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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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Nouveaux assassinats : Nouvelle Constitution en Russie
{Bilan} n°37 - Novembre-Décembre 1936
Article mis en ligne le 2 avril 2017
dernière modification le 29 mars 2017

par ArchivesAutonomies
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Il y a quelques semaines, la Guépéou découvrait un nouveau complot. Six têtes tomberaient fracassées à jamais. Qui étaient-ils ? Qu’avaient-ils faits ? Mystère. Il faudra vraiment que le prolétariat russe fasse une seconde révolution pour publier les archives secrètes de la Sûreté Nationale du centrisme et jeter de la lumière sur ces épisodes lugubres.
Officiellement, il s’agissait d’agents de la Gestapo et de trotskistes se livrant au sabotage, à l’espionnage et à la préparation d’actes terroristes. Comment s’y retrouver quand on sait que tout ouvrier révolutionnaire est qualifié, par les bourreaux des ouvriers russes, de trotskiste et le trotskisme comme un instrument de Hitler. Déjà, Zinoviev, Kamenev, Smirnov et tant d’autres ont été exécutés comme des agents du fascisme alors qu’ils n’étaient coupables que du seul fait d’avoir été des compagnons de Lénine.
Mais cette fois-ci nous avons vu surgir un élément tellement significatif qu’il en éclaire brusquement toute "la société sans classes". L’Allemagne est intervenue pour protéger l’ingénieur Stiekling, un des principaux inculpés, et immédiatement ce dernier a vu commuer sa peine de mort en une condamnation qui vaudra autant que celle de Ramsine. Seulement, six autres autres ont été exécutés et il est fort possible qu’il s’agisse de militants révolutionnaires. Pour eux, aucun État, aucune force n’a pu intervenir. Les injures de "L’Humanité" les auront accompagné jusque dans la tombe. Si Zinoviev-Kamenev avaient été des agents du fascisme, ils auraient eu la chance de Stiekling, mais ils n’étaient que de malheureux militants qui s’étaient rendus à la générosité du centrisme déchaîné contre eux. Comme tous les États capitalistes, l’État prolétarien de Staline a deux régimes : l’un, plein de clémence pour les saboteurs et les agents du fascisme ; l’autre, férocement sanguinaire pour les ouvriers révolutionnaires.
Mais peut-être ignore-t-on qu’au récent Congrès des Soviets où fut adoptée la nouvelle Constitution, Staline a déclaré que l’on entrait dans la première phase du communisme intégral. Les classes n’existent plus. Le prolétariat, la classe ne possédant rien hormis sa force de travail, a disparu complètement puisqu’en Russie les ouvriers possèdent les moyens de production. Pourquoi maintenir des Soviets d’ouvriers et de paysans qui ne signifient plus rien quand on inaugure la Constitution "la plus démocratique du monde" ? La Russie entre dans la phase communiste : plus d’État, plus de classes, plus d’exploitation, plus d’armée.
N’étaient-ce les milliers d’ouvriers qui peuplent les prisons russes ; n’étaient-ce les milliers de cadavres sur lesquels le centrisme a établi sa domination, il faudrait rire de ces bobards qu’aucun ouvrier sensé n’ose prendre au sérieux. Jamais plus qu’aujourd’hui les ouvriers russes n’ont connu une pareille exploitation, une usire physiologique terrible. Le communisme de Staline est pour eux une prison où le moindre geste, la moindre intention de classe est punie de la peine de mort.
Comme le législateur grec, Dracon, le législateur soviétique ne connaît qu’une peine pour l’ouvrier révolutionnaire : la mort. La mort pour n’importe quel "délit" qui directement ou indirectement, intentionnellement ou non intentionnellement, va à l’encontre des intérêts contre-révolutionnaires du centrisme. Et c’est cela que Staline appelle la première phase du communisme.
Les cadavres des vieux bolcheviks, la clémence envers les agents réels du fascisme, l’immense clameur de détresse qui s’élance jusqu’à nous des prisons soviétiques ne suffisent-ils pas à renverser la démagogie des phrases ? Faut-il encore opposer des arguments à Staline ? Allons-donc ! Qui croira aujourd’hui que la Russie, membre de la S.D.N., puisse construire autre chose que le tombeau des ouvriers. Qui croira que la croissance du socialisme est fonction de la croissance d’une vaste armée, d’un armement gigantesque dont les ministres soviétiques jetteront les chiffres astronomiques devant les ouvriers stupéfaits.
Les patriotes russes peuvent se frotter les mains avec satisfaction. La patrie sera bien défendue et la révolution d’Octobre bien enterrée. Bientôt il n’en restera qu’un vague souvenir, toujours assez pour permettre à la Russie d’intervenir au point de vue mondial contre le prolétariat des différents pays.
Il nous reste à conclure rapidement sur le fait essentiel. La Russie, pour mieux frapper des ouvriers révolutionnaires et créer une atmosphère d’indifférence à leur égard, les assimile à des agents de la Gestapo. Le récent procès nous prouve que lorsqu’il s’agit d’un ingénieur allemand rattaché certainement au fascisme, le Reich intervenait rapidement et obtenait satisfaction. Que cela soit un avertissement pour les ouvriers du monde entier. Qu’ils jettent leur poids de classe dans la balance chaque fois que des ouvriers seront menacés de la peine de mort en Russie sous prétexte de "trotskisme".




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