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Fragments d’Histoire de la gauche radicale
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La Chine, autre théâtre de la guerre impérialiste
{Bilan} n°38 - Décembre-Janvier 1937
Article mis en ligne le 2 avril 2017
dernière modification le 30 mars 2017

par ArchivesAutonomies
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Il y a eu cinq ans, le 18 septembre, que l’impérialisme japonais commençait la conquête de la Mandchourie, ouvrant ainsi la phase décisive de cette expansion continentale dont le mémorandum Tanaka constitue le programme maximum. Quant à son programme d’expansion en Chine, il vient d’être formulé dans les "trois principes" de M. Hirota et comporte la reconnaissance du Mandchékouo et d’un "régime particulier" dans la Chine du Nord ; le renoncement par la Chine à toute velléité de s’appuyer sur une autre puissance qui ne soit pas le Japon ; le "bloc" économique nippo-mandchou-chinois et l’alliance pour la "lutte contre le communisme".
Essayons de tracer le bilan de ces cinq années en Extrême-Orient, - surtout après cet épisode - qui, de tragique au début, vient de se terminer en pure comédie (nous voulons parler de la capture de Chiang Kai-Shek, le dictateur de Nankin), et qui a détourné l’attention des événements d’Espagne pour la porter sur cet autre théâtre de la lutte inter-impérialiste qu’est la Chine. On sait qu’en mai 1922, le fameux Chang Tso-lin avait proclamé "L’Indépendance" de la Mandchourie du restant de la Chine, c’est-à-dire sa propre dictature sur les paysans mandchous qu’il exploitait affreusement en les obligeant à lui livrer leur récolte de blé et de soya contre payement en papier-monnaie sans valeur, qui sortait à jet continu de ses presses de Moukden. Quant à lui, il exportait ces produits qui lui étaient payés en prix-or ! Chang Tsolin tué, en juin 1928, par une bombe de marque japonaise, son fils Chang Hsuehbang, le héros de la tragi-comédie d’aujourd’hui, suit ses traces et continue de Pékin, où il s’était installé en 1930, comme chef-adjoint de l’armée nationale chinoise, à exploiter son fief mandchou.
Le Japon, qui depuis 1906 avait commencé sa pénétration économique en Mandchourie - où il a investi 2 milliards 200 millions de yens - prenant prétexte en septembre 1931 d’un prétendu attentat contre le chemin de fer de Moukden, mis en scène par ses agents, envahit la Mandchourie. Toute l’organisation militaire du "jeune maréchal. » Chang Hsueh-liang s’effondre comme un château de cartes, laissant soupçonner qu’il était passé à la solde des japonais. Chang Hsueh-liang - suivant la coutume chinoise - s’efface pendant quelque temps et entreprend un long voyage en Europe. A son retour en Chine, on le rencontre agissant obscurément dans la lutte contre les "rouges".
En Mandchourie, occupée par les Japonais, une assemblée de notables réunis à Moukden proclamait en février 1932 l’"indépendance des trois provinces orientales". Le prince Pou-Yi, ex-empereur de Chine, d’abord choisi comme Régent, devint par après Empereur du Nouvel Etat mandchou, que le Japon s’est naturellement empressé de reconnaître.
La Chine avait protesté contre son démembrement, qui était une violation du traité des Neuf Puissances, signé en 1922.
Il est bon de rappeler que la Conférence générale de Washington (novembre 1921-février 1932) ne s’était pas seulement bornée au problème de la limitation des armements navals mais qu’elle s’était également occupée du règlement de certaines questions d’Extrême-Orient et du Pacifique qui intéressaient les puissances réunies. De ces délibérations était sorti le "traité dit des "Neuf Puissances" ", parce qu’à côté de la Chine, du Japon, de la France, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne, se trouvait la signature de l’Italie (celle-ci dernière en temps et en importance d’intérêts), le Royaume des Pays-Bas (pour ses possessions aux Indes Néerlandaises), le Portugal (pour Macao, en Chine, dernier débris du puissant empire colonial du XVe siècle) et enfin la Belgique (pour ses capitaux investis en Chine). Le traité impliquait, outre le respect de l’intégrité territoriale et administrative de la Chine, le maintien de la "Porte Ouverte". Mais en réalité, il s’agissait "d’un accord à quatre" des puissances directement intéressées : Angleterre, Etats-Unis, Japon et France, qui réalisaient un modus vivendi sur la base du statu quo.
La question d’Extrême-Orient, considérée dans le passé comme le spectre d’un conflit de races (le "péril jaune", si cher à Guillaume) qui aurait conduit la Chine et le Japon à la conquête de l’Europe, ou à un conflit devant opposer le Japon aux Etats-Unis pour la maîtrise du Pacifique, perd son caractère de duel nippo-américain pour devenir un problème mondial, étroitement lié à l’échiquier européen. En effet, la même tendance, qui se constate en Europe, à localiser les conflits, se remarque en Extrême-Orient. Tout comme en Espagne où les différents impérialistes se heurtent manifestement sans qu’éclate le conflit mondial, en Chine, on a assisté et on assistera à des conflits armés entre Etats opposés, tels la Russie et le Japon, qui se heurtent vers la Mongolie et d’incidents de frontière avec l’Etat mandchou - qu’ils arment et dirigent effectivement - sans que pour cela le conflit mondial éclate. Mais la politique consistant à "localiser" les conflits revient à sanctionner des faits accomplis : c’est ce qui s’est produit en Europe avec l’occupation de la Rhénanie par l’Allemagne et l’aventure italienne en Ethiopie. En Extrême-Orient, cette politique ne peut évidemment tourner qu’à l’avantage de l’agression japonaise.
Après la conquête de la Mandchourie, vint en 1933 le tour de la province du Jehol, une des trois provinces de la Mongolie intérieure, qui fut annexée à l’État Mandchou érigé en Empire.
Le plan japonais consistait à grouper d’abord les cinq provinces du Nord de la Chine en un seul Etat "autonome", presqu’aussi grand que la Mandchourie. Deux de ces provinces : le Chahar et le Suiyan se trouvent au nord de la Grande Muraille et font partie de la Mongolie intérieure. Les trois autres : Hopeï, Chansi et Shantoung font partie des dix-huit provinces de la Chine proprement dite. Le Japon s’attaqua, en premier lieu aux provinces du Hopeï et du Chahar. L’armée japonaise dépassa la Grande Muraille et imposa à Nankin l’armistice de Tangkou (mai 1933). La Chine reconnaissait une vaste zone démilitarisée et l’extension du contrôle du Japon sur Pékin (Peïpin) et Tien-Tsin qui en est le port.
Au commencement de 1935, la majeure partie du Chahar fut annexé à l’Empire mandchou et finalement, en juin 1935, le Japon obtint que les troupes de Nankin soient complètement retirées de la Chine du Nord et que des gouverneurs philo-nippons soient nommés. Un conseil "autonome" du Hopeï et du Chahar est installé à Pékin [1]. Il était encadré de conseillers japonais représentant le pouvoir réel et s’appuyait sur l’armée japonaise du Shantoung. Et de "l’autonomie", on serait passé ensuite à "l’indépendance"... tout comme pour le Mandchékouo ; et du bloc économique, on serait arrivé à l’unification des deux Etats en un seul empire dont Pou-Yi aurait été la marionnette impériale manœuvrée par le Japon.
Pour les provinces nettement mongoles, (le Suiyuan et le restant du Chahar) le plan. japonais prévoyait la création d’un Etat mongol lui aussi "indépendant".
Le Suiyuan, la dernière des trois provinces de la Mongolie intérieure, non encore occupée par le Japon, offre un intérêt capital pour le Japon. Non seulement, l’occupation de cette province permettait aux japonais de contrôler le seul chemin de fer pénétrant au coeur de la Chine du Nord Ouest, mais elle prolongerait l’avance japonaise vers l’Ouest et le Sikiang ou Turkestan oriental, territoire chinois que l’U.R. S.S. cherche à mettre sous son influence tout comme l’impérialisme anglais cherche à s’imposer au Thibet.
Cette avance vers l’Ouest correspond au plan stratégique japonais pour l’encerclement de la Mongolie extérieure, ou République Populaire Mongole. C’est en même temps, une poussée vers le Turkestan chinois, base éventuelle d’une agression contre l’U.R.S.S., qui a créé dans l’Asie centrale russe une riche région cotonnière. Enfin, en s’emparant du Suiyuan, le militarisme japonais pourrait plus facilement menacer la province voisine, le Chansi, qui est d’une importance décisive pour la possession de toute la Chine du Nord.
On sait comment l’U.R.S.S. a répondu à la menace directe contre la République populaire mongole, par la déclaration de Staline au journaliste Roy Howaard que l’U.R.S.S. soutiendrait la Mongolie en cas d’agression et par le traité d’assistance mutuelle, signé en mars 1936 à Oulanbator (Capitale de la République Populaire), qui assurerait la Mongolie de l’appui moral et politique de l’U.R.S.S. ainsi que de son aide technique en cas d’agression.
Sur la frontière mandchou-mongole les attaques continuent à se multiplier surtout depuis la signature du dernier accord nippo-allemand.
Mais pour le moment, le Japon fait surtout du travail politique, en se posant en défenseur de la population mongole opprimée par les bolchéviks et en cherchant à faire de la Mongolie intérieure un centre d’attraction tant pour les Mongols de la République populaire que pour les habitants de la Transbaïkalie soviétique où ils vivent à côté de Bouriates (peuple qui leur est apparenté).
Grâce aux efforts des agents japonais, une conférence des princes mongols du Chahar et du Suiyuan s’était tenue en 1933 et avait établi à Bato-Khalkhé un gouvernement ayant à sa tète le prince mongol Teh-Vang, qui est à la solde du Japon.
Teh-Vang avait cherché à convoquer une nouvelle conférence des princes mongols pour proclamer "l’Indépendance" de la Mongolie intérieure, dont nous avons déjà parlé plus haut. Mais il semble que ses efforts soient restés stériles. Bien plus, le gouvernement de Bato-Kalkhé s’est désagrégé en se subdivisant en deux centres : l’un en étroite liaison avec le Japon, l’autre tendant à collaborer avec le gouvernement de Nankin. Le Japon, a alors abattu ses cartes en faisant envahir le Suiyuan. Comme dans le Chahar, le Japon utilisa là aussi les bandes mongoles-mandchouriennes, armées et commandées par des japonais et soutenues en cas de nécessité par l’aviation, l’artillerie et les chars d’assaut japonais. Mais le Suiyuan est très étroitement lié économiquement au Chansi dont le gouverneur En Si-chang, tout en étant opposé à Nanking et considéré comme philo-nippon, s’est déclaré adversaire d’une occupation japonaise qui l’aurait frustré de l’exploitation de la province voisine. Le Japon, pour le moment, ne semble pas vouloir pousser à fond son occupation et reste sur ses positions.
Le dernier événement a été la subite rébellion de Chang Hsueh-liang qui, chargé de la lutte contre les "rouges" dans la province du Shensi, fit prisonnier Chiang Kai-shek à Sian-Fou ainsi qu’un grand nombre de personnalités du gouvernement de Nanking.
Devant la vague d’agitation anti japonaise qui s’étend dans toute la Chine, et dont nous parlerons par après, cette arrestation de Chiang Kai-shek, qui symbolise la politique de renonciation, par Chang Hsuehliang, spolié autrefois par les Japonais, pouvait être interprétée comme étant la réponse des nationalistes chinois au traité d’alliance germano-japonais qui, sous le masque d’une lutte contre le "Komintern", est une alliance des deux impérialismes en vue du prochain conflit mondial. Chiang Kai-shek est considéré comme trop "pro-japonais" et, en fait, il n’a jamais mobilisé l’armée contre le Japon qui a pu engloutir la Chine du Nord. Shangaï, en 1932, fut défendu par la 19e armée, qui est une armée du Sud, pendant que l’armée "modèle" de Chiang Kai-shek restait spectatrice du conflit - tandis qu’il a dirigé de 1930 à 1935 une demi-douzaine de campagnes contre les "rouges". Et alors que le boycottage contre les produits japonais avait fait baisser les exportations japonaises en Chine d’une valeur de 346 millions de yens en 1929 à 117 millions en 1934 (malgré la dévaluation du yen d’environ deux-tiers de sa valeur-or) Chiang Kai-shek pratiquait une révision du tarif douanier à l’avantage des produits japonais et frappait le coton d’un impôt supplémentaire qui allait peser lourdement sur l’industrie cotonnière chinoise.
Tout récemment, il sanctionna les concessions importantes faites aux Japonais à la suite de leur débarquement dans le Shantoung.
Toute cette interprétation des événements du fait même qu’elle est la plus naturelle ne semble pas devoir être la plus juste, surtout quand il s’agit de la Chine. Le dénouement inattendu - la libération soudaine de Chiang Kai-shek et la condamnation de Chang Hsue-liarg à dix années de travaux forcés suivie d’une amnistie demandée par le prisonnier la veille - contribue à valoriser cette autre thèse que Chang travaille pour les intérêts du Japon en cherchant à provoquer une nouvelle guerre civile, puisque le dernier conflit entre Nankin et Canton n’a pas dégénéré en lutte armée. A moins que Chiang et Chang n’ait monté d’un commun accord cette comédie de toute pièce et ce, toujours pour donner prétexte au Japon d’intervenir dans les affaires de Chine. Ce nouveau coup en préparation signifierait ou la séparation définitive de la Chine du Nord du restant du pays ou une intervention japonaise (avec toutes ses conséquences) dans la vallée du Fleuve Jaune ou encore plus au Sud où les agents japonais "préparent" l’autonomie du Fou-Kien, dont le gouverneur est un ancien élève de l’Ecole militaire japonaise.
Que le Japon, ici encore, comme ce fut le cas lors de l’invasion du Suiyuan, n’ait pas cru opportun pour l’instant de pousser plus à fond, dépend de raisons d’ordre intérieur et international que nous allons essayer d’analyser.
Au Japon, se dessine depuis quelque temps une opposition à la politique impérialiste risquant d’accentuer le boycottage des produits japonais en Chine et de provoquer des complications internationales.
Les milieux commerciaux et industriels craignent surtout des réactions soviétiques, comme la non-ratification de l’accord sur les pêcheries japonaises dans les eaux soviétiques et la dénonciation par Moscou des concessions pétrolifères de Sakhaline. Le gouvernement japonais présidé par M. Hirota est un gouvernement extraparlementaire, issu de l’éclat militaire de février 1936. Les partis traditionnels bourgeois (Ceukai et Minsaito) se préparent ouvertement à lutter contre lui en utilisant les mêmes mots d’ordre qu’en Occident : pour la "démocratie" contre le fascisme et le danger de guerre.
Mais, en réalité, cette expansion du Japon sur le continent asiatique correspond à une nécessité d’ordre démographique - la population japonaise tend vers les 100 millions - et économique.
L’invasion de la Mandchourie il y a cinq ans marque aussi le début de l’invasion intense des marchés par les produits japonais.
Les exportations japonaises de tissus de coton ont presque doublé au cours de ces dernières années, en refoulant à la deuxième place l’Angleterre, à laquelle, dans ce domaine, le monopole appartenait.
Pour la même période, les exportations japonaises pour les tissus de soie artificielle ont plus que triplé et pour les fils de soie ont augmenté dans la proportion de 145 fois.
Les exportations de produits qui, auparavant, ne figuraient pas dans la nomenclature des exportations japonaises, tels, par exemple, les tissus de laine, la bonneterie, l’appareillage électrique, les bicyclettes, la bière, etc. ont augmenté dans des proportions aussi fabuleuses. En moyenne, ces rubriques des exportations ont augmenté, depuis trois ou quatre ans, dans la proportion de cent fois.
En même temps, on observe un autre phénomène : l’extension des marchés qui font l’objet des attaques des exportations japonaises. Autrefois, il s’agissait des Etats-Unis, de la Chine et, partiellement, des Indes. Maintenant, il s’agit de tous les pays et de toutes les régions de l’océan Pacifique, de l’Afrique et même de l’Europe. Partout, la vague japonaise des marchandises à bas prix submerge les anciens monopolistes et ,en premier lieu, l’Angleterre.
Nous avons déjà démontré au cours d’un autre article les raisons qui rendent possible cette expansion et surtout l’exploitation inouïe de la classe ouvrière japonaise.
Toute la politique d’expansion du Japon tend à s’approprier les matières premières qui lui font défaut, non seulement pour l’industrie de "paix" mais surtout en prévision de la guerre. Le Mandchéoukouo, signifie Blé et Soya, le Nord de Sakhaline : pétrole ; le Nord de la Chine : charbon, fer et coton (possibilité donc de s’affranchir pour ce produit des marchés américains et anglais). A l’encontre des impérialismes occidentaux, et profitant de leur expérience, le Japon ne veut pas donner naissance dans ses pays coloniaux et semi coloniaux à une concurrence industrielle ; au contraire, il cherche surtout à se créer un réservoir de matières premières et de produits agricoles à échanger contre des produits fabriqués dans la Métropole. C’est ainsi qu’il intervient pour 65 %. des importations mandchoues.
Quant à la réaction chinoise à la poussée japonaise, on a pu constater ces derniers temps qu’elle devenait plus forte. Les pourparlers, en cours entre Nankin et Tokyo, ont été rompus suite à l’offensive dans le Suiyuan et le gouvernement chinois a souligné que les relations sino-japonaises ne pourraient se normaliser que sur la base de la reconnaissance du principe de l’intégrité territoriale de la Chine, y compris la Mandchourie.
Toutefois, des réserves s’imposent, croyons-nous, sur l’importance de l’influence du "grand" parti communiste de Chine ou de "l’association pour le salut de la patrie" dont l’animateur serait la veuve de Sun Yat-Sen. Surtout, au moment où reparaît sur la scène politique le général "chrétien" FengYu-Hsiang qui fait appel à l’union avec les communistes. Le Parti communiste chinois s’est prononcé depuis quelque temps pour un gouvernement de "libération nationale" et pour une armée "anti japonaise unifiée" ; bien plus, dans son manifeste du mois d’août 1936, à l’occasion de l’anniversaire de sa fondation, ce parti a précisé qu’il était partisan d’une république démocratique avec un Parlement élu au suffrage universel et qu’à cette république se joindraient les péripatétiques districts "soviétiques" qui semblent maintenant s’être fixés au Nord-Ouest.
Les communistes se déclarent disposés à entrer au Parlement et ils vont jusqu’à affirmer qu’ils sont prêts à introduire dans leur région le même régime administratif et politique que celui qui prévaudra pour l’ensemble de la Chine. On voit par là que la nouvelle Constitution Soviétique fait école !
Ce qui surtout semble intriguer l’impérialisme japonais, c’est l’intervention plus prononcée des impérialismes occidentaux en Extrême-Orient. En effet, c’est la médiation anglaise qui semble avoir joué un rôle important dans la solution pacifique du conflit avec le Sud ainsi que dans le dénouement des derniers événements. C’est également l’Angleterre et les Etats-Unis que le Japon a trouvé en face de lui quand il s’est agit de la reconstruction économique et financière de la Chine. Tout particulièrement en novembre 1935, lors de la réforme monétaire. Après les troubles dus aux exportations massives de l’argent - qui reste le métal monétaire de la Chine - provoqués par les achats américains de revalorisation, on est arrivé à une entente : à l’étalon d’argent instable et à la multiplication des billets de banques on a substitué un système de centralisation de l’émission des billets, du change contrôlé sur la base de la livre et du dollar et une réserve d’or par troc des réserves d’argent chinois contre de l’or américain.
Le Gouvernement de Nankin s’est occupé aussi du problème du trafic et des communications, qui offre un intérêt stratégique ; on fit appel à des capitaux occidentaux pour la construction de nouvelles lignes ferroviaires, routes, télégraphes et téléphones, d’après un programme établi par des experts anglais. Ce sont les pays ayant des capitaux disponibles qui ont financé ces emprunts à long terme : l’Amérique en tête (qui est le principal acheteur des exportations chinoises), l’Angleterre et l’Allemagne. En effet, dans le pourcentage du commerce total de la Chine, les Etats-Unis interviennent pour plus de 20 %, l’Angleterre pour 12 % et l’Allemagne pour 10 % (consistant surtout en matériel dé guerre). Le Japon, au contraire, n’a pas réussi à maintenir son chiffre de 15 %, surtout par suite du boycottage.
D’autre part, les dernières statistiques parues en Amérique estiment que les capitaux étrangers investis en Chine (Mandchourie comprise) se montent à 3 milliards et demi de dollars : Angleterre 36.7, Japon 35.1, Etats-Unis 6.1 %.
Les investissements de capitaux allemands (150 millions de dollars en 1914) -qui avaient été anéantis pendant la guerre, atteignent actuellement 100 millions de dollars.
Il est intéressant d’examiner, enfin, les commentaires de la presse soviétique sur les derniers événements en Chine "La menace d’une guerre civile à l’intérieur de la Chine, provoquée par l’arrestation de Chiang Kai-shek est "par bonheur" conjurée". Pour le centrisme, il n’est pas déplorable que le "jeune maréchal" ait laissé échapper l’occasion de supprimer le bourreau des travailleurs chinois, au contraire, il est content que l’aventure se soit bien terminée. "Les conditions du compromis, ajoute la presse ne sont pas encore connues, mais ce qui importe c’est que "la Chine ait évité la catastrophe (!) qui la menaçait". La solution pacifique est favorable pour le gouvernement de Nankin dans les deux crises graves dont la première avait été provoquée par la révolte des généraux sudistes, l’été dernier et la seconde par la rébellion de Chang Hsueh-liang six mois plus tard. Dans les deux cas l’espoir qu’avaient les adversaires de Nankin de provoquer une débâcle dans son camp et de donner le signal de séparation à d’autres généraux, ne s’est pas vérifié. Les deux fois, "l’opinion publique de la Chine a. soutenu le Gouvernement". Le Gouvernement légitime, donc, celui que nous retrouvons dans la réponse à la S. D. N. pour la non-intervention en Espagne et qui doit, d’après la nouvelle politique centriste, être soutenu partout.
"La politique des concessions et des capitulations devant l’impérialisme japonais pratiquée pendant des années par Nankin, était fatale aux "intérêts nationaux" de la Chine comme au sort du régime du Kuomintang".
"La victoire pacifique de Nankin, dans ces deux conflits antérieurs, eut été impossible et la politique en question avait continué. Dans les deux cas, la victoire a été précisément remportée puisque depuis un an le Gouvernement de Nankin a sensiblement modifié sa politique en ce sens qu’il a tenu compte de l’opinion publique qui exigeait une résistance plus énergique à l’agression japonaise". Malheureusement, conclut la même presse, les propositions des Soviets de Chine pour la constitution d’un Front Unique contre le Japon (avec Chiang Kai-shek à la tête) ont été jusqu’à présent repoussées.
On voit que les centristes en Chine, comme ailleurs, ont fait beaucoup de chemin dans la voie de la dégénérescence et de la trahison des buts réels de la révolution.

Gatto MAMMONE

Notes :

[1Après le transfert de la capitale de la Chine à Nankin, Pékin a été rebaptisé Peiping. Et la province de Chihli (qui signifie "contrôle direct" parce que contenant la capitale) est devenue Hopeï (qui signifie au nord du fleuve. c’est-à-dire du Fleuve Jaune).




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