne peut faire disparaître les contrastes de sa société et étrangler indéfiniment le prolétariat.




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