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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La bourgeoisie renverra-t-elle Blum ?
{Bilan} n°37 - Novembre-Décembre 1936
Article mis en ligne le 2 avril 2017
dernière modification le 29 mars 2017

par ArchivesAutonomies
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Décidément, la situation en France évolue à toute vitesse. Durant ces derniers mois, alors que l’attention du mouvement ouvrier était concentrée autour de la péninsule ibérique, le gouvernement Blum a affronté très habilement le prolétariat français qu’il a d’ailleurs pulvérisé avec une force de décision que la bourgeoisie n’a pu qu’admirer. Aujourd’hui, des craquements significatifs au sein du Front Populaire font augurer une modification — dont on ne voit pas encore les contours — qui pourrait bien signifier le renvoi de Monsieur Blum qui a pourtant mérité hautement de l’ordre bourgeois.
Il s’agirait ici de reprendre le fil de l’évolution des événements en France pour tenter de comprendre vers quelle nouvelle voie se dirige la bourgeoisie.
Au mois de juin, devant la gigantesque occupation des usines, nous nous étions efforcés de mettre en lumière que les grèves avaient surgi en opposition stridente au Front Populaire dont elles niaient toute l’œuvre de corruption et d’étranglement ; qu’elles n’étaient que le débouché de tous les contrastes sociaux, des saignées multiples qu’avait connues le prolétariat français depuis deux ans et, enfin, que la coïncidence des grèves et de la victoire du Front Populaire était due au fait que le Rassemblement populaire s’était constitué, puis développé sur la base de la mobilisation extrême des ouvriers pour la guerre impérialiste, alors que cette dernière était différée au moment même de la victoire électorale du bloc antifasciste.
Ce que nous n’avons pas compris clairement à cette époque, c’est que dans ces nouvelles circonstances, le Front Populaire allait devenir le barrage du capitalisme devant une vague de remous prolétariens où allait s’épancher toutes les réactions des ouvriers contre la mystification dont ils furent les jouets au mois de juin. Le gouvernement Blum allait prouver que le capitalisme français mettait la barre non sur une guerre prochaine mais sur une lutte chaque jour plus rude contre les ouvriers. Dès lors devait surgir une opposition au sein du Front Populaire. À Blum s’engageant dès le mois d’août dans le double chemin de la non intervention en Espagne et de la préparation de la dévaluation de septembre, les centristes opposèrent les mots d’ordre de l’intervention en Espagne et de la course vers la guerre mondiale contre le fascisme. Par ce moyen il purent épauler Blum dans sa lutte contre les mouvements ouvriers, appuyer les avertissements de Salengro, concernant la défense des occupations d’usines, faire accepter les compromis de Lebas aux travailleurs, mais se réserver un chemin où ils purent concentrer les ouvriers mécontents et les tenir à la remorque du Front Populaire. Le jeu était très simple : on aidait Blum à tranquilliser la bourgeoisie, on s’embrassait avec "notre camarade Jouhaux" et parallèlement, avec l’appui "fraternel" de ce dernier, l’on organisait de grandes manifestations antifascistes où l’on criait "Blum à l’action", "des avions pour l’Espagne". Ce petit jeu reçut une première secousse en septembre lors de la dévaluation. Nous nous sommes expliqués au sujet de cette dernière dans "Bilan" et avons montré les liens étroits qui la rattachaient aux grèves du Textile de la région lilloise qui, eux-mêmes, n’étaient que le point névralgique de toute une situation confuse. Les accords "historiques" de l’hôtel Matignon s’étaient avérés comme une vaste fumisterie — ce que nous avions d’ailleurs prévu. Les augmentations des salaires allaient être dépassées par une brusque augmentation du coût de la vie — ce qui ne signifie pas qu’il y ait ici un lien automatique de cause à effet puisque tout dépend du rapport de force entre les classes. La semaine de 40 heures, là où elle était appliquée, au lieu de signifier salaire de 48, représentait une mesure d’intensification de la production avec salaire diminué, sans grand effet sur la résorption du chômage. La reconnaissance syndicale s’exprimait par le licenciement des ouvriers les plus combatifs ou même des délégués syndicaux. Malgré la loi sur les contrats collectifs, les patrons n’estimaient pas encore venu le moment de les signer.
C’est dans ces conditions que malgré ses promesses et les cris des centristes, le Front Populaire se jeta dans la dévaluation : il n’était plus possible de différer l’attaque massive en obtenant que les patrons fassent de nouvelles concessions en échange de nouvelles compensations, comme ce fut le cas lors de l’accord Matignon,
Loin prendre la position qu’ils prirent lors des débats sur la politique étrangère de Blum, les centristes votèrent, les larmes aux yeux, la dévaluation afin de ne pas mettre en danger le Front Populaire menacé par les 200 familles.
Celle-ci devait signifier deux choses : une amputation des salaires ouvriers et une décongestion de l’appareil économique élargissant les possibilités de manœuvre du capitalisme.
À cette époque, malgré les réactions du prolétariat et les cris de rassemblement des droites, le Sénat — orienté pourtant à droite — se contenta de supprimer l’échelle mobile et les dispositions sociales que Blum avait rattaché aux mesures monétaires en vue du réajustement des salaires. Mais il resta fidèle au gouvernement du Front Populaire qui répondait bien aux désirs et à la politique du capitalisme. Cependant les mouvements sporadiques des ouvriers ne laissent pas d’inquiéter la bourgeoisie. Le 28 septembre, Blum, au groupe parlementaire socialiste, parlait déjà de reprendre une formule de Jouhaux : la neutralisation des usines. Les ouvriers ne les occuperaient pas, mais les patrons n’y feraient pas travailler des jaunes. Salengro à cette même réunion disait : la réussite de la dévaluation est fonction du maintien de l’ordre public. Pendant cette période la conjonction des forces du Front Populaire pour empêcher le prolétariat de riposter à la dévaluation est parfaite et c’est à cela que nous devons la résorption d’une attaque générale de la droite.
La dévaluation permit donc à Blum d élargir son champ de manœuvre et d’atténuer les menaces de commotions sociales Dès lors, le centrisme reprit son intransigeance sur la question espagnole d’autant plus que la situation internationale s’aggravera sérieusement et que nous verrons se développer l’intervention de l’Allemagne, de l’Italie et de la Russie en Espagne.
Au mois de novembre nous nous trouverons devant deux espèces de phénomènes : les réactions ouvrières à la dévaluation s’exprimeront à un rythme crescendo et la situation internationale obligera les centristes à intensifier leur action pour déterminer la bourgeoisie française à se jeter avec ses armes dans l’issue de la guerre impérialiste dont un acte grandiose se déroule en Espagne.
Nous allons rapidement examiner les étapes de ce processus des événements.
L’augmentation du coût de la vie et particulièrement des produits de première nécessité (pain) ne fait que progresser. La plupart des fédérations syndicales sont mises devant les protestations des ouvriers qui sont mécontents de l’inobservance des lois sociales par le patronat et de son refus d’ajuster les salaires aux augmentations du coût de la vie.
Le 15 novembre des multiples grèves se déroulent (St-Nazaire, parmi les dockers, etc.).
Le 17 novembre Spinasse est obligé d’avouer une augmentation de 11 % du coût de la vie depuis le 25 septembre et Frachon dira que cela est certainement en dessous de la réalité. L’Humanité avouera 5 500 grévistes rien que pour obtenir la signature ou le respect des conventions collectives.
Mais c’est surtout le Nord, l’industrie du textile de la région lilloise, puis la métallurgie qui bougeront. À ce sujet, nous verrons le patronat du textile réagir contre les ouvriers de deux façon : mettre sur pied des syndicats de jaunes constitués par des briseurs de grève qui engageront la lutte à l’intérieur des usines ; puis faire intervenir la garde mobile de Blum pour chasser tout le monde des entreprises.
Le 19 novembre, Racamond avouera que "en fait, la plus grande partie des améliorations obtenues par le formidable mouvement de juin est d’ores et déjà, disparue" mais au lieu d’alerter les ouvriers pour la lutte, les chefs centristes oui dirigeront pourtant la Fédération des Métaux, liquideront le mouvement des Usines Panhert qui sera ici le symbole de la façon dont les centristes conçoivent "les victoires".
Le 20 la grève des métallos lillois s’étendra pour embrasser toute la région. À ce moment nous verrons promulguer raccord au sujet de "la neutralisation" des usines lilloises. À Bordeaux, la grève sera générale parmi les dockers.
Le Congrès des métaux qui se tiendra le 21, verra Semat affirmer : "Il n’y aura plus jamais d’occupation d’usines lorsque la bourgeoisie acceptera honnêtement des lois de progrès social encore insuffisantes, que le patronat appliquera celles-ci avec les Contrats Collectifs".
Mais le lendemain, la grève est générale dans la région lilloise et elle englobe 11 500 métallurgistes.
Dans la région parisienne, le C.C. des métaux prendra cette position le 24 novembre : "L’arbitrage et la neutralisation des conflits ne peuvent être acceptés par les ouvriers que si les garanties indispensables leur sont assurées et ils saluent les ouvriers métallurgistes de Lille en lutte pour leurs revendications".
La situation devient déjà un peu plus claire : Jouhaux a parlé le premier de la neutralisation des usines qui est une mesure beaucoup plus adéquate que l’intervention des gardes mobiles. Mais il fallait attendre que l’on puisse présenter cette revendication aux ouvriers comme le seul moyen de solutionner leurs conflits. Les patrons lillois ont fourni une première occasion en opposant les ouvriers entre eux au sein d’une usine et en permettant à la garde mobile d’intervenir. Maintenant le terrain est mûr mais il s’agit encore d’attendre le moment favorable pour préciser "les garanties indispensable" de la neutralité des usines. C’est Blum qui le fera plus tard avec "le statut démocratique de grève".
Si la région lilloise est à l’avant-plan au cours de ces luttes, c’est bien parce que la situation des ouvriers est de loin plus pénible qu’ailleurs. L’industrie du Textile lutte désespérément pour écouler sa production et arrive à des résultats dans la mesure même où elle comprime à l’extrême le prolétariat. La métallurgie profite des frontaliers pour maintenir des salaires qui selon les chiffres de l’Humanité seraient de 32 % en moins de ceux payés dans la région parisienne.
Mais toute cette efflorescence de grèves décide le patronat à passer à une attaque frontale. Jouhaux le sait nettement car au Congrès des métallurgistes, le 27, il dira : "La grève n’est pas un jouet, mais une action qui engage la responsabilité immédiate des militants et la responsabilité d’avenir de l’organisation syndicale. Si l’on nous propose d’autres méthodes sauvegardant les intérêts ouvriers, nous y sommes acquis."" Le même jour, les patrons de la métallurgie refusent de poursuivre tous pourparlers avec les syndicats et brusquement, la puissante Confédération Générale du Patronat, la fameuse signataire de l’accord Matignon qui pour marquer son agressivité a remplacé "Production" par "Patronat", rompt ses pourparlers avec la C.G.T. Immédiatement, la machine préparée à l’avance se met en branle. Blum qui, comme Jouhaux, savait à quoi s’en tenir, décide : 1) de saisir le Conseil National de l’Économie d’un projet de décret autorisant le Gouvernement à organiser la procédure de conciliation et d’arbitrage obligatoire pour le règlement des différends nés d’une hausse éventuelle du coût de la vie ; 2) de saisir le Parlement d’un projet de loi instituant une procédure de conciliation et d’arbitrage obligatoire pour les conflits du travail non prévus par le décret suivant.
Ici nous sommes maintenant au centre du problème. L’arbitrage légal et obligatoire est devenue une revendication ouvrière bien qu’il s’agisse d’une mesure dirigé contre eux. En Italie, en Allemagne, il a fallu massacrer les ouvriers pour atteindre ce stade. En France, cinq mois après les grèves de juin la bourgeoisie est arrivée à en faire des revendications présentées au nom des ouvriers (comme des garanties de leurs intérêts) par les organisations syndicales.
Durant cette période les centristes marcheront collés à Jouhaux et lorsqu’à la manifestation du Palais d’Hiver, L. Blum fera son discours, les huées ne viendront pas au sujet du "statut démocratique de grève" mais pour la non intervention en Espagne.
L’Humanité du 28 fera appel aux ouvriers afin qu’ils ne réagissent pas à la provocation du grand patronat. Des projets de loi sont déposés à la Chambre écrira Vaillant Couturier, ce cannibale du patriotisme.
Sur ces projets de lois, Jules Moch, dans sa déclaration à la presse, jettera une vive lumière : "Dans le projet de loi, dira-t-il, la méthode est la même que dans l’avant-projet (discuté par C.G.P. et C.G.T.), les précautions et garanties auxquelles tenaient, à propos de l’arbitrage, les patrons ont été respectés." En quoi résidaient ces "précautions et garanties" patronales, voilà ce que Racamond nous apprendra au nom de la C.G.T. L’article 12 de la loi dit : "la sentence arbitrale est obligatoire pour les parties en cause". Racamond acceptera toujours au nom de la C.G.T. (décidément Jouhaux a trouvé les hommes qu’il lui faut pour exécuter sa sale besogne) ce paragraphe afin de briser les manœuvres destinées à entraver le redressement économique. L’Humanité s’écriera en même temps : "Français, unissez-vous" et "La C.G.T. est pour la paix sociale".
Ceci acquis une fois pour toutes, le patronat fera quelques concessions certainement compensées par Blum : à Roubaix le Consortium du Textile augmentera les salaires de 10 %.
En métallurgie, comme au récent Congrès des métaux, des voix s’étaient fait entendre pour déclencher la grève le 1er décembre si la semaine de 40 heures n’était pas appliquée à cette date, l’Union des Syndicats lancera le 29 novembre une mise en garde contre ceux qui tenteraient de déclencher une grève le lundi. Monsieur Vaillant Couturier rappellera le dimanche 30 qu’au sujet des conflits sociaux, il y a des légendes qui ont la vie dure : il faut savoir terminer une grève et l’occupation des usines est inopportune. D’ailleurs, en métallurgie les 40 heures seront appliquées le 6 décembre.
À la Chambre, les lois de Blum passeront au milieu de la satisfaction générale et ce dernier pourra se féliciter que le monde ouvrier qui ne voyait jusqu’ici qu’un piège dans l’arbitrage le demande et l’accepte aujourd’hui avec enthousiasme. Seul son ami P. Reynaud, jettera une note discordante en faisant très justement remarquer que l’arbitrage obligatoire a donné des résultats seulement dans les pays dictatoriaux (Allemagne, Italie, Russie). Faut-il voir dans cette remarque de M. Reynaud la tendance réelle de la bourgeoisie française s’orientant vers la droite pour faire appliquer les lois de Blum ? Cela n’est évidemment pas exclu, mais il est certainement trop tôt pour répondre à ce problème que l’opposition entre socialistes et centristes a posé au sujet de l’Espagne.
Les contours de cette opposition ont déjà été tracés par nous : il s’agirait d’en suivre maintenant le développement. Nous croyons avoir prouvé qu’au sujet des problèmes intérieurs s’est exprimée une pleine solidarité entre les participants au Front Populaire, y compris les centristes. L’axe de la bataille c’est que Blum mène la politique extérieure de la bourgeoisie conforme à la bataille qu’il a livrée contre le prolétariat : éviter le précipice d’une guerre extérieure en assommant les ouvriers, alors que les centristes qui ont participé à l’étranglement des ouvriers se dirigent vers l’issue de la guerre, conformément au développement de la lutte ouverte entre la Russie, l’Allemagne et l’Italie, en Espagne.
Fait qui mérite toute notre attention, c’est le 3 novembre à St-Étienne, que Thorez qui — parlementairement parlant — avait déjà tressailli d’indignation devant le massacre de femmes et d’enfants par les armées de Franco, estima nécessaire d’ouvrir le feu contre L. Blum : au moment précis où celui-ci se préparait à ramasser les lauriers pour ses lois concernant l’arbitrage obligatoire.
Désormais, la querelle va s’envenimer. Parallèlement aux efforts redoublés de l’Allemagne, de l’Italie qui envoient ouvertement des troupes à Franco, de la Russie qui active son intervention en Espagne, les centristes français déchaînent leurs invectives pathétique contre leur compère Blum. La grande bataille parlementaire de vendredi-samedi se prépare. Les ouvriers n’ont pas le temps de prêter grande attention aux lois sur l’arbitrage obligatoire car la vie du Front Populaire est mise en danger par la tension de la situation internationale qui s’exprime en France par deux attitudes capitalistes : celle de Blum et celle de Thorez.
Les débats parlementaires nous ont montré que Blum dans la défense de la non-intervention avait bien derrière lui toute la bourgeoisie et que si Kerillis et autres requins de droite n’avaient pas voté pour lui c’est uniquement pour ne pas se discréditer près de leur clientèle électorale.
Cependant, il ressort des déclarations de Blum que l’attitude des centristes — même leur abstention — pour autant qu’elle deviendrait un élément durable signifierait la fin du gouvernement du Front Populaire. Il est évident que devant l’abstention du P.C., les socialistes se trouveraient acculés à affronter le prolétariat sans pouvoir marcher de front avec la démagogie centriste et tout le profit que la bourgeoisie tire du gouvernement actuel cesserait. Dans ce cas, Blum ne s’en irait pas mais il serait chassé par la bourgeoisie qu’il a servi avec tant de zèle et de résultats.
Cependant, les centristes sont incontestablement hésitants devant la campagne qui s’est déclenchée contre le Front Populaire après leur abstention au vote de confiance, demandé par Blum. Ils ne comprennent pas que de "bons français" qui ont fait accepter par les ouvriers l’arbitrage obligatoire, le statut démocratique de grève et les fameuses lois sur la presse au sujet desquelles le cadavre de Salengro a été utilisé cyniquement par le Front Populaire, soient brusquement considérés comme les galeux, les pelés "d’où venait tout le mal". Maladroitement, le P.C.F. se défend de pousser à la guerre : il voudrait seulement lever le blocus de l’Espagne. À quoi Blum peut parfaitement répondre que cela ne suffit pas — ce blocus existe-t-il d’ailleurs ? — mais que pour aider le gouvernement de Valence il faudrait jeter les troupes françaises dans la mêlée et cela signifierait la guerre mondiale. La bourgeoisie dans son ensemble est derrière cette politique de Blum mais elle apprécie les hurlements chauvins des Thorez-Duclos et c’est dans la mesure où les oppositions se développeront entre ces deux conceptions qu’elle se décidera à faire recours à une nouvelle formation gouvernementale.
Le dernier Comité National de la C.G.T. nous a montré l’effort réalisé pour prouver que toute la Confédération acceptait les lois sociales sur l’arbitrage et la grève alors que sur l’Espagne des divergences s’exprimaient "dans une atmosphère fraternelle". Même les centristes ont compris qu’ils devaient laisser les Delmas, les Dumoulin défendre le gouvernement et sa politique espagnole afin d’éviter de donner l’impression que la C.G.T. acceptait la position de leur parti. Jouhaux quant à lui, sera très réservé et parlera seulement du droit des ouvriers à ne pas rester "neutres" devant les événements d’Espagne.
Il ne s’agit pas de prophétiser sur le déroulement ultérieur des événements en France, mais de faire le point. On peut donc rapidement affirmer que le gouvernement Blum a rempli brillamment ses fonctions et qu’il a su tenir tête à la période d’agitation ouverte par les grèves de juin. Accords de l’Hôtel Matignon, dévaluation, lois sociales sur l’arbitrage et la grève, lois sur la presse, voilà des étapes contresignées par la défaite des ouvriers. Que sur la base de la situation internationale et espagnole, Blum soit forcé de partir pour faire place à un gouvernement plus axé vers la droite, cela n’est pas exclu mais cette opération se fera d’autant mieux que le problème espagnol sera résolu, comme c’est après la conquête de l’Éthiopie par l’Italie, que Sarraut succéda à Laval dont il allait corriger la politique extérieure et intérieure.
De toute façon, les ouvriers français ont à lutter contre les lois scélérates imposées par la bourgeoisie an travers des gens du Front Populaire. Il n’existe pas de "statut démocratique de grève" ou de "neutralisation" des usines, mais le choix suivant : se mettre sous la protection "fraternelle" des gardes mobiles et de l’État capitaliste ou engager une lutte à mort contre le patronat, l’État et pour la défense des revendications de classe des prolétaires. Ce chemin au lieu d’être celui prôné par les centristes au sujet de l’Espagne, au lieu de conduire à la guerre, est celui des batailles pour renverser la domination capitaliste et se diriger vers l’émancipation des travailleurs.




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